Dans son verset d’ouverture, Marc offre aux lecteurs l’élément principal à avoir en tête pour pouvoir comprendre son Evangile : bien qu’il ait beaucoup à nous apprendre à propos des disciples et des autres personnages, le plus important est de comprendre son enseignement par rapport à Jésus : il est « le Messie, le Fils de Dieu » (Marc 1:1).
Cadre
Beaucoup pensent que Marc est le plus ancien des quatre Evangiles canoniques. Avant sa rédaction, il n’y avait pas d’Evangiles en tant que tels. Les traditions évangéliques étaient transmises ou « délivrées » par voie orale, sous la supervision des témoins et ministres de la Parole de Dieu (Luc 1:2). Lorsque ces témoins ont commencé à mourir, il est devenu important de consigner les traditions évangéliques par écrit. Selon la tradition de l’Eglise, après le martyre de Pierre, au milieu des années 60 apr. J.-C., l’Eglise de Rome a demandé à Jean Marc de mettre par écrit les récits de la vie et des enseignements de Jésus que Pierre leur avait présentés oralement. Ainsi, Marc est devenu le premier à écrire ce qu’on appelle maintenant un « Evangile », un récit écrit de la vie et des enseignements de Jésus, à partir des données orales à son sujet.
Résumé
La structure générale de l’Evangile selon Marc est géographique. Les neuf premiers chapitres racontent les événements du ministère de Jésus en Galilée et dans les régions environnantes. En 10:1–52, Jésus et ses disciples voyagent de Galilée à Jérusalem, puis les derniers chapitres du livre (11:1–16:20) ont lieu à Jérusalem et dans ses environs. Les plus anciens manuscrits et certains des plus anciennes références dont nous disposons ne comprennent pas les versets 9 à 20 du chapitre 16 de l'Évangile selon Marc. (Matthieu et Luc, inspirés de Marc, ont suivi ce plan géographique, tandis que Jean a organisé son Évangile différemment.)
Dans cette configuration géographique, Marc organise une grande partie de son récit par thème. Ainsi, on a des récits de miracles (1:21–45; 4:35–5:43), de controverses (2:1–3:6; 12:13–37), de paraboles (4:1–34) et des enseignements à propos des temps de la fin (13:5–37). Certains éléments indiquent un ordre des événements : le ministère de Jésus commence par son baptême (1:2–11; voir Actes 1:22; 10:37) et sa tentation (Marc 1:12–13), et se termine par sa souffrance, sa mort et sa résurrection (11:1–16:8). Certains récits individuels, comme la confession de Pierre à Césarée de Philippes (8:27–33) et la transfiguration de Jésus (9:1–13; voir aussi 1:29, 35).
Le tournant principal du ministère de Jésus est mis en avant en 8:27–33, tout près du milieu du livre. À Césarée de Philippes, les disciples confessent pour la première fois leur foi en Jésus comme le Messie (8:29). Après cette confession, Jésus « commença à leur parler » de sa mort et de sa résurrection à venir (8:31; comp. avec Mat 16:21). La mort et la résurrection de Jésus sont le thème principal de 8:31–16:8.
Auteur
La première référence connue à Marc comme auteur de cet Evangile est Papias, au début du 2° Siècle. L’historien de l’Eglise primitive Eusèbe cite Papias : « Marc, étant l'interprète de Pierre, écrivit exactement, mais sans ordre, tout ce qu'il se rappelait des paroles ou des actions du Christ ; car il n'a ni entendu ni accompagné le Sauveur. Plus tard, ainsi que je l'ai rappelé, il a suivi Pierre. » (Eusèbe, Histoire de l’Église 3.39.16).
L’Eglise primitive attribuait unanimement cet Evangile à Jean Marc. Il est peu probable que Papias et les autres l’aient attribué à quelqu’un qui n’était même pas apôtre et dont la réputation était ternie (voir Actes 13:13; 15:36–41), si ce n’était pas effectivement le cas.
L’auteur de cet Evangile était bilingue, ainsi que le suggèrent les expressions araméennes dans son texte grec (p. ex. Marc 5:41; 7:34; 15:34). Il était aussi Juif, c’est-à-dire qu’il connaissait les diverses coutumes juives, ce qui lui a permis de les expliquer à ses lecteurs non-Juifs ( 7:3–4; 14:12). Jean Marc était effectivement un Juif qui a grandit à Jérusalem (Actes 12:12). Il parlait araméen (la langue des habitants de Judée) et était familier des coutumes juives.
