Le parcours d’Esther, de l’anonymat à la royauté, raconte l’histoire d’une femme dotée de sagesse, de courage et de détermination, dont les choix ont influencé la destinée de tout un peuple. Soutenue par une communauté en prière et avec l’Éternel agissant en arrière-plan, elle a accepté sa mission et a risqué sa vie pour sauver les siens.
Contexte
Le récit se situe durant le règne du roi Xerxès de Perse (486–465 av. J.-C.). Une génération auparavant, vers 538 av. J.-C., environ 50 000 Juifs avaient quitté Babylone pour retourner en Judée (Esd 1.1–5 ; 2.64–67). Cependant, de nombreuses familles juives, y compris celle d'Esther, étaient restées en exil.
Sous le règne de Xerxès, l’empire perse atteint presque son apogée. Xerxès avait consolidé sa domination, notamment par une victoire décisive sur l’Égypte. Les richesses issues des impôts affluaient à Suse, sa capitale, tandis qu’il supervisait la construction d’un palais somptueux à Persépolis. Mais Xerxès était aussi un souverain autoritaire. C’est dans ce contexte qu’Esther a été introduite à la cour, puis choisie comme reine. Elle devait alors concilier sa fidélité à l’Éternel avec son rôle d'épouse d’un roi païen, dans un moment de crise.
Résumé
Tout commence lorsque Xerxès organise un banquet somptueux en l’honneur des grands de son empire. La reine Vasthi refuse d’obéir à l’ordre du roi et de montrer sa beauté à la cour, ce qui entraîne sa destitution et la recherche d’une nouvelle reine (1.1–2.4). Esther, une jeune femme juive élevée par son cousin Mardochée, est choisie pour exercer cette fonction (2.5–18).
Peu après, Mardochée, devenu fonctionnaire du palais, découvre un complot contre le roi. Il en informe Xerxès par l’intermédiaire d’Esther, ce qui sauve la vie du souverain. Plus tard, Mardochée refuse de s’incliner devant Haman, le plus haut dignitaire de la cour. Cela pousse ce dernier à comploter et planifier l’extermination de tous les Juifs de l’empire (2.19–3.15). Alors que la communauté juive prie (4.16), Esther met sa propre vie en danger en approchant le roi sans y être conviée, et demande au roi ainsi qu'à Haman de venir à un banquet (chap. 4). Pendant ce temps, Haman fait ériger une potence pour y faire pendre Mardochée (5.14).
Le roi, se rappelant que Mardochée n’a jamais été honoré pour avoir déjoué le complot d’assassinat, ordonne qu’Haman organise lui-même une cérémonie publique en son honneur, ce qui devient pour lui une humiliation retentissante (ch 6). Lors du banquet, Esther révèle que le complot d’Haman vise son propre peuple. Le roi, furieux, fait exécuter Haman sur la potence qu’il a préparée pour Mardochée (chap. 7).
Xerxès autorise ensuite les Juifs à se défendre contre leurs agresseurs (8.1–14). Les Juifs sont dans la joie, Mardochée est promu à une haute fonction, et les fils d'Haman sont exécutés (9.1–17). Le peuple juif s'est ensuite défendu avec succès et a célébré la merveilleuse délivrance de Dieu lors de la première fête de Pourim.
Auteur et date
Le texte ne précise ni l’auteur ni la date de rédaction du livre. Certains Pères de l’Église primitive ont attribué l’œuvre à Esdras, tandis que Clément d’Alexandrie pensait qu’il s’agissait de Mardochée. Le style et la présence de nombreux mots persans, sans traces d’influence grecque, suggèrent que le livre a probablement été rédigé entre 460 av. J.-C. (peu après la mort de Xerxès) et 331 av. J.-C. (avant la conquête de la Perse par Alexandre le Grand).
Genre : histoire ou fiction ?
Le livre d’Esther se présente comme un récit biographique, dans la lignée des histoires de Joseph (Gn 37–48) ou de Ruth. Certains remettent en question son historicité en raison de plusieurs éléments jugés improbables : (a) un décret d'un roi autorisant un génocide du peuple juif ; (b) le massacre de 75 000 ennemis par les Juifs en l'espace d'une journée ; (c) l’accession au trône d'une non-Perse comme Esther ; (d) ou encore la succession de coïncidences providentielles.
Cependant, plusieurs indices renforcent la crédibilité historique du livre :
(a) l’usage précis de noms, de titres et de coutumes persanes ;
(b) la manière dont l’Éternel agit souvent de façon cachée, en se servant de coïncidences, comme dans les récits de Joseph ou de Ruth (par ex., Gn 37–48 ; Rt 1–4) ; (c) le fait qu’Esther ait dissimulé son identité jusqu’à un moment avancé de l’histoire ; et (d) la tendance des rois à autoriser la violence contre leurs ennemis sur recommandation de leurs proches conseillers.
Ajouts au Livre d'Esther
Le texte hébreu d’Esther repose sur une tradition manuscrite cohérente et bien conservée. Pourtant, les Targums, le Midrash (interprétation et commentaire de l'Ancien Testament en hébreu), l'Ancien Testament grec (la Septante), la Vulgate latine et l'historien Flavius Josèphe (un historien juif romain du premier siècle) incluent tous des passages supplémentaires absents du texte hébreu, mais qui ont été composées plus tard. Ces ajouts mentionnent Dieu à de nombreuses reprises, contrairement au texte hébreu qui ne le cite pas directement. Toutefois, ces ajouts ne contiennent pas d’informations originales ou doctrinales fiables. Certains reprennent des éléments de la version hébraïque d'Esther, d’autres s’y opposent, et plusieurs relèvent de la pure invention. Plutôt que de les insérer dans le récit principal, Jérôme, dans la Vulgate latine, les a regroupés à la fin de l’Ancien Testament, dans les livres deutérocanoniques, que l’on retrouve dans les Bibles catholiques et orthodoxes.
Signification et Message
Même si le livre d’Esther ne mentionne jamais explicitement Dieu, son objectif est clair : montrer comment l'Éternel agit, de manière providentielle, pour protéger son peuple. Il a utilisé l’orgueil et l’imprudence de Xerxès pour placer Esther à une position d’influence (chap. 1–2). Il a retourné les complots d’Haman contre lui-même, à travers une série de circonstances improbables et ironiques. Le jour prévu pour l’extermination des Juifs est devenu un jour de joie pour le peuple de Dieu. Le livre d'Esther nous rappelle que Dieu dirige providentiellement les personnes et les événements pour accomplir ses desseins.