Livre du NT présentant l'histoire de l'Église primitive et écrit comme suite à l'Évangile selon Luc. Dans l'arrangement des livres du NT, les Actes viennent après les quatre Évangiles et avant les Épîtres.
Sommaire
• Auteur
• Date de composition, origine et destinataire
• Contexte et contenu
• Objectif
Auteur
Le livre des Actes ne précise pas clairement qui en est l'auteur, mais le consensus général est qu'il s'agit de Luc.
La tradition de l'Église primitive du IIe siècle affirme que les Actes (ainsi que le troisième Évangile) ont été écrits par un compagnon de voyage et collaborateur de l'apôtre Paul. Ce compagnon est identifié dans Colossiens 4.14 comme « Luc, le médecin bien-aimé » et mentionné parmi les collaborateurs de Paul (Col 4.10–17 ; voir aussi 2Tm 4.11 ; Phm 1.24).
La tradition selon laquelle l'auteur des Actes était un compagnon de Paul provient de la seconde moitié du livre racontant son ministère. Plusieurs récits y sont écrits à la première personne du pluriel :
1. « Pendant la nuit, Paul eut une vision : un Macédonien lui apparut, et lui fit cette prière : Passe en Macédoine, secours-nous ! Après cette vision de Paul, nous cherchâmes aussitôt à nous rendre en Macédoine, concluant que le Seigneur nous appelait à y annoncer la bonne nouvelle » (16.9–10).
2. « Ceux-ci prirent les devants, et nous attendirent à Troas. Pour nous, après les jours des pains sans levain, nous nous embarquâmes à Philippes, et, au bout de cinq jours, nous les rejoignîmes à Troas, où nous passâmes sept jours » (20.5–6).
3. « Lorsqu'il fut décidé que nous nous embarquerions pour l'Italie, on remit Paul et quelques autres prisonniers à un centenier de la cohorte Auguste, nommé Julius » (27.1).
Ces sections écrites à la première personne du pluriel (16.9–18 ; 20.5–21.18 ; 27.1–28.16) ressemblent à une partie de récit de voyage ou de journal écrit par un témoin oculaire ayant accompagné Paul de Troas à Philippes lors de son deuxième voyage missionnaire ; de Philippes à Milet lors du troisième ; de Milet à Jérusalem ; et de Césarée à Rome. Étant donné que le style et le vocabulaire de ces récits de voyage ressemblent à ceux du reste du livre, il est très probable que leur auteur soit également celui de l'ensemble du livre.
Le style littéraire sophistiqué et l'utilisation raffinée de la langue grecque dans le livre, ainsi que le fait qu'il soit adressé à quelqu'un nommé Théophile (peut-être un haut fonctionnaire romain), soutiennent fortement la tradition selon laquelle Luc était un Gentil converti au christianisme. Son utilisation constante et fréquente de la Septante grecque pourrait indiquer qu'il avait été un « craignant-Dieu », c'est-à-dire un païen qui croyait au Dieu des Juifs, avant de se convertir à la nouvelle foi en Christ.
Date, origine, et destinataire
La question de la date et du lieu d'origine du livre des Actes continue d'être débattue. Le livre lui-mêne ne nous offre pas d'indications claires. En ce qui concerne son destinataire, cependant, Luc n'a laissé aucun doute. Dans le verset introductif, il s'adresse à un certain Théophile, à qui il avait déjà écrit un livre précédent sur la vie de Jésus. Il ne fait aucun doute qu'il faisait référence à l'œuvre que nous connaissons sous le nom de l'Évangile selon Luc. Dans la préface de cet Évangile (Lc 1.1–4), Luc énonce clairement l'objectif de son récit et l'adresse à l'« excellent Théophile ». L'identité de cette personne n'est pas claire. Certains interprètes pensent qu'il représente les lecteurs chrétiens en général plutôt qu'un individu spécifique (ce nom signifie « cher à Dieu » ou « celui qui aime Dieu »). Cependant, la désignation « excellent » va à l'encontre d'une telle supposition. Il s'agit d'un titre d'honneur courant désignant une personne possédant un statut officiel dans l'ordre socio-politique romain (voir l'utilisation du titre pour Félix dans Ac 23.26 et 24.3 ; et pour Festus dans 26.25). Il est donc probable que Luc ait destiné son œuvre en deux volumes à un représentant officiel de la société romaine.
