Habakuk demande à Dieu : « Pourquoi permets-tu l’injustice ? » et « Pourquoi tolères-tu le mal ? ». Dieu ne répond pas directement à ses questions. Au lieu de cela, tout comme il l’a fait avec Job, il lui montre une vision de sa divinité. Que le prophète comprenne ou non les voies de Dieu, il peut lui faire confiance en toute sécurité. Ses questions résonnent dans le cœur de tous ceux qui craignent Dieu. Le livre d’Habakuk ne propose pas de réponses faciles au problème du mal dans le monde. Cependant, il donne de bonnes raisons de croire en un Dieu souverain, saint et juste, qui apportera finalement la justice à son monde.
Contexte
Habakuk a vécu à une époque où Juda était depuis longtemps sous le pouvoir de l’Assyrie. L’Empire assyrien a englouti la majeure partie de l’ancien Proche-Orient, de la Mésopotamie à la capitale égyptienne de Thèbes. Toutefois, à l’époque d’Habakuk (fin des années 600 av. J.‑C.), l’Assyrie montre des signes de faiblesse qui finiront par causer sa perte. Après avoir mené des campagnes militaires au milieu des années 640 av. J.‑C., le roi assyrien Osnappar s’est consacré à des activités littéraires et artistiques. Il était de moins en moins attentif à l’administration de son empire, entraînant ainsi une faiblesse à l’étranger et des soulèvements à l’intérieur.
À la mort d’Osnappar, l’Assyrie est confrontée à une nouvelle menace. À Babylone, le roi Nabopolassar (626–605 av. J.‑C.) proclame son indépendance de l’Assyrie et pose les bases d’un empire néo-babylonien qui s’étendra sur près d’un siècle (626–539 av. J.‑C.). Nabopolassar conquiert les principales villes de l’Assyrie l’une après l’autre. La capitale, Ninive, tombe en 612 av. J.‑C., et les forces assyriennes restantes sont ensuite vaincues à Haran (609 av. J.‑C.) et à Carkemisch (605 av. J.‑C.).
Lorsque le fils de Nabopolassar, Nabuchodonosor II (605–562 av. J.‑C.), lui succède, son empire s’étend sur de vastes régions de l’ancien Proche-Orient. Nabuchodonosor lance une série de campagnes militaires contre le royaume de Juda, attaquant avec succès Jérusalem à trois reprises et emmenant de nombreux habitants en esclavage. La dernière de ces attaques (586 av. J.‑C.) entraîne la chute finale du royaume de Juda.
À l’exception des dernières années du pieux roi Josias (640–609 av. J.‑C.), la violence et l’injustice ont caractérisé la société judéenne depuis le règne néfaste de Manassé (697–642 av. J.‑C.) jusqu’à la chute de Jérusalem (586 av. J.‑C.). À bien des égards, Manassé était l’opposé de son pieux père, Ézéchias (voir 2R 21.1–9 ; 2Ch 33.2–9). Manassé a encouragé le développement des rites païens des premiers colons pré-israélites de Canaan. Cette apostasie a condamné Juda. Le repentir postérieur de Manassé et ses tentatives pour réparer ses erreurs passées (2Ch 33.15–19) n’ont pas entraîné de changement durable, et son fils Amon s’est à son tour tourné vers les pratiques païennes (2R 21.21–22). Les ministères suivants de prophètes tels que Sophonie, Jérémie et Ézéchiel, ainsi que les efforts de réforme de Josias (2Ch 34.1–35.19) n’ont, eux non plus, pas eu d’effet durable. Les rois suivants de Juda ont tous été condamnés pour leur méchanceté (2R 23.32, 37 ; 24.19 ; Jr 22 ; 27.1–22 ; 36.30–31). Même pendant les réformes de Josias, le peuple de Juda est resté ancré dans son apostasie.
La nation de Juda était entièrement dans un état précaire. C’est pendant cette dernière période tragique de l’histoire de Juda en tant qu’État indépendant qu’Habakuk a vécu et servi comme prophète (voir Ha 1.2–4).
Résumé
La prophétie d’Habakuk est un dialogue entre Dieu et le prophète. Dans les premiers versets, Habakuk observe la société violente qu’est devenue Juda. Il ne peut comprendre pourquoi Dieu semble ignorer son péché. Habakuk ressent que, malgré ses cris répétés, Dieu ne l’écoute tout simplement pas (1.2–4). La première réponse de Dieu est qu’il est sur le point de s’occuper de la violence de Juda en amenant un peuple encore plus violent, les Babyloniens, pour les juger (1.5–11).
Cette réponse déroute encore plus Habakuk (1.12–2.1). Le peuple de Juda était bien méchant, mais pourquoi Dieu utiliserait-il des gens encore plus méchants pour châtier son propre peuple ? Dieu y répond en mettant l’accent sur sa justice qui punit à la fois Juda et les Babyloniens (2.2–5). Tous deux ont échoué à garder les normes de foi et de moralité de Dieu, et tous deux méritaient d’être jugés. Dans une série de cinq chants de raillerie (2.6–20), Dieu énumère ses accusations contre tous ceux qui sont corrompus et commettent des injustices. Les Babyloniens en faisaient certainement partie ; même si Dieu utilise des personnes pour accomplir ses desseins, celles-ci se doivent toujours de vivre selon les normes éthiques de Dieu. S’ils ne le font pas, ils ne peuvent échapper au jugement.
