Luc parle de la venue de Jésus comme d’une bonne nouvelle pour le monde entier, pour les hommes de tout peuple, race, âge, genre et position sociale. Jésus, précédé par le ministère prophétique de Jean-Baptiste, est venu en tant que Fils de Dieu et Messie, héritier du trône de David, qui a vaincu Satan et apporte le salut et la guérison. Alors que Jésus servait et enseignait le peuple tout en annonçant la Bonne Nouvelle, les responsables religieux s’opposaient à lui. Il est allé à Jérusalem en tant que serviteur souffrant et a proclamé le jugement sur la nation, avant d’être exécuté comme un criminel, puis de ressusciter d’entre les morts, afin d'accomplir le plan de Dieu et de lancer sa mission inspirée par l'Esprit dans le monde entier. Christ ressuscité, le Messie juif est le Sauveur du monde entier.
Cadre
L’Évangile de Luc a été écrit dans le contexte d’un conflit croissant entre l’Église et la synagogue, vers le milieu et la fin du 1er siècle ap. J.-C. L'Église primitive ne se voyait pas comme une nouvelle religion, mais comme l’accomplissement et le parachèvement du judaïsme. Les promesses faites aux Juifs dans les Écritures hébraïques (l’Ancien Testament) ont été accomplies à travers la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ et continuent de s’accomplir par le mouvement missionnaire de l’Église primitive. Pendant ce temps, de plus en plus de Gentils (non-Juifs) sont entrés dans l’Église, tandis que beaucoup de Juifs rejetaient la Bonne Nouvelle. Les divisions entre ceux qui croyaient en Jésus comme le Messie et les autres étaient croissantes.
La question fondamentale dans ce conflit était : qui est le véritable peuple de Dieu ? L’Église, composée des Juifs et des non-juifs qui croient que Jésus est le Messie ? Ou bien les Juifs qui rejettent Jésus comme un faux messie ? Luc répond à cette question en démontrant que Jésus est bel et bien le Messie, qui appelle tous les hommes, Juifs et non-Juifs, à mettre leur foi en lui.
Résumé
L’Évangile de Luc s’ouvre sur un prologue formel, écrit dans le style raffiné des auteurs gréco-romains de l’époque de Luc (1:1–4). Ce prologue atteste des compétences littéraires de l’auteur et définit l’objectif de son œuvre : écrire un récit historique fiable de la vie de Jésus, qui confirme la vérité du message chrétien.
Après cette introduction littéraire formelle, le style d’écriture change d’une manière dramatique. Luc raconte la naissance de Jésus (1:5–2:51) dans un style juif, dont les lecteurs de l’Ancien Testament grec étaient familiers. Ce récit montre clairement les racines juives du message de l’Évangile et introduit des thèmes qui seront développés dans le reste des livres de Luc et des Actes.
Tout comme Matthieu et Marc, Luc introduit le ministère public de Jésus en parlant de Jean-Baptiste (3:1–20), du baptême de Jésus (3:21–22), de sa tentation (4:1–13), puis de son ministère en Galilée et dans les environs (4:14–9:50). Jésus proclamait le Royaume de Dieu, enseignait avec autorité, guérissait les malades et chassait les démons, manifestant l’autorité du Royaume en paroles et en actes. Comme dans Matthieu et Marc, le point culminant du ministère de Jésus en Galilée était la confession de Pierre que Jésus est le Messie, suivie de l’explication de Jésus que le Messie devrait souffrir et mourir à Jérusalem (9:18–22). Ensuite, Jésus s’est mis en route pour Jérusalem, afin d’accomplir sa mission (9:51–19:44). Dans ce récit de voyage, l’élément structurel le plus distinctif de l’Évangile de Luc, l’auteur rapporte beaucoup des récits et paraboles les plus appréciés de Jésus : le Bon Samaritain, le Fils prodige, l’homme riche et Lazare, l’histoire de Marthe et Marie et l’épisode de Zachée. Le thème central de cette section est l’amour de Dieu pour les perdus et le ministère de Jésus auprès des pécheurs, des pauvres et des exclus. Le thème fondamental de l’Évangile est indiqué à la fin de l’épisode de Zachée : « Car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (19:10).
