Esdras Introduction approfondie

Le livre d'Esdras relate l'action puissante de Dieu lorsqu’il a permis à de nombreux Israélites de retourner à Jérusalem après soixante-dix années d’exil à Babylone. Une fois rentrés, les membres de la communauté restaurée ont rencontré de nombreuses difficultés : ils ont peiné à se préserver de l’influence des nations païennes, à rebâtir le temple, et à affronter le péché présent dans la vie de ceux qui préféraient adopter les valeurs du monde plutôt que celles de Dieu. Tout au long du récit, Esdras montre comment Dieu soutient et protège ceux qui placent leur confiance en lui et qui obéissent avec fidélité à sa parole.

Contexte

Environ 130 ans avant l’arrivée d’Esdras à Jérusalem en 458 av. J.-C., l’Éternel a puni la méchanceté persistante de Juda en envoyant les Babyloniens pour détruire la ville, démolir le temple et emmener des milliers de personnes en exil (voir 2R 25.1–30). Pendant leur temps en exil à Babylone, les Israélites ont pu construire des maisons, cultiver des jardins et mener une vie plutôt confortable, avec une certaine liberté dans la pratique de leur foi (Jr 29.4–5). Certains d’entre eux ont même accédé à des postes importants (Dn 3, 6).

L’Éternel avait promis de ramener son peuple sur la terre sainte après soixante-dix ans (2Ch 36.21; Jr 25.12; 29.10). Vers 559 av. J.-C., Cyrus II, prince de Perse, a soumis les Mèdes et les a intégrés à ce qui allait devenir l’empire perse. En 539 av. J.-C., les Perses ont vaincu les Babyloniens, ouvrant ainsi la voie à l’accomplissement de cette promesse. Dès 538 av. J.-C., Cyrus a commencé à autoriser le peuple juif à quitter Babylone. Scheschbatsar a conduit le premier groupe d’exilés à retourner dans leur patrie (Esd 1.1–8).

Lorsque les peuples d’Israël et de Juda ont été déportés vers des terres étrangères, les Assyriens et les Babyloniens ont installé d’autres peuples conquis dans le pays d’Israël. À leur retour, les exilés juifs ont trouvé ces étrangers occupant la terre qu’ils souhaitaient reconquérir et reconstruire. Ces derniers prétendaient adorer le même Dieu que les Juifs, mais en réalité, ils pratiquaient une religion syncrétique mêlant croyances païennes et éléments de la foi juive. Ils désiraient se joindre aux Juifs dans le culte. Cependant, les Juifs, conscients du compromis spirituel que cela représenterait (4.3), leur ont refusé toute participation à leur communauté. Ce refus a provoqué une forte opposition de la part des étrangers installés sur place. Bien que cette position ait entraîné de longs conflits et retardé la reconstruction du temple, l’exil avait appris aux Juifs qu’un compromis sur la pureté de leur foi aurait des conséquences encore plus graves.

Quelques décennies plus tard, Esdras est arrivé à Jérusalem. Il a découvert que certains Israélites avaient compromis leur fidélité à l’Éternel en épousant des femmes étrangères (9.1–2). Or, l’Éternel avait formellement interdit ce type d’union, car il savait qu’elles entraîneraient l’adoption de croyances religieuses païennes (Dt 7.3–4 ; Jos 23.12–13). Ce péché aurait inévitablement attiré son jugement s’il n’était pas confessé et corrigé (9.13–15 ; 10.14). Esdras a alors conduit le peuple à se séparer des païens et à renouveler leur alliance avec l’Éternel (10.1–11).

Résumé chronologique

Le livre d’Esdras retrace les événements survenus en Juda entre 538 et environ 450 av. J.-C.

