Vue d'ensemble
• Auteur
• Date de composition
• Contexte
• Unité littéraire
• Enseignement théologique
• Résumé
Auteur
Le prophète Ésaïe, dont le nom signifie « le Seigneur sauve », a vécu et a exercé son ministère à Jérusalem. Comme il a souvent été en contact avec les rois de Juda, certains érudits pensent qu'il était lié à la famille royale. Cependant, cela n'est pas certain. Selon les chapitres 7 et 8, Ésaïe était marié et a eu au moins deux fils, Schear-Jaschub et Maher-Schalal-Chasch-Baz. Leurs noms symboliques servaient à illustrer les actions de Dieu envers la nation. Les « disciples » mentionnés dans 8.16 ont probablement aidé Ésaïe dans son ministère et ont peut-être contribué à la rédaction du livre qui porte son nom.
Ésaïe reçoit sa célèbre vision de Dieu assis sur son trône dans sa gloire dans le Temple au chapitre 6. Il « répond présent » et est prêt à aller vers qui Dieu l'enverra, même s'il doit être confronté à une forte opposition (6.9–10). Le roi Achaz s'avère particulièrement résistant aux conseils d'Ésaïe (7.4–17). Beaucoup n'accueillent pas bien sa prédication (5.10–12 ; 28.9–10). Cependant, le ministère d'Ésaïe est bien reçu pendant le règne d'Ézéchias, un roi pieux. Le roi le consulte avec empressement lors de crises (37.1–7, 21–35).
Ésaïe est le plus populaire des livres prophétiques bibliques ; c'est le plus cité d'entre eux dans le Nouveau Testament (NT). Le livre d'Ésaïe s'illustre par son élégance littéraire et la beauté de ses images et figures de style. Les chapitres 40–66 contiennent de nombreux passages mémorables qui démontrent la puissance et l'importance du message du livre. Il est donc ironique que de nombreux érudits attribuent ces chapitres à un « deuxième » ou « troisième » Ésaïe, des auteurs inconnus qui auraient écrit concernant l'exil babylonien bien plus tard qu'Ésaïe. Cependant, partout ailleurs dans l'AT, les noms des auteurs des livres prophétiques sont indiqués. L'idée que les Juifs n'auraient pas su qui a écrit les magnifiques prophéties des chapitres 40–66 serait étrane et anormale à la fois.
Date de composition
Beaucoup des événements dont il est question dans les chapitres 1–39 se sont produits à l'époque du ministère d'Ésaïe. On en déduit que la plupart d'entre eux ont probablement été écrits vers 700 av. J.‑C. ou peu après. La destruction de l'armée assyrienne en 701 av. J.‑C. représente le point culminant de la première moitié du livre. Elle accomplit ce qui avait été prédit dans 10.16, 24–34 et 30.31–33. Dans 37.38, Ésaïe relate la mort du roi Sanchérib, qui n'est survenue qu'en 681 av. J.‑C. Cela signifie que certains des premiers chapitres, ainsi que 40–66, ont probablement été écrits plus tard que les autres. Un écart de plusieurs décennies pourrait expliquer pourquoi les thèmes principaux de la première et la seconde moitié du livre sont si différents. Dans ces chapitres, Ésaïe se projette dans l'avenir, s'adressant aux Juifs qui iraient en exil à Babylone vers 550 av. J.‑C.
Contexte
Le ministère public d'Ésaïe se déroule principalement entre 740 et 700 av. J.‑C., une période de l'Histoire caractérisée par l'expansion rapide de l'empire assyrien. Sous le règne du roi Tiglath-Piléser III (745–727 av. J.‑C.), les Assyriens poussent vers l'ouest et vers le sud. Dès 738 av. J.‑C., ce roi assyrien impose un tribut à Damas et Israël. Vers 734 av. J.‑C., Retsin de Damas (Syrie) et Pékach d'Israël forment une coalition pour se rebeller contre l'Assyrie. Ils essaient d'obtenir le soutien du roi Achaz de Juda. Lorsqu'il refuse de se joindre à eux, il envahissent Juda (voir 7.1). Achaz envoie une somme considérable à Tiglath-Piléser pour lui demander d'intervenir (voir 2R 16.7–9). Les Assyriens capturent Damas et après avoir vaincu le royaume d'Israël, en font une province assyrienne.
