Première des deux épîtres générales écrites par l'apôtre Pierre.
Sommaire
• Auteur
• Date de composition, origine et destinataires
• Contexte
• Objectif et enseignement théologique
• Contenu
Auteur
L'auteur se présente comme l'apôtre Pierre (1P 1.1) et l'un des témoins des souffrances du Christ (5.1). C'est donc l'un des apôtres choisis à l'origine par Jésus, à qui il a donné l'autorité de parler en son nom (Mc 3.14–19). Également appelé Simon et Céphas, Pierre a probablement vu et ressenti les dernières heures de souffrance de Jésus plus intensément que n'importe lequel des autres apôtres (14.54) parce qu'il l'avait renié trois fois (v. 66–72). Dans 1 Pierre, les souffrances de Jésus sont mentionnées au moins quatre fois (1P 1.11 ; 2.23 ; 4.1 ; 5.1).
Pierre était connu comme l'apôtre aux Juifs, tout comme Paul était l'apôtre aux Gentils (Ga 2.7). Comme Pierre était un missionnaire itinérant (1Co 1.12 ; 9.5), il avait peut-être déjà rendu visite aux Églises d'Asie Mineure à qui il envoie cette lettre.
Pierre a été avec Jésus pendant son ministère terrestre ; peut-être que cela peut expliquer la forte influence de l'enseignement du Christ dans cette lettre. À l'exception de Jacques, 1 Pierre reflète probablement plus les paroles de Jésus que toute autre lettre du NT.
Certains érudits pensent que le grec de cette lettre est d'un trop bon niveau pour avoir été écrit par un ancien pêcheur dont la langue maternelle était l'araméen. Ils pensent aussi que la doctrine présentée dans la lettre ressemble trop à celle de Paul pour avoir été écrite par un apôtre dont la position était différente de celle de Paul. Ils en concluent donc que quelqu'un d'autre que Pierre a écrit cette lettre après sa mort et a utilisé son nom pour lui donner une autorité apostolique.
D'autres érudits répondent que si l'auteur avait voulu donner de l'autorité à une lettre dont l'enseignement ressemble à celui de Paul, il aurait utilisé son nom plutôt que celui de Pierre. Ils répondent aussi que la plupart des Galiléens apprenaient probablement l'araméen et le grec dès leur plus jeune âge. Ils ajoutent qu'il n'y a aucune preuve de différence fondamentale entre les enseignements de Pierre et de Paul. Paul réprimande Pierre (Ga 2.11–14) à cause d'un manquement temporaire dans sa conduite, pas à cause d'un désaccord doctrinal fondamental. De plus, certaines des doctrines clés de Paul sont absentes de 1 Pierre (p. ex. la justification). Les doctrines de 1 Pierre qui sont similaires à celles de Paul sont communes à toutes les premières Églises. Nous pouvons raisonnablement en conclure que l'apôtre Pierre a rédigé cette lettre. Cependant, il semble assez clair que Silas (appelé également Silvanus) l'a aidé à le faire (1P 5.12). Ceci peut signifier que : (1) Silas a servi d'amanuensis (secrétaire) à Pierre et/ou (2) Silas a traduit la lettre que Pierre lui dictait en araméen vers le grec, ou (3) Silas a composé une lettre basée sur les pensées de Pierre.
Date de composition, origine et destinataires
Les personnes à qui la lettre de 1 Pierre est adressée vivaient dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie. Ces provinces romaines couvraient tout sauf la partie la plus au sud de l'Asie Mineure. Cela correspond à la majeure partie de la Turquie moderne.
Le christianisme y avait peut-être été amené par des pèlerins juifs convertis à Jérusalem le jour de la Pentecôte (voir Ac 2.9). Cependant, il est plus probable que ces Églises incluaient certaines des Églises fondées par Paul lors de ses premier et deuxième voyages missionnaires, ainsi que d'autres fondées par des missionnaires inconnus. Pierre ne s'inclut pas explicitement parmi « ceux qui vous ont prêché » (1P 1.12).
