Dieu peut-il nous sauver des problèmes auxquels nous sommes confrontés ? Peut-il nous délivrer des puissances mondiales qui nous oppriment ? Peut-il briser la puissance de notre péché et nous aider à faire face à ses conséquences ? Ésaïe répond à ces questions par un « oui ! » retentissant. Les paroles du prophète nous submergent parfois par leur beauté. À d'autres moments, ses paroles sont perçantes et révèlent notre péché, nous poussant à nous agenouiller. Le ministère d'Ésaïe commence par une vision de l'amour, de la grandeur et de la sainteté de Dieu. Cette vision, ainsi que l'ensemble du livre d'Ésaïe, forcent le cœur humain à reconnaître sa culpabilité, le motivant à se fier uniquement à son Créateur pour trouver le pardon, vivre la restauration et déterminer le but de la vie.
Contexte
À la mort du roi Ozias (740 av. J.-C.), le royaume Juda, au sud, fait face à une crise majeure. L'empire d'Assyrie est à nouveau en mouvement après un sommeil de près de cinquante ans. Son armée progresse au sud-ouest de son pays d'origine, dans ce qui est maintenant le nord de l'Iraq, vers sa destination ultime, l'Égypte. Les petites nations de la côte méditerranéenne, y compris Israël et Juda, se trouvent sur son chemin. L'Assyrie s'est emparée de la Galilée et d'une grande partie du territoire d'Israël à l'est du Jourdain. Mais les Assyiens ne se satisferont que de la subjugation totale d'Israël, de Juda et de toutes les autres nations, plus petites, de la région.
Pendant la vie du roi Ozias, Juda peut se permettre de ne pas prêter attention à la crise. Dans l'ensemble, c'est un roi bon et efficace, qui dispose d'une armée forte (2Ch 26.11–15). Son peuple espère qu'il pourra d'une façon ou d'une autre sauver la nation des Assyriens. Cependant, lorsqu'il meurt, des dirigeants impies lui succèdent. Pendant cette crise de direction à la tête du pays, Dieu donne à Ésaïe la vision qui l'amène à débuter son ministère et le guide pendant les quarante années suivantes (Es 6).
Néanmoins, l'Assyrie ne cesse de progresser vers le sud, le long de la côte méditerranéenne, assujettissant une petite nation après l'autre. Pendant ce temps, la politique de Juda vis-à-vis de l'Assyrie oscille entre l'apaisement et la confrontation. Le prophète Ésaïe apporte un message véritablement indispensable : Dieu est absolument fiable, et c'est une folie totale de s'en remettre à quelque chose ou à quelqu'un d'autre que lui.
Malheureusement, le message principal d'Ésaïe n'est pas toujours pris en compte. Vers 734 av. J.-C., Israël forme une coalition avec la Syrie pour s'opposer à l'Assyrie. Lorsque le roi Achaz de Juda refuse de se rallier à eux, Israël et la Syrie l'attaquent afin de lui forcer la main. Face à cette crise, Achaz agit en insensé et appelle les Assyriens à la rescousse (2Ch 28.16–21) plutôt que de mettre sa confiance en Dieu (Es 7.1–12). Bien que le roi d'Assyrie vainque la Syrie et Israël, il soumet également Juda et lui impose un lourd tribut. Quelques années plus tard (722 av. J.-C.), l'Assyrie bat à nouveau le royaume d'Israël et envoie la plupart des gens du peuple en exil (2R 17.5–18).
En 701 av. J.-C., pendant le règne d'Ézéchias, l'Assyrie envahit à nouveau Juda. Cette fois, Juda se fie à la fidélité de Dieu, et comme promis, celui-ci sauve la nation de l'armée assyrienne (37.21–36).
Malheureusement, le peuple de Dieu ne lui reste pas fidèle. En conséquence, Dieu permet finalement que le royaume de Juda soit vaincu par le successeur de l'Assyrie, Babylone (605–586 av. J.-C.). Que signifient la destruction de Juda et l'exil à Babylone quant au fait que Dieu est absolument digne de confiance, selon la proclamation d'Ésaïe ? Le prophète répond également à cette question : Dieu punirait en effet la méchanceté de Juda. Mais il préserverait également un reste qui reviendrait un jour en Terre sainte. Ce retour ne serait pas dû à une quelconque fidélité de leur part ; ce serait un acte de la grâce de Dieu.
