Job Introduction approfondie

Lorsque nous devons faire face à la souffrance, nous nous demandons souvent pourquoi. Les gens disent parfois que la personne qui souffre a fait quelque chose de mal. Le livre de Job examine l'affliction d'un homme qui souffre précisément parce qu'il est irréprochable. Les amis de Job supposent qu'il est coupable d'un péché non identifié. Ils essaient de le persuader de se repentir, mais il sait qu'il n'a pas péché, alors il interroge Dieu. Enfin, celui-ci apparaît, mais ne lui donne pas les réponses qu'il cherche. Au lieu de cela, Dieu le met au défi, lui fait changer de point de vue et le bénit.

Contexte

L'histoire du livre de Job se déroule au début de l'âge patriarcal, avant qu'Israël ne devienne une nation. La richesse de Job, comme celle d'Abraham, réside dans le bétail et les esclaves (1.3 ; 42.12 ; voir Gn 12.16 ; 32.5). C'est lui le prêtre de sa famille, pratique courante avant la loi de Moïse (1.5 ; 42.8 ; voir Gn 4.4 ; 8.20 ; 12.7–8 ; 13.18 ; 15.9–10 ; 26.25 ; 33.20 ; 35.1–6 ; 46.1). À l'époque de Job, les Sabéens et les Chaldéens sont des pilleurs nomades (1.15, 17), sans pouvoir politique important comme à la fin de la période monarchique (comp. avec Es 45.14 ; Jl 3.8). La monnaie utilisée par Job et ses proches s'appelle la kesita. Elle a cours pendant l'âge patriarcal (42.11 ; voir Gn 33.19 ; Jos 24.32). Seuls ceux qui ont vécu avant le déluge (Gn 1–6) et les patriarches (Abraham, Isaac et Jacob) ont une longévité comparable à celle de Job ou la dépassent (42.16 ; voir Gn 5.3–32 ; 25.7 ; 35.28 ; 47.28 ; 50.26). Avec Job, nous revenons au début de l'Histoire, lorsque les mortels ont du mal à connaître Dieu et à comprendre le monde.

Résumé

L'introduction du livre de Job (chap. 1–2), écrite en prose, fournit la perspective céleste permettant de comprendre pourquoi Job souffre et établit le cadre du dialogue humain formant la majeure partie de l'œuvre. Job est un homme juste que Dieu permet à Satan de mettre à l'épreuve. Dans la salle d'audience céleste, ce dernier soutient que si Dieu retire ses bénédictions à Job, celui-ci le maudira « en face » (1.11). Au lieu de cela, Job répond : « que le nom de l'Éternel soit béni ! » (1.21), et « nous recevons de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal ! » (2.10). L'éloge de Dieu en faveur de Job est justifié.

Le lecteur quitte ensuite la cour céleste et entre dans le conseil des humains alors que trois amis de Job viennent sympathiser avec lui. Leur veillée silencieuse de sept jours est apparemment une tentative authentique de le consoler (2.11–13). Cependant, lorsque Job rompt son silence par une plainte amère (chap. 3), ses conseillers commencent à le critiquer et à le condamner. Au cours de trois séries de débats (chap. 4–27), leur rhétorique varie de l'insinuation à l'accusation flagrante. Les amis de Job proposent une argumentation théologique concise : puisque Dieu est juste, il récompense chaque personne selon ce qu'elle a fait ; la souffrance de Job doit donc être la juste punition pour un mal qu'il a commis. Il répond à chacun de leurs discours en insistant sur le fait qu'il est innocent et que sa souffrance est imméritée et injuste.

Après les trois cycles de dialogue entre Job et ses amis, un intermède poétique loue Dieu comme la seule source de sagesse (chap. 28). Lorsque Job fait ensuite sa déclaration finale à propos de sa misère et de sa droiture (chap. 29–31), ses trois amis l'abandonnent (32.1). Élihu, une nouvelle voix, renouvelle ensuite l'effort humain pour expliquer la souffrance de Job (chap. 32–37). Enfin, Dieu vient pour poser un défi à ce dernier (chap. 38–41). Au lieu d'écouter l'argumentation de Job, Dieu exige des réponses et pose des questions qui démontrent sa propre puissance et sa souveraineté. Job répond par la repentance et admet qu'il n'a pas le droit de questionner Dieu (42.1–6).

Dans la section finale écrite en prose (42.7–17), Dieu réaffirme la droiture et la fidélité de Job, prononce son jugement sur ses amis et déverse des bénédictions extraordinaires sur lui.

