Conseil, ou plan secret, que Dieu révèle uniquement à son peuple. Dans la majorité des passages bibliques pertinents, le mystère se rapporte aux sages desseins ou plans de Dieu. Ce sont ses plans qui guident l'Histoire vers sa destinée. Le concept de mystère s'applique le plus certainement et spécifiquement au plan de Dieu concernant la mort du Christ. Ce n'est pas un secret que Dieu refuse de révéler. Ce n'est pas quelque chose de tellement obscur qu'il n'est pas possible de le comprendre.
Ce mot apparaît plus de 30 fois dans les Écritures. Les passages où le sens théologique du mot mystère est le plus transparent sont : Daniel 3.18–28 ; 4.6 (Septante) ; Matthieu 13.11 ; Marc 4.11 ; Luc 8.10 ; Romains 11.25 ; 16.25 ; 1 Corinthiens 2.7 ; 4.1 ; 15.51 ; Éphésiens 1.9 ; 3.3–6, 9–12 ; Colossiens 1.26–29 ; 2.2 ; 2 Thessaloniciens 2.7 ; 1 Timothée 3.9, 16 et Apocalypse 1.20 ; 10.7 ; 17.5–18.
Dans le livre de Daniel, le terme décrit ce que Dieu révèle à Daniel à propos du contenu et de la signification du rêve (ou songe) du roi Nebucadnetsar. Ce rêve est à propos de ce que Dieu va faire dans l'avenir. Aucun sage, enchanteur, magicien ou devin ne peut l'expliquer, mais « il y a dans les cieux un Dieu qui révèle les mystères » (Dn 2.28, Colombe).
Des études récentes ont trouvé des thèmes similaires dans d'autres écrits juifs, y compris les manuscrits de la mer Morte. L'insistance est sur ce que Dieu a décidé pour l'avenir et particulièrement pour la fin des temps. Le monde trouve difficile de répondre à des questions telles que le problème de l'existence du mal. Pourquoi tant de souffrance en ce monde si Dieu est à la fois bon et tout-puissant ? Le croyant n'est pas étranger à ces questions, mais il sait que Dieu a un plan de salut et qu'un jour toutes ces choses seront claires. Dieu fera droit à ceux qui sont maltraités dans ce monde et jugera ceux qui font le mal. Comment Dieu fera cela fait partie du contenu du « mystère ». C'est l'un des thèmes importants des écrits juifs de l'époque du Christ. Ce qui se passe dans l'univers est sous le contrôle de Dieu. Les nations finiront par accomplir ses desseins.
Matthieu 13.11, Marc 4.11 et Luc 8.10 font partie de paraboles sur le royaume de Dieu. Le royaume est lui-même directement lié à comment Dieu accomplira pleinement son œuvre à travers et à la fin de l'Histoire. Ceci est exprimé par des métaphores comme celle de la moisson, qui symbolise le jugement futur. Le mot « mystère » convient particulièrement bien à ce qui est dit. Dans ces passages, Jésus explique pourquoi il utilise des paraboles. Elles illustrent la vérité de façon saisissante, mais elles la cachent à ceux qui ne veulent pas la recevoir. Le mot « mystère » (au pluriel dans Matthieu et dans Luc) décrit donc le sens caché de l'enseignement de Jésus sur le royaume. Ceux qui accueillent son message en connaîtront le sens. Mais ceux qui le rejettent non seulement ne le comprendront pas, mais apparemment perdront aussi l'occasion d'entendre et de répondre au message du salut (Mt 13.12–15).
Ces paraboles posent aussi indirectement la question : pourquoi le mal continue-t-il dans le monde maintenant que le Messie est venu ? Dans l'une de ces paraboles, les serviteurs veulent arracher les mauvaises herbes, qui symbolisent le mal ou ceux qui font le mal, mais on leur dit de les laisser pousser jusqu'au moment de la moisson, c'est-à-dire jusqu'au jugement (Mt 13.24–30). La persistance du mal dans le monde et comment Dieu finira par régler ce problème est l'un des « mystères ».
Romains 11.25 fait partie d'une assez longue section de l'épître. Le peuple d'Israël et son avenir sont le sujet de cette section (chap. 9–11). Une fois de plus, la question examine un problème présent et comment il sera résolu dans le futur. Ici, c'est le problème de l'incrédulité d'Israël. Son endurcissement au temps présent est appelé un « mystère » (Rm 11.25). Cependant, les desseins de Dieu s'accompliront tout autant « et ainsi tout Israël sera sauvé » (v. 26). Cet accent sur les desseins de Dieu est étroitement lié au concept du « mystère » et est un élément fondamental au passage entier.
Romains 16.25 ne pose pas de question aussi spécifique. Ce passage lie la « révélation du mystère caché pendant des siècles » avec l'« évangile et la prédication de Jésus-Christ » de Paul. Ici, le mot désigne particulièrement l'importance de la mort du Christ.
Il est question de la sagesse « mystérieuse et cachée » de Dieu dans 1 Corinthiens 2.7. Le contexte est le message de la croix que Paul prêche. Ce message est une folie pour ceux qui se considèrent sages mais sont perdus. Mais c'est la « folie » de ce qui est prêché qui amène le salut aux croyants (1.18–25). Paul ne veut pas proclamer la « sagesse » du monde, mais plutôt « la sagesse de Dieu » à ceux qui ont atteint la maturité spirituelle (2.6). À ceux-ci, il communique la « sagesse cachée » (v. 7, Darby). Ce passage lie clairement le concept fondamental de « mystère » en tant que plan de Dieu avec la mort du Christ en tant que moyen de salut. Ce passage lie aussi le mystère au déroulement de l'Histoire (« les dirigeants de ce siècle ») et des desseins de Dieu depuis l'époque de l'Ancien Testament jusqu'à un futur qui est encore à venir. Le verset 10 souligne le fait que Dieu nous a effectivement révélé ces mystères.