À son retour d'exil (538 av. J.-C. ; voir Esd 1.1–4), le peuple est à nouveau tenté par le mal, cette fois par le biais du paganisme qui s'est enraciné dans sa patrie pendant son absence. Ésaïe montre que le Dieu plein de grâce qui le sauve est aussi le Dieu saint qui exige obéissance, justice et dévotion exclusive de sa part.
Résumé
Ésaïe 1–39 couvre la période allant de la mort d'Ozias (740 av. J.-C.) à 701 av. J.-C. L'introduction (chap. 1–5) oppose l'état de péché et d'injustice actuel de Juda à l'existence bénie en présence de Dieu à laquelle le peuple avait été appelé à l'origine. Cette comparaison soulève une question : comment la corruption actuelle peut-elle être transformée en gloire, en pureté et en succès ? Le prophète répond au chapitre 6, alors qu'il relate son propre renouveau et son appel, comme exemple de la façon dont un changement pourrait se produire à l'échelle nationale. Cependant, si le peuple de Juda veut faire l'expérience d'un tel renouveau, il doit se détourner de ses voies pécheresses et apprendre à se fier à Dieu. Tout au long des chapitres 13–35, le prophète utilise des formes littéraires et des exemples tirés de situations de vie variées pour confirmer que Dieu est le seul qui soit vraiment digne de foi ; s'appuyer sur n'importe laquelle des nations environnantes à sa place représente une folie extrême. Ésaïe associe ce message à deux récits historiques d'expériences avec l'Assyrie : l'expérience du roi Achaz dans les chapitres 7–12, et celle du roi Ézéchias dans les chapitres 36–39. Lorsque premier ne se fie pas à Dieu, un désastre s'ensuit. En revanche, c'est le cas de son fils Ézéchias, et une grande délivrance se produit. Cependant, lui aussi connait des moments de faiblesse (chap. 39), préparant le terrain à la défaite ultérieure de Juda et à l'exil à Babylone.
Ésaïe 40–55 aborde les questions qui se poseraient durant l'exil de Juda à Babylone en 586 av. J.-C. L'exil signifie-t-il la défaite de Dieu, soit par les Babyloniens, soit par le péché de Juda ? Le dessein de Dieu pour Juda a-t-il été frustré, et Dieu est-il impuissant à y faire quoi que ce soit ? Dans les chapitres 40–48, Ésaïe montre que Dieu est infiniment supérieur à n'importe quel dieu idole. Son peuple en sera la preuve lorsque Dieu le sauvera des mains finalement impuissantes de Babylone. Dans les chapitres 49–55, le prophète aborde la question plus profonde du péché de Juda. Tout comme Dieu l'a sauvé de Babylone, il a également l'intention de sauver un reste du peuple de la puissance asservissante du péché ; il accomplira cela par la mort de son serviteur.
Ésaïe 56–66 aborde l'expérience de Juda après la fin de son exil en 539 av. J.-C. Dieu sauve un reste de l'exil comme promis ; il doit maintenant être pur, juste et saint. Les serviteurs de Dieu ne doivent pas continuer à marcher dans les ténèbres et la corruption, car ce sont ces attitudes et ces actions qui avaient mené à l'exil. Alors qu'Ésaïe parle du salut du péché, la lumière du caractère saint et juste de Dieu se manifeste à son peuple. Par conséquent, toutes les nations auxquelles Israël s'est fié à la place de Dieu viendront dorénavant à Jérusalem pour apprendre les voies de celui-ci par Israël.
Auteur
Le livre d'Ésaïe répond à trois situations historiques différentes, deux d'entre elles allant au-delà de la vie du prophète. De nombreux érudits soutiennent donc que le prophète Ésaïe n'aurait pas pu écrire le livre en entier ; cette opinion prévaut depuis le milieu des années 1800. Cependant, si l'inspiration de Dieu est réelle, la prophétie prédictive est une possibilité réelle elle aussi. Le fait que des parties du livre abordent ce qui se passera dans le futur par rapport à Ésaïe ne pose aucun problème. En outre, le livre affiche une unité littéraire remarquable. Lorsque Jésus et les auteurs du Nouveau Testament citent le livre d'Ésaïe, ils affirment systématiquement qu'ils font référence aux paroles du prophète du même nom (voir p. ex. Mt 8.17 ; 12.17–21 ; Lc 3.4–6 ; Ac 8.28–35 ; Rm 10.16).
