Lorsque Dieu a appelé Jérémie pour avertir Juda d'une destruction imminente, le royaume jouissait encore de prospérité, de liberté et de sécurité. Mais la situation a basculé lorsque Nabuchodonosor II, roi de Babylone, a pris le contrôle de la région. Pendant vingt ans, Juda a souffert sous sa domination, jusqu'à ce que Jérusalem soit détruite et que son peuple parte en exil à Babylone. Au milieu de ces bouleversements, Jérémie a proclamé les messages de jugement et de ruine, tout en partageant la souffrance intérieure que ces paroles lui infligeaient. Il a transmis l’appel sincère de Dieu à son peuple, l’invitant à revenir à lui pour recevoir le salut. Il a aussi proclamé la promesse divine d’une restauration future pour Israël.
Contexte
Avant la naissance de Jérémie, l’Assyrie dominait le Proche-Orient ancien et exerçait même un temps son autorité sur l’Égypte. Durant cette période, le roi Manassé de Juda était devenu un vassal de l’Assyrie : il leur avait juré fidélité, avait adopté leurs dieux et pratiqué l’idolâtrie pendant la majeure partie de son long règne (686–642 av. J.-C. ; voir 2R 21.1–7). Cette infidélité spirituelle avait rendu Juda spirituellement stérile (voir toutefois 2Ch 33.10–17). Le fils de Manassé, Amon, suivant le mauvais exemple de son père, avait poursuivi dans cette voie pendant son bref règne (2R 21.21). Après son assassinat par des serviteurs du palais à Jérusalem, le peuple avait rapidement placé sur le trône son fils, Josias, roi de Juda, alors âgé de huit ans (2R 21.23–24).
Josias servait l’Éternel et rejetait l’héritage païen de ses ancêtres. À sa douzième année de règne, il avait ordonné la destruction des idoles et des autels païens (2Ch 34.3–7). Puis, à sa dix-huitième année, il avait financé la restauration du temple afin que les sacrificateurs et le peuple puissent y adorer le seul vrai Dieu (2Ch 34.8). Pendant ces travaux réparations, ils avaient redécouvert le livre de la Loi (aussi appelé livre de l’Alliance), oublié sous le règne de Manassé. Ce texte exposait clairement les péchés de Juda et devint une base essentielle pour les messages prophétiques de Jérémie.
Jérémie était originaire d’Anathoth, un village situé au nord-est de Jérusalem. Dieu l’avait appelé à être prophète durant la treizième année du règne de Josias (vers 627 av. J.-C.). Quelques années plus tard, la découverte du livre de la Loi avait inspiré Josias à lancer un vaste mouvement de réforme spirituelle, exhortant le peuple à suivre les commandements de Dieu.
La mort de Josias au combat contre les Égyptiens, en 609 av. J.-C. (voir 2R 23.29), avait mis un terme à ce renouveau et marqué le début du déclin de Juda. Entre 612 et 605 av. J.-C., les Babyloniens avaient vaincu les Assyriens et repoussé les Égyptiens, mettant ainsi fin à la prospérité et à la sécurité de Juda. De 605 à 586 av. J.-C., le roi Nebucadnetsar de Babylone avait conquis la région, attaqué Juda à plusieurs reprises, puis détruit Jérusalem.
Durant cette période troublée, les rois de Juda se sont détournés de l’Éternel et ont ignoré les avertissements de Jérémie. Jojakim, fils de Josias, qui a régné de 609 à 598 av. J.-C., avait rétabli le culte des idoles et s’était tourné vers l’Égypte pour résister à Babylone. Il s’opposait avec force aux messages de Jérémie. Son fils, Jojakin, n'a régné que trois mois au début de l’année 597. Après la défaite de Juda en avril 597, les Babyloniens ont installé son oncle Sédécias comme roi vassal de Babylone. Ce dernier a régné de 597 à 586 av. J.-C.
Sédécias était faible et indécis. Il respectait Jérémie et cherchait régulièrement son conseil, mais il n'avait pas le courage d'obéir pleinement à l’Éternel. Au lieu de cela, Sédécias préférait écouter ses conseillers et finit par rompre son alliance avec Babylone. Cette trahison avait déclenché une attaque en janvier 588 av. J.-C. En juillet 586, les Babyloniens avaient ouvert une brèche dans les murs de Jérusalem, avaient incendié la ville, détruit le temple et emmené la population en exil. Jérémie faisait partie des rares personnes restées en Juda, et il avait rapporté ce qu’il était advenu de la communauté survivante après la chute de Jérusalem.
