Sophonie Introduction approfondie

« Le grand jour de l'Éternel est proche... Ce sera... un jour de ravage et de destruction, un jour de ténèbres et d’obscurité... » (1.14–15). Les paroles de Sophonie glacent le sang. Le jour de l'Éternel présage-t-il la fin de tout ? Ce livre prophétique décrit le jugement à venir, tout en révélant la promesse de Dieu que son peuple fidèle pourra un jour jouir d'un monde de justice et de joie éternelles.

Contexte

Sophonie a vécu à une époque mouvementée. Vers la fin des dernières campagnes militaires du roi assyrien Osnappar, le roi Amon a apparemment conduit Juda à participer au soulèvement général anti-assyrien qui a eu lieu dans de nombreuses régions occidentales du Proche-Orient. Osnappar parvenant rapidement à réprimer la rébellion, les dirigeants de Juda ont assassiné Amon (vers 640 av. J.‑C.) pour le remplacer par son fils Josias.

Josias n'a que huit ans lorsqu'il devient roi de Juda. Il jouit d'un long règne (640–609 av. J.‑C.), et est considéré comme un roi juste. Lors de la dix-huitième année de son règne, alors qu'on effectue des réparations au Temple, on retrouve un rouleau du livre de la loi (2R 22.8 ; 2 Ch 34.14–15). Après en avoir fait faire la lecture, Josias conduit son peuple dans un renouveau et une réforme, rétablissant les pratiques religieuses ordonnées par Dieu (2R 23.1–25 ; 2 Ch 34.29–35.19).

C'est un événement crucial : avant, le royaume de Juda suivait amplement les pratiques idolâtres de Manassé et d'Amon. Le peuple était si dévoué à l'apostasie que cela l'a finalement mené à sa perte (2R 21.10–25 ; 2 Ch 33.17, 21–24).

Sophonie a rédigé cette prophétie au début du règne de Josias, après la mort d'Amon et avant que l'on ne redécouvre le livre de la loi, durant une période caractérisée par l'indifférence religieuse, l'injustice sociale et la cupidité économique (1.4–13 ; 3.1–4, 7). Les circonstances appelaient un véritable prophète de Dieu pour intervenir : un homme comme Sophonie. Il a peut-être contribué à préparer les cœurs aux réformes radicales de Josias.

Résumé

Sophonie commence sa prophétie en annonçant le jour de l'Éternel. Cette expression renvoie au jugement de Dieu sur le monde pécheur (1.2–3, 1.14–18), y compris sur son peuple en Juda et sur Jérusalem (1.4–13). Tout comme le peuple d'Israël à l'époque d'Amos (environ 125 ans plus tôt), le peuple de Juda attend avec impatience « ce jour » comme celui où Dieu les justifiera en détruisant leurs ennemis. Comme Amos, cependant, Sophonie doit prévenir son peuple que leur relation d'alliance avec Dieu ne les immunise pas contre le jugement. Parce que le jour du Seigneur s'abattra impartialement sur tous les méchants, Sophonie exhorte ses concitoyens à se repentir, à rechercher le Seigneur et à vivre dans la justice en toute humilité (2.1–3). Peut-être alors pourront-ils expérimenter la protection de l'Éternel à l'heure de sa colère.

Les implications de la prophétie de Sophonie sont claires. Les nations voisines de Juda subiront un jugement sévère pour leurs crimes contre le peuple de Dieu, pour leur fierté arrogante et leur provocation envers l'Éternel (2.4–15). Cependant, Juda n'échappera pas non plus au châtiment du Seigneur, car ses dirigeants spirituels et civils ont conduit la société à une corruption totale, bien qu'ils connaissent les normes de Dieu. En outre, le peuple de Juda n'avait pas pris bonne note du jugement souverain de Dieu sur d'autres nations pour des crimes semblables aux siens (3.1–7).

Ces jugements imminents sont précurseurs d'une époque de jugement à venir qui englobera toutes les nations de la terre (3.8). Cependant, le jugement ne sera pas la fin : le jour du jugement viendra pour laisser place au salut (3.9–20). Dieu a promis la restauration et la bénédiction pour le reste d'Israël et pour tous les peuples (3.9).

Sophonie rapporte le futur plan de Dieu pour éliminer tous les fiers et arrogants de la terre ; seuls ceux qui font confiance au nom de l'Éternel subsisteront (3.12). Dieu rassemblera son peuple dispersé et le restaurera dans son pays, où il vivra dans la droiture et la sécurité, adorant l'Éternel (3.9–12). Le reste d'Israël jouira de l'effusion des bénédictions de Dieu et trouvera en lui sa joie pour toujours (3.13–19). Le jugement et le salut annoncés dans le livre de Sophonie préfigurent l'acte final de Dieu, accordant le jugement et le salut par le retour de Jésus-Christ (voir Ap 19.11–22.5).