Date
Il est vraisemblable, d'après les références historiques des chapitres 6–39, que ce contenu ait été consigné à divers moments au cours des trente-huit années entre la mort d'Ozias en 740 av. J.-C. et le retrait de Sanchérib de Jérusalem en 701 av. J.-C. En raison d'un style lyrique affichant plus de simplicité, de méditation et de réflexion dans les chapitres 40–66, il est probable qu'une période de temps s'écoule entre 701 av. J.-C. et leur rédaction. Nous ne savons pas quand Ésaïe est décédé, mais la tradition date sa mort à la période du seul règne de Manassé (686–642 av. J.-C.). Un intervalle de plus de quinze ans est donc possible entre la rédaction des chapitres 1–39 et celle des chapitres 40–66.
Genres littéraires
Ésaïe comporte un riche éventail de sous-genres :
des discours de jugement avertissant Israël que Dieu le punira pour ses péchés (9.8–21) ;
des prophéties de malheur déplorant la mort imminente de la nation (5.8–30 ; 29.1–12 ; 31.1–9) ;
des paraboles qui enseignent par analogie (5.1–8 ; 27.2–6) ;
des discours de procès pour prouver la culpabilité (41.21–29) ;
des prophéties de salut porteuses d'espoir pour l'avenir (2.1–5 ; 32.1–20 ; 60.1–22) ;
des hymnes de louange à Dieu pour sa fidélité (12.1–6 ; 26.1–6) ;
des prophéties contre les nations étrangères (15.1–16.14 ; 23.1–18) ;
des prophéties d'un roi à venir, le Messie (9.1–7 ; 11.1–9) ;
des chants concernant le serviteur, quelqu'un qui souffrirait pour les péchés des autres (42.1–9 ; 52.13–53.12) ;
Signification et message
Le livre d'Ésaïe pourrait être qualifié de « Bible miniature ». Il a plus d'accents du Nouveau Testament que tout autre livre de l'Ancien. Ésaïe nous donne une image de Dieu comme unique et transcendant (au-delà de notre expérience). Pourtant, ce Dieu saint et exalté se révèle et désire être Emmanuel (« Dieu est avec nous », 7.14). C'est pourquoi le Dieu transcendant est également immanent (à proximité). Cette proximité de Dieu prépare les lecteurs d'Ésaïe à recevoir Dieu incarné (dans la chair), Jésus-Christ, qui est vraiment l'Emmanuel (voir Mt 1.21–23).
Ésaïe s'attaque à la folie de l'idolâtrie. Il expose l'aberration d'essayer de capturer Dieu dans quelle que soit la chose créée ou d'essayer de le manipuler à nos propres fins. La seule façon de recevoir les bénédictions que Dieu veut répandre sur nous est notre reddition et notre confiance. Cependant, l'esprit humain s'y oppose obstinément. Nous préférons nous fier à quelque chose ou à quelqu'un d'autre que Dieu, qui est indépendant de notre volonté. Ceux qui refusent aveuglément de se soumettre au vrai Dieu et se tournent plutôt vers de faux dieux s'éloignent de lui et font face à son jugement.
Le prophète relate l'histoire du jugement de Dieu sur son peuple pécheur par l'exil. Cependant, Dieu revient vers son peuple dans la grâce et déclare qu'il ne le rejettera pas complètement. Au lieu de cela, il purifiera et préservera un reste qui le glorifiera parmi les nations et démontrera qu'il est le seul Dieu vrai et vivant.
Le royaume de Dieu aura pour centre une nouvelle Sion (nouvelle Jérusalem), peuplée par une nouvelle communauté de fidèles et gouvernée par le serviteur juste de Dieu, le Messie. Ce royaume sera bâti sur la puissance de l'amour plutôt que sur la puissance de l'oppression et de l'injustice. Seuls les justes peuvent faire partie de cette nouvelle communauté. La grâce qui sauve le peuple de Dieu des suites de son péché est également celle qui produit en lui l'obéissance à la volonté divine. Ainsi, ils glorifieront Dieu et transformeront le monde.