L’Évangile

Terme utilisé pour décrire de diverses manières la bonne nouvelle du salut que Dieu offre en Jésus-Christ.

Aperçu

Le message de l’Évangile selon Ésaïe

De tous les passages cités, ceux d’Ésaïe représentent le socle le plus important pour l’Évangile dans le Nouveau Testament. Selon l’Évangile d’Ésaïe, Dieu seul sauve, et son salut s’explique uniquement par sa nature. Israël n’a pas mérité sa délivrance ; aujourd’hui, il n’est pas plus digne de l’amour divin qu’il ne l’était au moment de sa captivité. Peu importe le prix qu’Israël a payé pour ses péchés passés (Ésaïe 40:2), il reste un peuple pécheur (42:25; 46:12–13; 48:1). Israël doit son salut uniquement à la grâce de Dieu (55:1–7). Selon le dessein de Dieu, le salut d’Israël ne dépend pas de sa justice, mais de celle du Seigneur (41:10; 45:24; 46:13; 51:5–6). Il n’existe aucune justice en Israël pouvant être récompensée, le Seigneur œuvre pour créer la justice en cette nation (45:8; 61:3, 10–11). Toutefois, comme l’indiquent ces références, le salut ne s’accomplit pas au détriment de la justice. La sentence pour les péchés d’Israël doit être dûment appliquée. La miséricorde de Dieu n’est pas remise en question. Au contraire, elle s’exprime ici avec plus de force, car la sentence n’est pas infligée à son peuple, mais au Serviteur désigné pour se substituer au peuple (53:4–12). Grâce à l’œuvre du Serviteur, plusieurs seront justifiés (53:11). L’évangéliste (le prédicateur de la bonne nouvelle) viendra, selon la prophétie du chapitre 61 d’Ésaïe. Il sera appelé l’Oint (verset 1) qui annonce l’année de la miséricorde de l’Éternel (verset 2). Sa prédication glorifiera Dieu (verset 3).

L’Évangile dans le Nouveau Testament

Seules deux références (Galates 3:8; Hébreux 4:2, 6) du Nouveau Testament évoquent la proclamation de l’Évangile avant l’ère chrétienne. C’est tout à fait remarquable, étant donné (1) la présence indubitable de l’Évangile dans l’Ancien Testament, (2) l’abondance de la terminologie évangélique dans le Nouveau Testament (en grec, le nom apparait 76 fois et le verbe 54 fois) et (3) la présentation de Christ comme l’accomplissement de l’Ancien Testament et le recours fréquent à l’Ancien Testament pour comprendre sa nature et ses œuvres. Cette observation est intéressante et très significative. Elle indique que l’usage du Nouveau Testament repose sur la nature du message (la vérité sur le salut), mais aussi sur des événements historiques. Dans le Nouveau Testament (presque sans exception) l’utilisation de la terminologie évangélique se limite aux messages formulés durant le moment de l’accomplissement, à savoir l’époque au cours de laquelle le salut promis dans l’Ancien Testament s’accomplit réellement. Le Nouveau Testament ne s’intéresse pas aux promesses de salut, mais aux nouvelles du salut. Selon Marc 1:1–4, l’Évangile ne « commence » pas dans l’Ancien Testament, mais avec Jean Baptiste, dont les œuvres accomplissent les prophéties de l’Ancien Testament. En Romains 1:1–5 l’Évangile est présenté comme une bénédiction promise dans l’Ancien Testament, mais qui ne s’est pas concrétisée avant l’avènement de Jésus (voir aussi Actes 13:32–33).

La bonne nouvelle de la venue de Christ

La naissance promise de Jean-Baptiste est une bonne nouvelle (Luc 1:19), pour ses parents (versets 7, 24–25) et pour tout le peuple : Jean est envoyé pour les préparer à la venue du Messie (versets 14–17, 67–79). La prédication de Jean est un Évangile (3:18) pour les mêmes raisons. Le Messie viendra pour exécuter le jugement, un processus qui implique la condamnation et le salut (versets 3–17). Le message de Jean est un Évangile pour les pécheurs dans la mesure où ils sont avertis de l’imminence du jugement et exhortés à se repentir avant que le jugement ne s’abatte sur eux (versets 7–9) ; c’est un Évangile pour les pénitents, car le pardon leur est promis (verset 3) tout comme l’appartenance à la communauté du Messie (verset 17). La naissance du Sauveur lui-même est annoncée comme une bonne nouvelle, source de grande joie (2:10–11).

