Néhémie Introduction approfondie

Néhémie a quitté un poste confortable en tant qu'assistant du roi de Perse pour venir en aide au peuple découragé de Jérusalem. Sa mission consistait à motiver les habitants à reconstruire les murailles de la ville, malgré l’opposition persistante des peuples voisins. Mais son engagement ne s’est pas limité aux travaux de construction. Il a aussi géré une crise économique, lancé des réformes religieuses avec l’aide d’Esdras, le scribe, et réorganisé les responsabilités civiques à Jérusalem. Néhémie a démontré qu'avec la foi, la prière, l'intégrité et l'aide de Dieu, les serviteurs de l'Éternel peuvent accomplir de grandes choses.

Contexte

Après plusieurs décennies d’exil à Babylone, l’Éternel a poussé le roi perse Cyrus à décréter, en 538 av. J.-C., que les Juifs pouvaient retourner dans leur patrie afin d’y reconstruire leur temple (Esd 1.2–4). Environ cinquante mille personnes sont revenues à Jérusalem à cette époque. Une fois sur place, elles ont érigé un autel et se sont réjouies de pouvoir adorer l’Éternel (Esd 3.1–13).

Mais dès que les travaux de reconstruction du temple ont commencé, les Juifs ont été confrontés à des menaces venant des habitants installés dans la région. Ces derniers ont même réussi à retourner les autorités perses contre eux (Esd 4.1–5). Après quinze années de stagnation, les travaux ont enfin repris sous le règne de Darius Ier (521–486 av. J.-C.), en grande partie grâce aux encouragements d’Aggée et de Zacharie (Esd 5.1–5). Cette fois, les autorités perses ont activement soutenu le projet (Esd 6.1–12).

Environ soixante ans plus tard, en 458 av. J.-C., Esdras, le scribe, est arrivé à Jérusalem avec un groupe de plusieurs milliers de Juifs (Esd 7.1–8.36). Peu après, il a découvert que des responsables, y compris des sacrificateurs, avaient épousé des femmes qui n’adoraient pas l’Éternel. Esdras considérait cette situation comme une menace directe contre l’unité et la sainteté du peuple, car elle risquait de provoquer un nouveau jugement divin et un nouvel exil (Esd 9.1–15). Suite à une prière empreinte d’émotion dans laquelle Esdras confessait leur péché, la majorité du peuple a reconnu que ces mariages mixtes étaient contraires à la volonté de Dieu.

Cependant, Esdras n’avait pas pu régler tous les problèmes présents à Jérusalem. La ville restait vulnérable : les murs et les portes n’avaient toujours pas été reconstruits, et les ennemis continuaient à s’opposer à leur présence. Le peuple avait besoin d’un dirigeant fort pour préserver l’identité, la sécurité, l’économie et la sainteté de Jérusalem. C’est alors que l’Éternel a envoyé un nouveau leader en la personne de Néhémie.

Résumé

Le livre de Néhémie retrace des événements qui se sont déroulés autour de 445 av. J.-C., la vingtième année du règne d’Artaxerxès Ier (2.1), et qui se prolongent au-delà de 432 av. J.-C., sa trente-deuxième année (13.6–7).

Néhémie était l’échanson du roi de Perse, Artaxerxès (1.11). Lorsque Néhémie a entendu parler de l’état dramatique de Jérusalem (1.1–3), il a adressé une prière fervente à l’Éternel. La réponse de Dieu est venue par l'intermédiaire d'Artaxerxès, qui a envoyé Néhémie en Juda pour superviser la reconstruction des murailles (chap. 3). Néhémie a su organiser, mobiliser et diriger le peuple avec courage et droiture, dans les périodes de résistance des ennemis extérieurs (4.1–23 ; 6.1–14) et de conflits au sein de la communauté (chap. 5). Malgré de forte opposition (6.1–4), sous la direction Néhémie, les murailles de Jérusalem ont été reconstruites en seulement cinquante-deux jours (6.15).

Après l’achèvement de l’enceinte, le récit met l’accent sur les réformes spirituelles menées par Esdras et Néhémie (7.73–10.39). Pendant la fête des tabernacles, Esdras a lu publiquement les livres de Moïse (8.5–8), ce qui a conduit à un renouveau spirituel marqué par une longue prière de confession (9.5–37). À cette occasion, les Israélites se sont engagés à ne pas contracter de mariages mixtes et à respecter le sabbat (10.28–39).

La dernière section du livre (chap. 11–13) présente les efforts de Néhémie au sein de la cité pour repeupler Jérusalem (11), pour dédier les murailles de Jérusalem (12.27–43) et pour organiser la gestion des ressources du temple (12.44–13.5). Après un temps d’absence, Néhémie est revenu à Jérusalem (13.6–7) et a repris les choses en main : il a veillé à la pureté du temple et a de nouveau confronté le peuple au sujet du sabbat et des mariages avec des femmes étrangères, adorant d'autres dieux (13.10–28).