Il n'est pas clairement indiqué si les destinataires de la lettre étaient des chrétiens juifs ou des Gentils qui étaient païens avant de venir à la foi. 1 Pierre 1.1 les identifie ainsi : « à ceux qui sont étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l'Asie et la Bithynie ». Le verset 1.17 les décrit comme des pèlerins et le verset 2.11 comme étrangers et voyageurs sur la terre. Cela indique que c'étaient dans un sens ou un autre des exilés. C'étaient peut-être des Juifs littéralement exilés en dehors de la Palestine ou des exilés au sens spirituel comme le sont tous les croyants sur terre parce que leur véritable patrie est au ciel. Personne ne conteste qu'il y avait (et qu'il y a toujours) une dispersion juive (la Diaspora). Pierre considère peut-être l'Église comme le véritable Israël (voir Rm 2.29 ; Ga 6.16 ; Ph 3.3) et transfère peut-être simplement le langage de l'exil de la nation d'Israël à l'Église. L'expression qui décrit les croyants dans 1 Pierre 2.11 est presque identique à celle que l'on trouve dans Hébreux 11.13 (voir aussi Gn 23.4 ; Ps 39.12).
L'hypothèse a été proposée que la dispersion dont parle 1 Pierre 1.1 concerne des chrétiens (Juifs et Gentils), plutôt que des Juifs seulement. Un argument est avancé contre cette hypothèse : Pierre était spécifiquement l'apôtre aux Juifs (Ga 2.7) et l'utilisation très fréquente de l'Ancien Testament dans cette épître exige des lecteurs juifs. Cependant, plusieurs passages démontrent que le ministère de Pierre n'était pas exclusivement limité aux Juifs (1Co 1.12 ; Ga 2.12). De plus, l'utilisation de l'AT dans sa lettre ne devrait pas surprendre, même si les destinataires n'étaient pas des Juifs. En effet, beaucoup de Gentils s'étaient d'abord convertis au judaïsme (comme Corneille, Ac 10.2) et connaissaient bien l'AT.
La question de l'identité juive ou principalement non-juive des destinataires de 1 Pierre trouve sa réponse dans plusieurs passages de la lettre qui montrent leur arrière-plan païen. 1 Pierre 2.10 dit qu'autrefois, ils n'étaient « pas un peuple », une allusion à Osée 2.23 (Lo-Ammi signifie « pas mon peuple », voir Rm 9.25). 1 Pierre 4.3 décrit leur conduite passée comme marcher « dans la dissolution, les convoitises, l'ivrognerie, les excès du manger et du boire, et les idolâtries criminelles ». Cela ne décrirait pas des Juifs incroyants, dont les problèmes spirituels n'étaient pas l'immoralité, mais plutôt l'hypocrisie et le légalisme. La conclusion est que les destinataires de cette lettre devaient inclure de nombreux chrétiens gentils en Asie Mineure, que Pierre décrit comme des étrangers et des exilés dans le monde.
La plupart des érudits pensent que cette épître a été écrite à Rome. Un indice en est donné dans 5.13 : « L'Église des élus qui est à Babylone vous salue ». Babylone était devenue le symbole d'une grande ville puissante et maléfique. Ce nom était donc utilisé comme une sorte de nom de code pour parler de Rome dans beaucoup d'écrits chrétiens anciens (p. ex. Ap 14.8 ; 16.19 ; 17.5 ; 18.2, 10, 21 ; voir aussi Oracles sybillins 5.143, 159).
1 Pierre a probablement été composée en 64 ou 65 apr. J.-C. (voir la section suivante).
Contexte
D'autres livres du NT abordent parfois le fait que chrétiens traversent des épreuves et souffrent, mais dans 1 Pierre, c'est le sujet principal. Il est souvent question de comment les chrétiens doivent se comporter lorsqu'ils sont maltraités (1P 1.3–7 ; 2.12, 20–23 ; 3.13–17 ; 4.12–19 ; 5.9–10). Il n'est pas certain qu'ils étaient particulièrement victimes de persécution officielle de la part des autorités. Les abus contre les chrétiens semblaient être ordinaires partout (5.9). Des maîtres cruels maltraitaient parfois leurs serviteurs chrétiens (2.18–20). Des épouses chrétiennes devaient parfois endurer des maris durs et incroyants (3.1–6). Souvent, certains essayaient de trouver des raisons d'accuser les chrétiens (à tort) d'être des malfaiteurs (2.12 ; 3.9, 16 ; 4.15–16).
Même si une persécution systématique de la part des autorités n'est pas la préoccupation de Pierre, la lettre semble indiquer que quelque chose de pire allait arriver (4.12–19). L'apôtre redoute apparemment que la tension entre les croyants et la société n'empire.
Selon la tradition de l'Église des premiers siècles, Pierre a été crucifié à Rome pendant la persécution de Néron. Il n'y a aucune bonne raison d'en douter. Cette épître a été écrite depuis Rome et que 4.12 et 17 impliquent une crise imminente comme celle des chrétiens à Rome en 65 apr. J.-C. Nous pouvons donc supposer qu'elle a été écrite peu de temps avant le début de la persécution des chrétiens par Néron à Rome.