L’Évangile selon Jésus

La venue du Royaume de Dieu

Dieu a mandaté Jésus et l’a oint de l’Esprit pour qu’il proclame l’Évangile (Marc 1:14; Luc 4:18). Au cœur de sa prédication se trouve la déclaration suivante : « Le temps est accompli, et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. » (Marc 1:15). (Pour d’autres références à cet Évangile, voir Matthieu 4:23; 9:35; 24:14; 26:13; Marc 8:35; 10:29; 13:10; 14:9; Luc 4:43; 8:1; 16:16.) Ce message est une bonne nouvelle pour plusieurs raisons : (1) le Royaume approche. Le Dieu que Jésus proclame est souverain sur toute la création. Pourtant, son règne est paradoxalement incomplet : sa volonté n’est pas faite sur la terre comme au Ciel ; le mal domine à la place du bien. Toutefois, selon Jésus, cette situation n’est pas définitive. Lorsque le Royaume viendra, le règne de Dieu sera parfait ; le mal sera jugé, la justice sera établie et son peuple sera béni. (2) Le Royaume est en cours d’inauguration. Jésus déclare : « Le temps est accompli » (Marc 1:15 a). Le moment prévu pour l’accomplissement des promesses de l’Ancien Testament est arrivé. (3) L’instauration du Royaume n’est donc plus une perspective lointaine ; la pleine réalisation du règne de Dieu est « proche » (Marc 1:15b). (4) Dieu établit son règne dans un but salvateur. Cette intention est contenue dans l’appel de Jésus à la repentance (Marc 1:15c). Les passages que nous allons aborder sont particulièrement clairs à cet égard.

Le salut des pauvres

Convié à la lecture des Saintes Écritures dans la synagogue de Nazareth, Jésus a ouvert Ésaïe 61: « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; Il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés. Pour publier une année de grâce du Seigneur. » (Luc 4:18–19, LSG). Après avoir lu la prophétie, Jésus a annoncé son accomplissement dans son ministère (verset 21). Parmi les personnes que Jésus est venu libérer, on retrouve les handicapés physiques, tels que les aveugles (verset 18) et les lépreux (verset 27) (voir les références aux miracles de guérison aux versets 23, 33–41; le lien étroit entre l’évangélisation et la guérison en Matthieu 4:23; 9:35; 11:5; Luc 7:21–22; 9:6; et la description en Matthieu 12:22–29; Luc 13:11–16, des handicapés physiques comme étant des captifs de Satan libérés par Jésus). Les personnes démunies sont également incluses, comme la veuve aidée par Élie pendant la famine (Luc 4:25–26). Jésus déclare : « heureux vous qui êtes pauvres et affamés » au sens littéral du terme, en Luc 6:20–21. Pourtant, la pauvreté dont il est question est avant tout « spirituelle ». Toujours en appliquant Ésaïe 61, Jésus parle en Matthieu 5:3 des « pauvres en esprit ». Il s’agit de personnes brisées et affligées par la misère et la pauvreté, l’oppression et l’injustice, la souffrance et la mort, l’apostasie nationale et le péché, des personnes qui se tournent vers Dieu et attendent avec impatience qu’il fasse régner la justice, qu’il accorde sa miséricorde et qu’il établisse son Royaume. Jésus apporte la bonne nouvelle à ces personnes (Matthieu 5, 3–10). Dieu a envoyé Jésus pour introduire le Royaume, pour sauver les perdus, pour libérer les captifs, pour délivrer les opprimés, pour guérir les cœurs brisés et pour pardonner les coupables (Marc 2:5, 10, 17; 10:45; Luc 4:18–21; 7:48–49; 15:1–32; 19:10).