Auteur

On sait peu de choses sur Sophonie au-delà de sa lignée mentionnée en 1.1, qui fait remonter ses origines à Ézéchias. Les exégètes juifs et chrétiens assimilent traditionnellement cet Ézéchias au roi du même nom (voir 2R 18.1–20.20), ce qui signifierait que Sophonie est de descendance royale et probablement de bonne influence pour la vie du jeune roi Josias. L'attention inhabituelle portée sur les quatre précédentes générations de la lignée familiale laisse tout du moins supposer que Sophonie vient d'une famille distinguée.

Sophonie vit à Jérusalem et peut donc témoigner de la situation qui y règne (1.10–13). Doté d'une grande sensibilité spirituelle et de perspicacité morale, il dénonce l'apostasie et l'immoralité du peuple, en particulier celles des dirigeants (1.4–6, 9, 17 ; 3.1–4, 7, 11). Il dénonce aussi le matérialisme et la cupidité qui exploitent les pauvres (1.8, 10–13, 18). Il est conscient de la situation actuelle de chaque nation environnante et annonce le jugement de Dieu sur ces nations pour leurs péchés (2.4–15). Par-dessus tout, Sophonie se soucie grandement de la réputation de l'Éternel (1.6 ; 3.7) ainsi que de tous ceux plaçant humblement leur confiance en Dieu (2.3 ; 3.9, 12–13).

Date

Sophonie indique lui-même que son ministère prophétique s'est déroulé pendant le règne de Josias (640–609 av. J.‑C. ; voir 1.1). Plusieurs éléments suggèrent que Sophonie a prophétisé durant les premières années du règne de Josias, avant la découverte du livre de la loi et les réformes qui ont suivi. Sophonie rapporte que les pratiques religieuses en Juda sont encore corrompues par les rites syncrétiques cananéens, similaires à ceux qui caractérisaient l'époque de Manassé (1.4–5, 9). Nombreux sont ceux qui n'adorent plus l'Éternel (1.6) ; les dirigeants se plaisent à porter les vêtements de marchands étrangers (1.8), propriétaires d'importantes entreprises commerciales à Jérusalem (1.10–11) ; et la société de Juda est en proie à des maux socio-économiques (1.12–13, 18) ainsi qu'à une corruption politique et religieuse (3.1–4, 7, 11). Les réformes de Josias proposent une solution pour la majorité de ces problèmes (vers 622 av. J.‑C. ; 2R 23.4–14). De ce fait, on pourrait dater la prophétie de Sophonie entre 635 et 622 av. J.‑C.

Sens et message

Comme ses contemporains Nahum et Habacuc, Sophonie présente Dieu comme l'Éternel, celui qui règne depuis les débuts de la terre. Juge de tous (1.2–3, 7, 14–18 ; 3.8), il punit la méchanceté des hommes (1.8–9, 17 ; 3.7, 11) et des nations (2.4–15 ; 3.6). Ce juge souverain a également fixé un moment où il interviendra dans l'histoire du monde pour combattre la méchanceté et instaurer une justice éternelle. Ce jour-là (le jour de l'Éternel) englobera toutes les nations (1.2–4 ; 2.4–15 ; 3.8). Dieu déversera sa colère en jugement du péché et de la rébellion des hommes.

Sophonie souligne le problème fondamental de l'orgueil humain (2.15), qui engendre la méchanceté du cœur (1.3–6, 17 ; 3.1, 4) et suscite la pensée que Dieu n'interviendra pas dans les affaires humaines (1.12). Les hommes persistent dans la violence et la fraude (1.9), et leur cupidité opprime ceux qui les entourent (1.10–11, 13, 18 ; 3.3). Dieu peut annuler la peine que méritent les pécheurs s'ils se repentent véritablement (2.1–3), mais des vertus spirituelles telles que la justice, l'humilité, la foi et la vérité sont nécessaires (3.12–13). Dieu rassemblera et purifiera ceux restés humbles et fidèles (3.9–10), les retournera à leur terre (3.20), et leur donnera la victoire sur leurs ennemis (2.7, 9). Jérusalem sera un lieu de réjouissance (3.11, 18) car Dieu sauvera et bénira son peuple (3.14–20).

On retrouve des échos au message de Sophonie sur la responsabilité personnelle liée au péché dans des enseignements du Nouveau Testament (Rm 2.5–6 ; 2Co 5.10 ; Ap 6.17 ; 19.11–21). Il n'en demeure pas moins vrai que la riche grâce de Dieu est accessible aux humbles de cœur (1P 5.5–6), afin qu'ils puissent trouver le pardon de leurs péchés (Ep 1.7) et l'espérance certaine de la vie éternelle et des bénédictions (Ti 3.4–7 ; Ap 21.1–22.5).