Quand le livre des Actes a-t-il été écrit ? Certains spécialistes le datent au dernier quart du premier siècle. Puisque l'Évangile a été écrit en premier, et puisque Luc a basé son récit de la vie de Jésus sur des témoignages oculaires et des sources écrites (parmi lesquelles se trouvait peut-être l'Évangile selon Marc, probablement écrit dans les années 60), le livre des Actes ne devrait pas être daté bien avant 85 apr. J.-C. Les partisans d'une date aussi tardive revendiquent le soutien de la théologie du livre même, qu'ils voient comme représentant une Église chrétienne ancrée dans l'Histoire, qui s'est ajustée à la perspective d'une longue période avant le retour du Seigneur. L'attente de son retour imminent avait été vivement attisée par la révolte juive et la chute de Jérusalem en 70 apr. J.-C., il faut donc compter le temps qu'il aurait fallu à cette flamme pour s'atténuer un peu.
D'autres érudits datent le livre des Actes à environ ou peu après 70 apr. J.-C. La rébellion juive de 66–70 apr. J.-C. ayant culminé avec la destruction de Jérusalem a discrédité la foi juive, qui avait jusqu'alors bénéficié d'un statut légal. Le mouvement chrétien, qui avait été accepté comme une secte juive, est donc devenu suspect. Les chrétiens sont alors accusés d'être des ennemis de Rome de plus en plus souvent. Une étude des Actes montre que parmi plusieurs objectifs (voir ci-dessous), Luc semble poursuivre celui de défendre les chrétiens contre l'accusation d'hostilité envers l'État. Il montre comment des fonctionnaires romains ont témoigné à plusieurs reprises de l'innocence complète des chrétiens et surtout de Paul (16.39 ; 18.14–17 ; 19.37 ; 23.29 ; 25.25 ; 26.32). Luc précise également que Paul a été autorisé à poursuivre sa mission avec l'approbation totale des fonctionnaires romains au cœur même de la capitale impériale (28.16–31).
Une date encore plus reculée, plus proche de l'emprisonnement de Paul à Rome (début des années 60), a été préconisée par un certain nombre de spécialistes. Deux raisons convaincantes sont données : (1) La fin abrupte du livre des Actes, décrivant Paul poursuivant un ministère à Rome avant le début de son procès, pourrait indiquer que Luc a écrit à ce moment-là. Il est possible, bien sûr, qu'il ait terminé son récit avec Paul prêchant l'Évangile à Rome parce que l'un de ses objectifs avait été atteint : à savoir, montrer comment l'Évangile s'était répandu de Jérusalem à Rome. Il semble cependant très improbable que Luc termine son histoire sans la défense de l'Évangile par Paul devant César lui-même si elle avait déjà eu lieu. (2) La période la plus probable pendant laquelle Luc aurait écrit le livre des Actes, avec sa défense du mouvement chrétien contre toutes sortes d'accusations de la part de Juifs et de Gentils, est la période où le christianisme était suspect mais pas encore proscrit, c'est-à-dire avant le début des persécutions sous Néron en 64 apr. J.-C. Cette date correspondrait à l'affirmation que Luc était avec Paul pendant son emprisonnement à Rome et qu'il a écrit son histoire de là en attendant le début du procès. Il est possible que le travail de Luc ait été partiellement destiné à influencer le verdict. Il présente une image du christianisme et de Paul dont il espérait qu'il permettrait à ce dernier de continuer son travail parmi les Gentils.
Contexte et contenu
Luc ancre son écrit documentaire sur l'expansion rapide du christianisme dans l'histoire de l'Empire romain et de la Palestine pendant les trois décennies de 30 à 60 apr. J.-C. Quelques brèves considérations historiques et géographiques aideront à mieux comprendre ce récit.
