Apocalypse (livre)

L'Apocalypse est le dernier livre de la Bible. Il contient des prophéties concernant la fin des temps.

Sommaire

• Auteur

• Date de composition, lieu d'origine et destination

• Contexte du livre

• Différentes façons d'interpréter l'Apocalypse

• Objectif et enseignement du livre

• Résumé du livre

Auteur

Les premiers témoignages historiques attribuent la rédaction de l'Apocalypse à l'apôtre Jean, fils de Zébédée. Denys, l'éminent évêque d'Alexandrie qui était élève d'Origène (au début du 3 siècle), a été le premier au sein de l'Église à remettre en question son origine apostolique. En effet, il lui semblait que la façon d'écrire de l'auteur était très différente de celle du quatrième Évangile, qui est attribué à Jean. L'origine apostolique du livre a continué à être contestée dans les Églises de l'est jusqu'à ce qu'Athanase d'Alexandrie renverse la tendance en faveur de son acceptation vers 350 apr. J.‑C. Dans les Églises de l'ouest, le livre était accepté par la majorité et inclus dans toutes les listes principales de livres canoniques depuis au moins le milieu du 2ᵉ siècle.

Les éléments suivants peuvent être établis avec assurance sur la base des informations fournies par le livre lui-même. L'auteur s'identifie par le nom Jean (Ap 1.4, 9 ; 22.8). Ce n'est probablement pas un pseudonyme, car le livre présuppose qu'il est bien connu des Églises d'Asie mineure. Ce Jean affirme qu'il écrit en tant que prophète (1.3 ; 22.6–10, 18–19) et qu'il était en exil à cause du témoignage de Jésus (1.9). Il s'adresse aux Églises avec grande autorité. Le fait qu'il utilise l'Ancien Testament (AT) et des targoumim comme il le fait indique que c'était certainement un Juif palestinien, qui connaissait très bien les rites du Temple et de la synagogue. Ce profil correspond bien à celui de l'apôtre Jean. La différence de style entre le quatrième Évangile et celui de l'Apocalypse s'explique du fait qu'il s'agit de deux types d'écrits très différents l'un de l'autre. L'Évangile est un récit historique sélectif, alors que l'Apocalypse est un compte rendu d'expériences visionnaires et de révélations divines directes. L'auteur de l'Évangile a pu prendre son temps pour élaborer un récit mot par mot et phrase par phrase. L'auteur de l'Apocalypse a été contraint par Dieu d'écrire immédiatement tout ce qu'il lui était dit ou montré. Ainsi, l'apôtre Jean pourrait facilementnavoir été l'auteur des deux. Dans tous les cas, aucun argument convaincant n'a été avancé pour montrer que ce ne serait pas lui l'auteur.

Date de composition, lieu d'origine et destination

Il y a seulement deux dates qui sont considérées comme des possibilités crédibles concernant la date où l'Apocalypse aurait été rédigée. La première date proposée correspond à après la fin du règne de Néron (54–68 apr. J.‑C.). Un argument avancé en sa faveur est le contexte de persécution qui est évident dans le livre. Il est aussi soutenu par les partisans de ce point de vue que le livre fait allusion à la légende de Néron redivivus. Cette légende populaire affirmait que Néron allait ressusciter et exécuterait ses plans maléfiques au cœur de l'Empire romain. Les autres arguments avancés sont l'allusion possible au culte impérial (chap. 13) et l'allusion au temple de Jérusalem (chap. 11). Or le Temple a été détruit en 70 apr. J.‑C., ce qui supposed une date de rédaction antérieure.

L'autre date qui est souvent soutenue affirme que l'Apocalypse a été rédigée bien plus tard. Ce point de vue repose principalement sur le témoignage d'Irénée de Lyon, qui dès le 2e siècle écrit que l'apôtre Jean « a vu l’Apocalypse… à la fin du règne de Domitien » (81–96 apr. J.‑C.).

Le lieu d'origine du livre est clairement indiqué. Il s'agit de Patmos, l'une des îles Sporades, située à environ 60 kilomètres au sud-ouest de Milet, dans la mer Icarienne (1.9). Suite à son ministère de témoin de Jésus et à des persécutions de la part d'autorités religieuses ou civiles, Jean y aurait été exilé (1.9).

Les destinataires du livre sont les sept Églises historiques de la province romaine d'Asie (l'actuelle Turquie occidentale) : Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée (1.4, 11 ; 2.1, 8, 12, 18 ; 3.1, 7, 14).

Contexte du livre

Le livre de l'Apocalypse diffère des autres écrits du Nouveau Testament (NT), non pas en matière de doctrine, mais (1) à cause de son genre littéraire qui est unique dans le NT et (2) à cause de son sujet. L'Apocalypse est une prophétie (1.3 ; 22.7, 18–19). Le livre contient des avertissements et du réconfort. Les prédictions de jugements et de bénédictions à venir sont communiquées par des symboles et des visions.

