Rémission ou remise de péchés impliquant que la relation qui en a souffert est restaurée. Le ressentiment (ou hostilité) pour les torts et les offenses est abandonné. Le pardon est tout d'abord une action de Dieu libérant les pécheurs du jugement et du châtiment divin de leur péché. Puisque seul Dieu est saint, seul Dieu peut pardonner le péché (Mc 2.7 ; Lc 5.21). Le pardon doit aussi être pratiqué par les êtres humains envers leurs prochains. Le pardon est la conséquence de la prise de conscience et de l'appropriation du pardon de Dieu. Le pardon est donc une doctrine spécifiquement chrétienne.
Dans d'autres religions, le pardon n'a pas la même portée. L'animisme n'inclut pas de conscience d'une relation personnelle avec Dieu. Selon l'hindouisme, tous doivent payer les conséquences inexorables du karma dans la roue des réincarnations. Le bouddhisme ne connaît pas non plus de Dieu qui pardonne. L'idée est présente dans l'islam, mais Dieu n'est pas Père et n'a pas de relation personnelle avec les êtres humains. Même dans le judaïsme, le pardon reste une expérience limitée, même si le pardon dans le Nouveau Testament (NT) est un développement de ce que l'Ancien Testament (AT) enseigne à ce sujet.
Manifestations du pardon dans l'Ancien Testament
Le concept du pardon est communiqué par diverses métaphores dans l'AT. L'envoi du bouc émissaire dans le désert est accompli en vue du pardon des péchés des Israélites. Leurs péchés ont été confessés par le souverain sacrificateur après avoir placé ses deux mains sur la tête de l'animal (Lv 16.21). Le bouc émissaire emporte ainsi les péchés des Israélites au loin avec lui. L'AT en appelle aussi à la miséricorde de Dieu pour le pardon des péchés (Lv 4.20 ; 1R 8.30, 34 ; Ps 86.5 ; 103.3).
Le mot hébreu kapar est couramment utilisé pour décrire l'expiation des péchés. Il a pour sens « couvrir », le sacrifice couvrant ce ne va pas avec l'adorateur (Ex 29.36 ; Dt 21.8 ; Jr 18.23 ; Ez 43.20 ; 45.20). Les mots de la famille du mot hébreu salah sont toujours à propos du pardon que Dieu accorde (Nb 30.5, 8, 12 ; Ps 86.5 ; 130.4 ; Dn 9.9). Dieu décide de ne plus tenir compte de la transgression, comme s'il la retirait. Le mot maha est un autre mot hébreu important qui signifie « effacer » (Ps 51.1, 7 ; Es 43.25 ; 44.22).
L'AT enseigne que Dieu pardonne (Ex 34.6–7 ; Né 9.17 ; Dn 9.9) ; pourtant il est juste et punit aussi le péché. De nombreuses histoires bibliques montrent que Dieu refuse de pardonner si certaines conditions ne sont pas remplies, ou quand certains péchés particulièrement graves on été commis (Dt 29.20 ; 2R 24.4 ; Jr 5.7). Le pardon est dans le caractère de Dieu, mais son pardon n'est jamais donné à la légère, car les pécheurs doivent se repentir. L'AT utilise des images saisissantes pour montrer la grandeur du pardon de Dieu. Le péché est jeté « au fond de la mer » (Mi 7.19), loin de ceux qui reçoivent le pardon « autant l'orient est loin de l'occident » (Ps 103.12, DBY). Le péché est jeté derrière Dieu (Es 38.17), il ne s'en souviendra plus (Jr 31.34). La salissure et la souillure du péché sont remplacées par un blanc pur (Es 1.18). Le péché, qui pèse comme un poids lourd, est pour toujours enlevé et annulé.
Ainsi, dans l'AT, le pardon libère du passé. On ne dit pas que ce qui est arrivé dans le passé n'est jamais arrivé, mais ceux qui sont pardonnés ne restent pas esclaves de leur passé. Le pardon rend libre.