Actes 1–12 rapporte les débuts du mouvement chrétien dans la province impériale de Syrie (comprenant la Judée et la Samarie). Au premier siècle apr. J.-C., ces régions étaient généralement gouvernées par des procurateurs romains ou des rois fantoches. À l'époque de la mort et de la résurrection de Jésus (env. 30 apr. J.-C.), Ponce Pilate était procurateur de Judée et de Samarie (26–36 apr. J.-C.). La Galilée était gouvernée par le roi Hérode Antipas (4 av. J.-C.–39 apr. J.-C.). Tibère était empereur de l'Empire romain (14–37 apr. J.-C.). Les événements rapportés dans Actes 1–12 prennent place pendant la période de 30 à 44 apr. J.-C.
La conversion de Saul (Ac 9) est généralement datée à l'an 33 apr. J.-C. Après sa conversion et son départ pour sa ville natale de Tarse, l'Église connaît manifestement une période de tranquillité, consolidant ses acquis et croissant régulièrement (9.31–11.26). On peut supposer, d'après Galates 1.18–21 et l'existence de communautés chrétiennes auxquelles Paul et Silas ont rendu visite lors du deuxième voyage missionnaire (Ac 15.40–41), que Paul n'a pas été inactif pendant cette décennie, mais s'est intensément impliqué dans la mission auprès des Gentils. (Après Ac 13.9, le nom « Paul » est utilisé alors que « Saul », la version hébraïque de son nom, ne l'est plus du tout.)
En 41 apr. J.-C., Claude devient empereur de Rome et établit Hérode Agrippa I comme roi des Juifs. (Le procurateur Ponce Pilate avait été démis de ses fonctions plusieurs années auparavant à cause de son ineptitude à administrer la région.) Agrippa Ier était le petit-fils d'Hérode le Grand et de sa princesse hasmonéenne Mariamne. En raison de ses racines juives par sa mère, il était plus populaire auprès de ses sujets que les anciens dirigeants ayant eux aussi répondu au nom d'Hérode. Son désir était sans aucun doute d'augmenter cette popularité et d'obtenir le soutien des autorités religieuses juives, ce qui a conduit à un nouveau débordement de violence contre l'Église de Jérusalem. Actes 12 raconte l'exécution de Jacques (le frère de l'apôtre Jean) et l'emprisonnement de Pierre. L'histoire de la mort d'Agrippa Ier (12.20–23) trouve un parallèle dans un récit de l'historien juif Josèphe, qui date l'événement à l'année 44 apr. J.-C.
Un deuxième événement fournissant une référence temporelle permettant de situer le déroulement de l'histoire de l'Église primitive est la collecte de secours contre la famine à Antioche en faveur des chrétiens de Judée (11.27–29). Luc déclare qu'une grave famine a lieu (v. 28) pendant le règne de l'empereur Claude (41–54 apr. J.-C.). Josèphe, écrivant ses Antiquités à la fin du premier siècle, parle d'une grave famine en Palestine entre les années 44 et 48 apr. J.-C. Selon Actes 12.25, Barnabas et Paul terminent leur mission auprès des chrétiens de Judée frappés par la famine après la mort d'Agrippa I, ce qui permet de dater leur mission vers l'an 45 apr. J.-C.
À ce stade du récit des Actes, Paul a officiellement commencé sa mission auprès des Gentils (13.1–3), de laquelle l'histoire et la géographie de l'Empire romain dans son ensemble forment le décor. La politique romaine officielle envers les diverses religions de l'Empire était la tolérance. C'est cette politique, l'utilisation de la langue grecque dans tout l'Empire, ainsi qu'un réseau phénoménal de routes et de voies maritimes, qui ont ouvert la voie au travail missionnaire de grande envergure que l'apôtre Paul a pu mener.
Le premier voyage missionnaire (46–47 apr. J.-C.) a conduit Paul et Barnabas à travers la province insulaire de Chypre, à la pointe nord-est de la mer Méditerranée, et dans la province de la Galatie, où des Églises ont été établies dans plusieurs villes au sud de cette région (Antioche de Pisidie, Iconium, Lystre, Derbe). La Galatie était située en Asie Mineure, et était bordée par la mer Noire, la mer Égée et la mer Méditerranée sur ses côtes nord, ouest et sud. Ces villes, importants avant-postes coloniaux pour les Romains, avaient des populations mixtes et comprenaient de grandes communautés juives. C'est dans leurs synagogues que Paul débutait partout ses efforts missionnaires, rencontrant presque toujours une opposition considérable (ch. 13–14).