Certains présentent l’objection que cet Evangile n’indique pas clairement un lien entre Marc et Pierre, selon eux, cet évangile ressemble davantage à une composition littéraire trop raffinée pour être un rapport direct du témoignage de Pierre. Cependant, si cet Evangile avait été écrit peu avant ou après la mort de Pierre (voir « Date » ci-dessous), Pierre racontait déjà ce récit depuis plus de trente ans, si bien qu’à force de le répéter, son témoignage a pu, au fil du temps, devenir plus raffiné. Il y a également des références à Pierre dans cet Evangile, qui peuvent être dues à la relation personnelle entre lui et Marc (p. ex. Marc 1:16–20; 8:32–33; 9:5–6; 14:28–31, 66–72). L’hypothèse que cet Evangile a bien été écrit par Jean Marc, le cousin de Barnabas, sur la base du témoignage de Pierre, correspond bien aux preuves disponibles.
Date
Jean Marc a probablement mis l’enseignement de Pierre à propos de Jésus par écrit vers le moment de sa mort. Il est mort à Rome vers 64 apr. J.-C., au cours de la persécution lancée par Néron contre les chrétiens. Marc a probablement écrit son Evangile vers la fin des années 60. Deux éléments appuient cette idée : 1) l’emphase sur la fidélité en temps de persécution (4:17; 8:34–38; 10:30; 13:9–13) suggère qu’il a été écrit pendant ou peu après la persécution de Néron, au milieu des années 60 ; 2) le discours de Jésus rapporté au chapitre 13 suggère que la destruction de Jérusalem s’approchait rapidement, que la révolte juive (66–73 apr. J.-C.) avait probablement déjà commencé.
Public
Selon la tradition, l’Evangile selon Marc est adressé à l’Eglise de Rome. Il est clair que ses lecteurs originaux étaient de langue grecque et non-Juifs, car l’auteur explique les coutumes juives (p. ex. en 7:3–4; 14:12) et distingue ses lecteurs des « Juifs » (7:3).
Ses premiers lecteurs étaient chrétiens, familiers des traditions évangéliques, car l’auteur n’explique pas diverses références à l’Ancien Testament (2:25–26), ou encore l’identité de Jean-Baptiste (1:2–8), du prophète Esaïe (1:2) ou des Pharisiens et des maîtres de la loi religieuse (7:1).
Il est ausii clair que ses lecteurs étaient Romains, ainsi que l’indiquent les « latinismes ». En 6:27, Marc emploie un terme latin qui signifie « soldat » ; en 12:42, il se sert d’une pièce romaine (un Quadran) pour expliquer le sens de « deux Leptas » (pièces grecques) ; et en 15:39, 44–45, il emploie le terme latin « centurion » plutôt que le terme synonyme grec employé par Matthieu et Luc.
Caractéristiques littéraires
Le travail éditorial de Marc transparaît le plus clairement à travers ses remarques introductives (p. ex. 1:21–22; 2:1; 4:1; 7:1), ses remarques explicatives (p. ex. 1:16; 2:15; 5:8, 28, 42; 6:14, 17, 20, 52; 7:3–4) et ses résumés (p. ex. 1:14–15, 34, 39; 3:7–12; 6:53–56).
Marc répète divers thèmes et expressions, comme « soudain » ou « immédiatement », pour exprimer la progression de son récit (p. ex. en 1:23; 3:6; 6:45). Son récit est au présent grec, plutôt qu’au passé simple, ce qui lui donne un sentiment d’imminence (p. ex. 1:12, 21, 38, 40, 44; 2:3; 3:13). Il insère aussi souvent un récit au milieu d’un autre (p. ex. 3:22–30 Et 3:20–21, 31–35; 5:25–34 Et 5:21–24, 35–43; 11:15–19 Et 11:12–14, 20–26) ; dans le dernier exemple, cela exprime que la partie du milieu (11:15–19, la purification du Temple) doit être comprise à la lumière du récit qui l’entoure (11:12–14, 20–26, la malédiction du figuier), la purification du Temple étant un acte de jugement symbolique (comp. avec 13:3–37). Ainsi, le travail éditorial de Marc relate différents événements, en établissant des liens logiques entre eux.