Selon l'historien Tacite, Néron a blâmé les chrétiens pour l'incendie de Rome pour étouffer la rumeur selon laquelle il l'aurait lui-même provoqué (avec pour objectif de pouvoir construire une plus grande ville). Sa persécution implacable des chrétiens n'avait pas encore commencé lorsque cette épître a été écrite (voir 2.14 ; 3.13). Toutefois, Pierre avait peut-être anticipé cette persécution et voulait peut-être préparer les Églises en dehors de Rome, au cas où la persécution les atteindrait également. La persécution de Néron n'a apparemment pas affecté les chrétiens dans les provinces en dehors de Rome. Toutefois, cela ne diminue pas la valeur de la lettre de Pierre, car elle enseigne principalement la manière dont les chrétiens doivent se comporter dans la société et la bonne façon de réagir aux abus et à la souffrance.
Si cette analyse du contexte de 1 Pierre est correcte, sa date de composition doit être au début ou au milieu des années 60. En effet, l'incendie de Rome a éclaté le 19 juillet 64 apr. J.-C., et la persécution a eu lieu plus tard cette année-là, ou au printemps 65.
Objectif et enseignement théologique
Le principal objectif de 1 Pierre est d'exhorter les chrétiens à bien se conduire entre eux (3.8 ; 5.1–7) mais surtout dans la société et envers les non-chrétiens (2.12). Ils doivent ainsi rendre témoignage de leur espérance en Christ à la gloire de Dieu (3.1, 15). La lettre vise à aider les chrétiens à comprendre et à endurer les abus qui sont fréquents dans les rapports avec les non-chrétiens (1.6–7 ; 2.12, 18–25 ; 3.9, 14–17 ; 4.1–5, 12–19 ; 5.8–10).
L'exhortation de Pierre se base sur la Bonne Nouvelle du salut de Dieu par la mort, la résurrection et le retour de Christ. Dieu est miséricordieux (1.3 ; 2.10) et « le Dieu de toute grâce » (5.10 ; 5.12). L'espérance du chrétien est la manifestation ultime de la grâce au retour de Christ (1.13). Dieu a connu d'avance et déterminé (1.2, 20 ; 2.8) un plan de rédemption pour créer un peuple saint qui lui appartienne (2.9–10). Christ a donc été envoyé dans le monde pour réaliser cette rédemption pour le bien des élus de Dieu (1.20). Il est la pierre maîtresse sur laquelle Dieu construit l'Église, « choisie et précieuse devant Dieu » mais « rejetée par les hommes » (2.4) qui n'ont pas cru en lui (v. 7). Cependant, ses souffrances (1.11 ; 4.1, 13 ; 5.1) n'ont pas été une tragédie dénuée de sens. Elles étaient pour le bien de son peuple (2.21, 24 ; 3.18), afin de les racheter par son sang précieux de leur vaine manière de vivre (1.18–19).
Mis à mort quant à la chair, il a été « rendu vivant quant à l'Esprit » (3.18). Ressuscité des morts et glorifié (1.21 ; 2.7), il est assis à la droite de Dieu, la place où demeure l'autorité (3.22). De plus, nous devons essayer d'expliquer le lien entre la Bonne Nouvelle du salut que Dieu a rendu disponible et notre bonne conduite. La Bonne Nouvelle doit être proclamée pour pouvoir changer la vie de ceux qui l'entendent. Cette proclamation se fait par la puissance du Saint-Esprit de Dieu (1.12). Ce n'est pas simplement un « bulletin d'information » mais « la parole vivante et permanente de Dieu » (1.23 ; voir aussi 4.11). Par la Bonne Nouvelle, Dieu se créé un peuple en les appelant « des ténèbres à son admirable lumière » (2.9 ; voir aussi 1.15) et « en Jésus-Christ à sa gloire éternelle » (5.10). Ce changement est décrit dans 1 Pierre comme une « vie nouvelle » (1.3, 23, Semeur). Ceux qui sont nés de nouveau se distinguent par l'« espérance vivante » qu'ils ont en Christ (1.3, 13).
Cette espérance, qui repose sur la résurrection du Christ et la certitude de son retour, transforme le comportement (1.13–15). Nous n'avons plus à chercher la satisfaction ou l'épanouissement par des moyens nuisibles et dénués amour. En remettant nos âmes au fidèle Créateur (4.19 ; 5.7), nous pouvons endurer patiemment les souffrances injustes (2.20), ne pas rendre le mal pour le mal (3.9), et chercher à partager la miséricorde de Dieu avec les autres en leur faisant du bien (2.12, 15 ; 3.11, 16 ; 4.19).