La délibération du Concile de Jérusalem sur les différences entre les chrétiens d'origine juive et les chrétiens d'origine non-juive (ch. 15) peut être datée à l'année 48 apr. J.-C. Elle a été suivie par le deuxième voyage missionnaire de Paul, qui l'a conduit à travers le territoire déjà évangélisé de sa Cilicie natale, de la Galatie, et à travers Troas sur la côte égéenne jusqu'en Macédoine et dans l'Achaïe, la péninsule grecque (15.40–18.22). Des Églises ont été établies dans les importantes villes macédoniennes de Philippes, Thessalonique et Bérée.
L'année et demie que Paul a passée à Corinthe (18.11) peut être datée avec un degré relatif de certitude à 51–52 apr. J.-C. Une inscription ancienne parmi les ruines de Delphes, une ville du centre de la Grèce, indique que Gallion est devenu proconsul d'Achaïe en 51. Actes 18.12–17 raconte comment Paul a été accusé par des Juifs antagonistes devant lui. L'implication est que les adversaires de Paul à Corinthe pensaient qu'un nouveau proconsul pourrait être persuadé de se ranger de leur côté. Ainsi, le séjour de Paul à Corinthe peut être daté autour du début du proconsulat de Gallion.
Le récit de Luc concernant le retour de Paul en Palestine et le début de son troisième voyage missionnaire soulève une question historique fascinante sur ce qui est arrivé aux disciples de Jean-Baptiste (13.13–19.7). Actes 18.24–28 fait référence à un Juif érudit nommé Apollos, qui enseignait activement à propos de Jésus à la synagogue d'Éphèse, mais qui n'était apparemment pas membre d'une communauté distinctement chrétienne et n'avait pas été baptisé au nom de Jésus. Il ne connaissait que le baptême de repentance pratiqué par Jean le Baptiste. Apollos s'est rendu à Corinthe pour servir la jeune congrégation que Paul avait fondée l'année précédente. Paul est ensuite allé à Éphèse. Là, il a rencontré plusieurs disciples de Jésus qui, comme Apollos, avaient vécu le baptême de repentance de Jean, mais n'avaient pas été baptisés en tant que chrétiens.
La référence de Luc à Apollos et à ces disciples, ainsi que plusieurs passages dans les Évangiles, indiquent que le mouvement commencé par Jean-Baptiste ne s'est pas simplement terminé lorsque Jésus a commencé son ministère. Jean a bien entendu continué à baptiser jusqu'à sa mort (Jn 3.22–24), et beaucoup de ses disciples ont maintenu son œuvre après son martyre. Apollos et les disciples éphésiens étaient probablement le fruit du ministère continu des disciples de Jean. Ils ont finalement été instruits dans « la voie du Seigneur » (18.25). Leur manque de connaissance au sujet d'un baptême chrétien distinctif ou de la réalité du Saint-Esprit (19.2–4) indique une progression irrégulière dans l'instruction et les pratiques chrétiennes au tout début du mouvement.
Le troisième voyage missionnaire de Paul commence par un ministère de trois ans à Éphèse (19.1–20.1), se poursuit par une visite aux Églises établies lors du voyage précédent (20.2–12), et culmine avec son arrestation à Jérusalem (Ac 21). Ces événements prennent place au milieu des années 50 (53–57 apr. J.-C.). L'arrestation de Paul à Jérusalem et sa comparution devant le gouverneur provincial, Félix, à Césarée (23.23–24.23), doivent être datées vers 57. Paul passe deux ans en résidence surveillée, sans doute prolongée par Félix pour gagner la faveur de ses sujets juifs. Celui-ci est ensuite remplacé par Porcius Festus (59–60 apr. J.-C.). Josèphe note que la raison du rappel de Félix est une explosion de conflits civils entre les habitants juifs et gentils de Césarée, qu'il gère de façon imprudente.