Les expressions et les images utilisées dans le livre n'auraient pas été aussi étranges pour les lecteurs du premier siècle que pour beaucoup aujourd'hui. Le lecteur moderne comprendra beaucoup mieux le message de l'Apocalypse en se familiarisant avec les livres prophétiques de l'AT, notamment Daniel et Ézéchiel.

Même si cette façon de présenter les prophéties par le biais de visions et et de symboles peut sembler moins claire et frustrer le lecteur, elle communique ce qui se passe dans le monde invisible avec plus de force et de clarté qu'il ne serait possible autrement. Ce langage a la capacité d'évoquer une riche association de thèmes, d'implications et de leçons spirituelles. Tout cela n'est pas possible de la même manière que le discours « ordinaire » (en prose) que l'on trouve dans la plupart des livres du NT, qui ne peuvent communiquer de façon aussi riche.

Les lettres aux Églises dans la première partie du livre indique que cinq sur les sept mentionnées avaient de graves problèmes. Le principal de ceux-ci était l'infidélité envers Christ. Ceci indique que la préoccupation première du livre n'est pas politique ou sociale, mais spirituelle. Le message de Jean s'oppose principalement aux hérésies qui s'infiltraient dans les Églises vers la fin du premier siècle. Il semblerait que ces hérésies aient été liées à l'émergence du gnosticisme. Le gnosticisme était une philosophie qui enseignait que ce qu'on fait dans le corps n'a pas d'importance spirituelle.

L'Apocalypse est couramment considérée comme appartenant au genre littéraire « apocalyptique ». Les passages ou livres écrits ainsi sont parfois appelés des « apocalypses ». Le mot « apocalypse » tire son origine du mot grec apokalupsis, qui signifie à l'origine révéler, découvrir ou manifester. Les autres livres qui sont considérés apocalyptiques ne font pas partie du canon biblique. Ils ont été écrits entre 200 av. J.‑C. et 200 apr. J.‑C. Même s'il existe de nombreuses similitudes entre ces livres et l'Apocalypse, il y a d'importances différences.

Jean doit beaucoup plus à l'enseignement eschatologique de Jésus dans le discours du mont des Oliviers (Mt 24–25 ; Mc 13 ; Lc 21) et à l'AT qu'à quels que soient d'autres écrits apocalyptiques. L'Apocalypse a une relation unique à l'AT. Sur ses 404 versets, 278 mentionnent ou font allusion à des passages de l'AT. L'Apocalypse fait le plus fréquemment référence aux livres d'Ésaïe, de Jérémie, d'Ézéchiel et de Daniel, mais aussi à Exode, au Deutéronome et aux Psaumes. Cependant, si les allusions abondent, il est rare que ces passages de l'AT soient littéralement cités.

Différentes façons d'interpréter l'Apocalypse

Au cours de l'histoire de l'Église, Apocalypse 4–22 a été interprété selon quatre « écoles » (façons de lire et comprendre l'enseignement du livre) :

Lecture futuriste

Selon cette façon de comprendre l'Apocalypse, toutes les visions du livre (en dehors de celles des chap. 1–3) concernent une période de temps qui commencera juste avant le retour de Christ et continuera jusque après à la fin des temps. Les bêtes des chapitres 13 et 17 correspondent à l'Antéchrist, qui apparaîtra à la fin de l'histoire du monde et sera vaincu par le Christ à son retour. Jésus reviendra en effet pour juger le monde et établir son royaume de mille ans sur terre.

Les premiers interprètes de l'Apocalypse, tels que Justin Martyr (mort en 164 apr. J.‑C.), Irénée (mort vers 195 apr. J.‑C.), Hippolyte (mort en 236 apr. J.‑C.) et Victorin (mort vers 303 apr. J.‑C.) comprenaient le livre de cette façon. La lecture futuriste a regagné en popularité depuis le 19e siècle. C'est une interprétation fréquente parmi les évangéliques aujourd'hui.

Lecture historique

Selon cette façon de comprendre l'Apocalypse, le livre prophétise ce qui allait arriver dans l'Histoire, plutôt qu'à la fin des temps. Joachim de Flore (mort en 1202 apr. J.‑C.) est le premier à avoir proposé cette interprétation. Joachim était un moine qui disait avoir reçu une vision lui avait révélé le plan de Dieu pour les âges à venir. Pour Joachim, chacun des 1 260 jours mentionnés dans Apocalypse 11.3 et 12.6 représentait une année. Selon lui, le livre prophétise ce qui est arrivé dans l'histoire occidentale depuis l'époque des apôtres jusqu'à la sienne. Dans les versions différentes de cette façon de lire l'Apocalypse qui ont été proposées depuis, il est à chaque fois tenu que l'Antéchrist et Babylone représentent Rome et la papauté. C'est comme cela que Luther, Calvin et d'autres réformateurs comprenaient l'Apocalypse.