Le dernier chapitre s’ouvre avec la prière d’Habakuk pour la miséricorde de Dieu sur Juda, même lorsqu’il les châtie (3.1–2). Habakuk consigne ensuite un psaume de louange qui offre une réflexion poétique sur le récit de la rédemption de son peuple par Dieu lors de l’Exode (3.3–15). Habakuk conclut par une déclaration d’engagement et une note de louange (3.16–19).
Auteur
On ne sait rien d’Habakuk, sauf qu’il était un prophète de Juda. Un manuscrit de Bel et le Dragon, une histoire incluse à la fin du livre de Daniel dans la traduction grecque de l’Ancien Testament, identifie Habakuk comme un Lévite. Si cette information est exacte, elle peut permettre d’expliquer les annotations musicales dans le troisième chapitre (3.1, 3, 9, 13, 19), car les Lévites étaient responsables de la musique du Temple (voir 1Ch 6.31–47 ; 25.1–31). Habakuk utilise à profusion le langage figuré avec une structure compositionnelle soignée, ce qui indique sa grande sensibilité littéraire. Sa haine de l’immoralité et de la dégradation sociale causées par le péché démontre également sa profonde préoccupation spirituelle pour que le peuple de Dieu vive selon les normes de Dieu.
Date
La date de la prophétie d’Habakuk est incertaine. Les circonstances mentionnées dans le livre se rapprochent d’une période tardive de l’histoire de Juda, mais avant l’exil de Juda à Babylone ; par conséquent, la prophétie a été très probablement annoncée entre environ 645 av. J.‑C. (vers la fin du règne de Manassé) et 605 av. J.‑C. (première invasion de Juda par Babylone). La plainte d’Habakuk concernant l’injustice sociale (Ha 1.2–4) et son attention à l’empire néo-babylonien (1.5–11 ; 2.6–20) privilégient également une date durant cette période.
Quant à une date plus précise, trois possibilités ont été avancées. D’abord, beaucoup datent le livre de l’époque du roi Jojakim (609–598 av. J.‑C.), dont le caractère malveillant et les actions méchantes (2R 24.1–3) ont entraîné à la fois des prophéties condamnatoires (Jr 22.18–19 ; 26.3–6 ; 36.27–32) et la menace d’une invasion babylonienne (Jr 25). Ensuite, d’autres pensent que c’était pendant les premiers jours de Josias (640–609 av. J.‑C.), qui, avant la découverte du Livre de la Loi en 622 av. J.‑C., faisait face à une apostasie rampante (2Ch 34.1–7). D’autres encore défendent le point de vue juif traditionnel selon lequel Habakuk vivait à l’époque du règne indépendant de Manassé (686–642 av. J.‑C.), dont la méchanceté (2R 21.16–17) et les actions pour réintroduire le culte cananéen et les rites païens (2R 21.1–11 ; 2Ch 33.1–9, 19–20) ont provoqué la proclamation par Dieu de la ruine de Juda (2R 21.12–15).
Signification et message
Lorsque la violence et la corruption abondent et que le mal semble régner, les fidèles peuvent être tentés de se demander si Dieu s’en soucie vraiment ou s’il est réellement aux commandes. Le dialogue d’Habakuk nous aide à comprendre que Dieu ne méprise pas de telles questions lorsqu’elles lui sont adressées en prière avec un cœur sincère.
La prophétie d’Habakuk réaffirme que Dieu contrôle l’histoire et que ses actions sont toujours justes et droites. Les fidèles doivent être prêts à accepter les réponses de Dieu et à se réjouir de sa volonté, même si celles-ci vont à l’encontre de leur propre pensée. Dieu voit et se soucie profondément de ce qui se passe sur terre. Bien que les personnes puissent ne pas le percevoir, la main souveraine de Dieu est à l’œuvre, et il mènera finalement les choses à une conclusion appropriée et juste (Ha 2.2–3, 14).
Les Babyloniens adoraient la puissance brute qui leur apportait la prospérité. Les accusations de Dieu contre les Babyloniens rappellent aux lecteurs de n’adorer que Dieu (cf. 1Jn 5.21).
Le message de Dieu à Habakuk souligne également que la vie sainte de foi et de fidélité du fidèle doit reproduire les normes éthiques de Dieu (Ha 1.12 ; 2.4). Ceux qui font confiance et servent activement Dieu pourront se réjouir dans le Seigneur (3.18 ; Ph 4.4) et vivre triomphalement en toutes circonstances (Ha 2.20 ; 3.16–19 ; voir aussi Rm 1.16–17 ; Ga 3.11 ; Hé 10.35–39).