Le mot hébreu kherem signifie consacrer quelque chose définitivement et irréversiblement. Dans les versions françaises, ce mot est souvent traduit par l'idée de dévouer ou vouer par interdit, ou encore parfois de frapper d'anathème.
Pendant la conquête de Canaan sous le commandement de Josué, le mot kherem désignait tout objet connecté à un culte idolâtre et donc détestable pour Dieu. L'Éternel avait commandé que les Israélites détruisent ces objets (Jos 6.18). Les objets faits en métaux précieux pouvaient cependant être amenés au sanctuaire et consacrés à l'Éternel (Lv 27.28 ; Jos 6.19, 24).
L'idée de consacrer de façon définitive s'appliquait à certains des ennemis d'Israël qui devaient être détruits avec leurs biens (Jos 6.17–19 ; 1S 15.2–3). Par exemple, dans 1 Samuel 15.3, Dieu commande au roi Saül de « dévouer par interdit » les Amalécites, c'est-à-dire de les détruire complètement. En effet, ils avaient attaqué les Israélites après l'exode (voir Ex 17.8–16 ; Dt 25.17–19). Dieu ordonne ainsi une destruction complète pour exécuter son jugement sur une nation qui avait maltraité son peuple élu. Dieu maudit ceux qui maudissent son peuple (Gn 12.3).
Dans Lévitique 27.21 et 28, kherem décrit quelque chose de consacré au Seigneur pour son service (voir Nb 18.14). L'objet ou les terres en question étaient consacrées exclusivement à Dieu. Ce qui était consacré ainsi ne pouvait pas être racheté et devait rester au service de Dieu de façon irréversible. Les personnes dévouées par interdit étaient soit des esclaves étrangers donnés comme serviteurs permanents au Temple, soit des personnes qui étaient condamnées à mort. En effet, Dieu exigeait une destruction complète de ceux qui commettaient certains péchés graves, comme l'adoration de faux dieux (Dt 7.1–6 ; 13.12–18).
Dans le Nouveau Testament, l'idée de livrer quelqu'un à la colère de Dieu comme objet de malédiction est représenté par le mot « anathème ». Celui-ci apparaît dans plusieurs passages des épîtres de l'apôtre Paul :
Dans Romains 9.3, Paul se disait prêt à être maudit par Dieu et séparé de Christ si cela pouvait conduire au salut de ses compatriotes juifs.
Dans Galates 1.8–9, Paul utilise le même mot pour dire que si quelqu'un prêche un faux évangile, il sera maudit.
Dans 1 Corinthiens 12.3, Paul avertit que personne parlant par le Saint-Esprit ne peut maudire Jésus. Il est possible de comprendre cela comme signifiant qu'une personne qui parle par le Saint-Esprit ne peut pas décrire la mort de Jésus comme la malédiction de Dieu sur lui. Pour un vrai chrétien, la mort de Jésus est un sacrifice d'expiation pour les péchés du monde, qui permet à ceux qui croient de recevoir le pardon et d'être réconciliés avec Dieu.
Aujourd'hui encore, Dieu juge les personnes impies et rebelles. Cependant, sous la nouvelle alliance, ce n'est pas le rôle des chrétiens d'exécuter ces jugements. Dieu nous appelle à faire preuve de miséricorde envers ceux qui nous font du tort (voir Lc 9.51–56). Nous devons également « faire mourir » tout ce qui en nous s'oppose à Christ (Rm 8.12–13 ; Col 3.5).
Nous devrions vaincre les ennemis de Christ par notre foi, par la Bonne Nouvelle de Jésus et par notre amour (Ep 6.10–20 ; 1Jn 2.9–17). Dieu exécutera son jugement au moment opportun, selon sa justice (Rm 12.19 ; 2Th 1.6–10).
Passages pour une étude plus approfondie
Exode 22.20 ; Lévitique 27.28–29 ; Nombres 18.8–14 ; 21.2–3 ; Deutéronome 7.1–6, 26 ; 13.12–18 ; Josué 6.17–19, 24 ; 7.11–15 ; 1 Samuel 15.2–3 ; 1 Rois 20.42 ; Ésaïe 43.26–28 ; Malachie 4.5–6 ; Romains 9.3 ; 1 Corinthiens 16.22 ; Galates 1.8–9