Lecture prétériste

Le mot « prétériste » signifie quelque chose qui concerne le passé. Cette façon de comprendre l'Apocalypse affirme que le livre concerne l'époque de son auteur. La prophétie concerne donc principalement des événements qui se produisent à l'époque de Jean. Les bêtes du chapitre 13 sont interprétés comme des symboles de l'Empire romain et du culte impérial. C'est comme cela que de nombreux érudits contemporains interprètent l'Apocalypse.

Lecture idéaliste

Cette méthode d'interprétation de l'Apocalypse comprend le livre comme une composition principalement poétique, symbolique et spirituelle. Ainsi, l'Apocalypse ne prédit aucun événement historique spécifique. Au contraire, le livre aurait pour but de décrire des vérités intemporelles concernant la guerre qui se livre entre le bien et le mal et qui se poursuit tout au long de l'ère de l'Église. Cette façon de lire l'Apocalypse est plus récente que les trois autres.

Objectif et enseignement du livre

H. B. Swete, spécialiste du NT, décrit l'Apocalypse comme une lettre qui contient une prophétie apocalyptique, mais dont l'esprit et l'objectif est clairement pastoral. En tant que prophète, Jean dénonce la fausse doctrine et les infidélités des Églises en Asie mineure. Il voulait encourager les chrétiens à être de véritables disciples en expliquant la persécution et le martyre à la lumière de la victoire sur le mal remportée par la mort et la résurrection de Jésus. Jean voulait montrer que les martyrs (p. ex. Antipas, 2.13) recevraient justice. Il révèle comment le mal prendra fin, ainsi que ceux qui suivent la bête (19.20–21 ; 20.10, 15). La victoire ultime appartient à l'Agneau et à tous ceux qui le suivent fidèlement.

Résumé du livre

La plus grande partie de l'Apocalypse est organisée en groupes de sept, les uns explicites, d'autres implicites. Il y a sept Églises (chap. 2–3), sept sceaux (chap. 6–7), sept trompettes (chap. 8–11), sept coupes (chap. 16–18) et sept dernières choses (chap. 19–22). Il est également possible de diviser l'Apocalypse sur la base de quatre visions clés : (1) la vision du Fils de l'homme parmi les sept Églises (chap. 1–3), (2) la vision du rouleau aux sept sceaux, des sept trompettes et des sept coupes (4.1–19.10), (3) la vision du retour du Christ et de la fin de cet âge (19.11–20.15) et (4) la vision des nouveaux cieux et de la nouvelle terre (chap. 21–22).

Introduction (1.1–8)

La première section du livre est composée des trois premiers chapitres et est relativement facile à comprendre. Ces chapitres, qui sont les plus connus du livre, contiennent :

  • une introduction à l'ensemble du livre (1.1–8),

  • la première vision, qui est celle du Fils de l'homme parmi les sept chandeliers (1.9–20),

  • les lettres aux sept Églises d'Asie (2.1–3.22).

Les huit premiers versets qui introduisent l'ensemble du livre sont riches en détails qui sont importants théologiquement. Après une brève préface (1.1–3), Jean adresse le livre aux sept Églises d'Asie en suivant le modèle de lettre ancien, qui est élargi pour contenir toute la prophétie (v. 4–8).

Le Fils de l'homme et les chandeliers (1.9–20)

Jean commence par expliquer brièvement les circonstances dans lesquelles il a reçu les révélations du livre (1.9–11). Il explique comment elles ont débuté par une vision de « quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme » qui marchait au milieu de sept chandeliers d'or (v. 12–16). Il s'agit de Jésus-Christ exalté (v. 17–18). Le Seigneur explique la signification de cette vision symbolique (v. 19–20). Ensuite, il commande à Jean d'écrire un message assez détaillé et spécifique à chacune des sept Églises (2.1–3.22).

Les lettres aux sept Églises (2.1–3.22)

Les domaines dans lesquels ces sept Églises étaient soit fidèles, soit infidèles sont typiques. Cette obéissance ou désobéissance peut avoir lieu dans toute Église à toute époque. Le message à chaque Église est donc aussi destiné à être un rappel pour toutes les Églises (voir 2.7, 11, 17, 29 ; 3.6, 13, 22 ; particulièrement 2.23). L'ordre des lettres (1.11 ; 2.1–3.22) correspond à l'ordre dans lequel quelqu'un serait arrivé à ces villes, en suivant la route principale qui va d'Éphèse à Laodicée.