Le don de la grâce

L’arrivée du Royaume n’est pas le résultat ou la récompense d’un effort humain, mais la réponse de Dieu à la situation difficile de l’homme : le don de sa grâce (Luc 12:32). En conséquence, seule la nature de Dieu permet d’expliquer la logique du salut des pauvres. Comme le fils prodigue l’a lui-même reconnu, il ne méritait guère d’être le serviteur de son père, et encore moins son fils. Aucun de ses actes, pas même sa repentance, ne lui permettait de mériter l’amour de son père (15:11–32). Dans la parabole de Matthieu 20:1–16, les derniers ouvriers embauchés ont reçu le salaire d’une journée entière grâce à la bonté de l’employeur. Le premier débiteur dans l’histoire de Matthieu 18:23–35 méritait d’être vendu comme esclave ; au contraire, le roi a annulé son énorme dette. Le publicain, qui n’avait rien d’autre à offrir à Dieu qu’une confession de ses péchés et un appel à la miséricorde, est rentré chez lui justifié (Luc 18:13–14). Il en va de même pour les plus vertueux parmi les pauvres, tels que les personnes décrites en Matthieu 5:7–10. Leur vertu est réelle et non imaginaire. Pourtant, en respectant les commandements de Dieu, ils ne lui sont pas redevables ; ils accomplissent simplement leur devoir (Luc 17:7–10). En outre, même la personne la plus miséricordieuse a besoin de la miséricorde divine (Matthieu 5:7). En effet, même les personnes les plus désireuses d’obéir à la Loi de Dieu sont incapables de respecter toutes ses exigences (voir 11:28–30). Le premier serviteur en Matthieu 18:23–35 a une dette bien supérieure au montant qu’elle peut payer, permettant ainsi de mettre en valeur la générosité du roi. La grâce est conditionnée par l’incapacité de ses destinataires (Luc 14:12–14).

L’appel au salut

Les Israélites étaient sans exception des pécheurs, ayant tous besoin du salut apporté par Jésus (Matthieu 1:21; Luc 1:77). Dans une démonstration de la grâce de Dieu, Jésus a proclamé son Évangile à toute la nation (Matthieu 4:23; 9:35; 15:24; Luc 4:43; 9:6; 20:1). Des plus honorables aux plus modestes, tous ont été invités à se soumettre aux règles de Dieu et à participer librement au banquet qu’il a préparé (Luc 14:16–24). Toutefois, le don du salut doit être reçu pour être effectif (Marc 10:15). S’il s’agit bien d’un don gratuit, il s’agit aussi d’un trésor inestimable pour lequel une personne avisée sacrifiera volontiers tout le reste (Matthieu 13:44–46), un sacrifice que seul le coût du rejet de l’Évangile surpasse (Matthieu 11:20–24; Marc 8:34–39; Luc 14:24, 33). « Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle. » déclare Jésus (Marc 1:15). Les personnes qui s’estiment justes et qui sont imbues d’elles-mêmes doivent abandonner leur faux sentiment de sécurité et reconnaitre humblement qu’elles ont besoin de Dieu (Luc 6:24–26). À cette condition seulement, le message de Jésus aux pauvres sera perçu comme un Évangile. L’annonce de la libération (4:18–19) est uniquement une bonne nouvelle pour les personnes qui sont asservies et qui savent qu’elles le sont. Le commandement s’applique aussi aux indigents et aux affligés. Les personnes qui se lamentent sur leur sort doivent se repentir de leurs péchés. Cependant, un élément supplémentaire est nécessaire à une réponse complète : une personne ne peut pas croire à l’Évangile de Jésus sans un engagement à l’égard de Jésus -Christ (Jean 3:16). Même les personnes « pauvres en esprit », conformément à la définition précédente, ne sont pas réellement « bénies » tant qu’elles ne reconnaissent pas la véracité des affirmations de Jésus (Matthieu 11:6) et n’adoptent pas une vie d’obéissance selon ses conditions (7:21–27). Ces éléments nous préparent à aborder le point suivant.

