Romains Introduction approfondie

L'épître aux Romains est considérée comme le plus grand document théologique jamais écrit. Dans cette lettre, l'apôtre Paul explique la bonne nouvelle - la révélation suprême de Dieu au monde par l'intermédiaire de son Fils, le Seigneur Jésus-Christ. Paul réfléchit à la condition humaine, au sens de notre vie sur terre et à notre espérance pour le monde à venir. Il nous ramène constamment à l'essentiel de la vérité de Dieu révélée en Christ, et il nous apprend à faire face aux problèmes, aux échecs et aux conflits qui caractérisent la vie dans ce monde.

Contexte

Nous ne savons pas qui a été le premier à apporter la bonne nouvelle à Rome. Il est possible que des Juifs de Rome, convertis lorsque Dieu a répandu son Esprit le jour de la Pentecôte (voir Ac 2.10) aient rapporté le message dans leur ville d'origine. Plusieurs « églises de maison » se sont rapidement développées, composées principalement de convertis du judaïsme.

En 49 ap. J.-C., l'empereur Claude a expulsé tous les Juifs de Rome, y compris les chrétiens Juifs (voir Ac 18.2). Bien que Paul n'ait jamais visité Rome (Rm 1,13), il a rencontré au cours de ses voyages certains de ces chrétiens romains, tels que Priscille et Aquilas (Rm 16.3–4 ; cf. Ac 18.2).

Le décret de Claude a fini par devenir caduc, de sorte qu'au moment où Paul écrit sa lettre aux Romains, de nombreux chrétiens Juifs sont retournés à Rome. Toutefois, en leur absence, les chrétiens païens ont pris la tête de la communauté chrétienne de Rome. Par conséquent, lorsque Paul écrit aux chrétiens romains (probablement vers 57 ap. J.-C.), cette communauté est divisée en deux grandes factions. Les chrétiens païens constituent désormais le groupe majoritaire, et ils sont naturellement moins préoccupés par la continuité avec l'Ancien Testament ou par les exigences de la loi de Moïse que leurs frères et sœurs juifs. Il semblerait même qu'ils méprisent les chrétiens Juifs (voir Rm 11.25). Ces derniers souhaitent quant à eux imposer aux chrétiens païens d'adhérer à certains aspects de la loi de Moïse. Paul écrit cette lettre aux chrétiens romains pour aborder cette division théologique et sociale, un schisme dont l'objet principal est cette question de la continuité et de la discontinuité entre la foi juive et la foi chrétienne.

Résumé

Dans l'introduction de l'épître (1.1–17), Paul se présente ainsi que ses lecteurs (1.1–7), exprime sa reconnaissance pour les chrétiens romains (1.8–15) et annonce le thème de la lettre: la « bonne nouvelle concernant le Christ » (1.16–17).

Avant de développer cette bonne nouvelle, Paul présente la sombre toile de fond du péché humain universel, qui rend la bonne nouvelle nécessaire. Tant les païens (1.18–32) que les Juifs (2.1–3.8) se sont détournés de la révélation de Dieu. Tous sont « sous l'empire du péché » et nul ne peut être justifié devant Dieu par ses propres actions (3.9–20).

C'est dans cette situation désespérée qu'arrive la bonne nouvelle, qui révèle une nouvelle « manière d'être rendu juste » devant Dieu. Dieu a ouvert cette nouvelle voie en envoyant Jésus en sacrifice pour le péché, et tous les êtres humains peuvent bénéficier des avantages de ce sacrifice par la foi (3.21–26). En 3.27–4.25, Paul souligne la nature et la centralité de la foi. Il montre que la foi exclut toute fierté et qu'elle permet à la fois aux Juifs et aux païens d'avoir un accès égal à la grâce de Dieu en Christ (3.27–31). Il développe ces mêmes points en s'appuyant sur l'exemple d'Abraham (4).

Dans les chap 5 à 8, Paul traite de l'assurance ou de la sécurité du salut. L'assurance que les croyants partageront la gloire de Dieu (5.1–11) est basée sur le fait que Jésus-Christ a plus qu'annulé les terribles effets du péché d'Adam (5.12–21). Ni le péché (chap 6) ni la loi (chap 7) ne peuvent empêcher Dieu d'accomplir ses desseins pour le croyant. Le Saint-Esprit libère les croyants de la mort (8.1–17) et leur assure que les souffrances de cette vie ne les empêcheront pas d'atteindre la gloire à laquelle Dieu les a destinés (8.18–39).

