Cantique des Cantiques Introduction approfondie

Le Cantique des cantiques représente le meilleur de la poésie romantique. Il dépeint deux amants passionnés qui se délectent des plaisirs émotionnels et physiques de l'intimité humaine. Le livre a été mal compris dans le passé comme n'étant qu'une allégorie de la relation entre Dieu et l'Église, mais il est maintenant accepté comme célébrant l'amour profond entre un homme et une femme, offrant un traitement rafraîchissant car réaliste et sain de la sexualité humaine sans pour autant être un manuel pratique. Le livre ne mentionne jamais Dieu, mais il témoigne que le Créateur a généreusement donné à ses créatures humaines les bons dons de la sexualité et de l'amour intime.

Contexte

En tant que chant d'amour humain mutuel, le Cantique des cantiques est unique dans la Bible. Il est composé des discours de ses personnages, principalement un jeune homme et une jeune femme anonymes. Il n'y a pas de narrateur. Bien que le sujet ne soit pas unique dans l'Ancien Testament, l'accent intense et exclusif qui y est mis l'est certainement. D'autres écrits du Proche-Orient ancien, principalement égyptiens, contiennent des chants similaires d'admiration et de désir intense dans lesquels les attributs physiques de l'amant(e) sont vantés et des invitations directes à les apprécier sont lancées.

Le Cantique des cantiques est associé à Salomon, fils de David et troisième roi d'Israël (voir « Auteur » ci-dessous ; voir également 1.1). Salomon est également mentionné dans quelques poèmes, négativement ainsi que positivement. La motivation de l'auteur est apparemment de célébrer le don bienveillant de Dieu d'amour et de sexualité.

Auteur

La superscription (première ligne du texte) appelle littéralement l'œuvre : « Le Cantique des cantiques de Salomon ». Beaucoup comprennent par cela que c'est Salomon qui a écrit le livre dans son intégralité.

Un problème soulevé par l'affirmation qu'il est le seul auteur de l'œuvre est que certains mots hébreux semblent être des emprunts étrangers à l'araméen et au persan, qui seraient probablement venus d'une époque plus tardive que celle de Salomon, lorsque la culture persane était plus répandue. Cependant, il est possible que ces mots aient été utilisés à son époque. C'est le premier roi véritablement cosmopolite d'Israël ; il ne serait donc pas surprenant qu'il utilise des mots d'emprunt étrangers.

Un autre problème que pose l'acceptation de Salomon comme l'unique auteur du livre est que ce n'est pas un bon exemple d'amour pieux ; c'est précisément son amour pour de nombreuses femmes étrangères qui l'éloignent du Seigneur (1R 11.1–13). En fait, la seule référence positive à Salomon dans le Cantique se trouve en 3.6–11 ; tandis que 8.11–12 le présente négativement et qu'en 1.5, ce qui est dit de lui est neutre. Il est possible qu'il n'ait pas composé le Cantique dans son intégralité, mais seulement une partie de celui-ci, surtout s'il est perçu comme une anthologie poétique. De ce point de vue, la paternité de Salomon du Cantique peut être comparable à celle qu'on lui attribue pour le livre des Proverbes et à celle de David pour les Psaumes. D'autre part, Salomon aurait pu écrire à son propre sujet sur un ton d'auto-dérision.

Interprétation du Cantique

Une étude sérieuse du Cantique des cantiques nécessite un esprit humble et ouvert en raison de deux questions très importantes qui sont généralement simples à élucider dans d'autres livres bibliques, mais qui sont très obscures ici : (1) Il est difficile de déceler une histoire dans ces huit chapitres, et (2) si le Cantique correspond à une histoire, il n'est pas facile d'en identifier les personnages principaux et leurs relations.

Interprétation jusqu'aux années 1800. Les commentaires les plus anciens sur le Cantique qui subsistent, fournis par le rabbin Akiva vers l'an 100 apr. J.-C., démontrent l'ambivalence du judaïsme face au message du Cantique. Le rabbin est connu pour avoir dit : « Celui qui chante le Cantique des cantiques d'une voix tremblante dans une salle de banquet et ainsi le traite comme une sorte de chansonnette, n'a pas de part dans le monde à venir. » Certaines personnes comprennent clairement l'imagerie du Cantique comme étant de nature sexuelle. Akiva censure cette interprétation du Cantique, incriminant même ceux qui la présentent. Il a fait la déclaration suivante : « Tous les siècles ne valent pas le jour où le Cantique des cantiques a été donné à Israël ; car tous les écrits sont saints, mais le Cantique des cantiques est le Saint des saints. » Akiva affiche ainsi qu'il comprend le livre comme une allégorie. L'homme et la femme ne sont pas vus comme un homme et une femme réels, mais comme représentant Dieu et Israël. De même, le Targoum araméen (paraphrase interprétative) du Cantique le présente comme l'histoire de la relation de Dieu avec Israël de l'Exode au règne futur du Messie.

