Exode Introduction approfondie

Que signifie être en relation avec Dieu, l’être ultime dans l’univers ? Comment établit-on cette relation ? À quoi ressemble-t-elle, et que faut-il faire pour la conserver ? Ce sont des questions que les gens du monde entier se posent depuis la nuit des temps. Le livre de l’Exode a donné aux anciens Israélites des réponses à ces questions, leur révélant non seulement ce qui était requis d’eux dans une relation avec Dieu, mais aussi ce qu'il avait, dans sa grâce, fait pour rendre cette relation possible.

Contexte

L’Exode prend place entre 1450 et 1250 av. J.-C., alors que l’Égypte est sans doute la plus grande puissance militaire et culturelle au monde. Pendant le règne de la XVIIIe dynastie égyptienne (1550–1295 av. J.-C.), les pharaons ont bâti un empire s'étendant au-delà des frontières de l'Égypte, loin au nord le long de la côte cananéenne et loin au sud le long du Nil. Cet élan impérial semble avoir alimenté un programme de construction mégalomane. Au fur et à mesure que la maison du pharaon gagne en puissance, le dieu de la maison royale, Amon-Rê, commence également à primer sur les autres divinités. Le pays demeure résolument polythéiste, mais le culte d’Amon-Rê semble surpasser celui de tous les autres dieux.

C’est pendant cette période-là que les Israélites quittent l’Égypte. Dieu ne conduit pas son peuple hors d'Égypte en douce pendant une période de faiblesse nationale ; il l'en fait sortir lorsque sa force est à son comble.

Résumé

Le terme exode dérive du mot grec exodos, qui signifie « sortie ». Exode 1–15 décrit la « sortie » d'Égypte par les Hébreux. Le reste du livre de l'Exode (chap. 16–40) révèle que les besoins du peuple hébreu dépassent celui de la simple délivrance de l'esclavage en Égypte ; ils ont aussi besoin de se libérer de leur péché et de se rapprocher de Dieu. Le livre de l’Exode répond aux grands besoins d’Israël : être libéré de l'esclavage (chap. 1–15), connaître Dieu et comprendre qui il est grâce à l’alliance établie au mont Sinaï (chap. 16–24) et enfin faire l’expérience de la communion avec lui grâce au Tabernacle (chap. 25–40). Nous avons tous le même besoin d’être libérés, de connaître Dieu, et de faire l’expérience de la communion avec lui.

Paternité littéraire

Selon la tradition, Moïse est l’auteur du Pentateuque (Genèse-Deutéronome), bien que de nombreux érudits remettent cette paternité en question. Voir l'Introduction au livre de la Genèse, « Auteur ».

Date de l’Exode (1446 ou 1270 av. J.-C)

La date de l’Exode est la question clé déterminant les débuts de la chronologie du peuple d'Israël. Cependant, l'accent biblique sur la séquence des événements et sur leur signification plutôt que sur une chronologie précise complique la tâche de déterminer cette date avec exactitude. Cela dit, un certain nombre d’indicateurs chronologiques nous assistent dans cet effort.

Tout d’abord, 1 Rois 14.25–26 nous informe que Schischak, roi d'Égypte, attaque Juda la cinquième année du règne de Roboam. Cette date est attestée comme étant l'année 926 av. J.-C. par des sources extérieures à la Bible. Des dates antérieures de l’histoire d’Israël, telles que l’année où Salomon commence à bâtir le Temple (967 av. J.-C) et la date de l’Exode, sont déduites en comptant à partir de ce point fixe et en essayant d’harmoniser autant de données que possible.

Un deuxième indicateur chronologique de la date de l’Exode est le « nouveau roi » qui n'a « point connu Joseph » (Ex 1.8). Cette remarque signale sans doute le début d’une nouvelle dynastie. Dans les années 1700 av. J.-C., des étrangers venus d’Asie commencent à émigrer en Égypte. En 1648 av. J.-C., un groupe de ces étrangers, les Hyksôs, envahissent la Basse-Égypte et prennent le pouvoir dans la région. Joseph et Jacob vont sans doute en Égypte (Gn 39 et 46) peu avant ou pendant la période où régnaient les Hyksôs. Ils règnent jusqu'en 1540 av. J.-C., date à laquelle pharaon Ahmôsis (1550–1525 av. J.-C.) les expulse. Ahmôsis et les pharaons qui lui succèdent correspondent probablement à la dynastie décrite dans Exode 1.8.

La stèle de Mérenptah représente un troisième indicateur chronologique. Il s'agit d'un monument égyptien daté à environ 1209 av. J.-C. Il mentionne un affrontement avec les Israélites dans la partie sud de la Palestine. C’est la première mention claire d’Israël en dehors de la Bible.