Job comme livre historique

Le décor céleste de l'introduction du livre et la manifestation du surnaturel à sa conclusion soumettent le lecteur moderne à la tentation de faire du livre de Job une parabole fictive. Les dialogues poétiques suggèrent également qu'il s'agit de quelque chose de plus qu'un simple dossier historique ennuyeux. Mais une histoire peut être racontée à travers des élans poétiques aussi bien qu'un récit détaillé (comp. avec Ex 14.21–31 ; 15.1–12 ; Ps 78 ; 105). La Bible suggère ailleurs que le récit de Job est historique. Ézéchiel et Jacques font tous deux référence à lui comme un exemple de droiture et d'endurance (Ez 14.14, 20 ; Jc 5.11).

Auteur et date de composition

La paternité et la composition de Job demeurent une énigme. Bien que l'histoire affiche un cadre patriarcal (vers 2000 av. J.-C.), la date de sa composition semble beaucoup plus tardive. Les commentateurs suggèrent des dates qui vont de l'errance d'Israël dans le désert (Exode-Nombres) à l'ère suivant son retour d'exil (Esdras-Néhémie). La composition finale de Job a probablement lieu pendant la monarchie (1–2 Rois), lorsque d'autres écrits sapientiaux tels que Proverbes et Ecclésiaste sont rassemblés.

Même si nous acceptons que Job est un personnage historique, nous ne savons toujours pas qui est l'auteur du livre, où il vit, ou de quel niveau sociétaire il provient. L'auteur semble être un sage doué dans l'utilisation des proverbes (p. ex. 4.2 ; 6.5–6), des questions rhétoriques (p. ex. 21.29) et de l'art de l'éloquence. La vie végétale et animale, la culture étrangère et l'Antiquité, y compris la période patriarcale, lui sont familères.

Le livre ne peut pas être daté avec certitude en se référant à (1) des événements ou des personnes mentionnées ou sous-entendues dans le livre (la première référence à Job se situe pendant l'exil, Ez 14.14, 20) ; (2) des idées théologiques du livre indiquant des dates distinctes ; ou (3) sa relation textuelle à d'autres documents de l'Ancien Testament (comp. avec p. ex. 3.3–10 ; Jr 20.14–18). Job a peut-être même été édité au fil du temps par un certain nombre de personnes.

Caractéristiques littéraires

Parallèles anciens à Job.   On trouve plusieurs parallèles au livre de Job dans la littérature du Proche-Orient ancien (la liste suivante est empruntée de James B. Pritchard, éd., Ancient Near Eastern Texts Relating to the Old Testament, 3e éd. [Princeton, Princeton University Press, 1969]) :

  • La « légende cananéenne du roi Kéret » parle d'un roi qui perd sa famille dans une série de catastrophes naturelles ; son dieu El la restaure.

  • Le document égyptien « Litige au sujet du suicide » (2000 av. J.-C.) parle d'un homme qui envisage de mettre un terme à son existence et espère que quelqu'un embrassera sa cause face au conseil céleste. (Job souhaite ne pas être né, mais il n'envisage jamais le suicide.)

  • Également originaires d'Égypte, les « Protestations du paysan éloquent » (2200 av. J.-C.) relatent l'histoire d'une victime de vol qui n'est pas traitée équitablement et fait appel aux autorités locales. Au début, il est poli. Mais au fur et à mesure qu'il présente son cas, son langage devient de plus en plus strident.

  • D'origine babylonienne, l'histoire intitulée « Ludlul bēl nēmeqi » (ce qui signifie : « Je loue le seigneur très sage ») parle d'un homme pieux de haut rang qui est frappé par la maladie et qui subit les railleries de ses amis. À la différence de Job, cet homme croit qu'il a accidentellement commis un péché, peut-être sans s'apercevoir que c'était mal. Plutôt que de maintenir son innocence, il admet sa faute et implore la miséricorde. Après une série d'exorcismes qui apportent la guérison, son dieu le rétablit dans sa situation précédente. Reconnaissant, il conclut par un long hymne de louange à son dieu.

  • De même origine que le texte ci-dessus, la « Théodicée babylonienne » suit la même forme de dialogue que celle du livre de Job : la personne qui souffre se plaint, et ses amis répondent par des réprimandes. Les arguments des deux côtés sont remarquablement similaires à ceux de Job. Pourtant, on note également des différences clés : (1) la « Théodicée babylonienne » est polythéiste, alors que Job est monothéiste ; (2) la victime menace d'abandonner foi et obéissance, même si elle conclut par une pétition à son dieu et à sa déesse. Job reste dévoué au Seigneur tout au long du récit (p. ex. Jb 13.15–16).

Relation à la littérature sapientielle d'Israël.   Le livre de Job partage la même saveur que d'autres œuvres de la littérature sapientielle de l'Ancien Testament. Les amis de Job suivent des lignes de pensée énoncées dans le Deutéronome, les Chroniques et les Proverbes. Ils soutiennent que la sagesse et la droiture mènent à la vie et à la prospérité, tandis que la folie et le mal mènent à la mort et à l'échec. Job se joint à l'auteur de l'Ecclésiaste en remettant en question l'application simpliste et universelle de cette doctrine.