Sens et message
La personne de Christ. L’emphase théologique principale de Marc est sur l’identité de Jésus de Nazareth. Cette emphase est affirmée dès le verset d’ouverture de l’Evangile : Marc veut que ses lecteurs sachent que Jésus de Nazareth est « le Messie, le Fils de Dieu ». L’expression : « Fils de Dieu » revient fréquemment dans Marc, avec divers témoignages rendus à ce statut de Jésus : par les démons (1:34; 3:11; 5:7; comp. avec 1:24) ; Dieu lui-même (1:11; 9:7) ; Marc, l’auteur (1:1) ; un centurion romain (15:39) et Jésus lui-même (12:6; 13:32; 14:61–62). L’Evangile selon Marc contient d’autres titres pour Jésus, notamment celui qu’il préférait lui-même : « Fils de l’homme » (p. ex. 2:10). Dans l’Evangile selon Marc, chacun de ces titres, ainsi que ses actes (p. ex. 1:22; 4:41), renvoient vers son identité de Christ (ou Messie), le Fils de Dieu.
Pendant sa vie, le Fils de Dieu avait besoin de se protéger lui-même, ainsi que ses disciples, contre le malentendu courant par rapport au sens du terme de « Christ » (ou « Messie) (voir ci-dessous, « Le secret du Messie »). La mission ultime de Jésus en tant que Fils de Dieu s’explique par sa mort, à travers laquelle il a donné sa vie en rançon pour beaucoup. L’appel au discipulat chrétien est un appel à suivre le Messie, le Fils de Dieu, surtout dans son esprit de service et de sacrifice. Le ministère de Jésus, en tant que Fils de Dieu, pendant sa vie sur terre, montre aussi vers son retour en tant que Fils de Dieu, pour régner sur le Royaume de Dieu.
La mort de Jésus. Dans l'Évangile selon Marc, une grande importance est accordée au récit de la passion de Jésus,ses souffrances, sa mort et la résurrection. Tout au long de l’Evangile, on retrouve beaucoup de références à la mort de Jésus (2:19–20; 3:6; 8:31; 9:9, 12, 31; 10:33–34, 45; 12:1–11; 14:1–11, 21, 24–25, 36, 14:64–15:47). Marc insiste que la mort de Jésus faisait partie du plan de Dieu. C’était une nécessité divine (8:31), car Dieu l’a voulue (10:45; 14:36). L’Ancien Testament annonce également la mort du Messie (voir 9:12; 14:21, 27, 49). Jésus est venu donner sa vie en rançon pour beaucoup (10:45) et pour verser son sang en sacrifice afin d'établir une nouvelle alliance (14:24).
Discipulat chrétien. Marc met l’accent sur l’importance de suivre Jésus en mourant à soi-même et en portant notre croix (voir 8:34). La vie de disciple exclut une réponse sans conviction, mais exige que nous laissions tout derrière nous pour suivre Jésus (1:18, 20; 10:21, 29). La vie de disciple peut même mener à la persécution et au martyre (13:9–13a), mais les chrétiens ont la promesse que la persévérance dans la foi mène au salut (13:13) et à la vie éternelle (10:30).
Le « secret du Messie ». Tout au long de l’Evangile selon Marc, Jésus dit aux autres de ne pas révéler sa véritable identité, probablement à cause de la tendance humaine à ne pas comprendre qui il est et ce pourquoi il est venu. Pourtant, le secret ne pouvait être et n’a pas été gardé (7:36). Jésus suscite tellement d’émerveillement qu’il ne peut tout simplement pas demeurer caché. Si les personnages du récit ont du mal à bien cerner son identité, les lecteurs de Marc ont cependant le privilège de comprendre pleinement qui il est, à la lumière de sa mort et de sa résurrection.
L’avènement du Royaume de Dieu. L’avènement du Royaume de Dieu est au cœur du message de Jésus. Les hommes ont besoin de se repentir et de croire en l’Evangile, car le Royaume de Dieu est venu (1:14–15). Les promesses de l’Ancien Testament s’accomplissent. La vie dans le Royaume est différente de ce qu’elle était pendant le temps d’attente du Royaume.