La bonne nouvelle n'est une « bonne nouvelle » que si le message du Christ s'inscrit dans la continuité des promesses de Dieu dans l'Ancien Testament. Cependant, le fait que tant de Juifs soient restés incrédules pourrait donner à penser que les promesses de Dieu à Israël ne se sont pas accomplies (9.1–5). Dans les chap 9 à 11, Paul s'attache donc à démontrer que Dieu est fidèle à ses promesses. Il n'avait jamais promis le salut à tous les Juifs, mais seulement à un reste (9.6–29). Les Juifs sont à blâmer pour leur situation car ils refusent de reconnaître que les promesses de Dieu se sont accomplies en Christ (9.30–10.21). Néanmoins, dans sa fidélité, Dieu préserve un reste de croyants Juifs (11.1–10), et il désire encore accomplir beaucoup de choses pour son peuple Israël (11.11–36).

La bonne nouvelle sauve le croyant de la pénalité du péché et transforme également sa vie. En 12.1–15.13, Paul s'intéresse au pouvoir de transformation de la bonne nouvelle. Cette transformation exige une toute nouvelle façon de penser et de vivre (12.1–2). La vie transformée se manifestera par des relations communautaires harmonieuses (12.3–8), des actes d'amour (12.9–21 ; cf. 13.8–10), et une soumission au gouvernement (13.1–7). La vie transformée tire sa force de l'œuvre que Dieu a déjà accomplie et puise son zèle dans l'œuvre qu'il lui reste à accomplir (13.11–14).

En 14.1–15.13, Paul aborde une question spécifique qui posait problème dans l'Église de Rome. Les chrétiens se critiquaient mutuellement au sujet de diverses pratiques liées à la loi de l'Ancien Testament. Paul les exhorte à s'accepter les uns les autres et à s'inspirer de l'exemple d'amour généreux du Christ.

Le format épistolaire de Romains réapparaît à la fin, où Paul mentionne son ministère et ses projets de voyage (15.14–33), salue et recommande ses collaborateurs et d'autres chrétiens (16.1–16), et conclut par d'autres références à ses collaborateurs, un dernier avertissement et une doxologie (16.17–27).

Date, lieu et circonstances de la rédaction

Nous pouvons déterminer la situation générale dans laquelle l'épître aux Romains a été écrite en examinant les références de Paul à son ministère antérieur et à ses futurs projets de voyage (15.14–33). Quatre références géographiques nous fournissent un cadre : (1) en regardant en arrière, Paul déclare qu'il a « abondamment répandu l’Évangile de Christ » (15.19). L'Illyrie était une province romaine qui occupait plus ou moins la même région que la Serbie et la Croatie modernes. Paul affirme qu'il a fondé des églises dans de nombreuses grandes villes, de Jérusalem à la Macédoine et la Grèce, en passant par l'Asie Mineure. C'est le territoire que Paul et ses compagnons ont sillonné lors des trois grands voyages missionnaires relatés dans les Actes. (2) La destination intermédiaire de Paul est Jérusalem, où il prévoit d'apporter quelque chose pour le « service des saints » (15.25). Il s'agit d'un don d'argent qu'il a récolté auprès des églises païennes qu'il a fondées, pour venir en aide à l'église de Jérusalem (15.26 ; voir aussi 1Co 16.1–4 ; 2Co 8.1–9.15). (3) Après avoir visité Jérusalem pour livrer la collecte, Paul prévoit de se rendre à Rome (Rm 15.24). (4) Il ne prévoit pas un long séjour auprès des chrétiens romains, comme le langage de 15.24 (« vous voir en passant ») le montre clairement. Son but ultime est d'atteindre l'Espagne, où il pourra continuer à servir son appel à fonder des églises dans des endroits « où Christ n’avait point été nommé » (15.20, 24). Ces informations indiquent une date de rédaction proche de la fin du troisième voyage missionnaire.

Objectif de l'écriture de Paul

Romains a trois objectifs spécifiques : résumer la théologie de Paul, solliciter un soutien pour une future mission en Espagne et unifier l'Église de Rome.

Paul se trouve à un moment critique de son ministère (15.20). Il a « abondamment répandu » la bonne nouvelle dans le bassin méditerranéen oriental (15.19). Il est maintenant prêt à la prêcher sur un nouveau territoire. Il est donc tout à fait naturel que Paul profite de cette lettre aux Romains pour résumer sa théologie, telle qu'il l'a élaborée au cours des vingt-cinq années précédentes, au milieu de la controverse et des épreuves.

