Matthieu, Évangile de

Premier Évangile et premier livre du Nouveau Testament (NT).

Sommaire

• Author

• Date et provenance

• Objectifs

• Contenu

Auteur

Le texte de l'Évangile de Matthieu n'indique pas explicitement qui en est l'auteur. Cependant, comme l'Église des premiers siècles, nous pouvons l'attribuer à l'apôtre Matthieu. Il était également connu sous le nom de Lévi (voir Mc 2.14 ; Lc 5.27, 29). Avant l'appel de Jésus, il était collecteur d'impôts (Mt 9.9ss). Seul Matthieu se désigne comme collecteur d'impôts ; aucun des autres Évangiles ne le font. Peut-être l'a-t-il fait pour rappeler à quel point le Seigneur l'a élevé de sa condition en faisant de lui un disciple. Les collecteurs d'impôts étaient méprisés et considérés comme le rebut de la société. De plus, l'Évangile de Matthieu porte l'empreinte d'un auteur qui s'y connaît en monnaies. Il désigne de façon spécifique la taxe des deux drachmes (Mt 17.24), mentionne une pièce de quatre drachmes (v. 27), et parle plusieurs fois de talents (18.24 ; 25.15ss).

Date et provenance

Les érudits sont partagés sur la question de la date de la rédaction de Matthieu. C'est principalement parce qu'il y a encore débat sur quel Évangile, de Matthieu ou de Marc, a été écrit en premier. Celui qui a été écrit en deuxième est très redevable au premier pour une grande partie de son contenu. Ceux qui défendent la priorité de Évangile de Matthieu soulignent qu'il a été : (1) reconnu dans l'Église primitive comme le premier Évangile, (2) écrit pour ceux qui auraient eu besoin d'un récit écrit en premier (les Juifs) et (3) placé en premier dans le canon du NT. Qu'il ait précédé ou suivi Marc, la majorité des érudits sont certains qu'il a été écrit avant la destruction de Jérusalem (70 apr. J.-C.). En effet, il parle du Temple comme s'il était encore en activité (Mt 24.15). Selon Irénée, Matthieu a écrit cet Évangile pendant que Pierre et Paul étaient à Rome. Cela voudrait dire qu'il a été rédigé dans les années 60 du premier siècle.

Objectifs

Apologétique

Matthieu écrit à une communauté de chrétiens juifs parlant le grec et résidant dans un centre urbain tel qu'Antioche en Syrie. La communauté à laquelle il écrit vit parmi des Juifs hostiles aux revendications de Jésus et à la communauté chrétienne. Ces Juifs s'en prennent à eux. Matthieu écrit en tant que Juif pour les Juifs. Il souligne que Jésus de Nazareth est l'accomplissement de ce que l'Ancien Testament (AT) prédit et anticipe. Jésus est le Messie qu'Israël attendait. Dans le premier chapitre, Matthieu l'identifie comme « fils de David, fils d'Abraham » (1.1) qui est véritablement « Dieu avec nous » (v. 23). Dans les chapitres suivants, Matthieu révèle que Jésus est le Fils de l'homme prophétisé dans Daniel 7 et le Serviteur souffrant annoncé dans Ésaïe 53. Tout au long du livre (Mt 1.22–27.10), il montre que les événements de la vie de Jésus sont l'« accomplissement » de prophéties de l'AT. Jésus vient apporter à Israël le salut du péché (1.21). Néanmoins, les Juifs le rejettent comme Messie et se mettent ainsi dans une situation très périlleuse (11.20–24 ; 21.33–46). Une des explications du rejet de Jésus par Israël est que les dirigeants religieux juifs ont échoué à préparer le peuple à sa venue. Matthieu dénonce les enseignants de la loi et les pharisiens sans les ménager. Ils ont abandonné la Parole de Dieu pour leurs propres traditions (chap. 15).