Le roi Osée est le pantin des Assyriens. Il règne sur Israël de 732 à 723 av. J.‑C. Cependant, il finit par se révolter contre le nouveau roi assyrien, Salmanasar V, et il finit par être emprisonné. Samarie, capitale du royaume d'Israël, est assiégée et tombe en 722 av. J.‑C. C'est la fin du royaume du nord ou royayme d'Israël. Sargon succède à Salmanasar en 722 et réprime plusieurs révoltes. En 711 av. J.‑C., Sargon capture Asdod, la ville philistine. Cet événement est l'occasion de la prophétie d'Ésaïe au chapitre 20.
La rébellion qui éclate quand Sanchérib accède au pouvoir en 705 av. J.‑C. couvre encore plus de territoires. Au royaume de Juda, le roi Ézéchias arrête de payer le tribut aux Assyriens. En 701 av. J.‑C., Sanchérib envahit la Palestine pour punir les rebelles. Cette campagne est décrite dans Ésaïe 36–37. Les Assyriens assiègent et capturent de nombreuses villes de Juda. Ils viennent ensuite aux portes de Jérusalem et exigent une reddition totale. Ézéchias n'a aucune chance de vaincre cet ennemi puissant. Toutefois, il écoute Ésaïe qui l'encourage à se confier en Dieu. En une seule nuit, l'ange du Seigneur frappe 185 000 soldats assyriens, anéantissant ainsi quasiment toute l'armée de Sanchérib (Es 37.36–37).
Ézéchias essaye de se rapprocher d'adversaires de l'Assyrie. Il montre ses trésors aux envoyés du roi de Babylone (39.1–4). Ésaïe l'avertit alors qu'un jour, les armées babyloniennes viendraient conquérir Jérusalem et emporteraient non seulement ces trésors, mais aussi les habitants de la ville comme prisonniers (v. 5–7). Ésaïe a donc prédit la captivité à Babylone de 586–539 av. J.‑C. (voir 6.11–12). Il a aussi annoncé que Dieu allait ramener son peuple d'exil (48.20). Le royaume chaldéen de Nebucadnetsar serait l'instrument du jugement de Dieu sur Juda. Cependant, eux aussi finiraient par tomber.
L'une des prophéties les plus remarquables d'Ésaïe annonce à l'avance que ce serait un roi perse, nommé Cyrus, qui ferait tomber Babylone en 539 av. J.‑C. et libérerait Israël d'exil (44.28). Avec les Mèdes (13.17), Cyrus remporte plusieurs victoires importantes avant d'envoyer ses troupes contre Babylone. Ésaïe le décrit comme oint par le Seigneur pour délivrer Israël (45.1–5).
Unité littéraire
Le fait que le livre d'Esaïe fait allusion à l'empire babylonien ainsi qu'à l'empire perse a amené certains à affirmer que certaines parties du livre ont été ajoutées plus tard. Les chapitres 40–66 changent brusquement de sujet et se concentrent sur des prophéties concernant la période de l'exil de 550 av. J.‑C. Or, cet exil commence presque 150 ans après la mort d'Ésaïe. Dans ces chapitres, le serviteur de l’Éternel joue un rôle important et le roi messianique passe en arrière-plan. La poésie des chapitres 40, 53, 55 et 60 est remarquable et communique un message pénétrant et puissant.
Même si certains considèrent que de tels éléments montrent que ces différentes parties d'Esaïe proviennent d'auteurs différents, il y a d'autres éléments qui indiquent que le livre entier vient d'Esaïe. La parenthèse historique des chapitres 36–39 sert de pont qui relie les chapitres 1–35 et 40–66. Les chapitres 36–37 terminent la section du livre consacrée aux Assyriens alors que les chapitres 38–39 introduisent ce qui concerne les Babyloniens. La plupart des chapitres de liaison sont écrits en prose, tandis que les autres sont en grande partie poétiques. Des éléments de vocabulaire et de style unissent l'ensemble du livre, par exemple, « le Saint d'Israël », un titre de Dieu caractéristique d'Ésaïe. Ce titre apparaît 12 fois dans les chapitres 1–39, et 14 fois dans les chapitres 40–66, mais seulement sept fois dans le reste de l'AT. Les célèbres chants du serviteur de 52.13–53.12 sont liés à des passages antérieurs, notamment les chapitres 1–6. Par exemple, le serviteur qui est frappé et blessé (53.4–5) reçoit la même punition que la nation battue et blessée de 1.5–6 (comp. aussi 52.13 avec 2.12 et 6.1).
Enseignement théologique
Ésaïe a une importance parmi les livres de l'AT qui se compare à celle de Romains dans le NT. Comme Romains, Ésaïe dévoile au peuple rebelle de Dieu son péché, ainsi que le salut et la grâce de Dieu. Dieu est le Saint d'Israël (1.4 ; 6.3). Il ne peut tolérer le péché et punit les coupables. Dans les prophètes, l'intervention de Dieu pour juger son peuple (5.30 ; 42.25) et les autres nations (2.11, 17, 20) est appelée le Jour de l'Éternel. Dans sa colère, Dieu étend la main sur son peuple et le frappe (5.25), mais sa colère se déverse encore plus sur Babylone et les nations impies (p. ex. 13.3–5 ; 34.2).