538–536 av. J.‑C. : à la suite du décret de Cyrus autorisant les Juifs à retourner dans leur patrie (538 av. J.-C., 1.1–4), environ 50 000 personnes ont entrepris le voyage pour retourner vers Jérusalem. Ils ont rétabli la communauté juive, construit un nouvel autel (1.5–3.6) et commencé la reconstruction du temple (3.7–13). Ces Juifs ont refusé de compromettre leurs croyances en s’associant aux incroyants locaux. L’opposition sur place a rapidement interrompu tous les efforts de reconstruction (4.1–5).

520–515 av. J.-C. : près de vingt ans plus tard, l’Éternel s’est servi des prophètes Aggée et Zacharie pour encourager le peuple à reprendre la construction du temple (5.1–6.12). Les Juifs ont répondu à cet appel et, avec le soutien de la Perse, ils ont achevé l’ouvrage en 515 av. J.-C., sans rencontrer d’autres obstacles (voir aussi Ag 1.2–6 ; Za 4.9 ; 6.12–15 ; 8.9).

486–445 av. J.-C. : les Juifs ont de nouveau rencontré une forte opposition lorsqu’ils ont tenté, une première fois, de rebâtir la ville et ses murailles (Esd 4.6–23).

458 av. J.-C. : Esdras a fait le voyage vers Jérusalem afin de prendre en charge l’administration des affaires civiles (7.1–26). Il a découvert que certaines personnes ne respectaient pas la loi de Moïse, qu’elles épousaient des incroyants et profanaient ainsi Israël. Esdras a intercédé auprès de l’Éternel pour implorer sa miséricorde, puis il a mené une enquête officielle. Beaucoup d’Israélites se sont repentis et ont divorcé de leurs épouses païennes (9.1–10.44).

445 av. J.-C. : Néhémie est arrivé à Jérusalem et a réussi à reconstruire les murailles, malgré une forte opposition et de nombreuses difficultés (voir Né 1–7).

Auteur

Selon la tradition, Esdras et Néhémie formaient un seul ouvrage rédigé par Esdras. En tant que scribe, Esdras aurait eu accès à plusieurs documents officiels qu’il a intégrés dans son récit.

Certains pensent également qu’Esdras a rédigé les livres des Chroniques, car les derniers versets de 2 Chroniques (2Ch 36.22–23) ressemblent fortement aux premiers versets du livre d’Esdras (Esd 1.1–3). Ces écrits partagent un vocabulaire commun et des orientations théologiques proches. Toutefois, de nombreux spécialistes rejettent cette idée, jugeant que les différences linguistiques et doctrinales entre Chroniques et Esdras–Néhémie sont plus importantes que leurs similitudes.

Langue et sources

Même si la majeure partie de l’Ancien Testament a été écrite en hébreu, le livre d’Esdras comprend deux sections rédigées en araméen (4.8–6.18 et 7.12–26), la langue commune de l'empire perse. Ces passages mentionnent six documents officiels :

  • la lettre de Rehum au roi Artaxerxès (4.8–16) ;

  • la réponse d’Artaxerxès à Rehum (4.17–22) ;

  • la lettre de Thathnaï au roi Darius (5.6–17) ;

  • le décret de Cyrus autorisant la construction du temple de Jérusalem (6.3–5) ;

  • la lettre de Darius à Thathnaï (6.6–12) ;

  • la lettre d’Artaxerxès adressée à Esdras (7.12–26).

L’authenticité de ces documents renforce la fiabilité historique du récit.

Esdras inclut également plusieurs documents rédigés en hébreu :

  • le décret de Cyrus (1.2–4) ;

  • une liste des objets du temple (1.9–11) ;

  • la liste des Israélites revenus les premiers à Jérusalem (2.1–69) ;

  • celle de ceux revenus avec Esdras (8.1–14) ;

  • une autre recensant les trésors qu’Esdras a apportés à Jérusalem (8.26–27) ;

  • et enfin, la liste des hommes qui ont divorcé de leurs épouses païennes (10.18–44).