Cet indice donne deux possibilités quant à la date de l'exode : une date haute vers 1446 av. J.-C. et une date basse vers 1270 av. J.-C.

Exode, date haute (env. 1446 av. J.-C.) Selon la tradition, l'exode a eu lieu vers 1446 av. J.-C. Selon 1 Rois 6.1, Salomon a commencé à construire le Temple pendant la quatrième année de son règne (967 av. J.-C.), 480 ans après l'Exode. Si le nombre 480 fait référence aux années civiles, la date de l’exode se situe aux alentours de 1446 av. J.-C. et l’entrée d’Israël en Canaan aux alentours de 1406 av. J.-C. Les archéologues ont découvert les lettres d'Amarna, une cache de lettres provenant de chefs de villes cananéennes demandant à Pharaon Akhenaton (vers 1352–1336 av. J.-C.) de les aider à combattre certaines populaces qui les attaquaient. Il s'agit d'une référence possible aux Israélites, référence qui appuierait des dates hautes pour l'exode ainsi que la conquête. En outre, vers 1100 av. J.-C., Jephté décrit Israël comme ayant habité la Terre promise pendant 300 ans (voir Jg 11.26 et comp. avec Nb 21.21–35). La datation haute semble correspondre le mieux aux informations chronologiques fournies par la Bible elle-même. Une date autour de 1446 av. J.-C. est donc acceptée depuis longtemps.

Exode, date basse (env. 1270 av. J.-C.) Cette option situe l'exode approximativement 300 ans avant la dédicace du temple de Salomon en 967 av. J.-C., au début du règne du pharaon Ramsès II (1279–1213 av. J.-C.). La ville de Ramsès, que les Israélites avaient contribué à bâtir (Ex 1.11), porte le nom de ce pharaon. Il existe des preuves d'un travail de construction important sur le site en question datant du début des années 1200 J.-C. D'autre part, des archéologues travaillant en Palestine entre la Première Guerre Mondiale et la Seconde ont déclaré ne pas avoir pu trouver de preuves de la conquête au début des années 1300 av. J.-C., comme l'exige l'hypothèse de la date haute. Ils affirment cependant avoir trouvé des indications de la conquête et d'une intensification de l'activité de peuplement vers la fin des années 1200 av. J.-C. Si ces découvertes sont exactes et reflètent l'activité israélite en Terre promise, elles soutiendraient l'idée que l'exode a eu lieu vers 1270 av. J.-C. Ceux qui optent pour cette date basse soutiennent que le nombre 480 dans 1 Rois 6.1 est un nombre symbolique (12 générations multipliées par 40 ans pour symboliser une génération) ; dans ce cas, la durée réelle du séjour en Égypte aurait été plus proche de 300 ans (12 générations multipliées par 25 ans, la durée approximative d'une génération réelle).

Dates concernant les Patriarches

La Genèse indique les âges relatifs des patriarches d’Israël, d’Abraham à Joseph, mais ne fournit pas de dates précises pour leurs vies. Les patriarches d’Israël (Abraham, Isaac et Jacob) étaient de puissants chefs de famille qui vivaient comme des nomades. À la différence de chefs d'empires, qui créaient des archives permanentes, les patriarches n'avaient pas de palais ou de bibliothèques où en abriter. Par surcroît, le climat de la Palestine n'est pas favorable à la préservation des documents.

La date de l'exode est donc clé pour déterminer les dates concernant patriarches. Les calculs tiennent également compte de la durée de vie de chaque patriarche ; les notations dans Genèse 12.4 ; 21.5 ; 25.26 et 47.9 suggèrent que les patriarches ont passé 215 ans Canaan.

La durée du séjour d’Israël en Égypte est un facteur supplémentaire à prendre en considération ; il existe des différences textuelles concernant cette durée. Le texte massorétique hébreu (TM) d'Exode 12.40 dit qu'Israël a passé 430 ans en Égypte, depuis l'année où Jacob y est entré jusqu'à l'année de l'exode. Cependant, la traduction grecque ancienne de l'Ancien Testament (la Septante ou LXX) et le Pentateuque Samaritain (PS, un autre manuscrit important) disent tous deux que la période de 430 ans mentionnée dans Exode 12.40 inclut le temps que les Israélites ont passé en Canaan et en Égypte (une chronologie apparemment suivie par Paul ; voir Ga 3.17). Cette chronologie réduirait le temps passé en Égypte à 215 ans. Diverses affirmations bibliques selon lesquelles Israël a passé 400 ans ou quatre générations en Égypte (Gn 15.13–16 ; comp. avec Ex 6.16–20 ; Nb 3.17–19 ; 26.58–59 ; 1Ch 6.1–3 ; Ac 7.6) pourraient étayer la lecture du texte hébreu ou du texte grec.

