Jean Introduction approfondie

Jean a écrit son Évangile pour inspirer la foi. Il connaissait Jésus intimement et son Évangile dresse un portrait intime du Seigneur. Jean se décrit lui-même comme « le disciple que Jésus aimait ». Son Évangile est devenu « l’ Évangile bien-aimé » de l’Église. Nous y rencontrons Nicodème, la femme samaritaine au puits, Lazare et Thomas, le disciple qui doute. Jean rapporte beaucoup des paroles les plus mémorables, des sermons les plus longs et des miracles les plus profonds de Jésus. Dans son Évangile, nous rencontrons Dieu face à face.

Cadre

Une petite communauté chrétienne vivant dans la ville antique d’Éphèse, vers la fin du 1er siècle ap. J.-C. Ils avaient découvert la Bonne Nouvelle de Jésus et le récit de sa vie par l’apôtre Paul. Avec le temps, l’apôtre Jean est allé à Éphèse, où il s’est installé, apportant avec lui ses souvenirs de la vie et du ministère de Jésus. Au cours des dernières années de sa vie, Jean a mis ces souvenirs par écrit. C’est ainsi que des disciples – et nous – avons eu accès au quatrième Évangile.

Jean voulait avant tout que ses disciples croient que Jésus-Christ est le Fils de Dieu (Jean 20 :31). Il était conscient qu’ils n’avaient pas eu, comme lui, le privilège de voir les nombreux signes et miracles de Jésus (Jean 20:29). Son autorité et son expérience profonde avec Jésus transparaissent dans tous ses récits. En tant que témoin de la vie de Jésus (Jean 19:35), Jean, ayant entendu, vu et touché la Parole de vie (voir 1 Jean 1:1–4), constitue une source précieuse de beaucoup de récits uniques à cet Évangile.

Alors que les chrétiens d’Éphèse parlaient de Jésus à leurs concitoyens, ils se sont rapidement retrouvés à en débattre avec les rabbins dans les synagogues locales. Jésus était-il vraiment le Fils de Dieu ? Comment pouvait-il être le Messie ? Les chrétiens peuvent-ils légitimement se revendiquer comme « enfants d’Abraham » ? Peut-on prouver que Jésus avait bien été envoyé par Dieu ? Guidé par le Saint-Esprit dans son enseignement et son écriture, Jean oriente brillamment ses lecteurs chrétiens dans ces débats.

Les tensions augmentaient. Alors que les petites églises croissaient aux côtés des synagogues, de plus en plus de Juifs se convertissaient. L’opposition à ces chrétiens était inévitable. Jean s’est tenu aux côtés de l’Église pendant des persécutions et des conflits terribles. Alors que l’Église naissante semblait sur le point d’être submergée par sa lutte avec la prestigieuse synagogue, Jean témoignait courageusement du ministère de Jésus-Christ. Par la suite, lorsque de faux enseignants ont provoqué des controverses et des conflits au sein de l’Église, il a encore fortifié la communauté. Par ses lettres d’encouragement et d’exhortation (voir 1, 2et 3 Jean), il est devenu le pasteur-théologien héroïque des églises d’Asie mineure.

Les livres écrits par Jean sont aussi populaires aujourd’hui qu’au cours des premières années d’histoire de l’Église. Peu de livres bibliques n’ont autant influencé la vie et la pensée chrétienne que le profond et dynamique Évangile de Jean. Combinant une expression intime et des idées pénétrantes, Jean dresse un portrait riche et profond de Christ.

Résumé

Jean divise son Évangile en deux sections principales : les chapitres 1–12 et 13–21. La première section, souvent appelée « livre des signes », traite du ministère public de Jésus, qui se révèle au monde juif. La deuxième section, souvent appelée « livre de la gloire », rapporte les paroles adressées par Jésus en privé à ses disciples, puis sa mort et sa résurrection.