Résumé

Tout au long du ministère de Jésus sur terre, le thème de son Évangile demeure l’avènement progressif du Royaume de Dieu (Matthieu 4:23; 24:14; Luc 4:43; 16:16), un message prêché presque exclusivement aux Juifs (Matthieu 10:5–6; 15:24). Cependant, Jésus a également donné un aperçu du devenir de l’Évangile après l’accomplissement de son œuvre sur terre : (1) En Marc 8:35 et 10:29, Jésus évoque des personnes qui doivent consentir de grands sacrifices « à cause de lui et à cause de l’Évangile ». Malgré la distinction entre Jésus et l’Évangile, les deux sont ici associés d’une manière très étroite. Le moment approchait où l’annonciateur de l’Évangile deviendrait l’annoncé. (2) En Marc 13:10 et Matthieu 24:14 (et le texte ambigu de Marc 16:15), Jésus prédit que l’Évangile du Royaume sera prêché aux nations païennes. (3) En Marc 14, après avoir interprété le geste d’une femme (verset 3) comme étant une onction de son corps avant son enterrement (verset 8), Jésus déclare : « Je vous le dis en vérité, partout où la bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait. » (verset 9, lsg; voir Matthieu 26:13). Cette affirmation suggère clairement que la personne de Jésus et sa mort occuperont une place importante dans le message qui sera proclamé ; autrement, le lien si solennel entre l’Évangile et ce geste en particulier est étrange. Dans ce texte, il existe déjà une indication de l’importance cruciale de la mort de Jésus pour le salut, tel qu’il est annoncé dans son Évangile (voir Marc 14:22–24) et pour le début de la mission d’évangélisation auprès des Païens (Matthieu 20:28 est un verset capital pour expliquer le changement qui existe entre Matthieu 15:24 et 28:18–20).

L’Évangile après la résurrection de Jésus

Après la résurrection de Jésus, l’Évangile était proclamé par ses témoins oculaires. Le contenu de cet Évangile est rapporté dans le livre des Actes des Apôtres et dans les épitres de Paul. Sur les 43 occurrences du mot euangelizomai (« évangéliser ») en dehors des Évangiles, 15 se trouvent dans le livre des Actes et 21 dans les écrits de Paul ; sur les 64 occurrences du mot euangelion (« évangile »), 2 se trouvent dans le livre des Actes et pas moins de 60 dans les écrits de Paul.

L’Évangile de Christ

Après sa résurrection, Jésus-Christ a repris l’évangélisation (Éphésiens 2:16–17), par l’intermédiaire de ses représentants (Romains 15:16–18; 1 Corinthiens 1:17; 9:12–18; Galates 4:13–14; Éphésiens 4:11; 2 Timothée 1:9–11). De plus, Christ est devenu le thème central de l’Évangile ; le Proclamateur est désormais le Proclamé. Cette affirmation se retrouve à plusieurs reprises dans le livre des Actes des Apôtres (5:42; 8:4–5, 35; 11:20; 17:18) et dans les écrits de Paul (Romains 1:1–4; 10:8–17; 15:19–20; 2 Corinthiens 4:4–6; 11:4; Galates 1:16; Éphésiens 3:8; Philippiens 1:15–18; 2 Timothée 2:8). Le Nouveau Testament parle sans cesse de l’Évangile(jamais des évangiles) de Christ. Un second Évangile serait aussi improbable et inutile qu’un second Christ. Dieu autorise un seul Évangile (exemple, Romains 1:1–17) qu’il proclame (exemple, 2 Thessaloniciens 2:13–14). Galates 2:7–9 ne mentionne pas deux évangiles, mais deux champs de mission. Paul (l’apôtre des incirconcis) et Pierre (l’apôtre des circoncis) sont tous deux chargés de « l’Évangile de Christ » (Galates 1:7; voir aussi 1 Corinthiens 15:1–11), le message que Dieu a ordonné pour le salut des Juifs et des Païens (Romains 1:16). « L’autre Évangile » que Paul dénonce en Galates 1:6–9 et 2 Corinthiens 11:4 n’est pas un autre Évangile sur Jésus, mais un message sur « un autre Jésus » qui n’est pas le vrai, il existe uniquement dans la pensée et dans les messages de ceux qui le proclament. Prêcher le vrai Christ revient à prêcher le vrai Évangile, indépendamment des motivations de chacun (Philippiens 1:15–18, 27), et réagir positivement à l’Évangile signifie se tourner vers Christ (Actes 11:20–21; Romains 10:8–17; Galates 2:14–16).