Le jour du Seigneur qui amène la chute de l'Assyrie et de Babylone, les deux puissances qui ont détruit Israël et exilé son peuple, est un jour de célébration victorieuse (10.27 ; 61.2). Ésaïe 63.4 appelle ce jour l’année des rachetés de l’Éternel. Au début de son histoire, Israël avait été racheté de l'esclavage en Égypte. Le retour de la captivité babylonienne est tout autant un sujet de joie et de célébration (52.9 ; 61.1). Cependant, le peuple de Dieu ne serait totalement et complètement racheté que par la mort de Christ. Ésaïe 53 décrit les souffrances et la mort de notre Seigneur. Son ministère en tant que serviteur souffrant est introduit dans 49.4 et 50.6–7. Esaïe 49.6 déclare que le serviteur sera « la lumière des nations ». Les regards du livre se tournent vers des événements qui se produiront au retour de Christ. Ésaïe prédit un âge messianique de paix et de justice. « De leurs glaives ils (les nations) forgeront des hoyaux, et de leurs lances des serpes » (2.4) et le « Prince de la paix » régnera pour toujours (9.6–7).
Tout au long du livre, Dieu est présenté comme le Créateur tout-puissant (48.13). Il est le souverain exalté qui est assis sur un trône très élevé, « le Roi, l’Éternel des armées » (6.1, 5). Il règne sur les armées de la terre (13.4). Il destitue les princes et les juges à sa guise (40.23–24). Devant lui, « les nations sont comme une goutte d’un seau » (40.15), et comparées à lui, toutes les idoles sont sans valeur et sans pouvoir (41.29 ; 44.6). Il est le Dieu qui fait sentir sa colère à ses ennemis et manifeste sa puissance à ses serviteurs (66.14).
Résumé
Messages de jugement et d'espoir (1–12)
Dans le premier chapitre, Ésaïe appelle Israël (y compris Juda) « une nation pécheresse » à cause de sa rébellion contre Dieu. Même si le peuple offre régulièrement des sacrifices à Dieu, leur culte est hypocrite, une tentative de masquer leur oppression des pauvres et des démunis. Le Seigneur appelle la nation à se repentir de son péché, sinon elle devra subir les feux du jugement.
Après cette introduction, Ésaïe décrit la paix qu'il y aura pendant l'âge messianique (2.1–4). Le jour viendra où toutes les nations obéiront à la parole de Dieu et vivront en paix. Jérusalem, « la montagne du Seigneur », sera élevée et « toutes les nations y afflueront » (2.2–3). Cependant, au temps présent décrit par Ésaïe, Israël et les nations se sont soulevées contre le Seigneur. C'est pourquoi il les jugera en faisant une grande démonstration de sa puissance. Ce jugement atteindra Israël et ses chefs impies seront perdus. Ces chefs impitoyables, qui refusent de se repentir, mourront ou seront exilés. Le chapitre 3 se termine en dénonçant l'orgueil et la vanité des femmes de Sion. Elles aussi seront abaissées et humiliées. Quand Jérusalem sera purifiée de son péché, un reste (les réchappés d’Israël) vivra sous le règne de paix du « germe de l’Éternel », qui protégera et abritera son peuple (4.2–6).
Dans 5.1–7, Ésaïe prophétise sur Israël sous forme d'un cantique. Israël y est représenté comme la vigne de Dieu. Celui-ci a fait tout ce qui était possible pour assurer une récolte de bons raisins. Toutefois, la vigne n'a produit que de mauvais fruits et a dû être détruite. Ésaïe prononce ensuite six malheurs contre Israël et annonce que l'armée assyrienne envahira le pays. C'est dans le contexte du péché d'Israël qu'Ésaïe relate son appel de prophète (chap. 6). Lors de cet appel, il reçoit reçu une vision de l'Éternel exalté sur son trône. Esaïe est abasourdi par la majesté et la sainteté de Dieu. Il réalise à quel point il est indigne et à quel point il est pécheur, et se pense perdu. C'est alors qu'un ange lui annonce que ses péchés sont pardonnés. Quand l’Éternel demande qui sera son messager, Ésaïe répond. L'Éternel l'envoie prophétiser à un peuple insensible et endurci de cœur.