Chaque lettre utilise la une même structure littéraire composée de sept parties :

1. L'Église à qui le message est destiné est identifiée en premier. Par exemple : « Écris à l’ange de l’Église d’Éphèse ».

2. La personne qui envoie le message s'identifie ensuite. Dans chaque cas, Christ s'identifie sur lui-même en utilisant des éléments de la vision que Jean a vue au début (1.12–20). Par exemple : « Voici ce que dit celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, celui qui marche au milieu des sept chandeliers d’or » (2.1 ; comp. avec 1.13, 16).

3. Puis Christ révèle à chaque Église qu'il connaît ses œuvres, quelles que soient les apparences. Ce que Christ connaît de chaque Église inclut généralement des choses positives. Cependant, il ne mentionne rien de positif de le cas des Églises de Sardes et de Laodicée. L'ennemi qui est à l'œuvre et qui s'en prend aux Églises de Christ est Satan, le séducteur (2.10, 24).

4. Après avoir évalué les œuvres d'une Église, Christ prononce un verdict sur là où elle en est. Par exemple : « ce que j’ai contre toi, c’est que tu as abandonné ton premier amour » (2.4) ou « Je sais que tu passes pour être vivant, et tu es mort » (3.1). Généralement, les Églises sont reprises pour leurs infidélités. Toutefois, dans le cas de Smyrne et Philadelphie, il n'y a aucun reproche. Dans ces lettres, toutes les péchés mentionnés sont représentés comme de l'infidélité envers Christ.

5. Chaque congrégation reçoit un commandement qui va au cœur de ce qu'elle traverse, souvent ce qui doit être fait pour qu'elle se repente de son infidélité. Dans le cas des Églises fidèles, ce sont des exhortations à persévérer et à tenir bon. Ces commandements ajoutent des détails révélateurs.

6. Chaque lettre inclut ensuite l'exhortation générale : « Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises ». Les paroles de Christ sont ce que dit l'Esprit (comp. avec Ap 19.10).

7. Chaque lettre conclut avec une promesse à celui qui vaincra. Chacune de ces promesses concerne ce qui arrivera à la fin des temps et est liée à ce qui est décrit dans les deux derniers chapitres du livre. De plus, ces promesses font écho à Genèse 2–3. Ce qui a été perdu par la chute d'Adam en Éden est rétabli et plus encore par Christ. Il est probable que les sept promesses ne sont que différentes facettes de tout ce qui attend les disciples fidèles de Jésus : là où il est, là seront les « vainqueurs ».

Le rouleau aux sept sceaux (4.1–8.1)

Il n'est pas surprenant que la partie de l'Apocalypse qui commence au quatrième chapitre et va jusqu'à la fin du livre ait été interprétée si différemment par les érudits. En effet, les images symboliques et les visions de cette partie du livre sont très riches. De plus, il y a débat sur comment ce qui y est dit se rapporte aux chapitres 1–3.

Le trône, le livre scellé et l'Agneau (4.1–5.14)

La vision des chapitres 4–5 comprend deux parties : une première partie centrée sur le trône de Dieu (chap. 4) et une seconde partie sur l'Agneau et le livre scellé (chap. 5). Toutefois, la vision du trône (chap. 4–5) et l'ouverture des sept sceaux (chap. 6–8) font partie d'une même vision et ne devraient pas être séparées. En fait, la vision du trône et de l'Agneau détermine ce tout qui se passe, tant l'ouverture des sceaux que les autres jugements, le salut et la nouvelle création, c'est-à-dire tout le reste du livre (voir 22.3).

Jean reçoit cette vision de la majesté et de la puissance de Dieu afin qu'il puisse comprendre le rapport entre les événements qui se produisent sur terre et l'ouverture des sept sceaux (4.1–11 ; voir aussi 1R 22.19). Dans tout le livre, il y a une correspondance entre ce qui se produit au ciel et ce qui se produit sur terre.

Le chapitre 5 fait partie de cette vision qui commence avec le chapitre 4 et se poursuit avec l'ouverture des sept sceaux (Ap 6.1–8.1). Toute la scène se concentre progressivement sur l'Agneau immolé, qui prend le rouleau de la main de celui qui est sur le trône. Elle culmine en célébrant que l'Agneau est digne de recevoir toute louange et de toute adoration à cause de son sacrifice.

Ouverture des six premiers sceaux (6.1–17)

La vision commencée aux chapitres 4 et 5 continue avec l'ouverture des sceaux du livre. La scène alterne maintenant entre l'ouverture des sceaux au ciel et ce qui se produit sur terre. L'ouverture du livre comprend tout ce qui se produit dans le reste de l'Apocalypse. Au fur et à mesure que les sceaux sont ouverts, le mystère de la volonté de Dieu se dévoile pour être pleinement accompli. Ceci inclut le dessein de Dieu et la fin de l'Histoire tant pour les vainqueurs en Christ que pour Satan, ceux qui l'adorent, la bête et la mort.