L’Évangile, témoin des événements salvateurs

L’Évangile apporte un témoignage sur tous les aspects de l’œuvre salvatrice de Christ, depuis sa naissance (Romains 1:3; 2 Timothée 2:8) et son ministère public (Marc 1:1; Actes 10:36–38) jusqu’à sa seconde venue (Colossiens 1:5, 23; voir 3:1–4; 1 Thessaloniciens 1:5–10) et le jugement dernier (Romains 2:16). Toutefois, la mort et la résurrection de Christ sont les événements les plus cruciaux pour l’accomplissement du salut, par conséquent, ils occupent une place prépondérante dans la prédication de l’Évangile. Ces événements constituent le point culminant de la proclamation de Marc (chapitre 15–16) et auxquels tout le reste se prépare (8:31; 9:31; 10:33–34; 12:6–8) ; un accent particulier est mis sur la mort de Jésus comme moyen de salut contre le péché (10:45; 14:3–9, 22–24). De même, dans l’Évangile de Paul, la mort et la résurrection de Jésus occupent une place prépondérante (Romains 4:25; 1 Corinthiens 15:1–4), la croix occupant la place centrale (1 Corinthiens 1:17–2:5). Selon Paul, si Christ n’était pas ressuscité des morts, le message de la croix serait une perte de temps (1 Corinthiens 15:14, 17; voir aussi Romains 6:3–11). Cependant, puisque Christ est ressuscité, sa mort mérite une attention particulière, car elle est la source de l’expiation des péchés par Dieu (Romains 3:21–26; 5:6–11; 2 Corinthiens 5:14–21; Éphésiens 1:7). L’Évangile rapporté par le livre des Actes des Apôtres proclame la mort de Jésus (Actes 8:25; 20:24, 28; voir 10:36–43) et surtout sa résurrection, le moyen par lequel il a vaincu la mort et a reçu l’exaltation en tant que Seigneur et Juge à venir (10:36–43; 13:32–33; 17:18, 31). Selon 1 Pierre, les prédicateurs de l’Évangile (1 Pierre 1:12) se sont focalisés, comme les prophètes de l’Ancien Testament, sur « les souffrances de Christ et sa gloire à venir » (1:11; voir aussi 1:18–19; 2:21–24; 3:18–22).

L’Évangile comme puissance du salut

L’Évangile représente bien plus qu’un récit sur les événements passés et qu’un exposé de doctrine. Paul déclare en 1 Corinthiens 1:17–18 et à nouveau en Romains 1:16 que l’Évangile est « la puissance de Dieu », pas uniquement un témoignage de sa puissance, mais l’expression de sa puissance. Il ne peut donc pas être entravé (2 Timothée 2:8–9). « notre Évangile ne vous ayant pas été prêché en paroles seulement, mais avec puissance », écrit Paul en 1 Thessaloniciens 1:5. Son propos ne signifie pas que l’Évangile a été accompagné d’œuvres puissantes (même si c’est le cas ; voir Romains 15:18–19), mais que l’Évangile lui-même est une œuvre puissante. Dieu agit ainsi par l’intermédiaire de son Saint-Esprit (Romains 15:18–19; 1 Corinthiens 2:1–5; 1 Thessaloniciens 1:6). Par ailleurs, le but principal de Dieu lorsqu’il déploie sa puissance est de changer la vie des êtres humains, de les affranchir du péché et de la mort, et de les réconcilier avec lui-même ; bref, de les sauver. L’Évangile possède la puissance nécessaire pour assurer le salut qu’il annonce et pour transmettre la vie qu’il promet (exemple Romains 1:16; 10:8–17; 1 Corinthiens 1:17–18; 15:1–2; Éphésiens 1:13; 2 Thessaloniciens 2:13–14; 2 Timothée 1:8–11; 1 Pierre 1:23–25). Pour recevoir le salut, les êtres humains doivent écouter et croire l’Évangile. Ce message est exactement le moyen par lequel la puissance salvatrice manifestée en Christ et dans ses œuvres (en particulier sa mort et sa résurrection) se transmet aux hommes et devient effective dans leur vie. De même, les chrétiens reçoivent le Saint-Esprit en association avec l’Évangile ou en conséquence directe de la réception de l’Évangile (Actes 10:36–44; 15:7–8; 2 Corinthiens 11:4; Galates 3:1–2). En bref, l’Évangile est le lieu décisif de la rencontre entre le pécheur et le Dieu Sauveur.