Dans 1 Corinthiens 4.1, le contexte est aussi celui du contraste entre la sagesse de Dieu et celle du monde (3.18–23). Paul mentionne non seulement les choses secrètes ou mystères, mais introduit également l'idée d'en être dispensateur. Il a reçu la mission de révéler le mystère de Dieu et doit être fidèle dans ce ministère de proclamation. Ce thème se retrouve dans Éphésiens 3.2–6.
Paul revient sur le sujet de la relation entre le mystère et la fin des temps dans 1 Corinthiens 15.51. Un passage précédent (2.9–16) montre que la connaissance humaine ne peut en aucun cas anticiper ce que Dieu a prévu de faire, mais que Dieu a révélé ce mystère aux croyants. Un aspect important du mystère révélé est comment les fidèles seront emmenés en présence de Dieu : « Voici, je vous dis un mystère : nous ne mourrons pas tous, mais nous serons tous changés, en un instant, en un clin d'œil, à la dernière trompette » (15.51–52). Les autres références au mystère dans 1 Corinthiens apparaissent dans le contexte général des chapitres 12–14. Ces chapitres traitent des dons spirituels. Comme il est question de dons qui permettent de recevoir des révélations divines, l'utilisation du terme « mystères » dans 13.2 et 14.2 est intéressant.
L'épître aux Éphésiens commence avec une série de déclarations à propos du dessein de Dieu pour l'Histoire, qui doit culminer par le règne universel du Christ (Ep 1.10). Ces déclarations incluent des termes comme : « élus », « prédestinés », « volonté », « bon plaisir », « mettre à exécution » et « conseil ». Cela correspond très clairement aux idées habituellement liées au mot « mystère » dans les écrits juifs anciens. Ces idées aident à comprendre ce que Paul veut dire par ce résumé : « nous faisant connaître le mystère de sa volonté » (v. 9).
Une partie du dessein de Dieu est de former un corps de croyants, qui, par la croix, sont réconciliés avec lui et entre eux (Ep 2.14–18). Les croyants juifs et païens sont ainsi rendus membres d'un seul corps. Ils bénéficient tous de la promesse en Christ Jésus. Paul appelle cette nouvelle phase du plan révélé de Dieu un « mystère » (3.6). Ici encore, la responsabilité a été confiée à Paul de transmettre fidèlement la vérité de ce « mystère » (3.2–5 ; voir 1Co 4.1–5).
Dans Colossiens, Paul dit à nouveau qu'il se sent responsable du « mystère » maintenant identifié à la « parole de Dieu » (Col 1.25–29). Une fois de plus, il est question du mystère dans le contexte de l'Histoire, un mystère qui ne peut être connu que par révélation : « le mystère caché de tout temps et dans tous les âges, mais révélé maintenant à ses saints » (v. 26). Comme dans Éphésiens, c'est à travers l'Église que se réalise le mystère de Dieu, « Christ en vous, l'espérance de la gloire » (v. 27). Le Christ est proclamé en toute sagesse, afin que les croyants puissent devenir parfaits en lui (v. 28). Paul demande aux croyants de Colosses de prier pour lui qui prêche ce « mystère » (4.3).
Dans 1 Timothée 3.16 le « mystère de la piété » inclut clairement les éléments de base habituellement associés au concept de « mystère ». Ces éléments incluent sa manifestation dans le monde et la victoire ultime. Cependant, ce grand plan de Dieu n'avance pas sans opposition. Paul connecte à nouveau un mystère avec l'arrivée de la fin des temps. Cette fois, c'est un sombre mystère, qu'il appelle « le mystère de l'iniquité » (2Th 2.7). Une force maléfique similaire, « Babylone la grande, la mère des impudiques », est également présentée dans le livre de l'Apocalypse comme « mystère » (Ap 17.5). Le sens est peut-être que les actions de forces opposées à Dieu sont également impossibles à comprendre pour les êtres humains. Cependant la vérité et la puissance de Dieu triompheront de celles-ci, à travers la mise en œuvre de son propre mystère, son sage conseil, jusqu'à ce qu'il soit entièrement réalisé.
Apocalypse 10.6–7 proclame cet accomplissement. Les âges d'attente dans la perplexité, à supporter le mal, sont terminés. L'ange annonce « qu’il n’y aurait plus de délai » (Darby). Le moment est enfin venu pour l'accomplissement du mystère de Dieu. Il est important de souligner le caractère actif du mystère dans ce contexte. Ce n'est pas seulement une vérité fixe à déclarer, mais quelque chose qui s'accomplit. Cette culmination de l'Histoire s'accorde avec ce que Dieu a révélé précédemment « à ses serviteurs, les prophètes ». Il faut en conclure que le mystère est le conseil sage de Dieu, qui guide l'Histoire et qui se révèlera à son terme. Ce mystère exprime la réponse de Dieu au problème du mal et à l'opposition vaine des puissances du mal. Ce mystère proclame tout ce que signifie l'événement central de l'Histoire, c'est-à-dire la mort du Christ. Ce mystère révèle les effets de la résurrection par la transformation ultime de tous les croyants à la venue du Christ.