Les sceaux représentent des événements et des étapes intermédiaires qui font avancer l'histoire vers son but ultime. La question de quand se produiront ces événements est plus complexe. Ils pourraient survenir immédiatement avant la fin ou représenter des conditions générales qui seront vraies tout au long de la période précédant la fin.

Les sceaux ressemblent étroitement aux signes de la fin des temps que Jésus a annoncés dans son discours sur le mont des Oliviers (Mt 24.1–35 ; Mc 13.1–37 ; Lc 21.5–33). Cette ressemblance avec les sections majeures de l'Apocalypse est si frappante qu'elle doit nécessairement être prise en compte. Ainsi, les sceaux correspondraient au « début des douleurs » dans le discours sur le mont des Oliviers. Ce qui se produit est similaire à ce qui arrive lors des sept trompettes (Ap 8.2–11.19) et du déversement des sept coupes (15.1–16.21). Toutefois, les premiers événements ne doivent pas être confondus avec ces jugements qui arrivent plus tard et qui sont progressivement plus sévères.

Premier Interlude : Les 144 000 Israélites et la multitude revêtue de robes blanches (7.1–17)

Après le sixième sceau et les scènes de jugement précédentes, il se produit une interruption qui suspend momentanément les jugements. Ce n'est qu'au chapitre 8 que continue l'ouverture du livre avec le septième sceau. Le chapitre 7 est un donc un interlude. Jean voit d'abord que les anges qui déchaîneront la destruction sur la terre sont retenus jusqu'à ce que les 144 000 serviteurs de Dieu de chaque tribu d'Israël soient marqués du sceau de Dieu (v. 1–8). Puis il voit une multitude innombrable vêtue de blanc qui se tient devant le trône de Dieu.  Ceux-ci sont décrits comme étant ceux qui viennent de la grande tribulation (v. 9–17).

Certains pensent que les 144 000 représentent des Israélites alors que la multitude représenterait les autres nations. D'autres pensent qu'il s'agit du même groupe qui est représenté sous deux angles différents.

Ouverture du septième sceau (8.1)

Après l'interlude du chapitre 7, le dernier sceau est ouvert. Un silence d'une demi-heure se produit au ciel pour préparer le jugement sur terre ou pour faire entendre les prières des martyrs sur terre (voir 6.10).

Les six premières trompettes (8.2–11.14)

Après une scène de préparatifs au ciel (8.2–5), les anges sonnent six trompettes successivement (8.6–9.19), suivies ensuite par un autre interlude (10.1–11.14).

Les six premières trompettes (8.6–9.21)

Il y a des opinions différentes au sujet de l'ordre des événements décrits par les sceaux et les trompettes. Le point de vue représenté ici est que les cinq premiers sceaux précédent les événements introduits par les trompettes et les coupes. Cependant, le sixième sceau commence la période du déversement de la colère de Dieu. C'est celle-ci qui se déverse par les jugements des trompettes et des coupes (6.12–17).

Selon cette façon de comprendre l'ordre chronologique des événements, les trompettes font partie du jugement du septième sceau. Les coupes font partie du jugement de la septième trompette (16.1–21). Par conséquent, il y a un certain chevauchement, mais aussi une séquence et une progression entre les sceaux, les trompettes et les coupes.

Comme c'était le cas pour l'ouverture des sceaux, il y a aussi une structure littéraire claire à la séquence des sept trompettes. Les quatre premières trompettes sont séparées des trois dernières, qui sont appelées des « malheurs » (8.13 ; 9.12 ; 11.14) et qui rappellent les plaies infligées à l'Égypte dans le livre de l'Exode.

Une attention particulière est donnée aux trois dernières trompettes qui sont appelées des « malheurs » pour souligner la sévérité des souffrances qu'elles infligents (8.13). La première d'entre elles entraîne une invasion de sauterelles au pouvoir de scorpions (9.1–11) et la deuxième, une invasion de chevaux à têtes de lions et à queues de serpents (v. 13–19). Ces deux fléaux représentent probablement des hordes démoniaques (comp. avec 1, 11).

Deuxième interlude : le petit livre et les deux témoins (10.1–11.14)

Comme avant l'ouverture du septième sceau, un interlude précède la dernière trompette. Il souligne le mystère et la puissance du jugement de Dieu. Au chapitre 10, Jean reçoit un petit livre et un appel à prophétiser de nouveau « sur beaucoup de peuples, de nations, de langues et de rois » (v. 11). Le contenu de ce petit livre est probablement ce qui est décrit dans les chapitres 11, 12 et 13.