L’apogée de ce récit est l’arrestation, le procès et la crucifixion de Jésus (22:1–23:56). Le thème central de la crucifixion dans l’Évangile de Luc est l’innocence de Jésus, qui est présenté comme le juste serviteur souffrant du Seigneur (voir Esaïe 52:13–53:12). À la mort de Jésus, l’officier romain aux pieds de la croix s’écrie : « Certainement, cet homme était juste. » (Luc 23:47).
Le récit conclut sur la résurrection de Jésus (24:1–12). Ici, la contribution la plus distinctive de Luc est le récit du voyage des disciples à Emmaüs (24:13–35). Jésus, alors qu’il marchait avec deux disciples découragés qui ne le reconnaissaient pas, leur enseignait que se mort n’était pas un échec, mais l’accomplissement des promesses de l’Ancien Testament, prédit par l’ensemble des Ecritures (24:25–27). Le livre conclut sur un bref récit de l’Ascension (24:50–53), décrite plus en détail dans le livre des Actes (Actes 1:1–11).
Structurellement, Luc suit le plan de base de Marc, avec un ministère en Galilée, suivi d’un voyage à Jérusalem et de l’apogée du ministère de Jésus dans cette ville. Les principales différences : 1) tout comme Matthieu, Luc commence par un récit de la naissance de Jésus, qui sert d’introduction thématique à son œuvre (Luc 1:1–2:52) ; 2) Luc omet une section importante du récit de Marc du ministère de Jésus en Galilée, parfois appelée sa « grande omission » (Marc 6:45–8:26) ; et (3) Luc développe le récit de Marc du voyage de Jésus à Jérusalem, d’un seul chapitre (Marc 10:1–52) à dix chapitres (Luc 9:51–19:44), en incluant beaucoup d’enseignements de Jésus et d’épisodes de son ministère auprès des exclus en Israël.
Genre littéraire de Luc
L'Évangile de Luc doit être lu et interprété à la lumière de son deuxième tome : le livre des Actes. L’Évangile de Luc et les Actes sont deux volumes d’un ouvrage unique, écrit par le même auteur (Luc). Ils forment un tout littéraire et théologique : en écrivant son Évangile, Luc avait déjà les Actes à l’esprit. Les thèmes présentés dans les Évangiles, comme le salut des non-Juifs, parviennent à leur conclusion narrative dans le livre des Actes. Les spécialistes désignent souvent ce double ouvrage par le nom de « Luc-Actes ».
L'objectif de Luc, en écrivant son Évangile, donne à cet Évangile, comme aux trois autres, une perspective et une emphase uniques, qu’on comprend le mieux en lisant l’Évangile de Luc comme un récit distinct de la vie de Christ. Il peut cependant aussi être utile de comparer les récits des différents Évangiles.
Auteur
Bien que tous les Évangiles soient anonymes à proprement parler (dans le sens où le nom de leurs auteurs n’est pas mentionné), l’auteur de Luc-Actes peut être clairement identifié comme Luc, un médecin et compagnon occasionnel de l’apôtre Paul. Dans plusieurs passages des Actes écrits à la première personne du pluriel (les sections en « nous », l’auteur se décrit lui-même comme ayant participé aux activités missionnaires de Paul (Actes 16:10–17; 20:5–17; 21:1–18; 27:1–28:16). Luc était un non-Juif (Col 4:11–14), et un de ses thèmes centraux est que le salut de Dieu est pour les non-Juifs autant que pour les Juifs.
Luc est certainement parvenu à la foi en Christ à travers le ministère de l’apôtre Paul. Bien qu’il ne fût pas présent pendant le ministère terrestre de Jésus, c’était un historien attentif et astucieux, qui s’inspire du récit de témoins oculaires, ainsi que de sources écrites et orales, pour mener une enquête approfondie sur les événements qu’il rapporte. Son objectif : « afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus. » (Luc 1:4).
Occasion et lieu de rédaction
Le lieu de rédaction exact est incertain ; Rome, Éphèse, Césarée et l’Achaïe (au Sud de la Grèce) ont tous été suggérés. La date de rédaction est également incertaine. Les deux théories les plus courantes proposent une date précoce, vers 59–63 ap. J.-C., ou plus tardive, vers 70–90 ap. J.-C. La première date est suggérée par le moment où le livre des Actes se termine, alors que Paul est encore en vie et emprisonné à Rome pendant deux ans (à partir de 60 ap. J.-C. environ). Si l’Évangile a été écrit avant les Actes, il a probablement été écrit peu avant ou pendant cet emprisonnement (59–63 ap. J.-C.) Une date plus tardive, après 70 ap. J.-C., a été proposée par ceux qui croient que Luc s’est servi de Marc comme source et que Marc a été écrit vers la fin des années 60, juste avant ou pendant la Guerre judéo-romaine de 66–70 ap. J.-C. (voir Marc 13:14).
