malédiction, maudit

Déclaration solennelle ou prière qui exprime le fait ou le souhait qu'un jugement va tomber sur une ou plusieurs personnes ou sur des choses (p. ex. la terre, un pays). Un jugement de Dieu déjà effectué ou décidé peut aussi être appelé une malédiction. L'action de maudire est le contraire de celle de bénir.

Croyances païennes

Dans certaines cultures païennes, on croyait qu'il était possible d'invoquer les esprits des « dieux » pour agir au nom d'une personne qui répétait certaines incantations ou accomplissait certains actes, comme des sacrifices. On pensait qu'une malédiction prononcée possédait un pouvoir occulte de provoquer des calamités (des malheurs) sur ses ennemis.

Dans certaines de ces cultures, les malédictions étaient écrites sur des jarres en argile qui étaient ensuite brisées, initiant ou effectuant symboliquement la malédiction souhaitée. Les tombes étaient protégées contre d'éventuels profanateurs par des malédictions (c'est-à-dire que la menace de ces malédictions pesait sur ceux qui viendraient profaner la tombe). Les inscriptions royales étaient protégées par des imprécations visant quiconque pourrait altérer, détruire ou défier le décret écrit (voir p. ex. Esd 6.11–12). Une imprécation est une prière qui appelle la colère d'une divinité sur quelqu'un ou quelque chose.

Les malédictions dans l'Ancien Testament

La grande majorité des malédictions dans l'Ancien Testament (AT) n'ont de valeur que lorsqu'elles sont conformes à l'alliance de Dieu avec Israël et qu'elles cherchent sa justice. En fait, la malédiction était un élément important des garanties d'une alliance entre Dieu et son peuple, entre Dieu et un individu, ou entre individus. Une alliance cherchait le bien de ceux qui la faisaient. Cependant, si l'un des partis se montrait infidèle à l'alliance, les malédictions disaient ce qui devait arriver comme conséquence ou punition. Une malédiction sans fondement ou justification n'était pas censée avoir de pouvoir : « Comme l’oiseau s’échappe, comme l’hirondelle s’envole, Ainsi la malédiction sans cause n’a point d’effet » (Pr 26.2). Une malédiction pouvait être annulée par une bénédiction (Ex 12.32 ; Jg 17.1–2 ; 2Sa 21.1–3).

L'Ancien Testament donne des instructions à propos des malédictions. Tout d'abord, maudire Dieu était passible de mort (Lv 24.10–16 ; voir aussi Ex 22.28 ; Es 8.21–22). La loi de Moïse interdit aussi de maudire ses parents (Ex 21.17 ; voir Pr 20.20 ; Mt 15.4), le chef du peuple (Ex 22.28) et les sourds (Lv 19.14). Dans certains cas, une malédiction pouvait être prononcée (qui serait sans effet si elle n'était pas justifiée). Par exemple, un homme qui soupçonnait son épouse d'avoir été infidèle pouvait exiger qu'elle se soumette à un test effectué par le sacrificateur. Si elle était coupable, elle subirait une malédiction de la part de Dieu (Nb 5.11–31). Parfois des individus voulaient montrer qu'ils disaient la vérité en prononçant une malédiction sur eux-mêmes s'ils mentaient (Nb 5.19–22 ; Jb 31.7–10, 16–22 ; Ps 137.5–6). C'est ce que l'apôtre Pierre fait dans le Nouveau Testament (NT) quand il fait des imprécations sur lui-même pour nier qu'il connaît Jésus (Mc 14.71). Certains hommes étaient tellement déterminés à assassiner l'apôtre Paul qu'ils ont prononcé sur eux-mêmes une malédiction s'ils ne tenaient pas leur promesse de le tuer (Ac 23.12, 14, 21).

Toutes les malédictions dans la Bible n'apparaissent pas dans le cadre de l'alliance entre Dieu et Israël. Il existe d'autres exemples de malédictions dans l'AT. Par exemple :

  • Dieu maudit : (1) le serpent et la terre à la chute d'Adam et Ève dans le jardin d'Éden (Gn 3.14–19) ; (2) Caïn (4.11–12) ; (3) ceux qui maudiraient le patriarche Abraham et ses descendants (12.3) ; (4) ceux qui se confient en l'homme plutôt qu'en l’Éternel (Jr 17.5).

  • Lorsque le peuple d'Israël traverse Moab en route vers la terre Promise, Balak (roi de Moab) engage le prophète Balaam pour maudire les Israélites. Balaam et lui apprennent cependant qu'il n'est pas possible de maudire ceux que Dieu a bénis (Nb 22–24).

  • Josué maudit quiconque tenterait de reconstruire Jéricho (Jos 6.26, voir 1R 16.34).

  • Le roi Saül prononce une malédiction qui coûte presque la vie à son fils Jonathan (1Sa 14.24, 43–45).

De nombreuses autres malédictions sont mentionnées dans l'AT (voir p. ex. Gn 9.25 ; 49.5–7 ; Jos 9.22–23 ; Jg 9.7–21, 57 ; 2Sa 16.5–13 ; 1R 21.17–24 ; 2R 2.24 ; Ml 2.2 ; 4.6). Le mot malheur est parfois utilisé dans un sens similaire à une malédiction (Es 5.8–23 ; Mt 23.13–33). Dans certains cas, les mots malheur ou hélas peuvent être utilisés comme synonymes pour exprimer le deuil ou l'anticipation de grands malheurs.