Ces listes assuraient au peuple juif qu'Esdras tenait des registres précis. Seuls les objets sacrés d'origine seraient utilisés dans le temple, seuls les noms figurant dans les registres officiels pouvaient adorer dans le temple et seuls les hommes qui avaient divorcé de leurs épouses païennes seraient inclus parmi le peuple saint de Dieu. En incluant ces détails, Esdras a ainsi veillé à distinguer ce qui était saint de ce qui ne l’était pas.

Signification et message

Le peuple de l’Éternel se sentait vulnérable en revenant à Jérusalem après l’exil babylonien. Il devait affronter les dangers du voyage, l’hostilité des voisins à leur installation, le manque d’influence sur la politique perse et l’immensité de la tâche à accomplir pour rebâtir une nation en ruines. Comment rester fidèle à l’Éternel dans un contexte aussi instable ? Le livre d’Esdras développe quatre grands axes pour montrer comment l’Éternel accomplit sa volonté au sein de son peuple.

1. Dieu exerce un contrôle souverain sur l’histoire d’Israël. C’est l’Éternel qui a poussé Cyrus à autoriser le retour à Jérusalem après soixante-dix ans d’exil (Esd 1.1–4). Il avait aussi annoncé et promis que les richesses des nations contribueraient à la reconstruction du temple (Ag 2.7–8), ce qui s’est réalisé (Esd 6.6–12) quand Dieu a changé le cœur de Darius (6.22). Plus tard, lorsque Esdras est venu à Jérusalem, Dieu a poussé Artaxerxès à donner à Esdras tout ce dont il avait besoin (7.6). Et c'est Dieu qui a protégé les Juifs des attaques sur le chemin du retour (8.22, 31). Esdras reconnaissait que l’avenir de la nation dépendait entièrement de l’Éternel (9.6–15). Seuls ceux qui croient que l’Éternel règne vraiment sur ce monde peuvent persévérer dans la fidélité malgré les épreuves, les conflits et le découragement.

2. Le peuple de Dieu doit être pur et se séparer du péché.  Esdras, un sacrificateur de la lignée d'Aaron (7.1–5), attachait une grande importance à la séparation d’avec le mal. Les premiers à revenir à Jérusalem partageaient cette conviction, refusant toute collaboration avec les peuples païens de la région (4.1–5). Bien que cette décision ait causé des années de tensions, ils savaient qu’ils ne pouvaient pas compromettre la pureté de leur foi tout en demeurant le peuple de l’Éternel. Mais lorsque Esdras est arrivé quelque temps plus tard à Jérusalem, il a constaté que cette exigence n’était plus respectée (9.1–2). Esdras a reconnu l’ampleur de la crise (9.3–15) a encouragé un renouvellement de l’alliance et a conduit le peuple à se séparer des païens (10.1–11).

3. Suivre la parole de Dieu est d'une importance primordiale.  En tant que scribe, Esdras s’est engagé à étudier, à pratiquer et à enseigner la loi de l’Éternel (7.10). Esdras fondait constamment ses décisions sur les Écritures. Le roi de Perse lui avait confié la mission d’enseigner et d’appliquer la loi de Moïse (7.14, 23–25), et Esdras l’a fidèlement accomplie (par ex. 8.35 ; 9.1–10.17).

4. La prière d'intercession est un appel à la compassion et à la puissance de Dieu.  La prière de confession d'Esdras (9.6–15) constitue un exemple marquant d’humilité dans la recherche de la grâce divine. Conscient que des paroles dures ne suffiraient pas à convaincre un peuple en faute, il a préféré manifester sa peine, déchirer ses vêtements et pleurer pour le péché de la nation. L’Éternel a puissamment utilisé cette confession pour toucher les cœurs, et un réveil spirituel s'est ensuivi (9.6–10.17). De même, Esdras avait auparavant jeûné et prié pour demander la protection divine sur le chemin vers Jérusalem, reconnaissant que seul Dieu pouvait les protéger des attaques (8.21–23, 31–32).