L'espérance vivante chrétienne ne nous conduit pas à sortir de la société des non-chrétiens, mais à changer notre comportement envers eux. Les chrétiens sont décrits comme citoyens sous ceux qui les gouvernent (2.13–17), comme esclaves de maîtres cruels (v. 18–25) et comme épouses de maris non croyants (3.1–6). Quand nous vivons comme des personnes nouvelles et pleines d'espoir dans la société, les autres peuvent voir nos bonnes oeuvres et rendre gloire à notre Père dans les cieux (2.12 ; voir aussi Mt 5.16).
Contenu
1.1–2
Cette section décrit l'élection du peuple de Dieu dans trois propositions :
Tout d'abord, elle est basée sur « la préconnaissance de Dieu » (Darby). Cela ne signifie pas seulement que Dieu savait à l'avance qui il élirait. Comme dans 1.20 (voir Darby) la préconnaissance inclut probablement aussi le dessein de Dieu (voir Am 3.2 ; Ac 2.23 ; Rm 8.28–30 ; 11.2 ; 1Co 8.3 ; Ga 4.9).
Deuxièmement, l'élection s'effectue « par la sanctification de l’Esprit ». L'élection implique l'œuvre efficace de l'Esprit qui amène une personne à l'obéissance de l'Évangile (voir Rm 1.5). Dans Éphésiens 1.4, l'élection remonte à « avant la fondation du monde ».
Troisièmement, l'élection des chrétiens est « afin qu’ils deviennent obéissants, et qu’ils participent à l’aspersion du sang de Jésus-Christ ». L'aspersion désigne probablement ici l'effet de la mort du Christ qui purifie notre conscience et notre comportement quand nous mettons notre foi en lui (voir Hé 9.13–14).
Ainsi, le peuple élu de Dieu tire son origine de la préconnaissance et du dessein de Dieu. Il doit son appel et sa conversion à l'œuvre du Saint-Esprit, et l'obéissance à Dieu est son but au quotidien (voir 1P 1.14).
1.3–12
Cette section décrit à quel point le salut est extrêmement précieux. C'est un riche héritage, qui est absolument parfait et ne diminue jamais en beauté ou en valeur (v. 4). C'est la récompense de notre foi (v. 9) et la cause d'une joie inexprimable (v. 6–8). L'objet des recherches et du désir des saints prophètes d'autrefois, ce salut est tellement incroyable que même les anges désirent y plonger leurs regards (v. 10–12).
Le salut provient de la grande miséricorde de Dieu et est devenu disponible grâce à la résurrection de Jésus d'entre les morts (v. 3). Même si un héritage futur est prêt à être révélé à la fin des temps (v. 5), il y a déjà de nombreux avantages spirituels actuels pour ceux qui sont en Christ. L'un d'eux est la promesse de la puissance de Dieu qui garde le croyant dans la foi (v. 5). Cela ne signifie pas que les chrétiens échappent aux difficultés. Parfois, il peut être nécessaire qu'ils souffrent (v. 6). Quand cela arrive, ils ne doivent pas se plaindre mais considérer la souffrance comme un feu purificateur qui est pour leur bien. En effet, l'épreuve de la foi la rend comme de l'or pur (v. 7). Ainsi, la souffrance peut servir à préparer le croyant à recevoir tout ce que le salut comporte, car la foi épurée aura pour résultat final la bénédiction.
La foi fonctionne différemment de la vue. En effet, les croyants n'ont jamais vu Jésus. Pourtant ils croient en lui et l'aiment (v. 8). L'espérance repose sur des bases sûres (3.15) car elle est fondée principalement sur la résurrection de Jésus (1.3), un événement historique réel.
1.13–25
Pierre donne maintenant un commandement : espérez pleinement dans la grâce qui sera à vous à la révélation de Christ (v. 13), et menez une nouvelle vie dans l'obéissance à Dieu (v. 14–15). L'espérance signifie ici un désir intense de quelque chose, et la confiance que cette chose va arriver. Ainsi, Pierre commande aux Églises de désirer ardemment le retour de Christ et d'être assurées de sa gloire et de sa venue. Les croyants doivent utiliser leur intelligence et rester éveillés (sobres) à ce qui est vraiment précieux dans la vie (v. 13). L'espérance complète en Christ doit toujours conduire à une vie sainte. Si nous nous réjouissons d'être les enfants de Dieu (v. 14), nous imiterons certainement celui qui est notre Père (v. 15–16 ; voir aussi Lv 19.2).