Le roi de Juda, Achaz, incarne le manque de foi et l'endurcissement de la nation. Le chapitre 7 raconte un échange entre Ésaïe et ce roi impie. Alors qu'Achaz est menacé d'invasion par les royaumes de Damas et d'Israël, il refuse de croire que Dieu va protéger Juda comme Ésaïe le lui affirme. Ésaïe donne alors à Achaz le signe d'Emmanuel (7.14). La « jeune fille » (Segond 21 : « la vierge ») dont il est question sera en fin de compte Marie et « Emmanuel » le Christ (Mt 1.23). Toutefois l'accomplissement immédiat de la prophétie pourrait bien avoir été la naissance du fils d'Ésaïe, Maher-Schalal-Chasch-Baz (Es 8.3). (Voir les quatre interprétations différentes de ce passage dans l'article intitulé Conception virginale de Jésus).
Le nom du fils d'Ésaïe, qui signifie « prompt au butin, proche au pillage », voir v. 1) devait être un signe que bientôt les ennemis de Juda allaient tomber. « Emmanuel » signifiait que Dieu serait avec Juda (v. 10). Cependant, Ésaïe avertit que si Achaz choisit de demander l'aide du roi d'Assyrie plutôt que de croire en Dieu, les puissantes armées d'Assyrie envahiraient également Juda un jour (voir 7.17–25 ; 8.6–8). La destruction causée par l'invasion assyrienne plongerait Juda dans la famine et la détresse (8.21–22).
Néanmoins, les ténèbres et les angoisses de l'invasion assyrienne ne dureraient pas indéfiniment, car un temps de paix et de joie viendrait (9.1–5). Les versets 9.6–7 annoncent la venue d'un enfant qui sera un roi juste et régnera pour toujours. Ce « Prince de la paix » est le Messie, le « Dieu puissant » dont le royaume est décrit dans 2.2–4.
Cependant, dans un avenir plus proche, Israël et Juda devront subir les souffrances de la guerre comme punition de leurs péchés. La colère de Dieu est sur son peuple à cause de son orgueil et de son arrogance. Ses chefs n'écoutent en rien les supplications des pauvres et de ceux qui sont dans le besoin. La nation malheureues sera dévastée par la guerre civile et les invasions étrangères (9.8–10.4). Une fois le péché d'Israël puni, Dieu se retournera contre l'Assyrie, l'instrument qu'il a utilisé pour juger d'autres nations. En effet, les victoires de l'Assyrie l'ont remplie d'orgueil et d'avidité. Pourtant, au moment même où Jérusalem sera sur le point de succomber, Dieu abattra l'armée assyrienne comme un cèdre du Liban et il épargnera son peuple (10.26–34).
Après avoir décrit la défaite de l'Assyrie, Ésaïe prédit la restauration d'Israël et le règne puissant du Messie (chap. 11). Les Israélites ainsi que les autres nations viendront à Jérusalem et jouiront d'une ère de paix et de justice. L'Esprit de Dieu reposera sur le Messie alors qu'il fera mourir les impies et qu'il jugera les pauvres et les malheureux dans la justice. Ésaïe conclut cette première section du livre par deux brefs cantiques de louange qui célèbrent le salut de Dieu dans le passé et sa promesse de bénédictions à venir (chap. 12).
Oracles contre les nations (13–23)
Ésaïe commence sa série d'oracles de jugement contre les nations en consacrant deux chapitres à Babylone. À l'époque, ce n'est pas encore la puissance dominante qu'elle deviendra plus tard. Située au sud de l'Assyrie, Babylone finira par conquérir Jérusalem (entre 605 et 586 av. J.‑C.). Cependant son tour d'être conquise viendra, car les Mèdes (13.17) et les Élamites la vaincront et la captureront (539 av. J.‑C.). Malgré toute la gloire que les futurs rois de Babylone allaient obtenir, Dieu allait faire descendre toute leur pompe dans la tombe (14.9–10). Ce chapitre conclut par de courts oracles contre l'Assyrie et les Philistins.
Moab était l'un des plus anciens ennemis d'Israël. Ce petit pays, peuplé par les descendants de Lot et situé à l'est de la mer Morte, fait aussi l'objet de deux chapitres. Le chapitre 15 prédit que les villes de Moab seront submergées par le deuil. Un bref interlude exhorte les Moabites à se soumettre à Israël et à son Dieu (16.1–5). Cependant, l'orgueil de la nation la mènera à la ruine. Les lamentations remplissent le pays dont les belles vignes et les champs sont détruits.