Destinataires
Luc adresse son ouvrage à un dénommé Théophile (« qui aime Dieu »), qui a probablement financé sa lourde tâche de recherche et de rédaction d’un livre aussi long. C’était probablement un incroyant qui se posait des questions, ou alors plutôt un croyant qui souhaitait être instruit davantage concernant les origines de la foi chrétienne. L’adresse à cet individu ressemble à une dédicace. Luc-Actes étaient probablement destinés aussi à un public chrétien plus vaste, composé surtout de croyants d’origine non-juive, mais avec également des croyants d'origine juive. Ces croyants cherchaient la confirmation et l’assurance que le plan du salut de Dieu continuait, malgré le rejet de Dieu par beaucoup de Juifs. Luc affirme que l’Église, composée à la fois de Juifs et de non-juifs qui ont accepté Jésus comme le Messie, représente le véritable peuple de Dieu à l’ère présente.
Sens et message
Le récit de Luc-Actes affirme positivement : 1) que Jésus est le Messie promis par l’Ancien Testament ; 2) que sa mort à la croix n’invalide pas cette revendication, car les Écritures avaient toujours prédit que le Messie mourrait et ressusciterait (Luc 24:26, 46; 3) que la mission auprès des non-Juifs a été initiée par l’Esprit de Dieu, qu’elle est prédite dans les Écritures et qu’elle fait partie du dessein de Dieu pour apporter le salut au monde entier, pendant les derniers jours ; et 4) que les Juifs et les non-Juifs qui composent l’Église sont le peuple de Dieu. Le thème central de l’Évangile de Luc est que le salut de Dieu, promis dans les Écritures, s’est accompli à travers la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ.
Un message historique. Davantage que n’importe quel autre auteur évangélique, Luc affirme l’historicité de l’histoire de Jésus et assure à ses lecteurs que le message de l’Évangile est authentique. Il insiste sur le fait que son œuvre est fondée sur le récit de témoins oculaires fiables (1:1–4) et détermine méticuleusement les dates du ministère de Jésus, en référence aux souverains de son époque (3:1–2).
Portrait de Jésus. Le portrait que Luc fait de Jésus reflète le thème de la promesse et de l’accomplissement. Jésus est présenté comme le Sauveur promis, le Messie, descendant du roi David. Il est né à Bethléem, la ville de David, et il règnera pour toujours sur le trône de David (1:32–33; 2:4, 11). Jésus n’a pas accompli notre salut par sa puissance ou ses conquêtes militaires, mais en souffrant le sort des prophètes. Il est mort en tant que serviteur du Seigneur, en accomplissant les promesses de l’Ancien Testament. Par sa mort et sa résurrection, Jésus est devenu le Sauveur du monde (Luc 2:11; Actes 2:36; 10:36). Ses serviteurs apportent à présent son message de salut aux extrémités de la terre.
Salut pour ceux du dehors. Luc met l’accent sur le salut pour tous ceux qui croient, surtout les exclus d’Israël : les pauvres, les pécheurs, les Samaritains méprisés, les femmes et les non-juifs.
(1) Les pauvres. Le Royaume de Dieu entraine une profonde inversion des chances : Dieu exalte le pauvre et l’humble, mais il humilie le riche et l’arrogant (Luc 1:51–55; 16:19–31). L’Évangile est une bonne nouvelle pour le pauvre et l’opprimé (4:18), car ce sont eux qui reconnaissent le plus leur besoin de Dieu (6:20–21). Il est impossible pour le riche d’entrer dans le Royaume, s’ils mettent leur confiance en leurs richesses plutôt qu’en Dieu (12:13–21; 18:18–30).