Mais il y a une autre motivation à la bonne conduite : la crainte de Dieu, qui juge chaque personne selon ses œuvres (1P 1.17). Bien que Pierre utilise ici la crainte comme motivation, il nous assure également que nous avons été rachetés de notre vaine façon de vivre par le sang précieux du Christ (v. 18–19). Nous sommes sauvés par la foi et non par les œuvres. Pierre veut probablement que nous craignions le mécontentement de Dieu face à l'incrédulité. Lorsque la lettre dit qu'il jugera nos œuvres, cela signifie probablement qu'il cherchera des preuves d'une conduite obéissante et aimante, qui est le signe certain de l'espérance et de la foi. Si nous manquons de cela, la crainte de son jugement devrait nous ramener à sa miséricorde, où nous pourrons trouver la paix et la joie, qui à leur tour, mèneront à l'amour.
Cet amour est commandé envers les croyants au verset 22. L'espérance n'est pas mentionnée dans les versets 22–25, mais elle est implicite lorsque Pierre dit que nous sommes nés de nouveau par la parole vivante et permanente de Dieu. Puisque « la parole du Seigneur demeure éternellement » (v. 25 = Is 40.6–8), ceux dont la vie en dépend demeureront éternellement aussi.
2.1–10
Les versets 9 et 10 indiquent que Pierre considère que l'Église chrétienne est un nouvel Israël. Il comprend probablement l'expérience de l'Église dans ce monde comme similaire à celle de l'exil des Juifs à Babylone (1.1, 17 ; 2.11). La conversion est une sorte d'exode hors des ténèbres, qui fait sortir de l'ancienne vie futile pour aller dans la lumière de Dieu, tout comme les Juifs étaient sortis d'Égypte pendant l'exode.
Les versets 6–8 montrent que Jésus est une pierre précieuse pour certains mais une pierre qui fait chuter les incroyants. La prédestination insondable de Dieu opère en arrière-plan (v. 8). Ceux qui croient en lui sont choisis (v. 9 ; voir 1.1) et deviennent un sacerdoce royal (voir ci-dessous sur 2.5), une nation qui a le caractère saint de Dieu lui-même (voir 1.14–15) et qui est un peuple bien-aimé qui lui appartient tout spécialement. Tout cela est dû non à notre mérite, mais à la miséricorde de Dieu (v. 10).
Les versets 1–3 exhortent à désirer le lait de la Parole et ainsi grandir dans le salut maintenant que nous avons goûté à la bonté du Seigneur.
Les versets 4–5 représentent le Christ à travers une métaphore élaborée qui combine plusieurs images. Il est représenté comme une pierre vivante. L'Église est elle représentée comme une maison spirituelle faite de pierres et comme un sacerdoce. L'Église est là où Dieu réside (voir 1Co 3.16 ; Ep 2.21–22), et est un rassemblement de serviteurs qui présentent à Dieu des sacrifices d'obéissance dans sa maison (voir Rm 12.1–2).
2.11–12
Ce passage reflète la préoccupation centrale de Pierre dans cette lettre. Puisque les chrétiens sont des exilés dans ce monde, ils ne doivent pas avoir les mêmes désirs que les incroyants. De tels désirs charnels sont éphémères et détruisent ceux qui s'y consacrent. Au lieu de cela, le nouveau peuple de Dieu doit se consacrer à faire le bien, même s'il est calomnié, car cela finira par amener certains à glorifier Dieu. La séquence est donc : désirs changés, comportement changé, Dieu glorifié (voir Mt 5.16).
2.13–17
Les chrétiens doivent montrer le respect dû à chacun (v. 13–14). Le fait que le Christ est mort pour les pécheurs est une vérité qui appelle à l'humilité et interdit aux chrétiens d'être arrogants ou de penser qu'ils ne se doivent pas d'aimer les autres (voir Rm 13.8–10). Au contraire, ils doivent regarder les autres comme étant au-dessus d'eux-mêmes (Mc 10.44 ; Ph 2.3).
Pierre déclare donc que les croyants doivent se soumettre au roi et aux autorités civiles qui sont sous lui. Ils doivent se consacrer à faire le bien afin que ceux qui disent que le christianisme ne fait aucune différence soient réduits au silence.
Cependant, la soumission aux autorités n'est pas absolue, car les chrétiens sont avant tout des esclaves de Dieu. C'est dans la liberté qu'ils reconnaissent la légitimité d'une autorité instaurée par Dieu pour préserver l'ordre dans la société. Les chrétiens servent Dieu avant tout, et le roi n'est qu'une de ses créatures. La soumission au roi est donc une soumission pour l'amour du Seigneur, et non pour l'amour du roi.