Au chapitre 17, un quatrième oracle est prononcé contre Damas et Éphraïm (le royaume du nord d'Israël). Cet oracles répond probablement à leur alliance contre Juda vers 734 av. J.‑C. Les deux nations feront face à la ruine. Éphraïm est condamné pour avoir abandonné le Seigneur, le Dieu de son salut et son rocher (17.10).
Dans les chapitres 18 et 19, Ésaïe s'adresse aux nations au sud de Juda : l'Éthiopie et l'Égypte. Ces deux pays se lient étroitement entre 715 et 633 av. J.‑C. En effet, un Éthiopien nommé Chabaka devient alors alors pharaon (roi d'Égypte). Mais l'Égypte est divisée, et elle est opprimée par les rois assyriens. Ses chefs étaient réputés pour être sages, mais l'Égypte est menacée de ruine économique et d'écroulement politique (19.5–15). Pourtant, Esaïe annonce qu'un temps viendra où les Égyptiens seront restaurés et adoreront le Dieu d'Israël. Tout comme l'Assyrie et Israël, l'Égypte deviendra une bénédiction (19.24). Certains interprètent ceci comme une prophétie de la venue du salut aux nations au temps de l'Église, mais d'autres y voient une allusion à la paix de l'âge millénaire (voir 2.2–4 ; 11.6–9). Dans l'avenir proche cependant, l'Assyrie allait emmener de nombreux Égyptiens et Éthiopiens en captivité (chap. 20).
Le chapitre 21 contient un deuxième oracle sur Babylone (comp. avec 13.1–14.23). Ésaïe est stupéfait en considérant l'étendue de la chute de Babylone (21.3–4). Lorsqu'elle s'effondrera, le monde saura que ses dieux sont en fait impuissants (21.9 ; voir Ap 14.8; 18.2).
Parmi les nations et les villes qui sont condamnées pour leurs péchés se trouve aussi la ville de Jérusalem (chap. 22). Comme ces nations, Jérusalem est pleine de réjouissances (22.2) mais va bientôt connaître les terreurs d'un siège. Puisque le peuple ne se fie plus au Seigneur (v. 11), il sera livré à l'ennemi. L'infidélité de Jérusalem est illustrée par celle de Schebna, un haut fonctionnaire infidèle, matérialiste et orgueilleux. Il perdra son poste au profit du pieux Éliakim (v. 15–23).
Le dernier oracle de jugement est contre la ville de Tyr (chap. 23). Elle ne sera pas conquise jusqu'à ce qu'elle tombe face au siège d'Alexandre le Grand contre sa forteresse insulaire en 332 av. J.‑C. Après la chute de Tyr, l'économie de tout le monde méditerranéen se retrouve ébranlée. En effet, sa flotte de navires assurait le transit de beaucoup de produits commerciaux entre nations lointaines et proches.
Jugements et bénédictions (24–27)
Cette partie du livre conclut les chapitres 13–23 de façon dramatique. Elle annonce le jugement de Dieu sur les nations et l'inauguration de son royaume. Un pays souillé doit subir sa punition (24.5–6) et même les forces de Satan feront face au jugement (v. 21–22).
Au chapitre 25, Ésaïe célèbre le grand triomphe de Dieu à venir. En ce jour, la mort sera engloutie et l'Éternel essuiera les larmes de tous les visages (25.8). Moab symbolise les ennemis de longue date d'Israël qui seront abaissés (v. 10–12). Jérusalem sera une forteresse pour les justes (26.1–3). Dans 26.7–19, la nation prie pour que ces promesses deviennent réalité. Les versets 20–21 indiquent que le Seigneur répondra. Il déversera sa colère sur une terre maudite par le péché et sur le serpent léviathan, qui représente probablement Satan lui-même (27.1). Lorsque cela se produira, Israël deviendra une vigne qui portera du bon fruit et qui sera une bénédiction pour le monde entier (27.2–6 ; comp. avec 5.1–7). Cependant, Israël devra d'abord subir guerre et exil, puis un reste reviendra à Jérusalem.
Autres oracles de jugement (28–33)
Le livre revient au temps d'Ésaïe. Le prophète prononce d'autres oracles de jugement sur les royaumes du nord et du sud, ainsi que sur l'Assyrie (chap. 33). Le chapitre 28 commence en décrivant le déclin de la puissance de Samarie, la capitale du royaume du nord. Les versets 7–10 décrivent les dirigeants de Juda de la même manière. Ils n'ont pas écouté le message d'Ésaïe et se sont éloingnés de Dieu. Le jugement arrive et leur préparation ne leur serviront à rien (v. 15, 18). Dieu combattra contre Israël (v. 21–22), et même Jérusalem sera assiégée jusqu'à ce que Dieu, par miséricorde, finisse par intervenir en sa faveur (29.1–8). En raison de l'hypocrisie de leur culte religieux, le peuple mérite sa punition. Toutefois, à l'avenir, Israël reviendra vers le Seigneur et recevra bénédictions matérielles et spirituelles (29.17–24).