Pourtant, résumer sa théologie n'est pas l'objectif principal de Paul en écrivant cette épître : il ne dit pas grand-chose sur certaines notions théologiques clés (par exemple, la personne du Christ, l'Église, les derniers jours). D'ailleurs, pourquoi aurait-il choisi d'envoyer un tel résumé à l'Église de Rome en particulier ?

Il faut donc y voir un autre objectif : Paul cherche à obtenir le soutien des chrétiens romains pour sa nouvelle mission en Espagne. L'Église d'Antioche, qui a envoyé Paul en mission, est à des milliers de kilomètres de l'Espagne. Puisqu'il cherche une nouvelle communauté avec laquelle collaborer, il se tourne naturellement vers l'Église de Rome (15.24). Il est donc probable que Paul ait envoyé ce dense traité théologique à Rome parce qu'il voulait expliquer qui il était et ce qu'il croyait. Le message de Paul ayant souvent été mal compris, il était devenu une figure controversée de l'Église primitive. Il sait que certains chrétiens de Rome se méfient de lui et qu'il doit donc fournir une défense minutieuse et raisonnée de sa position sur certaines des questions de foi les plus débattues.

Paul écrit également pour une troisième raison : il souhaite colmater une brèche au sein de la communauté chrétienne de Rome, qui est divisée sur la question de savoir dans quelle mesure la loi de l'Ancien Testament devrait continuer à guider les croyants (voir 14.1–15.13).

Signification et message

Dans l'épître aux Romains, Paul présente la bonne nouvelle telle qu'il l'a comprise. Au cœur de cette bonne nouvelle se trouve l'offre de salut en Christ pour tous ceux qui croient. Paul explore le problème du péché humain, la solution apportée par la croix du Christ, et l'assurance de la gloire que procure une relation vivante avec le Christ. Le message de la croix du Christ s'inscrit à la fois dans la continuité de l'Ancien Testament (parce que ses promesses s'accomplissent véritablement en Christ) et dans sa discontinuité (puisque Dieu inaugure en Christ une nouvelle alliance qui transcende la loi de l'Ancien Testament).

Interprétation

Depuis l'époque de la Réforme, l'épître aux Romains est lue comme une lettre sur le salut de l'individu. Suivant l'exemple de Martin Luther, dont le propre parcours spirituel est étroitement lié à Romains, les Réformateurs (comme Jean Calvin et Ulrich Zwingli) ont vu dans cette lettre l'expression biblique classique de la vérité selon laquelle les êtres humains sont rendus justes devant Dieu par leur foi en Christ et non par leurs propres efforts. Ils considèrent que Paul luttait contre un judaïsme légaliste qui insistait sur le fait que l'on devait obéir à la loi pour être sauvé. L'attachement des Juifs à la loi en avait conduit beaucoup à croire que la fidélité à cette loi était suffisante pour le salut (par exemple, 10.1–4).

De nombreux interprètes contemporains s'accordent pour dire que cette perspective a laissé de côté des éléments importants pour comprendre à la fois la lettre elle-même ainsi que le judaïsme du premier siècle. D'après eux, les Juifs de l'époque de Paul ne croyaient pas qu'ils devaient obéir à la loi pour être sauvés. Ils étaient déjà sauvés, car Dieu les avait choisis pour être son peuple. S'ils obéissaient à la loi, c'était pour conserver leur statut de peuple de Dieu. Selon ces interprètes, Paul ne luttait pas contre le légalisme, mais contre l'exclusivisme, c'est-à-dire contre l'affirmation juive selon laquelle le salut était réservé à Israël et ne devait pas être partagé avec les païens. En réponse à cela, Paul montre l'impact du salut par la foi sur la notion de continuité du peuple de Dieu entre l'Ancien et le Nouveau Testament, et sur la relation entre Juifs et païens à son époque.

Cette nouvelle approche de la compréhension de l'épître aux Romains présente de nombreux avantages. Les interprètes chrétiens ont parfois manqué les notes de grâce et de foi qui font partie intégrante de l'enseignement juif. Et l'épître aux Romains aborde en profondeur la question de l'inclusion des païens dans le peuple de Dieu et des relations entre juifs et païens au sein de l'Église.

Néanmoins, ni le point de vue de la Réforme ni le point de vue contemporain seuls ne permettent d'expliquer l'ensemble de cette épître. Ces points de vue doivent être combinés si nous voulons apprécier la lettre dans son entièreté. Au plus fondamental, Romains traite de la bonne nouvelle, qui est avant tout un message montrant comment chacun peut bénéficier d'une relation restaurée avec Dieu.