Lorsqu'une catastrophe survient, nous réagissons généralement de deux manières. Soit nous nous tournons vers Dieu et entrons dans une relation renouvelée avec lui, façonnée par une meilleure compréhension de sa nature et de son caractère, soit nous nous détournons de lui et l'accusons, lui ou d'autres, d'être à l'origine de nos difficultés. Certains nient même l'existence de Dieu. Le peuple de l'ancien Israël a connu des catastrophes et a été confronté à la même décision. Allaient-ils se détourner de Dieu dans les moments difficiles ou se tourner vers lui et rechercher ses bénédictions ?
Contexte
Joël a prophétisé au milieu d’une catastrophe menaçant la survie même de Juda et de Jérusalem. Une invasion de sauterelles d’une ampleur inédite allait s'abattre sur le pays. Vague après vague, ces insectes voraces dévoraient tout : potagers, champs de céréales, vignes, vergers, et jusqu’à l’herbe des pâturages. Dans un tel contexte, toute forme de vie (humaine ou animale) était en péril. À cette époque, on ne disposait ni d’insecticides, ni de réserves alimentaires, ni de secours organisés. Une invasion de cette envergure signifiait la famine, et pour beaucoup (en particulier les nourrissons et les personnes âgées), la mort.
Face à cette menace, le peuple s’interrogeait sur la justice et la compassion de Dieu. Était-il vraiment souverain sur le ciel et la terre ? Était-il bon ? Ils se sont également interrogés sur leur propre péché et leur responsabilité morale au devant de la plaie. Dieu a-t-il envoyé les sauterelles pour nous punir de notre incapacité à vivre en bonne relation avec lui ? Dieu sera-t-il miséricordieux envers nous ? Avons-nous un avenir ? En réponse à ces questions, le prophète Joël a proclamé la parole de l’Éternel à son peuple.
Résumé
Le livre de Joël se divise en deux grandes parties. La première (1.1–2.17), décrit l’invasion dévastatrice de sauterelles qui a frappé Juda et Jérusalem. La plaie était si forte qu'elle a tout ravagé, détruisant les céréales, les vignes et les arbres. Les effets de la plaie ont été aggravés par une sécheresse qui a brûlé et desséché la terre. En conséquence, humains et bêtes gémissaient de faim, et plus rien ne restait pour les offrandes du culte au temple. Joël a alors appelé le peuple à revenir à l’Éternel et à implorer sa grâce (2.12–17). Certains voient dans cette description non pas un récit littéral, mais la métaphore d’une armée ennemie, image du jour de jugement à venir.
La seconde partie (2.18–3.21), présente la réponse de l’Éternel : il compatit à la détresse de son peuple et annonce la restauration de la terre après l'invasion des sauterelles. Dans 2.18–27, Joël décrit comment Dieu va restaurer leur vie matérielle dans un avenir immédiat, en prenant soin de leurs champs, leurs vergers, leurs vignobles et leurs troupeaux. Puis, dans un avenir plus lointain, Dieu promettait de restaurer aussi la vie spirituelle (2.28–3.21) : il va répandre son Esprit sur tous ceux qui lui font confiance, et il va juger les nations qui refusent de reconnaître sa seigneurie.
Date de rédaction
Nous ne savons pas précisément à quelle époque Joël a exercé son ministère prophétique. Le livre ne mentionne aucun roi sous lequel il aurait prophétisé (voir par ex., Am 1.1 ; Mi 1.1), et n’apporte aucun repère historique clair. En conséquence, les spécialistes ont proposé des datations très variées.
Dans la tradition hébraïque et dans les traductions anglaises, le livre de Joël se situe entre ceux d’Osée et d’Amos, qui ont vécu au VIIIe siècle av. J.-C. Cela a conduit certains à penser que Joël appartenait à une époque encore plus ancienne, peut-être même antérieure à ces deux prophètes. Comme le texte ne fait pas référence à un roi en particulier et qu’il présente les sacrificateurs sous un jour favorable, certains estiment que Joël a prophétisé durant l'enfance du roi Joas (835–796 av. J.-C.), à un moment où le royaume était administré par Jehojada, le sacrificateur (voir Jl 2.17 ; voir aussi 2R 12.1–21).
