Le récit de la tour inachevée poursuit les thématiques du langage et de la solidarité introduites dans la Table des Nations (chapitre 10). La volonté d'indépendance des bâtisseurs évoque la révolte du jardin d'Éden (chap. 3) et pose la question de la foi rédemptrice d'Abram, au milieu du chaos mondial (chap. 12). La dispersion des nations annonce l'avertissement adressé à Israël : l'idolâtrie entraînera leur dispersion et la dévastation de leurs cités (voir Lv 26.33 ; Nb 10.35 ; Dt 4.27 ; 28.64 ; 30.3). D'un point de vue chronologique, ce récit est un retour en arrière qui explique l'émergence de nations à l'époque de Péleg (voir Gn 10.25).
1Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.
2Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent.
3Ils se dirent l’un à l’autre: Allons! Faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment.
4Ils dirent encore: Allons! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.
5L’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.
6Et l’Éternel dit: Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.
7Allons! Descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres.
8Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre; et ils cessèrent de bâtir la ville.
9C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre.
10Voici la postérité de Sem. Sem, âgé de cent ans, engendra Arpacschad, deux ans après le déluge.
11Sem vécut, après la naissance d’Arpacschad, cinq cents ans; et il engendra des fils et des filles.
12Arpacschad, âgé de trente-cinq ans, engendra Schélach.
13Arpacschad vécut, après la naissance de Schélach, quatre cent trois ans; et il engendra des fils et des filles.
14Schélach, âgé de trente ans, engendra Héber.
15Schélach vécut, après la naissance d’Héber, quatre cent trois ans; et il engendra des fils et des filles.
16Héber, âgé de trente-quatre ans, engendra Péleg.
17Héber vécut, après la naissance de Péleg, quatre cent trente ans; et il engendra des fils et des filles.
18Péleg, âgé de trente ans, engendra Rehu.
19Péleg vécut, après la naissance de Rehu, deux cent neuf ans; et il engendra des fils et des filles.
20Rehu, âgé de trente-deux ans, engendra Serug.
21Rehu vécut, après la naissance de Serug, deux cent sept ans; et il engendra des fils et des filles.
22Serug, âgé de trente ans, engendra Nachor.
23Serug vécut, après la naissance de Nachor, deux cents ans; et il engendra des fils et des filles.
24Nachor, âgé de vingt-neuf ans, engendra Térach.
25Nachor vécut, après la naissance de Térach, cent dix-neuf ans; et il engendra des fils et des filles.
26Térach, âgé de soixante-dix ans, engendra Abram, Nachor et Haran.
Le récit (hébreu toledoth ; voir note d'étude sur 2.4) parle des enfants de Téra. Dans ce qui suit (11.28–25.11), on trouve des informations détaillées sur la famille de Téra, notamment sur Abraham et l'alliance de Dieu avec lui, mais aussi sur Isaac, l'enfant de la promesse, qui a continué la lignée et transmis la bénédiction à la génération suivante.
ⓘCette brève section est un résumé de la...
Cette brève section est un résumé de la vie de Téra. Elle rend compte de ses autres fils et de leurs mariages, et introduit également le personnage de Loth, le neveu d'Abram, qui a ensuite joué un rôle important. Leurs ancêtres, et cela inclut Téra et sa famille, étaient idolâtres et adoraient d'autres dieux en Mésopotamie (Jos 24.2).
27Voici la postérité de Térach. Térach engendra Abram, Nachor et Haran. Haran engendra Lot.
28Et Haran mourut en présence de Térach, son père, au pays de sa naissance, à Ur en Chaldée.
29Abram et Nachor prirent des femmes: le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor était Milca, fille d’Haran, père de Milca et père de Jisca.
30Saraï était stérile: elle n’avait point d’enfants.
31Térach prit Abram, son fils, et Lot, fils d’Haran, fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram, son fils. Ils sortirent ensemble d’Ur en Chaldée, pour aller au pays de Canaan. Ils vinrent jusqu’à Charan, et ils y habitèrent.
32Les jours de Térach furent de deux cent cinq ans; et Térach mourut à Charan.
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Genèse 11.1
Les événements décrits dans 11.1–9 ont conduit à la dispersion des nations qui se reflète dans les généalogies de 10.2–30. L'ordre a été inversé pour des raisons théoriques (voir note d'étude sur 10.1–11.9).
La Babylonie se trouvait dans le sud de la Mésopotamie, la région de l'empire ultérieur de Nemrod et de sa campagne de construction de villes (voir 10.10 ; Es 11.11 ; Dn 1.2 ; Za 5.11).
Loin de l'innocence du jardin originel (2.15), les premiers habitants des villes de la Genèse témoignaient d'une forme d'arrogance (4.17), de tyrannie (10.8–12) et de méchanceté (18.20–21). La ville située sur la plaine babylonienne était un symbole de la fierté humaine et de l'idolâtrie.
La tour qui atteint le ciel était probablement une tour-temple (un ziggurat), un bâtiment qu'on retrouve régulièrement dans la culture urbaine babylonienne ancienne. Les ziggurats étaient considérés comme des montagnes sacrées, par lesquelles les divinités descendaient sur terre (le rêve de Jacob dans 28.12 reflète peut-être cette idée).
Les constructeurs de la tour cherchaient leur propre gloire, animés par une ambition idolâtre. Dieu a promis de donner un grand nom à Abram, en raison de son humble obéissance (12.2).
Cette tour était une tentative humaine d'atteindre le royaume de Dieu (voir Dt 26.15 ; Ps 2.4 ; 103.19 ; 115.16). La "descente" de Dieu a démontré la folie de cette tentative, ainsi que la vanité de leurs efforts.