Le Psaume 109 contient une longue imprécation contre les ennemis du psalmiste parce qu'ils ont prononcé de fausses paroles contre lui (voir aussi Ps 58.7–12 ; 69.20–29 ; 143.12). Par ces prières, le psalmiste maudit ces ennemis, ce qui signifie qu'il demande à Dieu de venger le mal qu'ils lui ont fait. Le prophète Jérémie n'hésite pas à demander à Dieu de punir ses persécuteurs (Jr 11.20 ; 12.3 ; 15.15 ; 17.18 ; 18.21–22 ; 20.11–12) ou de ne pas leur pardonner leurs péchés (18.23). De telles imprécations contre ses ennemis sont parfois difficiles à comprendre pour les chrétiens d'aujourd'hui, car elles établissent un fort contraste avec les commandements du NT de bénir ceux qui nous maudissent (Lc 6.28 ; Rm 12.14). Jésus commande d'aimer nos ennemis et de les bénir (Mt 5.44), ce qui est la règle générale à appliquer pour aimer son prochain comme soi-même.

Les malédictions de l'alliance

Il était courant à l'époque de l'AT de garantir un contrat ou un traité en prononçant une malédiction sur celui qui y serait infidèle. Parfois, on coupait un animal en deux et les partis qui faisaient alliance devaient passer entre les deux morceaux de l'animal. Ceci symbolisait une malédiction, c'est à dire ce qui devait arriver à celui qui romprait l'alliance. Il semble que ce soit ce que Dieu a fait lorsqu'il a établit son alliance avec Abraham. La fournaise fumante et les flammes qui sont passées entre les animaux séparés auraient représenté l'engagement de Dieu (Gn 15.7–21).

Plus tard, Dieu accuse les chefs et le peuple d'Israël qui étaient passés « entre les morceaux du veau » d'avoir rompu leur alliance avec lui et les avertit des conséquences à venir (Jr 34.18–19).

La promesse de bénédictions et les menaces de malédictions jouent un rôle très important dans l'alliance de Dieu avec Israël au mont Sinaï (Dt 11.26–28 ; 27.15–26 ; 28.15–68 ; 30.19 ; Lv 26.3–39). Dieu bénirait les Israélites s'ils lui obéissaient, mais ils seraient maudits s'ils lui désobéissaient. Ces malédictions ont fini par tomber sur Israël à l'époque des prophètes Jérémie et Ézéchiel. Tous ceux qui avaient rompu l'alliance, y compris le roi, ont été sous la menace de la malédiction (Jr 11.3 ; Ez 17.11–21).

L'interdit sur ce qui est dévoué

L'interdit ou l'anathème est un type particulier de malédiction. Des personnes, des animaux ou des objets étaient maudites par Dieu et devaient être détruites. Cependant, dans certains cas, des objets qui était sous interdit pouvaient être utilisés par les sacrificateurs. Ces objets ne pouvaient pas servir de butin au reste du peuple (Nb 18.14 ; Ez 44.29). Cette disposition ne s'appliquait pas aux êtres vivants. Toutes les personnes ou animaux sous l'interdit étaient sacrifiés ou détruits (Lv 27.28–29). Dieu a commandé aux Israélites de dévouer par interdit des lieux et des populations lors de leurs guerres de conquête (Jos 6.17–19). Toutefois, normalement, seules les personnes et les idoles païennes étaient détruites (Dt 2.34 ; 3.6 ; 7.2, 25–26). Il était même interdit de récupérer l'or qui était sur des idoles. Violer l'interdit en gardant une partie des choses maudites revenait à tomber soi-même sous l'interdit et sous la malédiction. Acan n'a pas respecté l'interdit placé sur Jéricho et à cause de lui, les effets de la malédiction de Dieu sont tombés sur le peuple jusqu'à ce qu'il avoue son péché et qu'il soit exécuté (Josué 7).

Après l'exil, les Juifs n'ont plus pratiqué d'interdit en mettant à mort les gens. Ceux qui transgressaient leur engagement solennel devant Dieu étaient excommuniées et exclus de la congrégation d'Israël (Esd 10.8). Selon des livres juifs anciens, une telle personne ne faisait plus partie du peuple de Dieu et était considérée comme « morte ».

Les malédictions à l'époque du Nouveau Testament

Les synagogues juives pratiquaient l'excommunication, ou anathème, à l'époque du NT (Lc 6.22 ; Jn 9.22 ; 12.42 ; 16.2). Jésus a commandé à son Église de traiter ceux qui refusent de se repentir comme des païens (Mt 18.17). Paul dit que ces personnes sont « livrées à Satan » (1Co 5.5 ; 1Tm 1.20). Ce type d'excommunication rappelle l'interdit de l'AT, mais cette exclusion pouvait être annulée dès qu'il y avait repentance.

Il est possible que Saül de Tarse, avant sa conversion, ait tenté de forcer des chrétiens à renoncer à Christ en le déclarant maudit, c'est à dire, rejeté par Dieu (Ac 26.11). Plus tard, quand il s'est converti et s'est fait appeler Paul, il a écrit que quiconque parle par l'Esprit de Dieu ne peut pas maudire Jésus (1Co 12.3).

Dans sa lettre aux Galates, Paul déclare aussi que quiconque prêche un autre Évangile que le sien (qui est le même que celui des autres apôtres) est maudit (Ga 1.8–9). Dans sa lettre aux Romains, il dit qu'il aurait préféré être lui-même maudit, coupé du salut et du peuple de Dieu, si cela avait pu sauver ses compatriotes israélites (Rm 9.3). Ce désir reflétait l'amour du Christ, qui a pris sur lui-même « la malédiction de la loi » en mourant sur une croix pour racheter les êtres humains de cette malédiction (Ga 3.8–14 ; comp. avec Dt 21.22–23).

Le NT promet qu'un temps viendra où « il n’y aura plus d’anathème » (Ap 22.3).

Voir aussi guerre sainte.

Tiré du Dictionnaire biblique Tyndale, adapté par Mission Mutual. CC BY-SA 4.0.

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