L’Évangile de la grâce

Selon le témoignage de Pierre au Concile de Jérusalem (Actes 15:7–11), une partie essentielle de l’Évangile (pour les Païens comme pour les Juifs) est le salut « par la grâce du Seigneur Jésus ». Vers la fin de son parcours missionnaire, Paul déclare que son principal souci a été « d’annoncer la bonne nouvelle de la grâce de Dieu. » (Actes 20:24, lsg). Cette déclaration se comprend uniquement en relation avec le concept de Paul sur la justice de Dieu, notamment exposée dans l’épitre aux Romains. Paul ne se contente pas d’exposer un attribut divin. Il décrit plutôt une activité divine ; la manifestation de la justice de Dieu, « dans le temps présent » (Romains 3:26), dans l’ère nouvelle inaugurée par l’arrivée de Jésus. La manifestation est double. En examinant ces deux aspects, et en le faisant à la lumière de l’Évangile déclaré par Ésaïe et par Jésus (qui ont tous deux fortement influencé Paul), respectivement, nous pourrons comprendre pourquoi Paul évoque « l’Évangile de la grâce de Dieu ».

Premièrement, l’Évangile est un témoignage de la grâce de Dieu. En offrant son Fils en sacrifice pour les péchés (Romains 3:25a), Dieu démontre sa justice (versets 25b-26). En d’autres termes, avec la mort de Jésus, les péchés « ignorés » (verset 25c) deviennent l’objet de la colère (voir verset 1:18) et du jugement de Dieu. Néanmoins, de même que Dieu applique un traitement juste et résolu aux péchés, il fait preuve de grâce envers les pécheurs. Car le jugement contre le péché ne se focalise pas sur les pécheurs eux-mêmes, mais sur la personne désignée pour se substituer à eux et agir en leur nom (Romains 4:25; 5:6, 11; voir aussi 2 Corinthiens 5:21; Galates 3:13). Sur cette base, les pécheurs sont librement pardonnés (Romains 3:24). « La grâce du Seigneur Jésus » (Actes 15:11) envers les pécheurs est également évidente, car il porte volontiers leurs iniquités et subit les conséquences de leurs méfaits (Galates 2:20; voir aussi 2 Corinthiens 8:9; Philippiens 2:6–8).

Deuxièmement, l’Évangile est un canal de la grâce de Dieu. Paul déclare : « La justice de Dieu est révélée dans l’Évangile. » (Romains 1:17). Paul ne sous-entend pas que l’Évangile parle de la justice de Dieu (bien qu’il le fasse), mais que la justice de Dieu est activement à l’œuvre dans l’Évangile. Cette activité explique à son tour comment l’Évangile devient « la puissance de Dieu pour le salut » (verset 16). Comment Dieu manifeste-t-il sa justice à ce stade ? En résumé, en l’accordant comme un don gratuit à des êtres humains pécheurs. Elle demeure la justice de Dieu, mais par la grâce de Dieu, cette justice est partagée par les êtres humains. En outre, prendre part à la justice de Dieu dépend de la relation personnelle avec Jésus-Christ. Selon Paul, la personne sauvée est celle qui a été acquittée, justifiée, « déclarée juste » par Dieu, le Juge. Le verdict ne repose pas sur une justice en soi (Dieu justifie l’impie, Romains 4:5). Dieu ne me traite pas non plus comme si j’étais juste. Selon Paul, je suis déclaré juste parce que réellement je suis juste ; pas de moi-même, mais en Christ (1 Corinthiens 1:30; 2 Corinthiens 5:21; Philippiens 3:9). Cette relation est établie par la révélation (et l’offre gratuite) de la justice de Dieu dans l’Évangile (Romains 1:16–17).

