ⓘPaul traite ici d’un différend qui divisait l’Église...
Paul traite ici d’un différend qui divisait l’Église de Rome : une opposition entre ceux qui étaient faibles dans la foi et ceux qui étaient forts (voir 15.1) à propos de certaines pratiques. Tout au long de cette section, il exhorte les croyants à faire preuve de tolérance concernant les convictions des uns et des autres. Persuadé que les deux camps rassemblent de véritables chrétiens, il ne considère pas ces désaccords comme fondamentaux pour la foi.
1Faites accueil à celui qui est faible dans la foi, et ne discutez pas sur les opinions.
2Tel croit pouvoir manger de tout: tel autre, qui est faible, ne mange que des légumes.
ⓘméprise... juge: Les croyants « forts », sûrs...
méprise ... juge : Les croyants « forts », sûrs de leur liberté éclairée en Christ, regardaient de haut ceux qu'ils considéraient comme « faibles ». De leur côté, les « faibles », persuadés de suivre la véritable voie de la piété, condamnaient les « forts » pour leur prétendu laxisme. De telles attitudes ont traversé l’histoire de l’Église chrétienne concernant divers sujets. • car Dieu l’a accueilli : Tant les faibles que les forts sont de véritables croyants, accueillis par Dieu dans sa famille. Dès lors, ils n’ont pas le droit de se traiter mutuellement comme s’ils n’en faisaient pas partie (14.4 ; voir aussi 15.7).
3Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu l’a accueilli.
4Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d’autrui? S’il se tient debout, ou s’il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l’affermir.
5Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction.
6Celui qui distingue entre les jours agit ainsi pour le Seigneur. Celui qui mange, c’est pour le Seigneur qu’il mange, car il rend grâces à Dieu; celui qui ne mange pas, c’est pour le Seigneur qu’il ne mange pas, et il rend grâces à Dieu.
7En effet, nul de nous ne vit pour lui-même, et nul ne meurt pour lui-même.
8Car si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; et si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit donc que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Seigneur.
9Car Christ est mort et il a vécu, afin de dominer sur les morts et sur les vivants.
10Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère? Ou toi, pourquoi méprises-tu ton frère? puisque nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu.
11Car il est écrit: Je suis vivant, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi, et toute langue donnera gloire à Dieu.
12Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour lui-même.
13Ne nous jugeons donc plus les uns les autres; mais pensez plutôt à ne rien faire qui soit pour votre frère une pierre d’achoppement ou une occasion de chute.
14Je sais et je suis persuadé par le SeigneurJésus que rien n’est impur en soi, et qu’une chose n’est impure que pour celui qui la croit impure.
15Mais si, pour un aliment, ton frère est attristé, tu ne marches plus selon l’amour: ne cause pas, par ton aliment, la perte de celui pour lequel Christ est mort.
16Que votre privilège ne soit pas un sujet de calomnie.
17Car le royaume de Dieu, ce n’est pas le manger et le boire, mais la justice, la paix et la joie, par le Saint-Esprit.
18Celui qui sertChrist de cette manière est agréable à Dieu et approuvé des hommes.
19Ainsi donc, recherchons ce qui contribue à la paix et à l’édification mutuelle.
20Pour un aliment, ne détruis pas l’œuvre de Dieu. A la vérité toutes choses sont pures; mais il est mal à l’homme, quand il mange, de devenir une pierre d’achoppement.
21Il est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, et de s’abstenir de ce qui peut être pour ton frère une occasion de chute, de scandale ou de faiblesse.
22Cette foi que tu as, garde-la pour toi devant Dieu. Heureux celui qui ne se condamne pas lui-même dans ce qu’il approuve!
23Mais celui qui a des doutes au sujet de ce qu’il mange est condamné, parce qu’il n’agit pas par conviction. Tout ce qui n’est pas le produit d’une conviction est péché.
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Romains 14.1
Être faible dans la foi signifie éprouver des scrupules à accomplir certaines actions que la liberté chrétienne autorise pourtant. À Rome, ceux qui étaient ainsi qualifiés étaient principalement des chrétiens d’origine juive, dont la conscience restait attachée à certaines prescriptions de la loi mosaïque, les empêchant de s’en affranchir pleinement.
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Romains 14.2
Les faibles dans la foi pensaient apparemment ne devoir manger que des légumes. Leur conviction découlait probablement d’un souci de préserver la pureté rituelle juive dans un environnement païen. Ces chrétiens juifs suivaient ainsi l’exemple de Daniel et de ses compagnons, qui avaient refusé de consommer les mets raffinés et le vin offerts par le roi de Babylone (Dn 1.3–16). De nombreuses sources juives montrent que les Juifs pieux, vivant au sein de cultures païennes, s'imposaient souvent des restrictions alimentaires, car ils ne pouvaient être certains que la viande avait été préparée conformément aux prescriptions de la loi juive.
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Romains 14.5
Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux : Cela fait probablement allusion aux jours de fête juifs et au sabbat (voir Col 2.16). Avec l’accomplissement du salut en Christ, l’observance du sabbat dans sa forme originelle n’est plus une obligation pour les chrétiens.