Enseignement pour l'Église

Matthieu écrit aussi en tant que chrétien pour des chrétiens. Il présente Jésus comme le nouveau Moïse, qui est véritablement Yahvé incarné. Jésus prononce avec autorité la loi que doit suivre son peuple (chap. 5). Celui-ci doit maintenant se définir autour de la personne de Jésus sous la direction des apôtres (10.2–4 ; 16.18–19 ; 23.8–10). Pour que l'Église chrétienne fonctionne correctement, elle doit accorder la plus haute importance à l'enseignement du Messie sur une multitude de questions morales et spirituelles (chap. 5–7, 18). Pour aider à réaliser cet objectif, l'Évangile de Matthieu est écrit sous forme de manuel théologique ou de guide pratique pour l'Église. Ce manuel théologique a pour but d'instruire le peuple de Dieu au sujet de la personne de Jésus et de son œuvre.

Matthieu présente les enseignements de Jésus de manière bien organisée et mémorable pour qu'ils soient plus facilement et solidement compris. Il les organise en cinq grands discours insérés dans le récit pour faciliter leur apprentissage. Ces discours regroupent des enseignements du même type. Par exemple, le chapitre 10 contient les instructions pour la mission. Le chapitre 13, lui, regroupe une série de sept paraboles au sujet du royaume de Dieu. Les principaux thèmes théologiques de Matthieu sont Jésus en tant que Fils de Dieu (Jésus est Yahvé incarné, « Dieu avec nous »), le royaume de Dieu (en Jésus, Dieu a envahi l'histoire afin d'inaugurer son règne ultime), le salut de Dieu (Jésus est venu « sauver son peuple de ses péchés » en tant que roi-serviteur, 1.21) et le peuple de Dieu (Jésus est venu pour bâtir son Église, une communauté des rachetés qui inclut Juifs et Gentils).

Contenu

La venue du Sauveur (1.1–2.23)

Le nom de « Jésus » (1.1) révèle sa mission, car il signifie « Yahvé sauve ». Jésus est le « fils d’Abraham » qui vient accomplir les promesses que Dieu avaient faites aux Juifs et aux Gentils dès les temps anciens (Gn 12.1–3). Il est « Christ [ou Messie] », le fils de David (Mt 1.1), qui vient inaugurer le royaume de Dieu (4.17). Plus que cela, comme en témoignent les prophéties (1.22–23) et sa conception miraculeuse (v. 18–20), il est « Dieu avec nous », celui qui est maintenant venu et « qui sauvera son peuple de ses péchés » (v. 21). En tant que fils de David, et conformément aux prophéties, il naît à Bethléhem (2.1–6). Attirés par l’étoile du Messie d’Israël (voir Nb 24.17), des Gentils viennent l’adorer (Mt 2.1–12). Lorsque Hérode cherche à le détruire, Jésus trouve refuge dans un pays de Gentils. L’appel de Dieu à son Fils hors d’Égypte marque le début d’une œuvre de salut puissante qui n'est rien de moins qu’un nouvel exode sous Jésus, le nouveau Moïse (v. 13–20). Né dans les circonstances les plus humbles, Jésus vit ensuite à Nazareth (v. 21–23).

Début du ministère de Jésus (3.1–4.25)

Comme la venue de Jésus et du royaume de Dieu vont précipiter le jugement, Jean-Baptiste appelle Israël à se repentir (3.1–12). Quand il se soumet au baptême de Jean et que la voix de Dieu se fait entendre du ciel, Jésus est révélé comme Roi qui sert ses sujets en prenant leurs péchés sur lui-même (v. 13–17). Tout comme Israël lors de l'exode, Jésus est conduit dans le désert pour y être mis à l'épreuve (4.1). Lorsque le diable cherche à l'éloigner à la fois de Dieu et de sa mission, Jésus est victorieux car il se repose sur Dieu et sur sa Parole (v. 1–11). De retour en Galilée, Jésus s'installe délibérément dans une région peuplée de Juifs et de Gentils (v. 12–16) et commence son ministère en prêchant. Comme Jean, il appelle à la repentance, car le royaume de Dieu est imminent. Jésus enseigne également, appelant ses premiers disciples, et guérit (v. 17–25).