Le nouveau procurateur, Festus, ne sait pas quoi faire de son prisonnier. Les dirigeants juifs cherchent à saisir cette opportunité, conscients du désir des nouveaux procurateurs de gagner en popularité auprès de leurs sujets (25.1–9). Réalisant la menace, Paul fait appel à la plus haute cour de l'Empire, présidée par César lui-même (25.10–12).
Festus fait alors face à un problème. Il doit envoyer, avec son prisonnier, un rapport à l'empereur, décrivant clairement les accusations. Puisqu'il ne comprend pas vraiment l'affaire (25.25–27), il demande conseil à Hérode Agrippa II, qui avec sa sœur était venu à Césarée pour rendre hommage au nouveau gouverneur impérial de Palestine (25.13). Agrippa II était le fils d'Hérode Agrippa I et, au moins en théorie, était un Juif. Il a régné sur des parties de la Palestine de 50 à 100 apr. J.-C. et avait reçu le droit de nommer les grands prêtres (ou souverains sacrificateurs) juifs. Sa familiarité avec les traditions religieuses juives et la loi lui conférait une meilleure compréhension des accusations des dirigeants de Jérusalem contre Paul. Le résultat de la comparution de ce dernier devant Festus et Agrippa (26.1–29) est la reconnaissance de son innocence (26.31). Pourtant, cet appel à Rome devait être honoré ; la loi régissant de tels cas devait être suivie (26.32).
La relative liberté de Paul pendant la période de deux ans qui suit (28.30) semble inhabituelle. C'était cependant une pratique assez courante dans les procédures judiciaires romaines, surtout pour les citoyens romains qui avaient fait appel à l'empereur. Il n'y a aucune bonne raison de croire que Paul ait été exécuté au moment où le récit de Luc se termine (env. 61–62 apr. J.-C.). Le grand incendie de Rome et la persécution des chrétiens par Néron qui a suivi n'auraient pas lieu avant encore quelques années (64 apr. J.-C.). Il est probable que l'affaire contre Paul ait été rejetée, surtout à la lumière du verdict favorable de Festus et du roi Agrippa. Il est également probable que Paul ait été exécuté lors de la persécution ultérieure plus générale des chrétiens. Une telle séquence correspondrait à la tradition citée par Eusèbe (historien de l'Église du IVe siècle), selon laquelle Paul a repris son ministère et a ensuite connu le martyre sous Néron.
But
Dans la préface de l'Évangile, destinée à couvrir également le deuxième volume, Luc dit à Théophile (et au public qu'il représente) qu'il a entrepris d'écrire un récit précis et ordonné sur les débuts du mouvement chrétien ayant résulté du ministère de Jésus de Nazareth (Lc 1.1–4). Les premières lignes des Actes indiquent que le récit commencé avec Jésus de Nazareth, soit le premier volume, se poursuit dans le deuxième volume de Luc, où il a l'intention de retracer l'histoire du mouvement de la Palestine à Rome (Ac 1.1–8).
Par ce récit, Luc tente de défendre le mouvement chrétien face aux fausses accusations portées contre lui. Un certain nombre de fausses idées ont effectivement accompagné la naissance et la croissance du christianisme. L'une concernait la relation entre la nouvelle foi et le judaïsme. Beaucoup, tant au sein de l'Église que parmi les fonctionnaires romains, comprenaient la foi chrétienne comme une simple expression particulière du judaïsme, ou une secte en son sein. Contre cette notion restreinte, Luc-Actes affirme une portée universelle. L'Évangile proclame Jésus comme le Sauveur du monde (Lc 2.29–32). Dans les Actes, la défense d'Étienne devant le conseil des dirigeants juifs (ch. 7), l'expérience de Pierre à Joppa avec Corneille (ch. 10), et le discours de Paul à Athènes (ch. 17) démontrent tous que le christianisme n'est pas simplement une secte juive, un mouvement messianique limité, mais plutôt une foi universelle. Un autre problème était l'identification populaire de la nouvelle foi avec les divers cultes religieux et religions à mystères de l'Empire romain. Les récits du conflit de l'Église primitive avec Simon le magicien (ch. 8) et du rejet par Paul et Barnabas d'une tentative de les adorer à Lystre (ch. 14) renversent l'accusation populaire de superstition. De plus, le christianisme n'est pas un culte mystique dans lequel des rites ésotériques et secrets unissent l'adorateur au divin. Le Seigneur adoré par les chrétiens, dit Luc, appartient à l'histoire réelle ; il a vécu sa vie en Palestine dans un passé alors récent, ouvertement, pour que tous puissent l'observer (voir les discours de Pierre et Paul dans Ac 2 ; 10 ; 13).