Les chapitres 30 et 31 dénoncent l'alliance que Juda se propose de faire avec l'Égypte pour contrecarrer l'Assyrie. Dieu veut que son peuple se confie en lui, pas en leurs voisins peu fiables au sud. Le Seigneur promet de protéger Jérusalem (30.18 ; 31.5) et de vaincre l'armée d'invasion assyrienne (30.31–33 ; 31.8–9). Personne ne peut résister à la puissance de son épée.
Aux chapitres 32 et 33, Ésaïe revient sur le thème du règne juste du roi messianique. Sion jouira enfin de paix et de sécurité (32.2, 17–18 ; 33.6). Au 8ᵉ siècle av. J.‑C., la situation du royaume de Juda incite les femmes à se sentir en sécurité (32.9). Toutefois, Ésaïe leur annonce qu'elles vont être dans le deuil, car les troupes assyriennes dévasteront le pays. Cependant, les lamentations prendront bientôt fin, car le prophète annonce que le malheur viendra frapper l'Assyrie (33.1). Ésaïe prie pour la destruction de l'Assyrie (33.2–9) et Dieu promet d'agir (v. 10–12). Les soldats et les fonctionnaires ennemis disparaîtront du pays, car le Seigneur sauvera son peuple et lui accordera justice et sécurité.
Suite des jugements et des bénédictions (34–35)
Cette section constitue le point culminant qui fait suite aux chapitres 28–33. Une fois de plus, un jugement cataclysmique précède un temps de bénédiction et de restauration. Au chapitre 34, Ésaïe dépeint un jugement à l'échelle cosmique dans le contexte des derniers jours. Le ciel et la terre subissent la colère de Dieu, qui est déversée sur les nations. Le verset 4 de ce chapitre sera repris plus tard dans la description de la grande tribulation d'Apocalypse 6.13–14. Comme Moab (voir Es 25.10–12), Édom représente le monde jugé par l'épée du Seigneur au jour de sa vengeance.
Après ce sombre discours, le prophète revient aux prophéties de la période de joie et de restauration à venir (chap. 35). Le désert en fleur symbolise le moment où Dieu viendra racheter son peuple, un temps de bénédictions matérielles et spirituelles. Cette scène glorieuse parle à la fois du retour d'exil des Israélites et du retour de Christ à venir.
Parenthèse historique (36–39)
Ces chapitres forment un pont qui relie les deux moitiés du livre. Les chapitres 36 et 37 contiennent l'accomplissement des prophéties d'Ésaïe sur l'effondrement de l'Assyrie, et les chapitres 38 et 39 introduisent la captivité babylonienne qui devient le contexte des chapitres 40–66. En 701 av. J.‑C., Sanchérib, roi d'Assyrie, exige que Jérusalem se rend inconditionnellement. Il envoie son général de campagne s'adresser au peuple pour tenter d'obtenir leur soumission. Il tient des discours démoralisants et essaie de les convaincre qu'il serait préférable pour eux de se rendre. Étonnamment, le peuple ne panique pas et ne cède pas sous les menaces. Le roi Ézéchias demande à Ésaïe de prier pour la ville assiégée. Le Seigneur répond au prophète en annonçant que les Assyriens orgueilleux ne réussiront pas à faire tomber Jérusalem. Au lieu de cela, les Assyriens subissent une terrible défaite lorsque l'ange du Seigneur frappe 185 000 de leurs soldats.
Les chapitres 38 et 39 racontent une autre crise dans la vie du roi de Juda. Ézéchias est gravement malade. Cependant, Dieu répond à sa prière et le guérit miraculeusement. Ézéchias loue le Seigneur pour son intervention et sa grâce. Toutefois, lorsque le roi de Babylone envoie des messagers pour féliciter Ézéchias de sa guérison, il leur montre imprudemment ses trésors royaux. C'est alors qu'Ésaïe annonce solennellement qu'un jour, les armées de Babylone captureront Jérusalem, pilleront le pays et emporteront ces trésors.
Retour d'exil (40–48)
La captivité babylonienne finira par arriver, mais Ésaïe promet qu'elle prendra fin. La puissance de Dieu, créateur de toute chose, est incomparable. Il règne suprême, au dessus de tous les rois, de toutes les nations et de toutes leurs idoles. Il ramènera son peuple à Jérusalem. Pour rendre possible le retour d'exil de son peuple, Dieu fera venir Cyrus, le roi de Perse, sur Babylone (41.2, 25). Le Seigneur n'oublie pas son peuple. Il les exhorte à la foi et à se réjouir en lui.