Le Sermon sur la montagne (5.1–7.29)

Moïse était monté au Sinaï pour recevoir la loi de Dieu pour Israël. Jésus, le nouveau Moïse et Dieu incarné, monte aussi sur une montagne pour révéler ses enseignements aux citoyens du royaume de Dieu (5.1–2). Il commence par l'Évangile (et non la loi), déclarant que Dieu fera entrer dans son royaume les humbles qui, malmenés par le mal, ont foi en Dieu, obéissent à ses commandements et veulent voir venir son juste règne dans le monde (v. 3–12). Dans ce but, les disciples doivent être des agents de conservation (le sel) et des témoins (la lumière) au milieu d'une société pécheresse (v. 13–16). Jésus est venu non pour abolir la loi et les Prophètes mais pour les accomplir, c’est-à-dire pour inaugurer la nouvelle ère prédite par l'AT (v. 17). Jésus appelle donc ses disciples à l'obéissance inébranlable à la loi de Dieu telle qu'elle est maintenant exposée par le Législateur lui-même (v. 18–20).

Les commandements de Dieu portent autant sur les désirs intérieurs que sur les actions extérieures. Ils ne doivent pas être édulcorés ou rationalisés. Ils exigent une obéissance bien plus radicale qu'auparavant maintenant que la fin des temps est arrivée (v. 21–48). Par leurs dons, leurs prières et leurs jeûnes, les disciples doivent combattre l'hypocrisie en se centrant sur Dieu et en renonçant à eux-mêmes (6.1–18). La prière du Seigneur (v. 9–13) demande à Dieu d'honorer son nom en établissant son règne sur la terre, et de pardonner, protéger et pourvoir aux besoins de ses enfants. Cette prière, et une vision de la réalité qui garde Dieu en son centre (v. 19–24), enseignent aux disciples de ne pas s'inquiéter (v. 25–34). Ils doivent discerner sans condamner (7.1–6). Ils doivent aussi dépendre de Dieu pour obtenir la force nécessaire à l'amour du prochain (6.7–12). Après son exposé de la loi (5.21–7.12), Jésus appelle ceux qui veulent être ses disciples à le suivre (7.13–14). Il les met en garde contre les faux enseignants (v. 15–20) et insiste sur le fait que ceux qui sont véritablement ses disciples font la volonté de Dieu (v. 21–23).

L'autorité de Jésus (8.1–9.38)

Ayant exprimé son autorité par sa parole dans son enseignement (7.28–29), Jésus la manifeste maintenant dans ses actes à travers une série de miracles de guérison. Il se révèle ainsi à nouveau comme le Serviteur annoncé par Ésaïe (8.17). Par sa parole, Jésus guérit un lépreux, le serviteur d'un centurion et une femme souffrant d'une perte de sang (8.1–13 ; 9.20–22). Son toucher fait partir la fièvre et ressuscite une personne morte (8.14–15 ; 9.23–25). Par la parole et le toucher, il guérit des aveugles (9.27–31).

En tant que « Dieu avec nous », l'appel de Jésus exige une allégeance inconditionnelle (8.18–22). Même si Jésus manque même du confort dont jouissent des animaux (v. 20), il est maître du monde naturel et le révèle, ainsi sa divinité, en calmant la tempête (v. 23–27). Il confronte directement les démons et démontre qu'il est plus puissant qu'eux (8.28–34 ; 9.32–33). Il exerce une autorité qui n'appartient qu'à Dieu en déclarant les péchés pardonnés (9.1–8). Il appelle les pécheurs à se repentir et à devenir ses disciples (v. 9–13). La joie de l'inauguration du royaume s'accompagne d'une certaine hâte qu'il soit totalement accompli (v. 14–17). Le résumé de 9.35–38 fait écho à 4.23–25, rappelle les chapitres 5–7 et prépare au prochain grand discours de Jésus.