Chapitres 1–12. Le prologue de l’Évangile (1:1–18) résume adroitement l’entrée de la Parole de Dieu dans le monde. Après avoir été baptisé, Jésus appelle ses premiers disciples (1:19–51). Ensuite, une série d’événements remarquables (chapitres 2–4) souligne la révélation de Jésus aux Juifs. Lors d’un mariage à Cana, il a changé l’eau en vin. À Jérusalem, il s’est servi d’un fouet pour chasser la corruption et les prêteurs d’argent du Temple. Il a débattu du sens de la renaissance spirituelle avec un rabbin du nom de Nicodème. À un puits en Samarie, il a rencontré une femme avec une histoire maritale complexe et lui a offert de l’« eau vive », qu’aucun puits ne pourrait jamais offrir. À chacun de ces épisodes, il révèle son identité.

À la section suivante (chapitres 5–10), Jésus apparaît à un certain nombre de fêtes juives et se sert de symboles et de pratiques de l’Ancien Testament pour se révéler au peuple de Dieu. Le jour du Sabbat, il travaille en guérissant un paralytique. À la Pâque, il offre du pain à cinq mille hommes. À la lumière symbolique de la fête des cabanes, il guérit un aveugle, renforçant sa propre identité en tant que lumière du monde. Le message clair de Jean est que Jésus est venu accomplir les promesses du judaïsme, depuis l’époque de l’Ancien Testament.

Ensuite, Jésus commence à se préparer à sa mort et à sa résurrection. Jean décrit l’arrivée de Jésus à Béthanie, une ville directement à l’Est de Jérusalem (chapitre 11). Son ami Lazare est mort et Jésus le ressuscite. Après cet événement remarquable, Jésus lance son ultime appel public au monde, à croire en lui et en sa mission (chapitre 12).

Chapitres 13–21.  Jean passe à la mort et à la résurrection de Jésus, en rappelant à ses lecteurs que la croix n’est pas un signe de désespoir, mais une scène glorieuse. Avant de retourner au Père, Jésus a dû préparer ses disciples à son départ. Lors du dernier repas de la Pâque, il partage avec ses disciples ce qui lui tient le plus à cœur (chapitres 13–17). Il leur parle ouvertement de sa mort et de son départ vers le Père, les rassure qu’il ne les abandonnera pas, mais qu’il reviendra changer leur joie en tristesse, et leur promet le don du Saint-Esprit. Enfin, il prie pour eux.

Après ce repas de Pâque, Jésus a amené ses disciples à l’Est de la ville, à travers une vallée, jusqu’à un champ d’oliviers appelé Gethsémané (chapitre 18). Judas, qui avait accepté de trahir Jésus, est vite apparu avec un grand groupe de soldats romains et de gardes du Temple. Après son arrestation, Jésus a comparu devant le haut conseil juif, afin d’être interrogé, d’abord par Anne, puis par Caïphe, le grand-prêtre en place à ce moment-là. Au matin, les responsables juifs l’ont amené au gouverneur romain, Ponce Pilate, qui l’a interrogé sur son identité. Pilate, poussé par les responsables juifs, a décidé de le faire crucifier (chapitre 19).

L’apogée de l’Évangile de Jean est la résurrection de Jésus (chapitre 20), suivie d’une série de récits dramatiques au cours desquels il apparaît à ses disciples et les encourage, en leur donnant le Saint-Esprit et en les envoyant comme ses représentants dans le monde. Ensuite, il leur ordonne de se mettre en marche (chapitres 21). Il leur rappelle sa puissance (21:1–14), restaure Pierre, qui l’avait renié (21:15–17) et l’instruit de le suivre dans sa mission (21:18–19).

Auteur et date

Comme pour les autres Evangiles, Jean ne contient aucune preuve explicite de l’identité de son auteur, même s’il y a des indices clairs par rapport à la figure énigmatique du « disciple que Jésus aimait » (voir 13:23; 19:26–27; 20:2–10; 21:7, 20–24). L’Évangile de Jean doit être relié à cette personne, qui est identifiée comme la source et le témoin de ce récit de la vie de Jésus (19:35; 21:20–24).

Qui était ce disciple que Jésus aimait ? A partir de 125 ap. J.-C., des responsables de l’Église primitive ont écrit qu’il s’agissait de l’apôtre Jean, fils de Zébédée, qui vivait à Éphèse lorsqu’il a écrit cet Évangile (voir, par ex., Eusèbe, Histoire de l’Église 3.23). En plus de faire partie des Douze, Jean, avec son frère Jacques et Pierre, constituaient le cercle rapproché de Jésus (voir, par ex. Matthieu 26:36–37; Marc 5:37; 9:2). L’Évangile de Jean reflète cette perspective étroite. La plupart des spécialistes pensent que Jean a terminé son Évangile vers 90 ap. J.-C.