Signification et message

Le livre de Job n'explique pas la souffrance. Ce n'est pas son but. Mais il démontre qu'elle ne correspond pas nécessairement à la rétribution de Dieu pour le péché. Job ne reçoit pas de réponse à la question qu'il pose concernant les raisons pour lesquelles de mauvaises choses arrivent aux bonnes personnes, et nous non plus.

Le conflit fondamental entre l'intégrité du Créateur et l'intégrité d'un homme est exploré dans ce livre. Il semble y avoir désaccord entre ciel et terre. Il est trop facile de s'aligner avec les trois amis de Job en niant l'innocence de Job, car nous pouvons faire appel à divers passages du Nouveau Testament qui nient qu'un quelconque être humain puisse être juste (p. ex. Rm 3.10, 23 ; Lc 18.19). La droiture de Job est authentique et complète, bien que son obsession quant à sa propre rectitude le fasse parfois s'approcher d'une attitude de justice à ses propres yeux. Il devient si inflexible dans la défense de son intégrité qu'il semble prêt à défier Dieu. Les trois amis de Job présentent une vision de Dieu qui est plus orthodoxe, du moins en surface. Ces conseillers sont plus que des hommes de paille faibles et imaginaires ; ils développent avec précision la plupart des arguments bibliques servant à expliquer la souffrance. Pourtant, leurs applications présomptueuses tournent au vinaigre. Ils insistent sur une vision quid pro quo de la rétribution, dans laquelle tout le bien et tout le mal dont les gens font l'expérience sont directement liés à ce qu'ils ont gagné ou mérité.

Le livre semble évoluer dans les engagements fondamentaux de la foi d'Israël dans l'Ancien Testament. Job et tous les autres locuteurs prennent au sérieux les notions de bénédiction et de malédiction de l'alliance (Lv 26 ; Dt 28), ainsi que celles de semer et de récolter dans cette vie (Ps 34.11–22 ; voir également Ga 6.7 ; 1P 3.10). Ils n'envisagent même pas de solution au problème de la raison pour laquelle Dieu permet aux justes de souffrir (théodicée) en dehors du cadre de la révélation biblique (p. ex. dualisme métaphysique, tensions polythéistes ou naturalisme matérialiste). Au lieu de cela, les orateurs du livre n'explorent que des réponses bibliques. Ils expliquent la souffrance comme (1) une punition pour le péché (p. ex. Jb 4.7–9) ; (2) le lot inévitable des mortels, qui tendent vers le péché (p. ex. 15.14–16) ; (3) la discipline de Dieu (p. ex. 5.17–18 ; 33.15–28 ; 36.8–15 ; voir Pr 3.11 ; Hé 12.2–13) ; (4) une partie du plan mystérieux de Dieu (p. ex. Jb 11.7–8 ; 37.19, 23) ; ou (5) un test imposé sur terre pour satisfaire un différend céleste (p. ex. 1.6–12).

Comme la vie « sous le soleil » (voir l'Ecclésiaste) est une arène trop limitée pour fournir des réponses à toutes les grandes questions, l'auteur se tourne vers les cours célestes pour saisir la dimension divine de ce qui se passe sur terre. Mais même là, la réponse n'est pas divulguée. Pourquoi Dieu a-t-il donné son agrément et relevé le défi de Satan ?

En fin de compte, le livre de Job montre Dieu défendant l'innocence de Job et rejetant les explications faciles de la souffrance. Dieu met également de côté les exigences de Job d'obtenir une explication. Comme Job ne peut pas comprendre l'univers dans son ensemble, il ne devrait pas exiger d'explication concernant la façon dont sa souffrance s'inscrit dans cet ordre. Le monde ne peut pas être expliqué en des termes que les humains peuvent pleinement comprendre.

Le livre de Job offre ainsi une image complexe de Dieu. Il aurait pu rejeter la suggestion de Satan, n'ayant rien à prouver ; pourtant il choisit d'autoriser le test, démontrant finalement sa puissance et forçant la défaite de Satan par l'intermédiaire de Job, un être humain. Dieu n'explique jamais à Job ce qui se passe en coulisse. Au lieu de cela, Dieu contredit le droit de Job de remettre en question l'intégrité de la justice divine (40.8).

La façon dont on peut traverser les calamités n'est pas seulement de garder la tête froide, mais de s'incliner devant Dieu dans la piété et de se fier à sa bonté souveraine. Lorsque les êtres humains traversent des situations désastreuses, leur réaction face à Dieu peut être l'adoration et l'agrément de la sagesse et la justice de ses voies, quelles que soient la douleur ou l'obscurité de ces conditions. Les objectifs saints de Dieu concernant la souffrance humaine sont parfois cachés. En fin de compte, Job se rapproche de Dieu au travers de sa souffrance : « Mon oreille avait entendu parler de toi ; Mais maintenant mon œil t'a vu » (42.5).