La mission confiée par Jésus aux missionnaires (10.1–42)

En réponse aux prières qu'il a lui-même commandé de prier, le Christ investit 12 disciples de l'autorité apostolique et les envoie dans les champs de la moisson (9.37–10.4). Son discours d'instructions s'applique à la fois à la mission des apôtres (10.5–15) et à la mission plus large de l'Église qui suivra plus tard (v. 16–42). Les apôtres doivent se concentrer sur l'évangélisation des Juifs dans un premier temps (v. 6). Cela les préparera à la mission aux Gentils (28.19). Ceux qui sont « dignes » sont ceux qui accueillent les apôtres et leur message. Ceux qui sont « indignes » sont ceux qui les rejettent (10.11–15). Quand la mission s'étendra plus encore, il y aura assurément des persécutions (v. 16–19, 24–25), mais cela même permettra de témoigner (v. 17–23). Dieu sauvera ses missionnaires fidèles (v. 19–23) et jugera ceux qui les oppriment ou qui renient le Christ (v. 26–39). La récompense des messagers et de ceux qui reçoivent le message est assurée (v. 37–42).

Christ le Seigneur (11.1–12.50)

Le jugement prédit par Jean a déjà commencé. En effet, la destinée de chacun lors du jugement dernier sera déterminée par sa réponse aux paroles et aux œuvres de Jésus (11.2–6). Comme son précurseur, Jésus rencontre beaucoup d'hostilité et d'indifférence (v. 7–19). Le caractère ultime de la grâce qui accompagne son ministère fait que le jugement de ceux qui le rejettent sera d'autant plus sévère (v. 20–24). Pourtant, tous ne sont pas ainsi. Il y a les humbles, les accablés, ceux qui veulent être enseignés et qui apprennent ce que Dieu le Père et de Dieu le Fils leur révèlent. Ces personnes-là comprennent que le « Seigneur du ciel et de la terre » est aussi le Dieu « doux et humble » qui donne du repos à ceux qui se confient en lui (v. 25–30). Jésus est celui qui inaugure le nouvel âge (12.6). Il se déclare aussi comme le Seigneur du sabbat (v. 1–8). Le repos véritable appartient à ceux qui viennent à lui (11.29).

Cependant, les pharisiens le perçoivent comme quelqu'un qui détruit le sabbat, et attribuent ses pouvoirs miraculeux à Satan (12.22–24). Jésus leur répond que le règne qu'il inaugure écrase au contraire l'empire de Satan (v. 25–29). Rejeter cette vérité en pleine conscience de ce que l'on fait, c'est commettre le péché impardonnable contre le Saint-Esprit (v. 30–32). Les paroles des accusateurs de Jésus trahissent le fait que ce sont des personnes destinées à la condamnation (v. 33–37). Le signe qu'ils demandent du ciel ne leur sera pas donné. La résurrection de Jésus est le seul signe dont ils ont besoin.

Les paraboles du Royaume (13.1–58)

Le troisième des cinq grands discours de Matthieu contient sept paraboles. Dans la parabole du semeur, il y a quatre types de sol : dur, peu profond, encombré et fertile. Ces sols illustrent différentes façons de répondre au message de Jésus (13.3–9, 18–23). Les disciples ayant accueilli la proclamation du royaume de Jésus (4.17) reçoivent plus de lumière, mais les foules doivent accepter cette proclamation initiale avant que plus de lumière ne leur soit donnée (13.10–17, 34–35). Dans la parabole de l'ivraie (v. 24–30, 36–43) et la parabole du filet (v. 47–50), Jésus assure à ses disciples que le jugement final séparera les vrais croyants des faux, et met en garde contre les jugements hâtifs et prématurés (voir 7.1–5). Les paraboles de la graine de moutarde et du levain (13.31–33) établissent un contraste entre les petits débuts de l'inauguration du royaume et la future plénitude de son accomplissement. Les paraboles du trésor caché et de la perle (v. 44–46) enseignent que trouver le royaume de Dieu a plus de valeur que quoique ce soit d'autre (voir 6.33). Dans l'enseignement de Jésus, les disciples trouvent de nouveaux trésors qui s'ajoutent aux anciens (13.51–52). Par contre, les habitants de Nazareth se font l'écho du manque de perception spirituelle des foules et de l'hostilité des pharisiens (v. 53–58).