Le chapitre 11 est particulièrement difficile à interpréter. Il est question des mesures du Temple, de l'autel et des adorateurs, ainsi que du piétinement de la ville sainte pendant 42 mois (11.1–2). Deux prophètes témoignent, sont tués, puis sont ressuscités (v. 3–13). Certains pensent que cette vision prédit la restauration de la nation juive. Selon cette interprétation, les deux prophètes sont Moïse et Élie, qui sont réellement ressuscités. D'autres pensent que le Temple représente l'Église véritable qui est protégée par Dieu pendant la tribulation. Les deux témoins représenteraient l'ensemble de l'Église fidèle, qui est persécutée.

La septième trompette (11.15–14.20)

La septième trompette retentit. Dans le ciel, de fortes voix proclament le triomphe final de Dieu et de Christ. Le royaume de Dieu et de son Christ est éternel. La scène montre que l'empire du monde qui était sous l'emprise d'un pouvoir maléfique usurpateur est repris par Dieu, son légitime propriétaire et roi. L'annonce du règne de son Christ est déjà proclamée, mais l'emprise de Satan et de ses serviteurs sur le monde n'est totalement et finalement brisée qu'au retour du Christ (19.11–21).

Vision de la femme et du dragon (12.1–17)

Trois personnages majeurs sont présentés dans cette vision : une femme, un enfant et un dragon. La vision comprend trois parties principales :

  1. la naissance de l'enfant (v. 1–6)

  2. l'expulsion du dragon du ciel (v. 7–12)

  3. la persécution de la femme et de ses enfants par le dragon (v. 13–17)

Il est clair que l'enfant de la femme représente Christ. Quant à la femme qui est attaquée, de nombreux interprètes pensent qu'elle représente la communauté du peuple de Dieu. L'image peut tout d'abord évoquer Israël, qui a donné naissance au Messie, et ensuite s'étendre à la communauté chrétienne persécutée.

La femme est en proie aux douleurs de l'accouchement (v. 2). Son angoisse représente les luttes du peuple de Dieu avant la venue de Christ et du nouvel âge (Es 26.17 ; 66.7–8 ; Mi 4.10 ; 5.3).

Les deux bêtes (13.1–18)

L'attention passe de la représentation symbolique du conflit spirituel (chap. 12) à ceux dont le dragon se sert pour s'attaquer au peuple de Dieu sur terre (chap.13). Ils sont représentés par deux bêtes qui viennent du dragon. Leurs activités décrivent les dernières tentatives du dragon expulsé du ciel de faire la guerre à la descendance de la femme (12.17).

Le dragon et la première bête conspirent pour séduire la majorité de la population du monde afin qu'ils adorent la bête. Les conspirateurs invoquent un troisième personnage  : la bête de la terre, qui imite l'Agneau pour tenter de séduire même les adeptes de Jésus. Au fur et à mesure que la bataille progresse, le dragon déploie de plus en plus de stratagèmes trompeurs. Les Églises de Dieu sont appelées à faire preuve de discernement et à persévérer (comp. 13.11 avec 14.1).

La moisson de la terre (14.1–20)

Les deux chapitres précédents enseignent aux chrétiens à s'attendre qu'au fur et à mesure que la fin approche, ils seront persécutés et mis à mort. Cette section montre que leurs sacrifices ne sont pas en vain. Dans le chapitre 7, les 144 000 étaient scellés pour les protéger des jugements divins. Ils sont ici représentés comme triomphants en Christ. L'Agneau apparaît sur la montagne de Sion avec eux. Les chants de victoire du peuple de Dieu retentissent autour du trône.

Le chapitre 14 répond de façon brève à deux questions importantes :

  • Quel sera le sort de ceux qui refusent de recevoir la marque de la bête et qui pour cela sont mis à mort (v. 1–5) ?

  • Qu'arrivera-t-il à la bête et à ses serviteurs (v. 6–20) ?

Les sept coupes (15.1–19.10)

Le « troisième malheur », annoncé en 11.14, introduit une nouvelle série de jugements : les sept coupes (voir commentaires sur 11.14). Ces derniers fléaux se produisent « immédiatement après la détresse de ces jours » mentionnée par Jésus dans le discours du mont des Oliviers et pourraient bien être l'accomplissement de ses paroles apocalyptiques : « le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées » (Mt 24.29).

Préparatifs: les sept anges et les sept derniers fléaux (15.1–8)

Le chapitre 15 est étroitement lié au récit de l'exode dans l'AT et évoque la tradition liturgique des synagogues anciennes. La première vision du chapitre dépeint ceux qui sont sortis vainqueurs de la grande tribulation (v. 2–4). Dans la seconde vision, les sept anges vêtus de blanc et d'or qui tiennent les sept coupes des derniers fléaux  sortent du temple céleste (v. 5–8).