Le but principal de Luc, cependant, est de défendre le christianisme contre l'accusation qu'il représente une menace pour l'ordre et la stabilité de l'Empire romain. Il y avait, bien sûr, des raisons derrière de tels soupçons. Après tout, le fondateur du mouvement avait été crucifié pour sédition par un procurateur romain, et le mouvement qui portait son nom semblait provoquer tumultes, désordre et émeutes partout où il se répandait. Le récit de Luc traite ces problèmes de front. Dans l'Évangile, il présente le procès de Jésus comme une grave erreur judiciaire. Pilate avait bien livré Jésus à la crucifixion, mais après l'avoir trouvé non coupable. Hérode Antipas n'avait également trouvé aucun fond aux accusations portées contre Jésus (Lc 23.13–16 ; Ac 13.28). Une attitude neutre ou même amicale des fonctionnaires romains envers les dirigeants chrétiens et le mouvement dans son ensemble est documentée tout au long des Actes. Le proconsul romain de Chypre, Sergius Paulus, accueille Paul et Barnabas avec joie et répond positivement à leur message (Ac 13.7–12). Le magistrat en chef de Philippes s'excuse auprès de Paul et de Silas lorsqu'ils se font battre et détenir de façon illégale (16.37–39). Le proconsul d'Achaïe, Gallion, trouve Paul innocent aux yeux de la loi romaine (18.12–16). À Éphèse, le magistrat intervient dans l'attaque d'une foule contre Paul et ses compagnons, rejetant les accusations portées contre eux (19.35–39). Un tribun du contingent militaire romain à Jérusalem arrête Paul, mais il s'avère avoir en fait sauvé l'apôtre de la colère de la foule ; dans sa lettre au procurateur Félix, le tribun reconnaît que Paul n'est pas coupable selon la loi romaine (23.26–29). Le même verdict est répété après l'inculpation de Paul devant Félix, son successeur Festus, et Hérode Agrippa II : « Cet homme n'a rien fait qui mérite la mort ou la prison » (26.31). L'histoire de Luc atteint son point culminant lorsqu'il raconte comment Paul poursuit son activité missionnaire à Rome, le cœur même de l'Empire, avec la permission des gardes impériaux (28.30–31). Il est clair tout au long de la défense de Luc que les conflits qui ont accompagné les débuts et le progrès du christianisme n'étaient pas principalement dus à une quelconque raison provenant du mouvement même, mais plutôt à l'opposition et à la tromperie juives.
Dans sa longue apologie en défense de l'intégrité du christianisme, les perspectives théologiques spécifiques de Luc peuvent être clairement discernées. L'ouvrage en deux volumes présente un grand schéma de l'histoire de la rédemption, s'étendant du temps d'Israël (Lc 1–2) au temps de Jésus, et se poursuivant à travers le temps de l'Église, lorsque la Bonne Nouvelle en faveur d'Israël est étendue à toutes les nations. Parallèlement à cette insistance, Luc affirme à travers tout son récit que Dieu est présent dans l'histoire du salut à travers le Saint-Esprit. Dans l'Évangile, Jésus est présenté comme l'Homme de l'Esprit ; la réalité de l'Esprit l'habilite en vue de son œuvre (Lc 3.22 ; 4.1, 14, 18). Dans les Actes, la communion des disciples de Jésus est présentée comme la communauté de l'Esprit (1.8 ; 2.1–8). Ce que Jésus, dans la puissance de l'Esprit, a commencé dans son propre ministère, l'Église, dans la puissance de l'Esprit, continue de le faire.