D’autres éléments suggèrent toutefois une date beaucoup plus tardive. Joël ne fait jamais allusion au royaume du nord ni à sa capitale, Samarie, ce qui pourrait indiquer qu’il a vécu après leur chute en 722 av. J.-C. Par ailleurs, il ne mentionne ni l’Assyrie ni Babylone, pourtant ennemis majeurs d’Israël entre les VIIIe et VIe siècles av. J.-C., ce qui pousse de nombreux spécialistes à penser que ces empires appartenaient déjà au passé au moment de sa rédaction. Puisque la monarchie a disparu avec l’Exil en 586 av. J.-C., plusieurs chercheurs situent Joël dans la période postexilique, après le retour du peuple juif dans sa terre à partir de 538 av. J.-C
Enfin, Joël reprend ou évoque de nombreux passages d’autres prophètes comme Amos, Sophonie, Abdias ou Ézéchiel. Il se pourrait que Joël ait vécu avant eux et qu’ils se soient inspirés de ses paroles, mais il est également possible qu’il ait réutilisé leurs propos pour s’adresser à une génération confrontée à une situation entièrement nouvelle.
Ces différentes observations ne permettent pas d’affirmer avec certitude que Joël a prophétisé après l’Exil, mais elles ont conduit la majorité des spécialistes à privilégier une datation post-exilique. Cela dit, dans le cas de Joël, situer précisément la date de sa prophétie n’est pas aussi crucial que pour d’autres livres. Son message aborde des questions essentielles et intemporelles.
Signification et message
Tout au long du livre de Joël, la souveraineté de l’Éternel sur toute la création se manifeste avec clarté. Il règne aussi bien sur le monde naturel que sur les sociétés humaines. La plaie de sauterelles ne représentait pas un simple phénomène naturel : cette armée d’insectes avait été envoyée sur ordre de Dieu (2.11). L’Éternel contrôle la pluie et la sécheresse, la fertilité comme la famine, la bénédiction autant que la destruction. Tous les peuples, qu’ils soient israélites ou non, se trouvent sous son autorité souveraine, mais cela n’annule pas pour autant la responsabilité des humains.
Parce que le péché humain a profondément altéré l’ordre naturel, Joël a appelé les habitants de Juda et de Jérusalem à se repentir. Il pouvait leur proposer cette voie parce qu’il savait que l’Éternel est miséricordieux et compatissant. Sa nature l’incline davantage à pardonner qu’à condamner, à restaurer plutôt qu’à anéantir. En s’appuyant sur un texte ancien (Ex 34.6–7), Joël a transmis l’invitation pleine de grâce de l’Éternel à son peuple : « revenez à l’Éternel, votre Dieu; Car il est compatissant et miséricordieux, Lent à la colère et riche en bonté » (Jl 2.13).
Pour Joël, la manière juste d’exprimer ce retour vers Dieu passait par le culte officiel rendu au temple, sous la conduite des sacrificateurs. Cela peut surprendre, puisque d’autres prophètes ont dénoncé ce culte à cause de la corruption qui régnait parmi les responsables (voir Es 1.10–18 ; Am 5.21–24). Pourtant, Joël reconnaissait la valeur de ce culte lorsqu’il naissait d’un cœur sincèrement tourné vers Dieu, une attitude typique des prophètes de l’époque post-exilique (voir Aggée, Zacharie, Malachie). À travers le culte, les réalités invisibles et éternelles prennent une forme concrète, incarnée dans des objets et des actions. Mais Joël rappelle que la foi ne se limite pas à des rites extérieurs : le véritable culte repose sur une transformation intérieure (Jl 2.13). La solution au culte corrompu n'est pas d'abandonner le culte, mais de s’approcher de Dieu en esprit et en vérité (voir Jn 4.23–24).
À un peuple frappé par la catastrophe, Joël a transmis un message fort : leur avenir se trouvait entièrement entre les mains de leur Dieu. Il leur a annoncé que le jour de l’Éternel va venir, moment de jugement sur les injustes et d'établissement de la paix et de la justice (Jl 1.15 ; 2.1). Ce jour-là, l’Éternel va répandre son Esprit sur des hommes et des femmes, jeunes et vieux, sans distinction de statut, rendant possible une vie fidèle à sa loi. Les injustices qui défigurent ce monde déchu ne disparaîtront que lorsque l’Éternel reviendra pleinement et définitivement dans sa création (Jl 2.28–3.21 ; voir Mt 16.27 ; Ac 2.16–40 ; Col 2.13–22 ; Ap 21–22).