Si on ne les avait pas arrêtés, la solidarité et l'ambition des bâtisseurs de la tour auraient permis à la méchanceté humaine de prospérer de manière inimaginable.
Leur incapacité à communiquer permettait de limiter leur ambition pécheresse. Le jour de la Pentecôte, le fait que tous parlent une langue commune pour glorifier Dieu sera un renversement symbolique de la dispersion de Babel (Ac 2.5–13 ; voir So 3.9).
De la même manière, la punition d'Adam et Ève pour avoir cherché l'autonomie, et celle de Caïn pour son meurtre est un bannissement et une forme de dispersion (3.23 ; 4.12,14 ; 9.19 ; 10.5,25,32).
Les Babyloniens considéraient leur ville comme la résidence ou la porte des dieux. Le jeu de mots qui clôt ce récit met en lumière la confusion spirituelle de Babylone. Babylone a atteint une grande importance sous Nemrod (10.10), comme dans l'histoire biblique ultérieure (voir 2R 25.1–30). Elle a été un lieu d'arrogance et d'idolâtrie, un symbole approprié pour représenter les forces hostiles à Dieu de la fin des temps (voir Ap 14.8 ; 16.19 ; 18.2).
Les bâtisseurs de la tour s'étaient regroupés pour monter dans le royaume de Dieu (Gn 11.3–4), mais Dieu est descendu et les a dispersés dans le monde entier pour s'opposer à leur idolâtrie.
Le récit de la famille de Sem reprend la lignée de Sem de 10.21–32, en mettant maintenant un accent particulier sur la lignée menant à Abram. Seuls Abram et Israël sont les descendants du Dieu de Sem (voir 9.26–27 ; Dt 32.8–9). L'histoire de Babel encourage à rejeter vivement la culture qu'Abram a été appelée à abandonner (Gn 12.1 ; 24.6–7). Avec le récit des descendants de Téra (11.27–32), ce second récit de la lignée de Sem établit un lien entre l'histoire universelle des chapitres 1–11 et l'histoire nationale d'Israël qui commence au chapitre 12. Abram est celui qui reste, le reste du monde confus de Babel. Dieu l'a appelé en agissant par grâce, et à travers cela, le monde fracturé de Babel va être béni (12.3).
Les généalogies hébraïques ne dressent pas nécessairement la liste de chaque génération.
Nahor était le grand-père de Laban. Ses filles sont devenues plus tard les épouses de Jacob (chapitres 29–31).
Voir "Le profil de Loth".
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Genèse 11.28
L'appel d'Abram a eu lieu dans la Our des Chaldéens (15.7 ; Ac 7.2–4). C'était la principale ville de la région de Sumer en Mésopotamie, près de l'embouchure du golfe Persique. Sa famille s'y était peut-être installée des générations avant l'appel d'Abram. Leur terre natale (voir Gn 12.1) se situait probablement près d'Haran, dans la région des descendants de Sem (11.10–26). Ainsi, ils s'y sont installés après avoir quitté Our (11.31), et ils ont plus tard été décrits comme des Araméens (Dt 26.5).
La même terme en hébreu ("pays") est répétée dans 12.1, faisant d'Our, et non pas d'Haran, le lieu de l'appel d'Abram (voir 15.7 ; Né 9.7 ; Ac 7.2)
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Genèse 11.29
Saraï signifie "princesse" en hébreu. Aucune mention n'est faite de la parenté de Saraï, peut-être pour ajouter du mystère à l'histoire d'Abimélek. On apprend dans la suite du récit qu'elle était en fait la demi-sœur d'Abram (20.9–12). Plus tard, la loi a interdit de tels mariages (Lv 18.9 ; 20.17 ; Dt 27.22).
Milka, la fille d'Haran, était à la fois la femme de Nahor et sa nièce (voir Gn 11.29). Son fils Betouel était le père de Rébecca, qui a été l'épouse d'Isaac (24.10,15,24). Le nom Milka renvoie à un mot hébreu signifiant "reine". En akkadien, c'était un titre pour décrire la déesse Ishtar, la fille du dieu-lune. Le nom Téra est lié au mot "lune" en hébreu ; et toute sa famille semble avoir adoré Sin, le dieu-lune (voir Jos 24.14).
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Genèse 11.30
Saraï, Rébecca (25.21), et Rachel (29.31) ont toutes souffert d'infertilité. La situation de Saraï, en particulier, illustre le paradoxe entre la réalité apparente et la promesse de Dieu d'une grande descendance (12.2). Au fondement de la nation israélite se trouvait des femmes qui étaient initialement stériles. L'identité profonde de la nation repose donc sur la souveraineté de Dieu, qui donne miraculeusement des enfants à des femmes stériles (voir aussi 1S 1.2 ; 2.5 ; Ps 113.9 ; Es 54.1).
Le texte affirme explicitement que c'est l'appel de Dieu qui a poussé Abram à quitter Our (voir note d'étude sur 11.28). Cependant, cet événement est présenté sous l'angle de l'action de Téra, en raison du patriarcat caractéristique de la culture du Proche-Orient ancien. C'est ce grand respect pour l'homme le plus âgé qui explique, semble-t-il, qu'Abram ne se soit pas avancé seul vers Canaan à ce moment-là (voir Ac 7.2–4).
Haran était située à près de 900 kilomètres au nord-ouest d'Our, près de la frontière syro-turque. Malgré la similitude des noms, il n'y a aucun lien avec Haran, le fils de Téra, qui est mort à Our (11.28).
Haran signifie "caravane". Les anciennes routes commerciales y convergeaient, faisant de ce lieu un important site commercial.
Haran était également célèbre pour son culte à la lune, auquel la famille de Téra semble s'être consacrée (voir note d'étude sur 11.29).