Au chapitre 42, la prophétie mentionne le titre de quelqu'un de bien plus important encore que Cyrus. Les versets 1–7 décrivent le « serviteur de l’Éternel », qui apportera la justice aux nations et sera « la lumière des nations » (42.6). Il s'agit du Messie, et la rédemption qu'il accomplira au Calvaire sera bien plus importante que la libération de l'exil (voir chap. 53). Ces versets constituent le premier de quatre passages poétiques sur le serviteur de Dieu, qui sont appelés les chants du serviteur. Sur fond de la bonne nouvelle qui accompagne le serviteur, Ésaïe loue le Seigneur qui punit le méchant et sauve son peuple égaré. Le chapitre 43 déclare que rien ne s'opposera au retour d'Israël. Le Seigneur ne se souviendra plus de leurs péchés et répandra son Esprit sur leurs descendants (44.3).
Le livre d'Ésaïe souligne la grandeur incomparable de Dieu. Par contre, les idoles ne sont rien et n'ont aucun pouvoir réel. Dans 44.6–20, Ésaïe use d'ironie pour montrer à quel point il est futile de fabriquer des idoles. Dieu seul a le pouvoir de créer et de restaurer et il fera venir Cyrus pour permettre le retour des exilés et la reconstruction de Jérusalem. Les chapitres 46 et 47 soulignent particulièrement le contraste écrasant entre le Dieu d'Israël et les idoles de Babylone. Lorsque Dieu élèvera Cyrus, les idoles de Babylone seront incapables de sauver leur nation. La souveraine des royaumes s'effondrera avec ses sorciers et astrologues (47.5). Le dernier chapitre de la section répète que Dieu utilisera Cyrus le Perse pour libérer son peuple de la captivité à Babylone (chap. 48).
Le salut et le serviteur de l’Éternel (49–57)
Les chapitres 49–53 contiennent les trois derniers chants du serviteur (voir aussi 42.1–7) et culminent avec sa mort pour les péchés du monde (52.13–53.12). Dans le deuxième chant du serviteur, Ésaïe décrit l'appel et le ministère du serviteur. Il fera face à beaucoup d'adversité quand il mettra en œuvre le salut d'Israël et des nations (49.1–7). Le reste du chapitre 49 décrit principalement comment Dieu ramènera Israël d'exil. Bientôt, le pays sera rempli d'une grande multitude (v. 19–21) et les nations reconnaîtront que l'Éternel est Dieu et qu'Israël est son peuple (v. 22–23).
Israël avait justement mérité de partir en exil à cause de ses péchés (50.1–3). Les souffrances du serviteur, au contraire, sont totalement imméritées (v. 4–11 : le troisième chant du Serviteur). Les coups et les moqueries mentionnés au verset 6 prophétisent ce que Christ endurera (voir Mt 27.26, 30 ; Mc 15.19). Aux versets 10–11 d'Ésaïe 50, toute la nation est appelée à se confier en l'Éternel, comme le serviteur. Il y a en fait un reste fidèle dans la foi et obéissant au Seigneur (51.1–8). Le Seigneur leur promet de les ramener dans leur patrie. Israël a bu la coupe de la colère de Dieu (v. 17, 22), mais à la nouvelle de la libération de l'exil, même les ruines de Jérusalem feront éclater des chants de joie (52.7–10).
Pourtant, la meilleure nouvelle de toutes est le salut du péché. Le dernier chant du serviteur (52.13–53.12) prédit comment Christ obtiendra la rédemption des péchés. Ce bref passage prophétise qu'il sera dédaigné (53.3) et qu'il sera un sujet d'effroi (52.14). Il sera semblable à un agneau qu'on mène à l'abattoir (53.7), il se chargera de nos péchés et de nos douleurs en mourant dans l'ignominie. Ceux qui observeront le penseront frappé et puni par Dieu (v. 4). Mais il sera en fait « blessé » et « brisé pour nos iniquités » (v. 5). Les premiers et derniers paragraphes de cette section déclarent qu'après sa souffrance, le serviteur sera hautement exalté (52.13–15 ; 53.10–12). Ce qui semblera être une terrible défaite sera en réalité une victoire sur la mort et sur Satan et apportera le salut à beaucoup.