Cette vision allégorique représente l'interprétation juive et chrétienne prédominante du Cantique depuis l'époque d'Akiva jusqu'au milieu des années 1800. Les premiers interprètes chrétiens, tels qu'Origène (185–253 apr. J.-C.) et Jérôme (347–420 apr. J.-C.), adoptent l'interprétation allégorique, mais identifient l'homme comme étant Jésus-Christ et la femme comme étant le chrétien individuel ou l'Église dans son ensemble. Bien que les détails relatifs aux éléments individuels du livre varient grandement entre interprètes juifs et chrétiens, l'interprétation allégorique est déterminante. Celle-ci se retrouve chez les auteurs catholiques ainsi que dans les écrits des réformateurs, y compris Jean Calvin, John Wesley et l'assemblée de Westminster.

Interprétations récentes (des années 1800 à aujourd'hui). Dans les années 1800, l'interprétation allégorique commence à perdre des adeptes. Il devient de plus en plus clair que la seule raison de nier les références évidentes du Cantique à la sexualité est l'idée profondément ancrée mais non biblique que l'amour physique et la vie spirituelle sont aux antipodes l'un par rapport à l'autre. Cette idée vient plus de la philosophie grecque que de la Bible elle-même. Le texte biblique lui-même ne suggère jamais que les images du Cantique sont destinées à être autre chose que sensuelles et romantiques.

En outre, l'archéologie a fait beaucoup de découvertes des cultures anciennes d'Égypte et de Mésopotamie. L'Égypte a produit une poésie d'amour similaire au Cantique qui ne peut être comprise que comme une poésie sur l'amour humain.

Un changement décisif a donc eu lieu, passant d'une interprétation allégorique à une compréhension du Cantique comme une poésie d'amour. Aujourd'hui, il est généralement admis que le Cantique parle de la sagesse de Dieu dans ce domaine important de notre vie en tant qu'êtres humains : il affirme et célèbre l'amour et la sexualité comme un don bienveillant de sa part dans le cadre du mariage.

Le Cantique comme une histoire d'amour. De nombreux érudits comprennent ces poèmes comme une pièce de théâtre relatant une histoire, soit au sujet de deux amants, soit au sujet d'une femme et de deux hommes. Si c'est d'un couple qu'il s'agit, les personnages sont généralement compris comme étant le roi Salomon et une jeune femme, et le poème dans son intégralité est alors compris comme leur conversation l'un avec l'autre. S'il s'agit d'un triangle amoureux, il y a un deuxième homme que la femme aime. Dans ce cas, Salomon essaie de la forcer à quitter son véritable amant et à entrer dans son harem, mais elle reste sincère et fidèle à son bien-aimé.

Les principaux défauts de la perspective dramatique sont : (1) Il n'y a pas de narrateur pour guider la lecture de l'histoire, et (2) il existe de nombreuses histoires possibles, et chaque interprète semble discerner une intrigue différente.

Le Cantique comme pièce de théâtre ou histoire dramatique à deux personnages. Certains interprètes comprennent le Cantique comme une pièce de théâtre parlant de l'histoire d'amour du roi Salomon avec une femme. Selon ce point de vue, le poème entier est une discussion entre Salomon et la femme qu'il aime plus que toutes les autres reines et concubines de son harem.

S'il y a une favorite dans la vie de Salomon, les Écritures suggèrent qu'elle est la fille du Pharaon, qu'il épouse très tôt (1R 3.1 ; 7.8 ; 9.24 ; 11.1), et non l'ouvrière des troupeaux et des vignobles royaux représentée dans le Cantique. En outre, ce chant du véritable amour n'est pas très crédible si la femme est l'une des douzaines de femmes de Salomon mentionnées dans Cantique 6.8. En d'autres termes, si cette idylle entre lui et la femme est d'une telle sincérité, pourquoi a-t-il ajouté des centaines d'autres femmes à son harem ?

Le Cantique comme pièce de théâtre ou histoire dramatique à trois personnages. Plus récemment, considérant les problèmes découlant de l'intrigue à deux personnages, plusieurs érudits ont atteint la conclusion que le Cantique décrit en réalité une histoire à trois personnages. Cela suggère une intrigue plus complexe : la femme aime en réalité un berger, pas le roi, mais malheureusement, elle se retrouve dans le harem de Salomon en tant que concubine, probablement parce qu'elle est incapable de payer une dette de mille pièces d'argent, qu'elle doit en tant que gardienne des vignobles royaux (8.11–12). Elle est incapable de payer parce que ses frères, irrités, l'ont obligée à s'occuper de vignobles autres que le sien (1.6). Ainsi, même si elle vit en présence du roi au palais de la ville, peut-être même intimement (1.12), ses pensées passionnelles sont tournées vers un simple berger de campagne, qu'elle aime (1.7). Cette affection ardente l'amène à s'enfuir dans la campagne en compagnie de son véritable amour. Là, ils déclarent leur amour mutuel dans le mariage. Trois séparations du couple sont relatées dans le chant, et leur agonie de se retrouver isolés l'un de l'autre est tout aussi intense que leur extase lorsqu'ils sont réunis. Après sa fuite, la femme vit avec son mari qui est berger ; elle peut alors engager des gardiens pour faire sa récolte et rembourser sa dette envers Salomon. Maintenant, elle et son bien-aimé sont libres pour toujours de vivre et de s'aimer à la campagne (8.12–14).