Destinataires

Jean a probablement écrit son Évangile pour des chrétiens d’origine juive qui vivaient Éphèse, en Asie mineure et plus loin dans le monde méditerranéen. Ces croyants étaient pris en étau entre la culture juive et grecque, si bien que leur compréhension du judaïsme était peut-être réduite.

Si sa connaissance de la Palestine et du judaïsme est reflétée tout au long de son Évangile, il présume que ses lecteurs n’étaient pas familiers de certains éléments du monde dans lequel Jésus a vécu. Ainsi, il explique, par exemple, que « rabbin » est un terme hébreu, qui signifie « maître » (1:38). Il donne aussi un nom alternatif du Lac de Galilée (6:1). En même temps, Jean présume que ses lecteurs étaient familiers des traditions, concepts et fêtes juives. Ils étaient probablement familiers aussi des éléments de base du récit de l’Évangile de Marc. Ainsi, Jean fait référence, par exemple, à l’emprisonnement de Jean-Baptiste (3:24), sans raconter toute l’histoire.

Sens et message

Révélation et rédemption.  « La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue. » (1:5). La lumière de Dieu est venue dans le monde : Christ révèle le Père (14:9). En Christ, nous voyons la gloire de Dieu en un être humain. Bien que Jésus ait été persécuté, jugé et crucifié, la lumière ne peut être éteinte. Le dessein de Jésus, en révélant Dieu, est de racheter les hommes : « En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. » (1:4). Ceux qui acceptent la révélation et la rédemption de Christ par la foi obtiennent la vie éternelle.

L’adoration et l’Esprit.  L’adoration doit être « en esprit et en vérité » (4:24), elle doit tirer son énergie et inspiration de l’Esprit de Dieu. Nicodème a dû naître « d’eau et d’Esprit » pour entrer dans le Royaume de Dieu (3:5). En Galilée, après avoir nourri les 5 000 hommes, Jésus a dit à la foule que le pain de vie était disponible en son corps, qui devait être sacrifié. Il les a instruits de consommer son corps et son sang, symboliques du repas du Seigneur (6:51–59). Une adoration qui ne se concentre que sur les éléments individuels, sans être accompagnée de l’Esprit de Dieu, est cependant vaine (voir 6:63).

Jésus-Christ.  Jean rapporte les descriptions que Jésus donne de sa nature, de ses origines et de sa relation avec le Père. Jésus affirme son unicité avec le Père (10:30; 14:9–10) leur unité de dessein (5:17; 8:42), ainsi que la distinction entre leurs personnes (14:28; 17:1–5). Il se sert même du titre que Dieu emploie pour lui-même dans l’Ancien Testament (« Je suis »), afin d’affirmer sa divinité (voir 8:58; 18:4–5; Exode 3:13–14).

Le Saint-Esprit.  L’Évangile de Jean souligne le rôle du Saint-Esprit comme un élément fondamental de l’expérience humaine de Jésus (chapitres 4Et 7) et de notre propre vie (chapitres 3, 14Et 16). La puissance transformatrice de l’Esprit de Dieu caractérise la véritable vie de disciple.

La mission de l’Église.  Dieu a envoyé Jésus dans le monde (8:18) pour proclamer sa gloire et témoigner de la Bonne Nouvelle de la rédemption. Après son départ, le Fils a continué sa mission par le Saint-Esprit (16:5–11), qui est venu à son tour remplir l’Église et donner aux croyants la force d’accomplir la mission de Jésus dans le monde (20:20–23; Matthieu 28:18–20; Actes 1:7–8).

La fin des temps.  Les premiers chrétiens attendaient avidement le retour de Christ et Jean affirme cette attente. D’ici là, les croyants peuvent expérimenter sa présence à laquelle ils aspirent tant, par le Saint-Esprit. L’annonce, par Jésus, de la venue de l’Esprit, fait écho au langage de son propre retour (voir 14:15–26). D’une manière vitale, Jésus est déjà avec nous par le Saint-Esprit, alors que nous continuons à attendre son retour personnel à la fin de l’histoire.