Pour Luc, la présence vivifiante de l'Esprit de Dieu est une réalité qui donne à la nouvelle foi sa puissance, son intégrité et sa persévérance. Il permet un témoignage fidèle (1.8) et crée une véritable communauté (2.44–47 ; 4.32–37), ce que le monde antique désirait désespérément. L'Esprit dans la nouvelle communauté amène courage et audace (voir les défenses de Pierre dans les ch. 2–5), donne la capacité de servir (ch. 6), surmonte les préjugés comme dans la mission en Samarie (ch. 8), brise les barrières comme dans l'épisode de Corneille (ch. 10–11) et envoie des croyants en mission (ch. 13).
L'histoire entière est également ponctuée par la centralité de la résurrection de Jésus. Luc, comme Paul (voir 1Co 15.12–21), devait être convaincu que sans la résurrection de Jésus, il n'y aurait pas de foi chrétienne du tout. Plus que cela, la résurrection a mis le sceau d'approbation de Dieu sur la vie et le ministère de Jésus, authentifiant la vérité de ses déclarations. Luc annonce son intérêt pour ce thème dès le début : le critère ultime pour le choix d'un remplaçant apostolique pour Judas est qu'il devait avoir été, avec les autres disciples, témoin de la résurrection de Jésus. Tout au long des Actes, du sermon de Pierre à la Pentecôte et des défenses devant le sanhédrin jusqu'aux discours de Paul devant Félix et Agrippa, l'Église témoigne de la résurrection de Jésus comme d'un grand renversement exécuté par Dieu (2.22–24, 36 ; 3.14–15 ; 5.30–31 ; 10.39–42).
Les Actes se divisent naturellement en deux parties, les chapitres 1–12 d'une part, et 13–28 d'autre part. La première partie, grosso-modo, contient les « actes de Pierre » tandis que la deuxième raconte principalement les « actes de Paul ». Dans les 12 premiers chapitres, Pierre est la figure centrale qui initie le choix d'un remplaçant pour Judas Iscariot (ch. 1) ; s'adresse aux foules à la Pentecôte (ch. 2) ; interprète la signification de la guérison d'un homme boiteux devant une foule au Temple (ch. 3) ; défend la proclamation chrétienne devant le conseil suprême juif (ch. 4) ; dirige les apôtres dans un ministère de guérison et parle en leur nom (ch. 5) ; se trouve au premier plan du conflit avec un magicien samaritain, Simon, de qui les gens disaient qu'il était la grande puissance de Dieu (ch. 8) ; propulse (bien que quelque peu à contrecœur) l'Évangile vers les Gentils à travers Corneille (ch. 10–11) et attire l'attention de la campagne d'Hérode contre l'Église, mais est miraculeusement délivré de prison (ch. 12).
La proclamation de l'Évangile aux Gentils par le ministère de Paul est le thème de la deuxième partie des Actes (ch. 13–28). L'histoire concerne principalement trois grandes tournées missionnaires, chacune d'elles apportant l'Évangile au sein de territoires dans lesquels il ne s'était pas encore répandu et étendant davantage encore les efforts missionnaires précédents. Le récit de la vie et de l'œuvre de Paul culmine avec son arrestation à Jérusalem (ch. 21–22), un long emprisonnement à Césarée (ch. 23–26) et un voyage à Rome (ch. 27–28).
Une autre manière d'aborder la structure et le contenu des Actes est celle des thèmes. Ceux-ci commencent par la déclaration de Jésus : « Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre » (1.8). Les Actes peuvent être vus comme l'histoire de l'accomplissement de ce « Mandat Missionnaire », se déroulant essentiellement en trois étapes : (1) témoignage au judaïsme, focalisé sur Jérusalem mais s'étendant également dans la Judée environnante et au nord en Galilée (ch. 1–7) ; (2) témoignage en Samarie par Philippe, Pierre et Jean (8.1–9.31) ; (3) témoignage au monde païen, d'abord timidement à travers Pierre (9.32–12.25), puis de manière décisive à travers Paul (ch. 13–28).
Voir aussi Luc (personne) ; Paul, l'apôtre ; Simon Pierre ; Théophile #1 ; Chronologie de la Bible (Nouveau Testament).