Tite Introduction approfondie

L’Église de Crète était remplie de nouveaux convertis, issus d’une culture où les normes morales étaient au plus bas. Paul fait preuve d’une finesse empreinte de maturité pour appliquer la Bonne Nouvelle à la condition spirituelle et aux circonstances de ces croyants en Crète, alors que l’Église avait commencé à grandir.

Cadre

Un groupe de Crétois avait été à Jérusalem pour la Pentecôte, au moment de la naissance de l’Église chrétienne (Actes 2:11). Certains d’entre eux ont peut-être ramené la foi chrétienne sur leur île à ce moment-là, mais cette lettre à Tite suggère que l’Église de Crète n’avait été fondée que récemment, à travers la mission de Paul (voir Tite 1:5). La seule autre mention de la Crète dans le Nouveau Testament survient pendant le transfert de Paul à Rome, en tant que prisonnier (Actes 27:7–21). Paul n’a pas eu l’occasion d’avoir un ministère actif à ce moment-là. Son œuvre sur l’île a probablement commencé après les événements racontés en Actes 28:1–31 (60–62 ap. J.-C.) et avant son emprisonnement final à Rome (probablement vers 64–65 ap. J.-C.).

Tout comme pendant son premier voyage missionnaire depuis Antioche, Paul a fondé l’église de Crète sans nommer de responsables. Comme pour ces premières églises, il voulait à présent établir des responsables (comparer. Actes 14:23). Dans le cas présent, cependant, il a délégué cette responsabilité à Tite, un collaborateur de longue date. Paul était en route pour Nicopolis (sur la côte Ouest de la Grèce moderne) et voulait que Tite le rejoigne dès qu’Artémas ou Tychique serait arrivé sur l’île de Crète (Tite 3:12). Le plan de Paul de passer l’hiver à Nicopolos suggère qu’il prévoyait de prendre le bateau vers l’Ouest dès le printemps (voir 2 Timothée 4:21), probablement vers l’Italie et peut-être l’Espagne (voir Romains 15:24, 28).

En Crète, la culture extrêmement pécheresse avait un impact négatif sur les croyants de la jeune église. De plus, de faux enseignants, probablement semblables à ceux mentionnés en 1 et 2 Timothée, troublaient la communauté. Tite, en tant que représentant de Paul sur l’île, était chargé d’ordonner l’église avant l’arrivée d’Artémas ou de Tychique. Surtout, il devait nommer des anciens dans chaque ville, après quoi il irait rejoindre Paul.

Résumé

La lettre de Tite, très factuelle, donne le ton à suivre par Tite. Chaque section du corps de la lettre (1:5–3:11) est composée selon un modèle de commandements, d’argumentation et de charge. Paul répète constamment ce modèle, pour la nomination d’anciens (1:5–16), la bonne conduite à avoir parmi les membres de la famille de la foi (2:1–15) ou dans la société en générale (3:1–11). L’idée derrière les commandements de Paul à la première section, au sujet des responsables, est que la communauté est menacée par les faux enseignants et a besoin de responsables forts. Aux deux sections suivantes, sur la bonne conduite, ces commandements sont fondés sur la grâce et la miséricorde de Dieu.

Date de rédaction

Tite a été écrite à peu près au même moment que 1 Timothée. Il est possible que Paul ait écrit ces lettres, ainsi que 2 Timothée, pendant la période avant son arrestation en Actes 21, mais une date plus tardive, après son emprisonnement en Actes 28, est plus probable (voir Introduction au livre de 1 Timothée, « Date de rédaction »).

Situation en Crète

D’après la mythologie grecque, le dieu Zeus était jadis un simple homme, qui a vécu et est mort en Crète, avant de parvenir à la divinité par ses bienfaits envers les hommes (voir notre d’étude sur 1:12). L’idée d’un grand bienfaiteur humain, exalté au statut de dieu en vertu de ses bonnes œuvres, contredit la Bonne Nouvelle. Dieu s’est gracieusement abaissé jusqu’à devenir homme en Jésus-Christ, « notre grand Dieu et Sauveur » (2:13), pour nous offrir le salut par pure miséricorde (3:5).

Comparaison avec 1 et 2 Timothée

Bien que la Crète soit assez éloignée de l’église d’Ephèse (les destinataires de 1 et 2 Timothée), il y a des parallèles intéressants entre les deux situations. La caractérisation des faux enseignants et de leur enseignement (Tite 1:10–16) suggère que les enseignements auxquels il est confronté sont assez semblables aux deux endroits (voir 1 Timothée 1:4–7; 4:1–4; 2 Timothée 3:1–7; 4:3–4).

Ceci dit, la situation en Crète, abordée dans Tite, n’est pas identique à celle des Ephésiens en 1 et 2 Timothée. Il est évident que l’église de Crète était nouvelle, tandis que celle d’Ephèse était établie depuis longtemps. Sur le plan social, la Crète était moins civilisée qu’Ephèse. La nouveauté de l’église de Crète peut expliquer l’absence d’une liste de veuves (1 Timothée 5:3–16) et de diacres (1 Timothée 3:8–13). Les différences au niveau des fauteurs de troubles peuvent expliquer le silence au sujet de l’enseignement des femmes (voir 1 Timothée 2:11–15). Les critères de sélection des responsables (Tite 1:6–9), ainsi que les règles de conduite pour les membres de la communauté (voir 2:1–10), peuvent représenter un abaissement de la barre, afin d’accommoder les nouveaux convertis d’arrière-plan païen. Enfin, l’insistance sur l’importance de garder le dépôt, si importante en Timothée (1 Timothée 1:18; 6:20; 2 Timothée 1:12–14; 2:2), est absente dans Tite.

Sens et message

Au cœur de cette lettre, il y a la prise de conscience que la communauté chrétienne doit mettre en pratique la grâce salvatrice de Dieu, manifestée au monde à travers la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Les comportements, entre membres de la communauté et avec ceux du dehors, doivent être conformes à la manière dont Dieu les a traités. Les chrétiens doivent incarner la grâce de Dieu dans le monde et envers le monde. Ainsi, ils feront avancer la Bonne Nouvelle au sein de leur territoire et de leur culture (2:10–11; 3:2–3, 8; voir Matthieu 5:14–16).

L’histoire du salut de Dieu pour l’humanité nous invite à participer. En tant que disciples de Christ, nous devons devenir des acteurs de cet acte de grâce. Nos communautés doivent promouvoir une vie pieuse, car la manifestation de la grâce, en la personne de Christ, nous a appris comment vivre et a rendu une telle vie possible (Tite 2:1–15). Individuellement en tant que croyant, nous devons aussi bien nous conduire dans un monde déchu, avec un cœur enclin au salut des autres. Nous devons garder à l’esprit notre ancienne vie, nous souvenir de comment Dieu nous a rencontré, nous a donné le salut et a rendu possible notre piété (3:1–11).