Déversement des jugements des coupes (16.1–21)

Ces jugements se succèdent rapidement, interrompus seulement par une courte pause qui célèbre la justice de Dieu (v. 5–7). La vision se hâte vers le septième jugement sur Babylone qui est mis en avant et plus détaillé. Les trois derniers fléaux ont des effets sociaux et spirituels. Ils frappent d'abord la nature, puis l'humanité.

Vision de la prostituée et de la bête (17.1–18)

La majorité des interprètes modernes pensent que le nom Babylone est utilisé symboliquement pour représenter Rome. La bête symbolise tout l'Empire romain, y compris ses provinces et ses peuples. Cependant, Babylone ne représente pas uniquement la Rome du premier siècle. Babylone ne correspond pas à une seule ville, nation ou un seul empire historique du passé ou à venir (voir 11.8). Babylone représente toutes les puissances qui servent les intérêts de Satan et persécutent le peuple de Dieu. Elle représente aussi toute l'opposition du monde contre Dieu. Babylone est une réalité qui dépasse l'histoire et qui inclut des puissances idolâtres passées aussi diverses que Sodome, l'Égypte, Babylone, Tyr, Ninive et Rome. Babylone est aussi un symbole eschatologique de la séduction et du pouvoir sataniques. Elle est présentée comme un mystère qui va bien au-delà des empires humains. Babylone représente la culture du monde qui rejette Dieu, tandis que la Nouvelle Jérusalem représente le royaume de Dieu. À l'époque de Jean, Rome était la manifestation correspondant à « Babylone ».

Chute de Babylone la grande (18.1–24)

Le chapitre 18 décrit le jugement sur la prostituée qui avait déjà été annoncé (17.1). Le renversement de Babylone est décrit comme la destruction et la ruine d'une métropole avec laquelle le monde entier faisait commerce.

Célébration de la destruction de Babylone (19.1–5)

Alors que le peuple de Dieu souffrait, le monde se réjouissait. La situation est maintenant inversée. Babylone et ses alliés se lamentent, alors que le peuple de Dieu se réjouit parce que Dieu l'a enfin jugée pour tout le mal qu'elle a fait.

Mariage de l'Agneau (19.6–10)

Les louanges se succèdent, reprises par une grande multitude au ciel (v. 6), la foule de ceux que Christ a rachetés par son sang (voir 7.9). Leurs louanges rappellent les psaumes de l'AT qui célèbrent le règne de Dieu (Ps 93.1 ; 97.1 ; 99.1).

Le retour de Christ et la fin de cet âge (19.11–20.15)

Le cavalier sur le cheval blanc et la destruction de la bête (19.11–21)

Cette vision dépeint le retour de Christ et l'ultime défaite de la bête. Cette vision peut être considérée comme le point culminant de la section précédente (v. 1–10). Elle peut aussi être considérée comme le premier d'une dernière série de sept événements : le retour du Christ, la défaite de la bête, l'enchaînement de Satan, le règne de mille ans, la libération et la fin ultime de Satan, le jugement dernier et enfin le nouveau ciel, la nouvelle terre et la nouvelle Jérusalem.

Bien que Satan ait reçu un coup mortel à la croix (voir Jn 12.31 ; 16.11), il continue à faire le mal et à séduire dans l'âge présent (voir Ep 2.2 ; 1Th 3.5 ; 1P 5.8–9 ; Ap 2.10). Pourtant, il est déjà vaincu et Christ a reçu toute autorité sur terre et au ciel. Dieu permet que Satan continue à agir dans le monde jusqu'à ce que les desseins de Dieu soient accomplis. Dans cette scène, la bête ainsi que les rois et leurs armées qui sont ses alliés sont vaincus. Ces puissances maléfiques sont définitivement et rapidement détruites par le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Dans ce conflit final et réel, ils sont totalement maîtrisés par le seul souverain légitime (Ap 19.17–21).

Enchaînement de Satan et mille ans de règne (20.1–6)

Les mille ans de règne mentionnés dans ce passage sont l'un des sujets les plus disputés et intrigants de l'eschatologie. Il y a débat sur la question des mille ans du règne de Christ. La question principale est la suivante : les mille ans de règne décrivent-ils une période littérale de paix sur terre à la fin des temps ? ou représente-t-elle symboliquement l'âge actuel pendant lequel Christ règne sur son Église ?

Certains voient dans ce passage la description d'un futur règne de Christ et de ses saints sur terre qui viendra à la fin de l'âge actuel. Il s'agira d'un règne littéral de mille ans après l'avènement de Christ. Cette perspective correspond à l'interprétation prémillénariste.

D'autres interprètent les mille ans comme symobliques du règne actuel de Christ et de ses saints au ciel. Les mille ans correpondent dans ce cas à la période de temps entre la résurrection de Christ et son avènement. Cette perspective correspond à l'interprétation amillénariste.