Accorder toutes les données constitue un défi. Bien que les dates touchant à l'Exode et aux patriarches ne puissent pas être déterminées avec certitude, elles n'ont peut-être jamais été censées l'être. Les auteurs bibliques ne se sont pas efforcés de fournir un récit chronologique complet. Ce que nous avons, c’est une excellente corrélation entre les documents historiques d’Israël et ceux des cultures voisines.

Signification et message

Les chapitres introductifs du livre de la Genèse décrivent un problème sérieux : Dieu a créé le monde et les êtres humains afin de les bénir (Gn 1.27–28), mais une malédiction s'est abattue sur la création. Les êtres humains étaient devenus profondément corrompus (Gn 6.5) et s'étaient éloignés de leur Créateur (Gn 3.23–24) et les uns des autres (Gn 4.14). La mort, la violence et le désordre étaient devenus omniprésents (Gn 4.8, 23–24 ; 11.9). Existait-il un moyen de revenir à la bénédiction que Dieu avait initialement prévue ?

Dans Genèse 12–50, le plan de Dieu pour restaurer le monde commence à se mettre en place. Dieu choisit Abraham et ses descendants pour les faire bénéficier d'une relation particulière d'alliance avec lui, promettant d'en faire une nation prospère grâce à laquelle le monde entier serait béni (Gn 12.1–3). Abraham a cru Dieu malgré le fait que sa femme semblait désespérément stérile (Gn 15.6), et ce dernier a bientôt commencé à accomplir ses promesses (Gn 21.1–7).

Cependant, au début du livre de l'Exode, la validité des promesses divines à Abraham est remise en question. Certes, ses descendants sont devenus très nombreux, mais ils sont maintenant esclaves en Égypte, et Pharaon, le roi le plus puissant monde, s'est engagé à les maintenir dans la servitude. Quant à la Terre promise, Abraham et ses descendants n'y avaient jamais eu de possessions, sauf pour un petit terrain qui leur servait de sépulcre (Gn 23). Comment un groupe d'esclaves, destiné à être absorbé par les classes égyptiennes inférieures, hériterait-il de la Terre promise et deviendrait-il une bénédiction pour le monde ? Dieu pourrait-il tenir ses promesses ? Souhaitait-il même les tenir ? Se souciait-il vraiment des Israélites, et savait-il seulement ce qu'ils traversaient ? Les promesses de la Genèse avaient-elles effectivement une quelconque valeur ?

En répondant à ces questions, le livre de l'Exode nous aide à bien avancer dans notre cheminement vers la compréhension de qui est Dieu. Il connaît véritablement notre situation, et nous avons de la valeur à ses yeux. Le Seigneur appartient à une catégorie tout à fait différente de « tous les dieux » (18.11). Le livre de l'Exode révèle que c'est le plus grand être existant (3.5–6, 14–15 ; 6.3) ; il est supérieur aux rois humains, qui pensent être des dieux, ainsi qu'à toutes les forces de la nature. Il est le seul vrai Dieu.

Le peuple d'Israël avait passé environ 400 ans à adopter les croyances païennes erronées de l'Égypte. Maintenant, il doit les désapprendre : il n'y a pas nombre de dieux, mais un seul. Il n'est pas à confondre avec le monde naturel qui nous entoure ; il se tient à l'écart du monde qu'il a créé. Dieu ne peut pas se faire manipuler par la magie. L'existence n'est pas définie par une lutte éternelle entre des forces positives et négatives. Dieu est saint, totalement autre, profondément éthique dans toutes ses relations, passionnément loyal envers ses créatures, et désireux de leur faire du bien (34.5–6).

Il enseigne à son peuple qui il est et quelle devrait être sa relation avec lui à travers une alliance (Ex 19–23). L'alliance nous enseigne la nature éthique de Dieu. Dans le monde antique, l'éthique et la religion n'avaient quasiment aucun lien. En revanche, la plupart des exigences d'alliance de Dieu ont trait à la façon dont les gens se traitent les uns les autres (voir 20.3–17). Ceux qui sont dans une relation d'alliance avec Dieu doivent se traiter les uns les autres de manière éthique.

Il sauve son peuple et nous appelle à une vie de sainteté afin que nous puissions avoir une relation personnelle et vivante avec lui. Les chapitres décrivant le Tabernacle (25–40) ne sont pas des ajouts ; ils représentent l'aboutissement de l'exode. Oui, Dieu tiendrait sa promesse d'amener le peuple en Terre promise, mais son objectif est qu'il vive en sa présence sans être détruit par sa sainteté, et c'est ce qui se passe (40.34–38). Le salut n'est pas seulement une question de pardon des péchés. L'objectif de Dieu pour nous est que, ayant été sauvés de la servitude au péché, nous vivions quotidiennement dans la gloire de sa présence et exprimions son caractère saint.