Répondre à l’Évangile

L’Évangile nécessite une triple réponse :

1. Croire. Selon Paul, l’Évangile est « c’est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit » (Romains 1:16). Pour Paul, la foi est l’abandon de toute dépendance à l’égard des « œuvres de la loi » pour la justification (3:28) et une dépendance totale à l’égard de la grâce de Dieu, telle qu’elle est démontrée dans l’œuvre de Christ, notamment dans sa mort (verset 25). En conséquence, « l’autre Évangile » de Galates 1:6 et de 2 Corinthiens 11:4 est une tromperie, car il prêche le salut par le mérite personnel plutôt que (ou en même temps que) l’œuvre de Christ (voir Galates 2:16). En conclusion, la foi repose sur Dieu (Romains 4:24; 1 Thessaloniciens 1:8–9) et sur Christ (Romains 3:22, 26; Galates 2:16, 20). Cependant, il est impératif de croire également à l`Évangile (Actes 8:12; 11:20–21; 15:7; Romains 1:16; 10:8–17; 1 Corinthiens 1:17–24; Philippiens 1:27; Hébreux 4:2), car le salut de Dieu se fait connaitre et se transmet justement par ce moyen. De plus, croire à l’Évangile implique la repentance (Actes 14:15; 20:21, 24; 1 Thessaloniciens 1:5–10) et l’obéissance (Romains 1:5; 15:16–18; Hébreux 4:6). Ceux qui refusent d’obéir à l’Évangile mettent leur vie en danger (2 Thessaloniciens 1:5–10; 1 Pierre 4:17).

2. Croitre. L’Évangile est plus qu’un message à recevoir ; il est aussi une fondation sur laquelle bâtir (1 Corinthiens 15:1–2). Il maintient et donne la vie. Se détacher de l’Évangile pour aller ailleurs ne sera jamais source de croissance pour un chrétien (se détourner de l’Évangile revient à abandonner Dieu et Christ, Galates 1:6), le chrétien grandit en se plongeant de plus en plus profondément dans l’Évangile. En Romains 1:15 Paul exprime son désir d’annoncer l’Évangile aux chrétiens de Rome. Dans les chapitres suivants, en prévision de sa visite, il présente l’un de ses exposés les plus profonds de l’Évangile, un Évangile dont la vérité n’a jamais été sondée et dont la puissance n’a jamais été épuisée.

3. L’espérance. « L’espérance de l’Évangile » (Colossiens 1:23) englobe le retour de Christ et la gloire du Ciel (Colossiens 1:5; 3:1–4; 2 Thessaloniciens 2:14–16), mais aussi le jugement dernier. Pour ceux qui embrassent l’Évangile, le jugement dernier n’a rien de terrifiant, car le Juge est celui qui les sauve de la colère à venir (1 Thessaloniciens 1:10). Ceux qui sont unis à Jésus n’ont pas à redouter la condamnation, ni aujourd’hui, ni à la fin (Romains 8:1). Au contraire, le jugement dernier marquera leur justification finale (1 Corinthiens 4:5; Galates 5:5). Par conséquent, ce thème n’est pas seulement un corollaire, mais une partie intégrante de la bonne nouvelle (Romains 2:16). Ceux qui sont morts depuis qu’ils ont cru à l’Évangile (1 Pierre 4:6) paraissent avoir subi un sort commun à tous les hommes, voire la condamnation réservée aux sans foi ni loi. En réalité, leur réponse à l’Évangile leur assure l’approbation du Seigneur lorsqu’il reviendra (4:5–6; 5:4) et une place dans l’héritage impérissable des cieux (1:4).

Tiré du Dictionnaire biblique Tyndale, adapté par Mission Mutual. CC BY-SA 4.0.

Références Bibliques (198)