Plénitude

Traduction courante du terme grec pleroma. Le sens du mot peut varier et doit être déterminé selon son utilisation dans chaque contexte.

Utilisation générale

En dehors du Nouveau Testament (NT), le mot signifie normalement « ce qui remplit ». Il est utilisé pour décrire une cargaison ou un équipage qui remplit un navire, des personnes qui composent une foule, et les années qui « remplissent » la vie d'une personne. Le philosophe Aristote a utilisé le mot pour désigner la population qui remplit une ville. Ce sens est utilisé dans les Évangiles de Matthieu et de Marc pour désigner un morceau de tissu utilisé pour réparer un trou dans un vieux vêtement (Mt 9.16 ; Mc 2.21), et dans Marc pour décrire des morceaux de poisson remplissant des paniers (Mc 6.43 ; 8.20).

Expressions avec la terre ou la mer

Dans plusieurs passages, la Septante (traduction juive de l'AT en grec), utilise le mot pleroma pour désigner « ce que contient » la terre (la LSG traduit « ce qu'elle renferme », Ps 24.1 ; 50.12 ; 89.11 ; 1Co 10.26) ou la mer « avec tout ce qu'elle contient » (1Ch 16.32 ; Ps 96.11–12). Ce que la terre ou la mer renferme est exprimé comme quelque chose dont elles sont remplies avec l'effet d'un grand nombre. Ces expressions font peut-être aussi allusion à la qualité de ce que la terre et la mer contiennent comme étant bon et précieux. Dans la pensée des Hébreux, la création est un reflet du Créateur (Ps 8.5–6 ; 19.1–6 ; Jr 23.24). Ainsi, chaque fois qu'ils venaient en contact avec quelque chose que Dieu avait créé, que ce soit dans leur travail, leur nourriture ou leurs relations avec autrui, c'était venir en contact de façon objective avec le Dieu qui leur avait donné ces choses. Pour les Juifs, l'annonce prophétique de l'intention de Dieu de détruire « le pays et ce qu'il renferme » était terrifiante (Jr 8.16 ; 47.2 ; Ez 12.19 ; 19.7 ; 30.12).

Dans les écrits de l'apôtre Paul

Il y a débat sur l'origine de la façon dont Paul comprend et utilise le mot « plénitude » en tant que terme théologique important. Certains soutiennent que le mot avait pour les gnostiques un sens particulier, connecté à un royaume d'êtres spirituels intermédiaires entre le Dieu véritable et une terre « maléfique ». Plus tard, de faux enseignants ont considéré que le Christ était l'une des nombreuses divinités vivant dans cette « plénitude ». Afin de corriger cette erreur, Paul aurait emprunté le terme à ses adversaires et l'aurait appliqué au Christ pour enseigner que Jésus n'est pas simplement l'un des êtres intermédiaires entre Dieu et l'humanité. Au contraire, tout (« la plénitude ») est en Christ, le médiateur unique entre Dieu et l'humanité (Col 1.15–20).

D'autres ne partagent pas ce point de vue. Ils soutiennent que Paul utilise ce terme dans plusieurs passages où cette interprétation ne convient pas (Rm 13.10 ; Ep 1.22–23). Ils soulignent aussi qu'il est plus probable que Paul, venant d'un milieu juif et pharisien, aurait compris le mot de la façon dont il est utilisé dans l'AT. Ainsi, il vaut mieux ne pas présupposer que Paul ait emprunté ce mot à ses adversaires.

Paul utilise le terme quatre fois dans Romains. L'utilisation du terme est plus claire dans la traduction littérale de la Darby. Cette version sera donc citée ici et comparée à la Louis Segond pour mieux illustrer les possibilités d'interprétation. Dans Romains 11.12, Paul déclare : « combien plus le sera leur plénitude [celle des Juifs] ! » (Louis Segond 1910 : « quand ils se convertiront tous »). Au verset 25, il parle de « la plénitude des nations » (Louis Segond 1910 : « la totalité des païens »). Comme l'indiquent les choix de traduction de la Louis Segond, le mot « plénitude » peut être compris ici comme l'inclusion de tous les Juifs. Cependant, au verset 12, le terme tranche avec l'échec  et le péché du peuple juif, dont la majorité estimait que la justice était d'observer les pratiques juives plutôt que d'avoir la foi. Il est donc possible que « plénitude » signifie l'obéissance complète à la volonté de Dieu. Cela voudrait dire que selon Paul, si leur désobéissance a profité aux Gentils, leur obéissance sera encore plus une richesse pour les nations. C'est dans ce sens actif que le mot « plénitude » est utilisé dans Romains 13.10, qui dit littéralement que l'amour est la « plénitude » de la loi (Darby : « somme », Louis Segond 1910 : « accomplissement »). L'amour accomplit l'objectif ultime de la loi. De la même façon, Paul veut aller vers eux « dans la plénitude de la bénédiction de Christ » (15.29, Darby). Il désire donc que sa propre vie soit une pleine expression de l'Évangile du Christ.

Dans la lettre aux Éphésiens, l'Église est décrite comme la plénitude du Christ (Ep 1.22–23 ; voir aussi 4.13, Darby), et « la plénitude de Dieu » (3.19). De multiples interprétations ont été proposées pour expliquer le sens de cette expression : l'Église est remplie, rendue complète ou entière par Christ ; l'Église possède les attributs du Christ ; l'Église est l'agent par lequel Christ accomplit tout son œuvre. L'Église est remplie de Christ en ce qu'elle est l'expression complète et continuelle de ses paroles et de ses œuvres (voir Col 2.10). Dans Colossiens, Paul utilise le terme à propos de Christ : en lui habite la plénitude de Dieu (1.19 ; 2.9). Ces passages sont souvent interprétés comme une déclaration de la divinité du Christ : tous les attributs de Dieu sont en Christ ; tout ce que Dieu est, Christ l'est aussi.

Dans les écrits de l'apôtre Jean

Le prologue (introduction) de l'Évangile de Jean déclare que tous les disciples ont reçu la « plénitude » du Christ (1.16). Cette plénitude est définie au verset 14 : « Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ». Ici ce mot grec qui signifie « plénitude » indique le fait d'être rempli ou la totalité. Les gnostiques utilisaient ce mot pour décrire la totalité de toutes les divinités. Jean, comme Paul, utilise ce mot pour décrire le Christ qui est totalement Dieu, car toute la plénitude de la divinité habite corporellement en lui (voir Col 1.19 ; 2.9).

Puisque toute la plénitude de Dieu habite en Christ, tous les biens spirituels se trouvent en lui. En Christ, les disciples ne manquent de rien. Bien sûr, aucun disciple ne peut recevoir tout Christ : c'est l'Église, son corps, qui ensemble reçoit sa plénitude et qui l'exprime (Ep 1.23). Néanmoins, chaque disciple reçoit la même mesure de cette plénitude. Christ n'a pas de quantité limitée à donner : il continue toujours de donner. Les croyants n'ont pas besoin de chercher ailleurs qu'en lui.

Tiré du Dictionnaire biblique Tyndale, adapté par Mission Mutual. CC BY-SA 4.0.

Références Bibliques (32)

Références Bibliques (32)

1 Chroniques

Jérémie

Ézéchiel

Matthieu

Jean

1 Corinthiens

Éphésiens

Colossiens