Groupes qui ont été formés par intérêt politique ou social, ou par des liens de parenté. En général, le mot « nations » désigne les peuples du monde en dehors des Hébreux, mais parfois il inclut aussi les Juifs.
Origines
Le livre de la Genèse parle des « familles » ou groupes ethniques qui habitent les régions de la Méditerranée orientale (environ 70 au total). Ils viennent des trois fils de Noé (Gn 10). Ce récit présuppose que chaque groupe a un territoire et une langue spécifique (v. 5, 20, 31). L'histoire de la tour (la ziggourat) de Babel qui a pour but d'atteindre le ciel (chap. 11), explique la séparation de ces groupes ethniques. Ils sont séparés par des barrières de langue et sont dispersés géographiquement pour qu'ils ne puissent plus travailler ensemble à des entreprises orgueilleuses.
Tout comme l'auteur de la Genèse, Paul présume dans son sermon à Athènes que les nations ont une origine commune. Il accepte que ces nations soient séparées par des frontières géographiques. Cela fait partie du plan de Dieu (Ac 17.26). Le prophète Sophonie espère le jour où Dieu annulera cette situation et où toutes les nations seront à nouveau unies (So 3.9). L'auteur de l'Apocalypse voit un nouveau ciel et une nouvelle terre dans laquelle ces frontières naturelles n'existent plus. Les nations se mélangent librement dans la nouvelle Jérusalem (Ap 21.22–26).
La distinction entre « Israël » et « les nations » n'est pas toujours claire. « Israël » a évolué à partir de plusieurs groupes ethniques. Plusieurs des « nations » attribuent leurs origines à des personnages importants de la communauté israélite. Abraham, le père de la nation juive, vit à Ur des Chaldéens dans la région du delta de la vallée du Tigre et de l'Euphrate. Avec son père, il part vers le nord jusqu'à Haran, puis vers le sud-ouest jusqu'au pays de Canaan (Gn 11.31–12.9). Deutéronome 26.5 décrit Abraham ainsi : « Mon père était un Araméen nomade ». Ceci indique qu'Abraham vient probablement d'Aram-Naharaïm, une région de Mésopotamie. Lorsque Dieu fait alliance avec Abraham, il lui donne la circoncision comme signe de la relation établie par cette alliance. Même les étrangers achetés comme esclaves doivent être circoncis. Cela leur permet d'entrer dans la communauté de l'alliance. Lorsque Moïse conduit les Israélites hors d'Égypte, une multitude de gens de peuples divers se joint à eux (Ex 12.38). Cela indique probablement qu'une fois de plus, des étrangers se joignent au peuple d'Israël.
La nation d'Israël n'inclut pas tous les descendants d'Abraham. La mère du premier fils d'Abraham (Ismaël), est égyptienne. Ismaël est l'ancêtre des Ismaélites, des bédouins de la région désertique du sud (Gn 16). Des fils jumeaux naissent à Isaac et Rebecca. Ésaü, leur premier-né, est le père des Édomites du sud-est. Ils seront très souvent ennemis d'Israël. Israël est le peuple qui descend de Jacob, le frère d'Ésaü (Gn 25.23 ; Nb 20.21).
Dieu et les nations
Les Écritures présentent les nations parfois de façon négative, et parfois de façon positive. Les nations du territoire entre la vallée du Tigre-Euphrate et le Nil sont des nations impies. Dieu leur prend donc leurs terres pour les donner aux descendants d'Abraham (Gn 15.16–20). Ces nations pratiquent l'inceste, l'adultère, l'homosexualité et les relations sexuelles entre hommes et animaux. Ce sont des choses que Dieu hait (Lv 18). Elles pratiquent aussi le spiritisme, les augures, la sorcellerie et la nécromancie, pratiques interdites aux Hébreux (19.26 ; 20.6). Ces nations adorent de nombreux dieux et sacrifient des êtres humains, souvent des enfants. Ces rituels sont détestables devant Dieu (Lv 20.1–5 ; 2R 17.29–34). Le prophète Ésaïe critique fortement l'ouvrier qui utilise une partie de la branche d'un arbre pour faire du feu et l'autre partie pour fabriquer une idole taillée qu'il adore ensuite (Es 44.12–20). Les Baals et les Astartés, dieux de fertilité des Cananéens, sont une source constante de tentation pour le peuple d'Israël. L'Écriture répète plusieurs fois que c'est pour cela que Dieu chasse ces nations et donne leurs territoires à Israël (Ex 34.24 ; Dt 12.29–31). Des oracles prophétiques renforcent ce portrait négatif des nations (Jr 46–51 ; Am 1.3–2.3).