Résumé
Le chap. 1 présente la manière dont Dieu a choisi Jérémie pour devenir son messager. Cela s'est produit en 627 av. J.‑C.
Les chap. 2 à 20 couvrent la période allant de 627 à 605 av. J.-C. Ils décrivent les échanges entre Dieu, Jérémie et le peuple de Juda. Par l’intermédiaire de son prophète, Dieu dénonce vivement le culte païen qui régnait en Juda, avertit de l’arrivée d’une invasion venant du nord et annonce un jugement sévère. Dans les chap. 11 à 20, Jérémie approfondit sa compréhension des projets divins.
Les chap. 21 à 29, qui s’étendent de 605 à 593 av. J.-C., retracent les controverses et débats que Jérémie a entretenu avec les rois, les sacrificateurs et les autres prophètes de Juda. Il critique fermement ces dirigeants corrompus.
Les chap. 30 à 33, couvrant la période de 596 à 588 av. J.-C., apportent une note d’espérance en évoquant la restauration future du peuple de Juda. Ils annoncent une nouvelle alliance entre Dieu et son peuple, et décrivent une vision tournée vers l’avenir, où un « germe de justice » va apporter le salut (33.15).
Les chap. 34 à 45 décrivent les événements survenus entre 605 et 580 av. J.-C. Ils rappellent l’attaque de Jérusalem par les Babyloniens, la brèche ouverte dans les murs de la ville, la destruction du temple et l’anéantissement du royaume de Juda. Les chap. 34 à 36 expliquent que cette catastrophe est survenue parce que le peuple avait rompu son alliance privilégiée avec l’Éternel. Jérémie décrit ensuite ce qui s’est passé entre 586 et 580 av. J.-C., après le départ des Babyloniens : Guedalia, le gouverneur établi, a été assassiné, et le reste du peuple de Juda s’est enfui en Égypte, malgré les avertissements de Jérémie.
Les chap. 46–51 couvrent la période de 605 à 593 av. J.-C. Ils rassemblent les oracles de jugement de Dieu contre les nations voisines de Juda. Chaque peuple, grand ou petit, devait être jugé pour son idolâtrie et sa cruauté envers le peuple élu. Certaines de ces nations ont malgré tout reçu la promesse d’une restauration future. Quant à Israël, Dieu lui promet la fin de l’exil et le retour sur sa terre.
Le chap. 52 couvre la période comprise entre 586 et 561 av. J.-C. Il revient sur les derniers jours de Jérusalem et reprend, dans les grandes lignes, les récits de 2R 24.18–25.30.
Auteur et date
Dans la quatrième année du règne du roi Jojakim (605 av. J.-C.), Jérémie a confié une série de messages à Baruc. Celui-ci les a consignés par écrit sur un rouleau destiné au roi (Jr 36.1–26). Ce dernier l’a fait brûler, mais Jérémie et Baruc ont rédigé à nouveau les messages, en y ajoutant de nombreux autres (36.32). Ce second rouleau constitue vraisemblablement le contenu des chap. 2–20. Une grande partie du reste du livre semble avoir été rédigée par la suite, puis intégrée à l’ensemble. Étant donné que le récit inclut les événements jusqu’à l’arrivée de Jérémie en Égypte, il est probable que l’ouvrage ait été globalement achevé vers 580 av. J.-C.
Manuscrits (documents écrits à la main)
Il existe deux versions différentes de Jérémie, chacune présentant un recueil unique de messages. La première version, le texte massorétique hébreu, a été conservée par les exilés babyloniens et sert de base à la plupart des traductions françaises. La seconde, transmise par les réfugiés en Égypte, a donné naissance à la version grecque appelée « La Septante ». Cette traduction a été réalisée vers 250 av. J.-C. par des érudits juifs à Alexandrie. La Septante compte environ 2 700 mots en moins et présente un ordre différent de certains passages par rapport au texte massorétique.