Le Cantique comme anthologie de poésie d'amour. Certains érudits estiment que l'interprétation du Cantique comme une pièce de théâtre impose au livre une histoire qui n'est pas vraiment là. Ces interprètes pensent que le Cantique des cantiques est une anthologie de poèmes d'amour qui ne relatent pas une histoire, mais évoquent une certaine atmosphère. Les poèmes utilisent l'imagerie pour exprimer la compréhension des poètes de la sexualité humaine. Ainsi, le Cantique est similaire au livre des Psaumes, sauf que tous les poèmes ont trait à l'amour entre un homme et une femme.

De ce point de vue, le Cantique des cantiques est composé d'une vingtaine de poèmes d'amour liés par la cohérence des personnages, des refrains, des images répétées et d'autres dispositifs de liaison poétique.

La principale critique de l'interprétation du Cantique comme une simple anthologie poétique est qu'il affiche une unité et un développement plus grands que ne serait la norme pour une telle collection. Il y a répétition et développement de thèmes poétiques, et la relation du couple semble s'intensifier. Ceux qui voient le Cantique comme une histoire ou une pièce de théâtre diront que l'interprétation anthologique ne prend pas cela en compte. Même si le Cantique n'est pas une histoire en soi, il semble certainement avoir une structure et une cohérence qui transcendent les strophes poétiques individuelles. Ceux qui le voient comme une anthologie plutôt que comme une histoire prennent pourtant généralement en compte son unité et son développement. Ils voient le Cantique comme un concerto ou une symphonie dans laquelle les thèmes se répètent et se développent sans pour autant mettre au jour un récit ou une intrigue.

Conclusion. Chacune de ces approches interprétatives présente des défis. L'approche de ces notes d'étude est de (1) souligner les différents éléments du livre qui pourraient contribuer à une histoire ou à notre compréhension de sa structure en tant qu'anthologie et (2) discuter de la signification possible de scènes et d'images individuelles.

Mariage dans le Cantique

L'homme et la femme du Cantique des cantiques parlent dans des termes très romantiques, décrivant des désirs sensuels et faisant allusion à une relation physique intime. Cependant, ils ne sont jamais explicitement décrits comme mariés, ce qui amène certains lecteurs à suggérer que le Cantique est un exemple d'amour hors du mariage dans la Bible. Une telle interprétation ne prête aucune attention aux allusions évidentes à une relation de mariage véritable entre l'homme et la femme. Le langage de certains passages indique clairement que le couple est marié. Par exemple, l'homme fait parfois référence à la femme comme à son « épouse » (p. ex. 4.8–12).

Mais surtout, considérer le couple comme célibataire bien qu'intime sexuellement parlant ne prend pas en compte le contexte du Cantique. Dans le cadre de l'Israël antique, il est essentiellement inconcevable que ce couple ne soit pas marié alors qu'il vit une relation aussi intime. Une étude de l'histoire de l'Ancien Testament (voir Gn 39), de la loi (voir Ex 20.14) et de la littérature sapientiale (voir Pr 5–7) montre clairement que les relations sexuelles n'étaient tolérées que dans le cadre légal du mariage. Il serait assez étrange que ce livre ait été conservé aux côtés des autres livres des Écritures juives s'il encourageait l'activité sexuelle en dehors du mariage. La lecture la plus naturelle est donc que ce couple est marié, du moins dans les passages où il a des relations physiques intimes.

Signification et message

De nombreuses personnes doutent de la place du Cantique des cantiques dans les Saintes Écritures, puisqu'il affiche une imagerie ouvertement sensuelle. Mais ce poème est une merveilleuse célébration de l'un des dons bienveillants et saints de Dieu. La Bible n'envisage pas les êtres humains comme des âmes intangibles temporairement enfermées dans un corps ; le corps et l'âme sont plutôt considérés comme des aspects liés d'une même entité. Le corps est important, et la sexualité est sacrée et bonne lorsqu'on s'en délecte au sein du mariage.

Intimité humaine. L'amour intense et le caractère approprié de l'expression de cet amour par des mots relatant l'attirance et l'épanouissement physiques sont le thème central du Cantique. Pourtant, il est clair que la relation des amants n'est pas purement physique. Bien que leur relation inclue assurément le plaisir sensuel pris l'un de l'autre, elle inclut également l'amitié et le désir d'être ensemble pour des raisons qui dépassent la sexualité.

En tant que poésie d'amour humain, le Cantique joue un rôle crucial dans la Bible. L'amour et son expression physique sont des aspects majeurs de l'expérience humaine, et Dieu parle à travers le Cantique pour nous encourager et nous avertir du pouvoir de la sexualité dans nos vies. Nous trouvons donc ici une merveilleuse sagesse que Dieu nous donne, et qui décrit la beauté d'une relation sexuelle saine entre une femme et un homme. Selon le Cantique, l'intimité sexuelle dans le mariage doit être mutuelle, exclusive, complète et belle. Le livre encourage l'amour intime et passionné entre un homme et une femme qui se sont engagés l'un envers l'autre.