2.18–25
La conscience des esclaves chrétiens est tournée vers Dieu et façonnée par lui (v. 19). Ils ont connu sa grâce et sont exhortés ici à se reposer sur elle en endurant patiemment les mauvais traitements. Ils ne doivent pas riposter au mal : ils ont été appelés à vivre de cette manière parce que Jésus a souffert pour eux et qu'il l'a fait en tant qu'exemple. Les versets 21–23 décrivent cet exemple. Les versets 24–25 décrivent la rédemption du Christ et ses effets. Jésus n'a pas seulement montré par son exemple qu'il ne faut pas riposter, mais il a aussi permis à ses disciples de vivre de cette manière en mourant pour eux afin qu'ils puissent vivre pour la justice (v. 24). C'est lorsque les chrétiens trouvent leur sécurité et leur bonheur dans l'espérance que Christ a obtenue pour eux qu'ils peuvent avoir la liberté et le désir de suivre son exemple. Quand ils sont tentés de se venger, ils doivent se rappeler que même Jésus s'en est remis à Dieu, le juste juge (v. 23 ; voir Rm 12.19–20).
3.1–7
Il y a ici six versets qui s'adressent aux épouses et un aux maris. Comment une épouse croyante peut-elle mener son mari non-croyant à croire en Christ (v. 1) ? Pierre met en garde contre la vanité des parures extérieures (v. 3). Au lieu de cela, il insiste sur la beauté du cœur et un esprit doux et tranquille (v. 4), accompagné d'une conduite pure et aimante (v. 2), qui témoigne au mari « sans paroles » (v. 1). Ce n'est pas un appel à une soumission aveugle mais à une attitude calme de service dans la liberté et l'assurance par amour. L'épouse peut combattre ses craintes (v. 6) en suivant l'exemple de Sara, qui espérait en Dieu (v. 5). Une fois de plus donc, l'espérance est source de transformation qui permet aux croyants de se soumettre aux autres. L'épouse est d'abord sous l'autorité du Seigneur et seulement en second lieu à son mari. Comme l'esclave, l'épouse chrétienne utilisera sa conscience tournée vers Dieu (2.16) pour décider quand, pour l'amour du Christ, elle ne peut pas suivre la direction de son mari.
Les maris sont exhortés au verset 7 à conformer leurs relations avec leurs épouses à la vérité naturelle et révélée. La vérité naturelle est que les femmes sont physiquement plus faibles. Cela ne signifie pas qu'elles sont inférieures mentalement ou émotionnellement. C'est une simple constatation de fait observé : les corps des femmes ne sont pas aussi forts que ceux des hommes. Dans une culture qui n'utilisait pas de machines, la force physique était beaucoup plus importante à la survie et au confort qu'elle ne l'est aujourd'hui. Ainsi, l'homme est exhorté à utiliser sa force supérieure pour le bien de sa femme. La vérité révélée est que l'épouse doit être honorée et respectée « comme devant aussi hériter avec vous de la grâce de la vie ».
3.8–12
Ce passage conclut la section qui va de 2.13 à 3.12. Il exhorte toute l'Église à aimer en priorité la famille de Dieu (3.8), puis à aimer ceux qui y sont extérieurs et qui lui sont hostiles (v. 9–12). Le verset 9 rappelle le comportement de Jésus et ses commandements (Lc 6.27–36). Non seulement les chrétiens doivent endurer les mauvais traitements patiemment (1P 2.19–20), mais ils doivent aussi réagir positivement et « bénir » ceux qui les insultent (3.9). Les bénir signifie chercher leur bien et prier pour eux. Ce que les croyants doivent véritablement désirer pour leurs ennemis, c'est qu'ils se convertissent et reçoivent aussi les bénédictions dont les chrétiens hériteront (v. 1, 9). Le Psaume 34.12–16 est cité pour démontrer et soutenir la logique du verset 9. Si les chrétiens veulent hériter de la bénédiction du salut (1.4–5 ; 3.9), ils doivent bénir ceux qui les insultent. Cela ne signifie pas qu'ils gagnent leur salut, mais que le salut est le but de la foi (1.9) et que la vraie foi pousse toujours une personne à aimer.