Cependant, il y a aussi dans l'Écriture une vision plus positive des nations. Comme l'indiquent souvent les Psaumes, Dieu ne s'intéresse pas uniquement à Israël. Ses yeux veillent sur les nations, et toute la terre le loue et l'adore (Ps 66.1–8). Le psalmiste prie pour que toutes les nations sachent que Dieu a le pouvoir de sauver. Il affirme que Dieu juge les peuples avec justice et guide les nations. Toutes les extrémités de la terre doivent le craindre (67.7). Le prophète Ésaïe déclare aussi que le temple de Jérusalem doit être une maison de prière pour tous les peuples et que Dieu accueille l'étranger qui y amène des sacrifices et vient l'adorer (Es 56.6–8). Ésaïe présente une vision de ce qui arrivera dans les derniers jours. Dans cette vision, des gens de toutes les nations viendront en foule à Jérusalem pour adorer le Seigneur et pour apprendre ses voies. Au lieu de faire la guerre entre elles, les nations vivront en paix, gouvernées par Dieu (2.2–4).
Les nations dans le Nouveau Testament
Selon les Évangiles, Jésus a prêché non seulement aux Juifs mais aussi aux nations païennes (les Gentils) comme prédit dans l'Ancien Testament (Mt 4.15–16). Le Nouveau Testament montre Jésus enseignant en Galilée, une région principalement non juive. Jésus se rend à Tyr et à Sidon (Mc 7.24) et dans la région de la Décapole (v. 31). Il guérit le serviteur d'un centurion romain (Lc 7.1–10), ressuscite le fils de la veuve de Naïn (v. 11–17) et chasse le démon de la fille d'une femme syro-phénicienne (Mc 7.26). Des gens d'Idumée sont parmi ceux qui sont venus voir ses miracles (3.8).
L'enseignement de Jésus parle aussi des nations. Au jugement, toutes les nations seront assemblées devant le Fils de l'homme (Mt 25.31–46). Jésus commande aux apôtres de faire « de toutes les nations des disciples » (Mt 28.19). Il dit aussi que beaucoup viendront de nations non juives et « seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux ».
Le livre des Actes ne minimise pas le rôle des nations dans la mort de Jésus (Ac 4.27) ni leur opposition au ministère de Paul : « Je te délivrerai de ce peuple et des non-Juifs, vers qui, moi, je t’envoie » (26.17 Nouvelle Bible Segond). Toutefois, le livre des Actes montre très clairement que l'Église accomplit sa mission de présenter l'Évangile aux peuples non juifs. Pierre proclame le message de Jésus à la famille de Corneille, un soldat romain de la cohorte italienne (chap. 10). Au début, l'Église primitive a du mal à accepter que les peuples non juifs puissent librement recevoir le don de l'Esprit, mais elle finit par comprendre que Dieu est prêt à bénir tous les peuples (11.1–8 ; 15.1–29). Paul voyage à travers Chypre, l'Asie Mineure, la Grèce et l'Italie, fondant ou visitant des Églises qui sont principalement non-juives. Le livre des Actes prend fin de façon spectaculaire : Paul prêchant l'Évangile dans la ville de Rome, le cœur même de l'Empire romain.