Immédiatement après la prophétie de la mort du serviteur, une grande joie est annoncée pour tous les peuples. Au chapitre 54, cette joie se manifeste en déclarant que Jérusalem est restaurée en tant qu'épouse du Seigneur. Les descendants de celle qui était considérée stérile seront nombreux et désireux d'apprendre du Seigneur. Pour la première fois, Ésaïe mentionne les « serviteurs du Seigneur » au pluriel (54.17). Apparemment, cela inclura tous ceux qui croient, qu'ils soient Israélites ou des nations (voir 65.8–9, 13–15). La joie et la prospérité sont aussi des thèmes du chapitre 55, qui invite à un banquet spirituel. Tous les peuples sont exhortés à se tourner vers le Seigneur qui tient ses promesses à Israël. Dans 56.1–8, les étrangers sont invités à venir à la « montagne sainte » de Dieu à Jérusalem, car le Temple sera une maison de prière pour toutes les nations (56.7; voir aussi Mt 21.13).
Alors que les Israélites incrédules sont condamnés, les étrangers qui s'attachent à Dieu reçoivent promesses et assurances. Dans 56.9–57.13, Ésaïe revient encore sur le thème du jugement. Israël souffre parce que ses dirigeants sont impies et parce que le peuple se rend coupable d'idolâtrie. La guérison spirituelle n'est possible que si les individus se repentent. Sinon, ils ne feront pas faire partie du reste qui reviendra d'exil et qui jouira de la paix dans la Terre promise.
Bénédiction ultime et jugement final (58–66)
Les neuf derniers chapitres d'Ésaïe mettent l'accent sur la rédemption et la gloire, mais le thème du jugement à venir reste également très présent. Les chapitres 58 et 59 déplorent les péchés d'Israël. Le peuple est hypocrite dans son culte. Il est égoïste et ne respecte pas le sabbat. Le mensonge, l'oppression et le meurtre séparent le peuple du Dieu qu'il professent. Lorsque le prophète Ésaïe confesse ouvertement ces péchés (59.12–13), le Seigneur annonce des mesures en faveur de son peuple. Tel un puissant guerrier, il sauvera le reste croyant qui est à Babylone et les ramènera à Jérusalem.
Au chapitre 60, la gloire et la richesse de Jérusalem à venir atteignent de nouveaux sommets. La ville et le sanctuaire sont ornés avec une splendeur qui rappelle la prospérité du règne de Salomon. Tout comme les nations ont honoré Salomon, les dirigeants de la terre apporteront leur aide aux exilés et les fortifieront à leur retour. Il est vrai que le gouvernement perse a aidé les Juifs à plusieurs reprises. Toutefois, les promesses décrites ici seront pleinement accomplies pendant le millénaire et dans la nouvelle Jérusalem (voir Ap 21.23 ; 22.5). Les anciennes ruines seront reconstruites (Es 61.4). Le Seigneur réalisera toutes les promesses de ses alliances avec Abraham et David (Es 61.8 ; voir Gn 12.1–3 ; Es 55.3). Jérusalem sera la ville du peuple saint, les rachetés du Seigneur (Es 62.12), et le Seigneur prendra plaisir en elle (v. 4).
Pour sauver son peuple, Dieu jugera d'abord les impies. Ce jugement est représenté par la pratique bien connue en Orient de fouler les raisins pour en faire sortir le jus (63.2–3). Ainsi, les impies seront broyés par le jugement au Jour du Seigneur (voir 13.3 ; 34.2). Puisque Dieu a promis d'intervenir en faveur de son peuple, Ésaïe prie pour que cette promesse se réalise (63.7–64.12). Il rappelle la fidélité que Dieu a déjà démontrée dans le passé et implore qu'il ait de nouveau pitié de son peuple qui souffre.
Le chapitre 65 montre ce que Dieu répond à la prière d'Ésaïe. Dieu promet de rendre la Terre sainte à ses serviteurs, à ceux qui l'adorent et lui obéissent. Mais ceux du peuple qui persistent dans leur obstination seront dans l'angoisse et détruits. Les serviteurs de Dieu peuvent être plein d'allégresse, car Dieu va créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre (65.17–25). Une ère de paix, de longue vie et de prospérité suivra. Sa description inclut des caractéristiques de l'âge millénaire et de l'éternité (voir chap. 60).
Le chapitre 66 conclut le livre en revenant sur les thèmes du salut et du jugement. Dieu réconfortera Jérusalem et la bénira abondamment, mais les pécheurs subiront sa colère. Ceux qui l'honorent vivront pour toujours, tandis que ceux qui se rebellent subiront un rejet éternel.
Voir aussi Ésaïe (personne) ; Israël (histoire) ; Messie ; prophétie ; prophète, prophétesse ; Serviteur du Seigneur ; conception virginale de Jésus.