Caractéristiques littéraires (la manière dont l'histoire est racontée)
Le système des messagers
Le livre de Jérémie met en œuvre une méthode de communication qu’on pourrait appeler le « système des messagers ». Cette pratique était courante dans les gouvernements royaux du Proche-Orient ancien et est encore utilisé aujourd'hui. Un dirigeant choisissait un messager chargé de transmettre des paroles ou des écrits officiels à une autre nation. Ce messager agissait avec l’autorité de son souverain. Le destinataire du message avait alors le choix de l’accepter ou de le rejeter, et pouvait répondre. Si le message était refusé, le messager risquait des représailles, et la rupture diplomatique pouvait mener à un conflit armé (voir 2S 10.1–19). Le messager retournait ensuite auprès du roi qui décidait de la suite à donner.
Le système judiciaire
De nombreux messages de Jérémie reprennent la forme d’un procès et emploient un langage propre aux tribunaux. Le livre commence avec cette déclaration de l’Éternel : « je veux encore contester avec vous ... Je veux contester avec les enfants de vos enfants » (Jr 2.9). L’Éternel occupe à la fois le rôle de plaignant, de juge et de bourreau. Comme plaignant, il expose les fautes de Juda et avance des preuves. Une fois que les accusés ont répondu, l’Éternel juge et rend son verdict. Enfin, en tant que bourreau, il met en œuvre la sentence.
Histoires
Jérémie comprend de nombreux récits où le prophète se trouve en interaction avec des rois, des responsables, des sacrificateurs, d’autres prophètes ou des citoyens ordinaires, souvent dans des contextes de crise. Le livre relate également plusieurs épisodes de la vie personnelle de Jérémie. Ces sections se terminent souvent par un décret, souvent rédigé sous une forme poétique.
Signification et message
Dans l’Israël de l’Ancien Testament, un conflit profond opposait l’adoration des idoles à celle de l’Éternel. Jérémie rappelait régulièrement au peuple qu’il avait conclu une alliance avec Dieu, une alliance qui impliquait qu’ils devaient l’aimer et l’adorer de tout leur cœur, lui seul. Un passage clé (Jr 10.1–16), illustre bien cela : Jérémie y dénonce l’absurdité de l’idolâtrie face à la majesté, à la gloire, à la pureté et à la puissance du Dieu d’Israël.
Les habitants de Jérusalem et de Juda vivaient une situation de tension extrême. Jérémie les avertissait qu’en persistant dans le culte des idoles, ils risquaient de perdre leur ville, leur richesse, leurs proches, leur liberté, et même le temple. Mais la majorité ne voulait pas écouter. Ils cherchaient à fuir leurs difficultés en formant des alliances avec d’autres nations ou en se rebellant, mais ces réactions ne produisaient que guerre, souffrance et mort. Même face à ces conséquences, ils restaient incapables de prendre une autre voie. Renoncer aux idoles, aux rituels païens et à l’excitation des fêtes qui y étaient attachés, ainsi qu'à la liberté sexuelle paraissait trop exigeant. Beaucoup ne croyaient pas que Dieu permettrait la destruction du temple ou de Jérusalem. Cela leur semblait inconcevable. C’est pourquoi seuls quelques-uns se sont tournés vers Dieu et se sont repentis.
Pourtant, l’Éternel leur ouvrait un chemin de retour empreint de compassion. Il leur demandait trois choses :
abandonner complètement l’adoration des idoles,
se soumettre pleinement à lui
suivre ses instructions concernant le comportement approprié et inapproprié.
Même après la dévastation du pays, la mort ou la déportation d’une grande partie de la population, Dieu avait promis de préserver un petit nombre de fidèles, ceux qui continueraient à le servir. À ces survivants, il annonçait qu’ils rentreraient un jour dans leur terre et y vivraient en paix et dans la prospérité.
C’est dans les chap. 30–33. que s’exprime le plus clairement cette miséricorde. Ils annoncent une nouvelle alliance et un nouveau roi. Dieu ne détruirait plus, mais il planterait et reconstruirait (1.10 ; 31.28). Toutefois, très peu se sont réellement repentis à l’époque de Jérémie.
Au milieu de tout cela, Jérémie ressentait une tension profonde entre l’ordre de l’Éternel (1.17–19) et ses propres désirs et sentiments. Le Seigneur lui ordonnait « ceins tes reins ... dis-leur », mais le prophète aspirait à vivre en paix avec ceux qui l’entouraient (voir 20.8–9). Il ressentait une forte connexion avec son peuple, et les messages de jugement et de ruine qu’il devait transmettre le touchaient personnellement. Plus que tout autre prophète de l’Ancien Testament, Jérémie révélait sa compassion à travers son combat intérieur pour l'obéissance (15.16–18 ; comparer Mt 26.36–42).