Auteur

Le texte ne mentionne pas directement son auteur. Le Talmud (Baba Batra 15a) attribue la rédaction des livres d’Esdras et de Néhémie à Esdras, ce qui reste l’hypothèse la plus plausible. Les chap. 8–10 proviennent vraisemblablement des mémoires d’Esdras. Celui-ci aurait rassemblé et organisé divers documents pour atteindre ses objectifs, en y incluant notamment les mémoires de Néhémie et des rapports destinés à la cour perse sur l’évolution des travaux à Jérusalem (Né 1–7 et 11–13).

Néhémie présente plusieurs similarités avec le livre d’Esdras. Tant Esdras (Esd 1–6) que Néhémie (Né 1–7) décrivent le retour d’exilés à Jérusalem pour mener à bien un projet de reconstruction, confrontés à l’opposition de leurs voisins. Surtout, les deux récits montrent que le travail assidu, soutenu par l’aide de l’Éternel, a permis d’achever la construction de structures importantes à Jérusalem. Les deux livres racontent aussi des réformes spirituelles où le peuple a écouté la parole de l’Éternel, s’est repenti et a instauré des changements religieux et sociaux (Esd 9–10 ; Né 8–10).

Certains événements du livre de Néhémie font écho à ceux rapportés dans Esdras, avec une structure narrative similaire : l’opposition à la reconstruction (6.1–14 ; Esd 4.1–23), des cérémonies de dédicace (12.31–43 ; Esd 6.16–18), des réformes semblables (13.15–29 ; Esd 9.1–10.44), des listes de noms (3 ; 7.6–73 ; 10.1–27 ; 11.1–12.26), suivie d’une reprise du récit précédent (7.6–10.39 et 11.1–4). Ces éléments conduisent de nombreux spécialistes à considérer qu’un seul auteur a rédigé les deux livres.

Signification et message

La prière : Néhémie a fondé toute son action sur la prière. Il a imploré l’Éternel de sauver son peuple humilié, et Dieu a répondu en envoyant Néhémie (1.1–2.8). Lorsque des étrangers se sont opposés à la restauration des murailles de Jérusalem, Néhémie a invoqué l’Éternel pour qu’il les juge (4.4–5 ; 6.14). Il a aussi prié pour obtenir la faveur de Dieu face à ceux qui réduisaient leurs compatriotes juifs en esclavage (5.19), ceux qui ne payaient pas la dîme (13.14), ou qui profanaient le sabbat (13.22). La prière a été sa force pour accomplir la volonté de Dieu. À six reprises, il a demandé à l’Éternel de « se souvenir » de lui ou de ses adversaires (5.19 ; 6.14 ; 13.14, 22, 29, 31).

La Providence de Dieu : le livre insiste sur la souveraineté de l’Éternel, qui s'exerce aussi bien sur les individus que sur les nations. C’est Dieu qui a la puissance de restaurer les exilés (1.8–9), d'élever ses serviteurs à des positions d’influence (1.11 ; 2.8, 18), et de donner du succès dans la reconstruction des murailles (2.20 ; 6.16). Dieu protège son peuple (4.4–5, 9, 20) et fait échouer les projets des méchants (4.14–15). Le même Dieu qui a créé le ciel et la terre (9.6), qui a appelé Abram depuis la ville d'Ur et qui a donné la terre à Israël (9.7–8) : c'est lui qui a accompli ses desseins à travers l’œuvre de Néhémie.

L’attachement à la parole de Dieu : la loi donnée à Moïse renferme les directives de l’Éternel pour son peuple. L’alliance de Dieu est fondée sur Dieu, « toi qui gardes ton alliance et qui fais miséricorde à ceux qui t’aiment et qui observent tes commandements » (1.5). Pourtant, Israël n’a pas respecté cette loi (1.7–9), ce qui l’exposait à la discipline divine. Esdras a lu publiquement la loi (8.1–3) en cherchant à restaurer la nation. En réponse, beaucoup de gens se sont séparés des incroyants pour se conformer à la loi (10.28), en observant le sabbat et en soutenant les lévites par le don de la dîme (10.29–39 ; 12.44).

Le courage face à l’opposition : Néhémie a fait preuve de courage en affrontant l'opposition. Sanballat, Guéschem et Tobija se sont opposés à la reconstruction des murailles de Jérusalem (2.10) et se sont moqués du travail accompli par le peuple de Dieu (2.19 ; 4.1–3). D’autres groupes comme les Arabes, les Ammonites et les habitants d’Asdod ont aussi comploté contre les bâtisseurs (4.7–9, 11 ; 6.1–14). Néhémie a répondu à cette opposition en postant des gardes et en priant pour demander l'aide de Dieu (4.6–23). Néhémie a également affronté des conflits internes de la part des membres de la communauté qui abusaient des pauvres (5.1–13), qui épousaient des femmes étrangères (9.1–2 ; 10.28–30 ; 13.23–28), et qui ne payaient pas la dîme ou ne respectaient pas la sainteté du sabbat (10.31–39 ; 13.10–22). Le courage et la prière de Néhémie lui ont permis de faire face à chaque situation avec fermeté.