Conflit spirituel (14.1–16.12)

Dans 14.1–12, le message de Jean met la faiblesse d'Hérode au grand jour. La décapitation de Jean anticipe la crucifixion de Jésus (voir 17.12). Le vrai roi n'est pas Hérode, mais Jésus. Sa souveraineté s'étend même sur la nature (14.13–36). Il est Dieu incarné, « Dieu avec nous », qui nourrit une multitude affamée dans le désert comme Dieu avait autrefois pourvu de la manne, et qui marche sur la mer et calme les vents impétueux (voir Ps 89.9). Pierre est un exemple à la fois de foi, de peur et de la dépendance totale des chrétiens par rapport à Jésus (Mt 14.28–31). Les pharisiens et les docteurs de la loi adorent Dieu en apparence mais sont en réalité dévoués à leurs propres traditions, qu'ils enseignent non pas comme compléments, mais comme substituts à la Parole de Dieu (15.1–9). Aux versets 10 à 20, Jésus enseigne que la loi cérémonielle, quand elle est séparée de la loi morale, devient un rituel vain. L'ancienne distinction entre aliments purs et impurs (Lv 11) est désormais aussi obsolète que la distinction entre Juifs et Gentils. Pour souligner ce point, Jésus se rend en territoire païen, y guérit une Cananéenne (15.21–28) et nourrit une multitude de Gentils (v. 29–39). Pharisiens et Sadducéens, malgré toutes leurs différences, s'unissent pour s'opposer à Jésus (16.1–12).

Le salut à venir (16.13–17.27)

Les foules ont certes du respect pour Jésus mais ne comprennent pas vraiment tout ce qu'il est. C'est Pierre qui déclare sa foi que Jésus est « le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Cette capacité à reconnaitre la divinité de Jésus lui a été accordée par Dieu (16.13–17 ; voir 11.25–26). Puisque c'est Dieu le Fils à qui appartient l'Église et qui la bâtit, Satan et la mort sont perdants plutôt que vainqueurs. Jésus bâtira son Église sur cette confession de Pierre que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. L'interdiction et l'attribution dans l'Église (« lier » et « délier », respectivement) dépendent du ciel (c'est-à-dire de la révélation divine à travers l'enseignement apostolique). Face à la confession de Pierre et à la persistance de fausses idées sur ce que son rôle de Messie implique (16.20, 23), Jésus prédit pour la première fois ses souffrances et sa gloire à venir (v. 21–28). Pour donner un avant-goût de cette gloire, il est transfiguré devant plusieurs de ses disciples. Moïse, Élie et Dieu le Père lui-même apportent leurs témoignages à la splendeur unique de Dieu le Fils (17.1–8). Jésus démontre ensuite son pouvoir en combattant les puissances démoniaques (v. 14–18) et montre son autorité en choisissant de payer la taxe du Temple par un moyen miraculeux (v. 24–27).

La grandeur dans le Royaume (18.1–35)

Dans ce quatrième des cinq grands discours de Jésus dans Matthieu, Jésus concentre son enseignement sur le caractère et les attitudes de ceux qui font partie de l'Église. Il appelle ses disciples à devenir les plus humbles et à accueillir ceux qui le sont (18.1–5). Ceux qui dirigent sont particulièrement exhortés à être exigeants envers eux-mêmes mais indulgents avec ceux dont ils ont la charge (v. 6–9). Les chrétiens doivent se souvenir de l'amour du Père pour les pécheurs et faire tous les efforts possibles (tant par la prière que par l'initiative personnelle) pour relever les frères qui ont chuté. L'excommunication vient en dernier recours (v. 10–20). Les membres de l'Église qui comprennent vraiment la grâce incroyable du Père ne cesseront jamais d'offrir le pardon et faire preuve de compassion envers ceux qui leur font du tort (v. 21–35).