D'autres encore pensent que la propagation de L'Évangile amènera une longue période de paix et de justice sur terre juste avant l'avènement de Christ, qui conclura alors les mille ans. Cette perspective correspond à l'interprétation postmillénariste.

Les deux éléments suivants ressortent de la vision : (1) Satan est lié afin que son pouvoir de séduire les nations soit limité (v. 1–3) et (2) les saints sont décrits comme régnant avec Christ (v. 4–6).

  • Les prémillénaristes comprennent que Satan sera littéralement lié dans le futur et que les croyants seront ressuscités corporellement avant de commencer à régner avec Christ sur terre.

  • Les amillénaristes comprennent l'enchaînement de Satan comme la retenue (ou modération) actuelle de ses activités en conséquence de la victoire de Christ et du règne spirituel des croyants avec lui au ciel.

  • Les postmillénaristes partagent en général l'inteprétation de l'enchaînement de Satan des amillénaristes, mais soulignent ses résultats au travers de l'Histoire au fur et à mesure que l'Évangile avance.

Libération et fin ultime de Satan (20.7–10)

Dans Ézéchiel 38–39, « Gog » désigne le prince d'une armée d'envahisseurs païens du nord, en particulier des hordes scythes du lointain pays de Magog. Dans l'Apocalypse cependant, ces noms représentent symboliquement les ennemis de Christ, qui dans les derniers temps, seront séduits par Satan et attaqueront les saints.

Le jugement devant le grand trône blanc (20.11–15)

Toutes les choses de ce monde ne font que passer (1Jn 2.15–17). Cependant, le Dieu éternel sera là à la fin des temps, assis sur le trône du jugement. Tous devront comparaître devant lui (Hé 9.27). La blancheur de son trône peut représenter la sainteté et la justice de son verdict. Cette vision démontre que même s'il peut sembler que Dieu ne règne pas quand on voit ce qui se produit sur terre, tout concourt à son plan et rien n'échappe à sa souveraineté absolue.

De nouveaux cieux, une nouvelle terre et la nouvelle Jérusalem (21.1–22.5)

La théologie est représentée ici sous forme de pierres d'or aussi pur que du verre et de différentes couleurs. Les images archétypales abondent. L'Église est appelée l'épouse (21.2). Dieu promet à celui qui a soif « la source de l’eau de la vie, gratuitement » (v. 6). Le nombre 12 et ses multiples symbolisent la totalité à laquelle rien ne manque (v. 12–14, 16–17, 21). La forme cubique de la ville communique sa plénitude (v 16). Les pierres précieuses de couleur abondent, tout comme la lumière et la gloire de Dieu (21.11, 18–21, 23–25 ; 22.5). Dans la nouvelle Jérusalem se trouvent le « fleuve d'eau de la vie » (22.1) et « l'arbre de vie » (v. 2). La « mer » a disparu (21.1).

Il y a ici de nombreuses allusions à l'AT, notamment à Ésaïe 60, 65 et Ézéchiel 40–48. La vision d'une nouvelle Jérusalem d'Ésaïe est combinée avec la vision d'un nouveau temple d'Ézéchiel. Les multiples promesses de l'AT convergent pour représenter la nouvelle Jérusalem comme l'accomplissement de toutes ces prophéties. Il y a aussi des allusions à Genèse 1–3. Comme avant la chute de l'homme, il n'y a ni mort ni douleurs. Dieu est présent en personne et l'arbre de vie est à nouveau présent comme c'était le cas dans le jardin d'Éden. La malédiction de la chute n'existe plus. La création retourne à sa pureté originelle.

Les liens entre cette vision et les promesses faites aux vainqueurs dans les lettres aux sept Églises doivent être remarqués (Ap 2–3). Par exemple, aux vainqueurs à Éphèse était promis l'accès à l'arbre de vie (2.7 ; 22.2), à ceux de Thyatire, la promesse de régner sur les nations (2.26 ; 22.5), à ceux de Philadelphie, de porter le nom de la ville de Dieu, la nouvelle Jérusalem (3.12 ; 21.2, 9–27). En fait, chaque section majeure du livre est représentée dans les chapitres 21–22.

Conclusion du livre (22.6–21)

La conclusion fait écho à l'introduction du livre (1.1–8). Le livre conclut avec les voix de l'ange parlant à Jean, de Jésus, de l'Esprit, de l'épouse, et enfin de Jean lui-même : « Amen! Viens, Seigneur Jésus ! » (22.20).

Voir aussi apocalyptique ; Daniel (livre) ; eschatologie ; Jean (apôtre).

Tiré du Dictionnaire biblique Tyndale, adapté par Mission Mutual. CC BY-SA 4.0.

Références Bibliques (125)