En tant que serviteurs du Seigneur (14.4), les chrétiens doivent chercher la direction divine et s'efforcer de l'honorer en toutes choses (14.8). Puisque nous serons ultimement redevables devant lui, notre désir profond doit être de lui plaire, plutôt que de chercher à vivre pour nous-même.
Paul fait allusion à l'enseignement chrétien primitif central concernant la signification de la mort et de la résurrection de Jésus (par exemple, 2Co 5.15). • sur les morts et sur les vivants : L'ordre original des mots reflète la séquence de la mort et de la résurrection du Christ, ces événements rédempteurs par lesquels Jésus est devenu notre Seigneur.
nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Dieu : Paul rappelle aux chrétiens romains que c’est le Seigneur seul, et non d’autres croyants, qui nous jugera tous en dernier ressort (cf. 2Co 5.10).
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Romains 14.11
Cette citation est tirée d'Es 49.18 et de 45.23. Dans son contexte original, Es 45.23 est encadré par des affirmations concernant la souveraineté de Dieu (Es 45.22,24). Seul le Dieu souverain possède l'autorité de juger (Rm 14.10,12).
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Romains 14.13
Ce verset fait office de transition. La proposition « Ne nous jugeons donc plus » résume ce qui a été dit dans 14.1–12, tandis que la question de ne pas faire trébucher un autre croyant devient le thème central de 14.14–23.
une pierre d’achoppement ou une occasion de chute : À l'origine, cette expression désignait des obstacles physiques pouvant faire chuter quelqu'un, ou des pièges dans lesquels une personne pouvait tomber. Dans le Nouveau Testament, elle est employée métaphoriquement pour parler d'actions pouvant nuire à autrui du point de vue spirituel (voir 1Co 8.9, 13 ; 1Jn 2.10 ; cf. Mt 21.42–44 ; Lc 20.17–18 ; Rm 9.32–33 ; 1P 2.8).
rien n’est impur en soi (littéralement : rien n'est commun en soit) : Le terme impur (ou commun) fait allusion aux règles de pureté juives, qui distinguaient les aliments purs et impurs. Une nourriture qualifiée d'impur (c'est-à-dire, non casher) ne pouvait pas être consommée par un Juif, compte tenu du risque qu'il devienne rituellement impur (voir Lv 11 ; cf. Mc 7.2, 5 ; Ac 10.14). Paul reprend ici l'enseignement de Jésus selon lequel toute sorte de nourriture est acceptable aux yeux de Dieu (Mc 7.19). • qu’une chose n’est impure que pour celui qui la croit impure : Il était difficile pour les Juifs pieux d'accepter qu'aucun aliment n'était mauvais à manger, car ils avaient grandi en pensant honorer Dieu en évitant certains aliments. Paul exhorte donc ceux qui sont forts dans la foi à ne pas inciter les autres à agir contre leur conscience (cf. 1Co 8.1–13).
Le mot traduit par ruine (grec apollumi, « détruire ») est souvent employé pour désigner la damnation éternelle (voir 2.12 ; Mt 10.28 ; 18.14 ; Lc 9.24 ; 13.2–5 ; Jn 3.16 ; 10.10, 28 ; 1Co 1.18–19 ; Jc 4.12 ; 2P 3.9). En revendiquant avec insistance leur liberté de manger tout aliment, les croyants forts risquaient d'entraîner des chrétiens juifs plus faibles et sensibles (pour lesquels Christ est mort) à se détourner de la foi.
L'œuvre de Dieu désigne à la fois la vie spirituelle des autres chrétiens (14.15) et la communauté chrétienne elle-même (14.19). Les croyants forts, en s’attachant obstinément à leur liberté sans considération pour les autres, risquent de diviser l’Église et de compromettre le dessein de Dieu : bâtir une communauté unie et saine dans la foi.
boire de vin : Les Juifs s’abstenaient parfois de boire du vin afin d’éviter toute souillure rituelle : il savait en effet que le vin était souvent utilisé dans les cérémonies religieuses païennes (voir Dn 1.3–16).
garde-la pour toi devant Dieu : Paul ne remet pas en question la liberté des croyants forts, mais il les exhorte à en user avec discernement, par amour pour leurs frères et sœurs, afin que l’ensemble de la communauté chrétienne puisse grandir dans l’unité. • Heureux celui qui ne se condamne pas : La culpabilité pouvait naître du fait d’avoir ébranlé la foi d’un croyant plus fragile. Ainsi, la véritable liberté chrétienne n’a de valeur que lorsqu'elle peut se vivre sans culpabilité.
celui qui a des doutes au sujet de ce qu’il mange est condamné, parce qu’il n’agit pas par conviction : la parole de Dieu définit ce qu'est le péché pour nous, mais le péché implique aussi de violer sa conscience. À Rome, certains croyants faibles n’étaient pas encore assurés dans leur cœur qu’ils pouvaient manger de la viande, boire du vin ou ne plus observer les jours saints juifs. Leur conscience, encore fragile, ne devait pas être forcée. De même, les croyants plus affermis ne devaient pas les pousser en se mettant en avant, ni en les méprisant.