Le pardon dans le Nouveau Testament
Dans le NT, le fait que le pardon de Dieu n'est pas mérité est très clair. Dieu pardonne nos péchés parce que Christ est mort pour nous. Chaque être humain a une dette envers Dieu qu'il ne pourrait jamais rembourser (Mt 18.23–35). Nous sommes tous pécheurs et incapables de nous sauver par nos propres moyens ou par notre obéissance à la loi de Dieu (Mc 10.26–27). Le NT enseigne donc que c'est à travers Christ seulement que le pardon peut être trouvé. Lui seul a le pouvoir de pardonner les péchés (2.5–10). C'est sa mort qui est la rançon qui permet d'être racheté pour Dieu (Mt 26.28 ; Mc 10.45). Son sang est la base de la nouvelle alliance (1Co 11.25). C'est à travers lui que l'on peut vivre le pardon (Hé 9.15, 22). Ainsi, le pardon est inséparable de la proclamation de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ (Ac 13.38 ; Ep 1.7 ; Col 1.14 ; 1Jn 2.12).
Le pardon est aussi décrit dans le NT au travers de plusieurs autres mots importants. Le mot grec charizomai signifie « pardonner ». Paul l'utilise particulièrement pour faire ressortir le fait que c'est par la grâce de Dieu que son pardon est accordé (2Co 2.7 ; 12.13 ; Ep 4.32 ; Col 2.13 ; 3.13). Le péché est comparé à une dette. Or, le mot aphesis peut signifier l'annulation ou l'absolution d'une dette (voir Lk 6:37). Le mot paresis représente un concept proche : laisser les péchés impunis (« passer outre »). Dieu ne punit pas le péché comme il mériterait de l'être (Ac 14.16 ; 17.30), mais se montre patient et miséricordieux.
Pourtant, le NT parle de limites au pardon de Dieu. Dans Matthieu 12.31–32 ; Marc 3.28–30 et Luc 12.10, il est question de péché impardonnable. Christ décrit ainsi le blasphème contre le Saint-Esprit, que les pharisiens commettent en attribuant à Satan l'origine de la puissance de Jésus.
Dans Hébreux 6.1–8, l'auteur met également en garde contre un grave danger. Il parle de personnes qui apprennent la vérité de Dieu, puis s'en détournent. Il dit qu'il est impossible de ramener ces personnes à Dieu. Ce sont des personnes qui ont connu sa bonté, mais qui l'ont rejetée.
De même, Hébreux 10.26–29 parle de personnes qui connaissent la vérité de Dieu, mais qui choisissent malgré tout de continuer à pécher. L'auteur avertit qu'il n'y a aucun moyen pour elles d'obtenir le pardon. L'auteur explique que lorsque les gens rejettent la bonté de Dieu et méprisent la mort de Jésus, les conséquences sont très graves. Ces gens ne peuvent que s'attendre au jugement de Dieu.
L'éthique du pardon dans le NT met l'accent sur la repentance pour le pardon des péchés (2Co 7.10) ainsi que sur la nécessité de pardonner aux autres (Mt 6.14–15). Une personne qui reçoit le pardon mais ne pardonne pas aux autres ne s'est pas complètement repentie. Plusieurs des paraboles du Seigneur insistent sur le fait qu'être prêt à pardonner aux autres montre que quelqu'un s'est véritablement repenti (Mt 18.23–35 ; Lc 6.37). Ainsi, le Christ enseigne que pardonner est un devoir à accomplir sans réserve. Il doit être accordé complètement et autant de fois que nécessaire, même jusqu'à soixante-dix fois sept fois (Mt 18.21–22). Le pardon fait donc partie de ce qui définit les relations entre croyants : puisque tous dépendent du pardon de Dieu, tous sont tenus de se pardonner les uns les autres. « De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi » (Col 3.13).
Voir aussi confession ; repentance.