3.13–17
En général, quand les chrétiens font le bien, ils ne leur sera pas fait de mal à cause de cela (v. 13). Néanmoins, cela peut faire partie de la volonté de Dieu que les chrétiens souffrent parce qu'ils font le bien (v. 17). Cela vaut mieux que de souffrir pour avoir fait le mal. C'est vrai non seulement parce qu'ils ne devraient jamais faire le mal, mais aussi parce qu'ils sont « heureux » s'ils souffrent pour la justice (v. 14 ; voir 4.14 ; Mt 5.10–12). Au lieu de craindre les gens, les chrétiens doivent plutôt s'assurer de plaire au Christ et de trouver la paix dans sa fidélité (voir 1P 3.14–15 avec Es 8.12–13). Ainsi, ils n'auront rien sur la conscience et se sentiront libres. Lorsqu'ils expliqueront la raison de leur espérance, leur comportement même témoignera de sa vérité (voir 1P 3.15 avec 1.3). Ceux qui maltraitent les chrétiens pourraient ainsi être couverts de honte (v. 16) et conquis (3.1), et ainsi en venir à glorifier Dieu (2.12).
3.18–22
Comme dans 2.21–25 et 1.18–21, ce passage souligne l'appel de Pierre à souffrir patiemment. Christ est mort une fois pour toutes pour les péchés de l'humanité. Il a ainsi rendu possible de ne plus être accablé par la culpabilité et de communier avec le Dieu de miséricorde. Les chrétiens devraient donc être capables de supporter la souffrance injuste avec humilité. Refuser de supporter des souffrances injustes est un signe de manque de foi envers le Créateur tout-puissant (4.19) qui prend soin de ses enfants et veut qu'ils se déchargent de leurs soucis sur lui (5.7).
Du temps de Noé, seuls quelques-uns avaient été sauvés (voir 3.1, 20 ; 4.17). Pierre rappelle qu'il en était de même parmi leur génération hostile. Comme les rescapés du temps de Noé l'avaient été au travers du déluge, ceux qui sont désormais sauvés le sont au travers du baptême (3.18–21). Pierre explique ce qu'il veut dire par cela : le salut ne vient pas du fait d'être purifié par l'eau du baptême, mais de la résurrection de Jésus-Christ et de l'engagement d'une bonne conscience envers Dieu (v. 21).
4.1–6
Les chrétiens doivent vivre conformément à la volonté de Dieu (voir 1.14 ; 2.1–2, 11–12, 15). Cela veut dire arrêter de se comporter comme leurs amis incroyants et entraînera probablement des calomnies (4.4). Mais cela ne doit pas pousser le chrétien à chercher à se venger, car c'est Dieu qui appliquera la justice (v. 5).
Pierre donne ce commandement : « Ainsi donc, Christ ayant souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même pensée. Car celui qui a souffert dans la chair en a fini avec le péché » (v. 1). Certains interprètent ces mots comme signifiant qu'à travers la souffrance, nous sommes de plus en plus sanctifiés. Cependant, si souffrir signifie ici mourir (comme le suggèrent le parallèle avec 3.18 et le « donc » de 4.1), il est plus probable que le verset 1 doive être compris dans le sens de Romains 6.6, 10–11.
Le sens de 1 Pierre 4.6 n'est pas facile à déterminer. Certains pensent qu'il s'agit de la même prédication que celle qui est mentionnée dans 3.19. Une autre interprétation, peut-être préférable, est qu'il ne s'agit pas ici de prédication aux morts, mais plutôt de la prédication de l'Évangile à des personnes qui sont mortes plus tard. Le sens serait que ceux qui l'ont entendu et cru, et qui sont ensuite morts, ne l'ont pas entendu en vain. En effet, l'objectif du message de la prédication était que, même si d'un point de vue purement humain ces personnes ont été jugées quant à la chair (c'est-à-dire, sont mortes), du point de vue de Dieu, elles vivent quant à l'Esprit. L'intention du verset 6 serait donc d'encourager à continuer de vivre conformément à la volonté de Dieu, même lorsque d'anciens amis méprisent l'espérance chrétienne en soulignant que même les chrétiens meurent.
4.7–11
L'importance d'être actifs en tant que chrétiens est une fois de plus mise en avant. Pour Pierre, les événements de son temps signalaient déjà le début de la fin (v. 7, 17). Réaliser cela rend d'autant plus important le besoin pour les chrétiens d'être attentifs en esprit et assidus dans la prière.
