Le fait d'avoir peu ou pas assez de biens matériels.
Le côté négatif de la pauvreté
Parfois, la Bible donne une explication très simple de pourquoi les gens peuvent être riches ou pauvres. Si une personne prend son plaisir dans la loi du Seigneur, elle obtiendra richesse et prospérité. Une telle personne prospérera dans tout ce qu'elle entreprendra (Ps 1.3 ; 112.3). En ce qui concerne Israël à l'époque de l'Ancien Testament (AT), il ne s'agissait pas d'un principe aussi simpliste qu'il pourrait sembler. En effet, il y avait un lien important entre le péché et la pauvreté. L'ensemble de la société israélite devait fonctionner selon la loi de Dieu. L'obéissance d'Israël lui obtiendrait la bénédiction, alors que sa désobéissance produirait la malédiction. Ainsi, l'existence de la pauvreté parmi les Israélites indiquait que d'une façon ou d'une autre, la loi de Dieu n'était pas observée.
La pauvreté d'une personne pouvait être le résultat de son propre péché ou de celui d'autrui. Dans tous les cas, cette pauvreté était considérée dans l'AT comme un mal. La loi prévoyait de nombreuses dispositions pour y remédier (p. ex. Ex 22.21–27 ; Lv 19.9–10 ; Dt 15.1–15 ; 24.10–22). Dieu se souciait des personnes dans le besoin et attendait de son peuple qu'il en fasse de même.
Durant la période entre les deux Testaments, les communautés juives dispersées autour de la Méditerranée ont continué à pourvoir de l'aide aux pauvres. En temps voulu, l'Église s'est chargée d'en faire de même pour les disciples et les congrégations dans le besoin (Ac 11.29 ; 24.17 ; Rm 15.26 ; 1Co 16.1 ; Ga 2.10 ; Jc 2.15–16 ; 1Jn 3.17). L'enseignement du Seigneur prend pour acquis que ses disciples donneront aux pauvres (Mt 6.2–4 ; Lc 12.33). Le partage dans l'Église avec les nécessiteux n'était pas une forme de communisme primitif (une mise en commun de tous leurs biens). En effet, si tous avaient renoncé à avoir des possessions personnelles, personne n'aurait pu donner de l'argent ou des biens « selon les besoins de chacun » (Ac 2.45 ; 4.35) comme cela a été le cas.
Même si la pauvreté donne aux riches l'occasion d'exercer la générosité, elle-même reste un mal, tant dans l'Ancien Testament que dans le Nouveau.
Le côté positif de la pauvreté
Dans une certaine mesure, la droiture peut produire la prospérité, alors que le péché appauvrit. Cependant, la situation économique de chacun n'est pas déterminée aussi simplement que cela. Les Psaumes 1 et 112, mentionnés plus tôt, ne mettent en avant qu'un côté de la question. Comment expliquer la prospérité des méchants (Ps 73.3) et à l'opposé, le fait qu'un juste peut être pauvre ? La réponse générale de la Bible est que la richesse des méchants est un bienfait temporaire, alors que les justes qui sont pauvres en biens matériels possèdent des richesses spirituelles (voir p. ex. Jb 21 ; Ps 37, 49, 73).
Le fait que le juste puisse être pauvre plutôt que prospère est parfois représenté à l'inverse. En effet, la Bible parle aussi souvent des pauvres comme de personnes justes. Bien entendu, cela ne signifie pas qu'être pauvre rend une personne juste (Pr 30.8–9) ou que quelqu'un de pauvre sera nécessairement juste. Toutefois, ces références sont suffisamment fréquentes, surtout dans les Psaumes, pour mériter une attention particulière (p. ex. Ps 9.19; 10.14; 12.6; 34.7; 35.10; 74.19). En fait, ce n'est pas si étrange que cela. Il y a une relation entre le fait que Dieu se soucie des pauvres et le fait que les pauvres sont proches de lui. La première raison, c'est que s'il y avait de la pauvreté en Israël, c'était parce que ceux qui étaient au pouvoir en abusaient. Par conséquent, les pauvres se tournaient vers Dieu en premier parce que c'est sa loi qui était bafouée. Ils l'appelaient à défendre son autorité. La deuxième raison est que plus généralement, la pauvreté tourne les gens vers Dieu parce que dans ces circonstances, il n'y a personne d'autre vers qui se tourner. Ainsi, le mot « pauvre » devient synonyme de « humble », et les humbles sont pieux (Ps 10.17; 14.5–6; 37.11; So 3.12–13). Tout comme la richesse peut mener à se dévouer à ses propres plaisirs, à placer sa confiance en soi-même, à l'orgueil, au mépris et à l'oppression de ses semblables, la pauvreté encourage l'inverse de toutes ces choses.
Au lieu d'être un mal à éviter, la pauvreté devient presque ainsi un idéal à rechercher. Reflétant l'utilisation dans l'AT des termes « pauvre » et « pieux » de façon presque interchangeable, pendant la période entre les deux Testaments, de nombreux Juifs abandonnent toute propriété personnelle. Parmi eux la secte des Esséniens et la communauté apparentée qui a été établie à Qumrân près de la mer Morte. Ces derniers se surnommaient eux-mêmes « les pauvres ». Cette pratique a continué à l'époque du Nouveau Testament. Il est possible que « les pauvres » à Jérusalem désignent un groupe précis au sein de cette Église (ou même l'Église de Jérusalem dans son ensemble ; Rm 15.26 ; Ga 2.10). Une secte judéo-chrétienne s'est développée plus tard appelée les Ébionites (d'un mot hébreu signifiant « pauvre »).
Bien entendu, le NT enseigne clairement que c'est l'attitude du cœur qui compte vraiment. Il est tout à fait possible d'être pauvre mais avide, ou riche mais généreux. Toutefois, dans les Évangiles, les riches sont souvent représentés de façon négative et les pauvres de façon positive. Les sadducéens étaient riches en biens matériels et les pharisiens en orgueil spirituel. Les riches peuvent être égoïstes, insensés et en grave danger spirituel (Mc 10.23 ; Lc 12.13–21 ; 16.19–31). D'autre part, les personnes pieuses sont généralement plus simples et humbles, comme les pauvres. Bien entendu, il y a des exceptions à cela.
En vérité, les deux versions de la première béatitude (celle de Matthieu et celle de Luc) reviennent au même. Celle de Matthieu approfondit la définition du pauvre qui est béni : « Heureux les pauvres en esprit » (Mt 5.3), mais celle de Luc la rend plus générale. En effet, quand Luc dit simplement : « Heureux, vous qui êtes pauvres » (Lc 6.20), il désigne ceux qui, dans n'importe quel type de besoin, se tournent vers le Seigneur. C'est pour apporter l'Évangile à de telles personnes que Christ est venu dans le monde (Mt 11.5 ; Lc 4.18). Jésus-Christ lui-même incarne le même idéal. Comme Paul l'a dit, « vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis » (2Co 8.9). Notre pauvreté impuissante est un mal dont Jésus est venu nous sauver. La pauvreté qu'il a délibérément choisie pour lui-même est le moyen glorieux par lequel il accomplit cela.
Voir aussi aumônes ; possessions; justice ; salaire ; richesse.