Instructions en chemin pour Jérusalem (19.1–20.34)

L'enseignement de Jésus est que conformément aux ordonnances de Dieu lors de la création, le divorce est seulement permis en cas de péché, c'est-à-dire lorsque le lien conjugal a déjà été rompu par l'infidélité (19.1–9). Comme dans 5.17–48, Jésus appelle ses disciples à lui obéir radicalement (19.10–12). En plus d'instruire les disciples à devenir comme des enfants (18.1–4), Jésus lui-même accueille les enfants avec amour (19.13–15). Il appelle aussi un jeune homme riche (v. 16–22) ; mais ce dernier, bien que fidèle aux commandements concernant l'amour du prochain, est trop attaché à ses richesses pour aimer Dieu sans réserve. Pourtant, ceux qui abandonnent tout pour suivre Jésus recevront une richesse incommensurable dans le royaume à venir (v. 27–30). Ces bénédictions ne reposent pas sur le mérite de chacun mais sont le fait de l'incroyable générosité et de la grâce de Dieu (20.1–16). Personne, même le riche pour qui il est tant difficile d'entrer dans le royaume de Dieu, est au-delà du pouvoir de sa grâce. Mais Dieu rend le salut gratuit à grand prix pour lui-même (v. 17–19). Jésus reprend ses disciples pour leur esprit de compétition et d'ambition personnelle et leur enseigne que la véritable grandeur n'est pas de dominer les autres mais de les servir (v. 20–34). Il en fera la plus grande démonstration en donnant sa propre vie comme « rançon pour beaucoup » (v. 28, Segond 21).

Confrontations à Jérusalem (21.1–22.46)

Jésus entre à Jérusalem comme roi-serviteur (voir 3.17) et Messie destiné à souffrir (voir 16.16–21 ; 20.28). Il ne monte pas un cheval de guerre mais le petit d'une ânesse, car il ne vient pas déclarer la guerre à ses ennemis mais se livrer à eux et ainsi triompher par ce qui pourrait paraître une défaite (21.1–11). Puisqu'il est le Seigneur du Temple, il exige que tout commerce y cesse et qu'il redevienne, comme Dieu l'a ordonné, un lieu de culte pour tous, y compris les malades, les enfants et les étrangers (21.12–17 ; voir Mc 11.17). Il déroute ceux qui refusent de reconnaître l'origine céleste de son autorité et de celle de Jean (Mt 21.23–27). Jésus prononce un jugement sur les Juifs qui refusent de le reconnaître comme Messie et Fils de Dieu par des actions et des paroles dramatiques et accablantes. En effet, il maudit tout d'abord le figuier (v. 18–22) puis prononce trois paraboles contre ceux qui le rejettent (21.28–22.14).

Désormais, le véritable peuple de Dieu est celui qui croit en Jésus, que ce peuple soit juif ou gentil. Jésus appelle son peuple à prêter son allégeance suprême à Dieu. À la résurrection, ce qui comptera le plus sera la relation de chacun à Dieu (22.23–33). En effet, celui qui aime Dieu de tout son être et son prochain comme lui-même a respecté les deux commandements fondamentaux de l'AT (v. 34–40). Désormais, nul ne peut être obéissant à Dieu qui ne veut pas croire en Jésus et reconnaître qui il est véritablement. Il est certes le fils de David (Mt 1.1), mais plus encore, il est le Seigneur de David, le Fils exalté de Dieu (22.41–46 ; voir 16.16).