En se confiant constamment à Dieu par la prière, les chrétiens trouvent l'aide dont ils ont besoin pour s'aimer les uns les autres et faire preuve de miséricorde envers les péchés des autres (voir Ep 4.1–3). Cet amour devrait se manifester par l'hospitalité dans la joie, particulièrement importante en temps de persécution (1P 4.9). Cet amour devrait inciter les chrétiens à utiliser leurs divers dons et talents pour se fortifier mutuellement dans la foi (v. 10). Deux domaines sont donnés en exemple : la parole et le service (les ministères du prédicateur et du diacre). Le plus important dans la parole ou le service est de comprendre pourquoi ces dons ont été donnés et donc comment les utiliser. L'objectif est « qu'en toutes choses Dieu soit glorifié » (v. 11). Il peut être glorifié quand on est reconnaissant d'avoir reçu la force de servir ou des paroles d'édification.
4.12–19
Une fois de plus, Pierre revient sur le thème de la souffrance et des calomnies dont les chrétiens pouvaient être victimes. Des épreuves difficiles, comparées au feu d'une « fournaise » (v. 12), étaient à l'horizon (voir 1.6–7). Ces souffrances proviendraient probablement de personnes proches et hostiles plutôt que d'une persécution officielle par les autorités. Pour Pierre, ces événements seraient un jugement de Dieu sur le monde commençant par l'Église (v. 17–18 ; voir Pr 11.31). Toutefois ce jugement de Dieu sur l'Église avait pour but de la purifier plutôt que de la punir (1P 4.14 ; voir 1.6–7).
Pierre rappelle qu'il est normal pour le chrétien de connaître la souffrance (v. 19 ; voir 3.14 ; Ac 14.22 ; 1Th 3.3) et que Christ lui-même a été ainsi maltraité (1P 2.21–25 ; Mt 10.25). Ils encourage les disciples à confier leurs âmes à leur fidèle Créateur (1P 4.19), à se réjouir (v. 13) et à persévérer à faire le bien (v. 19), glorifiant ainsi Dieu (v. 16). Lorsque les croyants se comportent ainsi dans la souffrance, ils sont heureux (v. 14), car Dieu se montre proche d'eux et les rassure.
5.1–7
Ici encore, Pierre enseigne au sujet des relations au sein de l'Église (comme dans 3.8 ; 4.7–11). Il dit aux anciens comment être de bons bergers (5.1–4), aux jeunes comment traiter leurs anciens (v. 5), et à tout le monde comment être humble les uns envers les autres.
Pierre rappelle aux croyants que Dieu s'oppose aux orgueilleux mais accorde sa grâce aux humbles (v. 5 ; voir Mt 23.12 ; Jc 4.6). Dieu élèvera dans l'âge à venir ceux qui se seront abaissés (1P 5.6 ; voir Lc 14.11 ; 18.14 ; Jc 4.10). Il est important pour le peuple de Dieu de se décharger de ses soucis sur lui, car lui-même prend soin de son peuple (1P 5.7 ; voir Ps 55.22 ; Mt 6.25–30).
Les jeunes gens ainsi rendus humbles se soumettront à leurs anciens et les respecteront (1P 5.5). Les anciens ainsi rendus humbles ne domineront pas sur le troupeau que Dieu leur a confié (v. 3). Ils ne seront pas cupides et n'hésiteront pas à servir (v. 2), mais guideront le troupeau en lui donnant un exemple d'humilité.
5.8–11
Pierre revient à nouveau sur le sujet de la souffrance. Elle est le lot universel des chrétiens (v. 9 ; voir 4.12). Même si, d'une certaine façon, elle s'inscrit dans la volonté de Dieu (1.6 ; 3.17 ; 4.19), Satan essaye de l'utiliser pour détruire leur foi. Ainsi, Pierre fait appel à l'Église pour qu'elle reste vigilante et sobre (5.8 ; voir aussi 1.13 ; 4.7), afin que les croyants puissent résister au lion par la foi.
5.12–14
En conclusion, Pierre décrit sa lettre de « peu de mots » comme une exhortation et un témoignage concernant la véritable grâce de Dieu. Ainsi, la lettre n'est pas un appel à un dur labeur pour Dieu. Au contraire, elle appelle à reconnaître et apprécier le dur labeur de Dieu dans la grâce, et à vivre selon ce labeur. Comme mentionné plus tôt, la lettre a été écrite avec l'aide de Silas (en grec Silvanus, probablement la même personne que dans Ac 16.25 ; 1Th 1.1 ; 2Th 1.1). Elle a été écrite depuis Rome. Des salutations sont envoyées de la part de Marc (probablement l'auteur de l'Évangile et ancien compagnon missionnaire de Paul, voir Ac 13.13 ; 15.37 ; 2Tm 4.11) et de toute l'Église. Les derniers mots de Pierre invoquent la paix sur les Églises et exhorte ses destinataires à l'affection les uns envers les autres.
Voir aussi souffrance ; Pierre (l'apôtre) ; esprits en prison.