(2) Les pécheurs. L'amour de Dieu pour les perdus est révélé le plus clairement en l’association de Jésus aux pécheurs et aux collecteurs d’impôts. Il a appelé Levi, un collecteur d’impôts méprisé de tous, à être son disciple. Jésus, le Grand Médecin, est venu guérir les « malades » (les pécheurs), par les « gens bien portants » (propres-justes ; 5:27–32). Il félicite une femme de mauvaise vie, qui lui a oint les pieds, parce qu’elle a reconnu le pardon de Dieu et a beaucoup aimé en retour (7:36–50). Il reprend les pharisiens et les maîtres de la loi religieuse qui pensent être juste par leurs œuvres, pour leur hypocrisie et leur manque de compassion. Le collecteur d’impôts repentant dans le Temple a reçu le pardon, tandis que le pharisien qui se glorifie dans ses œuvres n’a rien obtenu (18:9–14). Même Zachée, le chef des collecteurs d’impôts, a été pardonné lorsqu’il s’est repenti et tourné vers Dieu (19:1–10). Jésus a pardonné et offert une place au paradis au criminel repentant à la croix (23:39–43). Ses paraboles expriment le même thème ; par exemple, le père a pardonné à son fils prodigue lorsqu’il est revenu à lui (15:11–32). Le message qui transparaît tout au long de son Évangile est que l’avènement du Royaume de Dieu apporte le pardon à tous ceux qui se repentent et croient.
(3) Les Samaritains. Les Samaritains étaient des étrangers, méprisés ; mais, dans l’Évangile de Luc, Jésus félicite un Samaritain pour sa reconnaissance envers Dieu, après qu’il ait été guéri de la lèpre (17:11–19). Par ailleurs, Jésus raconte la parabole du Bon Samaritain, dans laquelle un Samaritain méprisé est le seul à réellement se montrer le prochain d’un Juif blessé (10:29–37). Le salut de Dieu ne dépend pas de l’identité ethnique ou du statut social, mais d’un cœur rependant et d’une vie d’amour pour Dieu et les autres.
(4) Les femmes. Dans la culture du 1er siècle, les femmes étaient considérées comme inférieures ; mais Jésus les élève à une position de dignité dans le Royaume de Dieu. L’Évangile de Luc accorde une importance particulière aux femmes et en mentionne treize qu’on ne retrouve dans aucun autre Évangile. Le récit de la nativité est donné de la perspective des femmes (Marie et Elisabeth). Luc est le seul à mentionner les femmes qui soutenaient Jésus financièrement (8:1–3). Dans l’histoire de Marthe et Marie, Jésus félicite Marie pour s’être assise à ses pieds, comme une disciple, pour apprendre de lui (10:38–42).
(5) Les Non-juifs. Les non-Juifs étaient les exclus ultimes. Luc met l’accent sur le fait que le salut de Dieu s’étend à eux aussi. Bien qu’il se soit levé en Israël, Jésus serait une « lumière pour éclairer les nations » (2:32) et « toute chair verra le salut de Dieu » (3:4–6; Ésaïe 40:5). Tandis que la généalogie de Matthieu (Matthieu 1:1–17) met l’accent sur les origines juives de Jésus, en commençant par Abraham, le père des Israélites, celle de Luc remonte à Adam, le père de toute l’humanité (Luc 3:23–38). Dans son sermon à Nazareth, Jésus affirme que Dieu a toujours manifesté sa grâce aux non-Juifs (4:24–27). Le message de Luc est que Dieu aime tous les hommes, partout, et qu’il désire que tous ceux qui sont perdus soient sauvés (15:1–32; 19:10).
Le rejet de beaucoup en Israël. Le côté sombre de cette inclusion des non-Juifs et des autres exclus est que le message de Jésus a été rejeté par beaucoup en Israël. À Nazareth, lorsqu’il a proclamé que Dieu avait béni des non-Juifs dans le passé, le peuple s’est soulevé, saisi de colère, pour le tuer (4:28–30). Cet épisode initie le rejet de Jésus par son propre peuple et anticipe l’opposition juive à l'Église (rapportée dans les Actes). Jérusalem, ayant rejeté son Messie, était sous le coup du jugement de Dieu (Luc 13:33–35; 19:41–44), un schéma qu’on retrouve dans les Actes. Alors que beaucoup en Israël croyaient en l’Évangile, encore plus le rejetaient. Israël était divisé, si bien que l’Évangile est parvenu aux non-Juifs. Luc insiste que ce rejet n’invalide pas le message de l’Évangile : il était prédit dans l’Ancien Testament et représente une continuation de la longue histoire d’entêtement et d’endurcissement du peuple d’Israël (11:29–32, 47–51; 13:34–35; 19:41–44; 23:27–31; Actes 13:46; 28:25–28; voir aussi Romains 9–11).