Malheurs aux scribes et aux pharisiens (23.1–39)

Dans cette section, Jésus dénonce les chefs religieux juifs pour cinq raisons. La première est que ce sont des hypocrites : leurs actions sont contraires à ce qu'ils enseignent (23.1–4). Leur pureté extérieure masque leur pourriture intérieure (v. 25–28). Ils affectent d'être les défenseurs de la cause de Dieu mais en réalité se montrent ennemis des serviteurs de Dieu (v. 29–36). La deuxième raison est l'orgueil qui motive leur hypocrisie (23.5–12). La troisième raison est qu'ils exploitent et ont un impact néfaste sur ceux qui sont sous leur responsabilité (v. 13–15). La quatrième raison est qu'ils se préoccupent de détails minutieux dans l'observation de certaines lois mais négligent les objectifs les plus importants de la loi (v. 16–24). La cinquième raison est que c'est en grande partie à cause d'eux que toute la nation va subir un terrible jugement (v. 33–39).

L'arrivée de la fin (24.1–25.46)

L'introduction de ce cinquième et dernier grand discours dans Matthieu montre clairement que pour Jésus et ses disciples, la destruction imminente de Jérusalem et la fin des temps sont étroitement liés (24.1–3). Jésus commence par décrire la période entre sa première venue et son retour : il y aura des catastrophes naturelles, des guerres internationales, l'émergence de prétendus messies, la persécution du peuple de Dieu mais aussi la proclamation universelle de l'Évangile du royaume (v. 4–14). Jésus donne ensuite des détails sur la catastrophe qui allait bientôt frapper la nation juive en particulier, telle qu'il l'avait déjà prédite dans 22.7 ; 23.38. Cette catastrophe culminerait avec la destruction de Jérusalem et de son Temple en 70 apr. J.-C. (24.15–25).

Après cela, le Fils de l'homme reviendra dans une grande gloire, au milieu de signes apocalyptiques, pour rassembler son peuple (v. 26–31). Cependant, la durée de cet intervalle est connue seulement de Dieu le Père (v. 36). Jésus annonce que la génération actuelle ne passera pas avant que le jugement ne tombe sur Israël (v. 15–25). C'est pourquoi ses auditeurs doivent prendre garde (v. 32–35). Le même avertissement s'applique au sujet du retour plus lointain du Fils de l'homme (v. 36–51). La certitude que cela arrivera et l'incertitude de quand cela se produira appellent à la vigilance et à la fidélité dans l'attente, car avec son retour viendront à la fois le salut et le jugement. Pour mieux faire comprendre cette leçon, Jésus raconte plusieurs paraboles : celle des vierges sages et insensées (25.1–13) et celle des talents (v. 14–30). La dernière parabole, celle des brebis et des boucs (v. 31–46) souligne l'importance de bien répondre aux besoins des « frères », c'est-à-dire des messagers du Christ. Ceux qui nourrissent, habillent et prennent soin d'eux démontrent ainsi qu'ils ont bien reçu le message des apôtres et de leur Seigneur (voir 10.40–42).

Vers Golgotha (26.1–27.26)

Presque comme s'ils réagissaient à ce que Jésus avait prédit qu'ils feraient, les principaux sacrificateurs et les anciens échafaudent un complot meurtrier à son égard (26.1–5). Judas leur prête assistance peu après (v. 14–16). L'onction de Jésus à Béthanie démontre un amour extravagant et annonce sa mort imminente (v. 6–13).

Pendant le repas de la Pâque (v. 17–30), Jésus révèle par quel sacrifice le nouvel exode se produira (voir 2.15). Il explique que sa mort imminente est le sacrifice expiatoire pour le pardon des péchés (26.26–28 ; voir 1.21) et parle du jour de l'ultime victoire sur le péché et sur la mort quand le royaume de Dieu sera établi dans sa plénitude (26.29).

L'agonie de Jésus à Gethsémané montre à quel point prendre sur lui les péchés de son peuple lui a coûté (v. 36–46). Son obéissance filiale extraordinaire le conduit à soumettre sa volonté au Père, afin que les Écritures soient accomplies (26.54 ; voir Es 53).

Jésus résiste aux tentatives de contrecarrer son arrestation, car il est le serviteur de Dieu qui doit souffrir (26.47–56). La cour suprême des Juifs (le sanhédrin) et leur plus haut chef religieux (le souverain sacrificateur) condamnent Jésus en l'accusant de blasphème parce qu'il ose dire qu'il est « le Christ, le Fils de Dieu » (26.57–68 ; voir 16.16).

En parallèle au rejet de Jésus par le sanhédrin, Pierre nie connaître Jésus (v. 69–75) et accomplit ainsi lui aussi une des prophéties de ce dernier (26.31–35). La désillusion de Judas le mène au suicide (27.3–10). Les Juifs livrent Jésus à Pilate, le gouverneur romain (v. 1–2), car lui seul a l'autorité de prononcer la peine de mort. Sachant que l'accusation de blasphème n'aurait aucun poids auprès de Pilate, les Juifs accusent Jésus de sédition contre César.

Finalement, le verdict de Pilate ne repose pas sur des accusations spécifiques ou des preuves, mais sur la pression de la foule et la crainte d'une émeute (v. 11–25). Il libère Barabbas et livre Jésus pour qu'il soit crucifié (v. 26).

La mort de Jésus (27.27–66)

Jésus est maltraité et humilié par les soldats romains. Il est ensuite conduit au lieu de son exécution. Affaibli par les coups, il a besoin d'aide pour porter sa croix (27.27–32). Il refuse le narcotique qui lui est proposé afin de rester lucide (v. 34). Le fait qu'il est crucifié avec des malfaiteurs (v. 38) rend témoignage au but de son sacrifice (voir 1.21). Il reçoit de nombreuses insultes qui démontrent un mépris blasphématoire pour la vérité dont l'écritoire de condamnation témoigne pourtant : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs » (27.37–44). Dans les ténèbres, Jésus pousse le cri qui révèle toute l'horreur qu'il avait anticipée et tant redoutée à Gethsémané : l'agonie suprême du porteur des péchés du monde, l'abandon du Fils bien-aimé par le Père (v. 45–49). Après avoir crié d'une voix forte (voir Jn 19.30), Jésus meurt (27.50). Immédiatement, les effets de sa mort pour le salut se manifestent (v. 51–53) : les pécheurs, désormais pardonnés, ont accès au Dieu saint (le voile du Temple est déchiré), et il y a maintenant l'espérance de la résurrection pour ceux qui sont morts. Comme au début de son ministère (2.1–12), ce sont des Gentils et non des Juifs qui rendent témoignage à Jésus (27.54 ; voir 26.63–65). L'attention minutieuse de Joseph à faire enterrer Jésus dignement offre un fort contraste avec l'attitude des principaux sacrificateurs qui continuent de résister à son pouvoir (27.57–66).

Le triomphe du Sauveur (28.1–20)

Gloire, puissance et joie accompagnent l'annonce et le témoignage de la victoire du Sauveur sur la mort (28.1–7). Jésus ressuscité apparaît d'abord aux femmes qui étaient restées avec lui lors de sa crucifixion (28.8–10 ; voir 27.61 ; 28.1). La réaction des Juifs au rapport des gardes montre leur désespoir croissant face à une réalité à laquelle rien ne peut résister (28.11–15). Quand Jésus rencontre les onze disciples sur une montagne en Galilée (v. 16–20), lui, qui est le nouveau Moïse, continue de les instruire. Il révèle maintenant le but missionnaire pour lequel Matthieu a préparé ses lecteurs dès le début de son Évangile. Les apôtres doivent faire des disciples parmi tous les peuples, les baptisant au nom du Dieu trinitaire et leur enseignant à obéir à tout ce que Jésus a commandé. Les apôtres se mettent à la tâche avec l'assurance que Jésus, le Seigneur, veille sur eux, et que lui qui est Emmanuel est avec eux jusqu'à la fin des temps.

Voir aussi Jésus-Christ (vie et enseignements) ; Luc (Évangile) ; Marc (Évangile) ; Matthieu (personne) ; Évangiles synoptiques.

Tiré du Dictionnaire biblique Tyndale, adapté par Mission Mutual. CC BY-SA 4.0.

Références Bibliques (189)