Daniel Introduction approfondie

Daniel devient adulte pendant que Babylone traverse une période de prospérité. Le peuple israélite de Juda y est alors exilé. Pourrait-il à nouveau espérer profiter de la vie en tant que nation élue du Seigneur ? Grâce à des expériences en tant que captif et en tant que fonctionnaire du gouvernement, ainsi qu'à travers des messages spéciaux, Dieu révèle à Daniel sa puissance et son plan pour l'histoire, lui montrant qu'il sauvera son peuple de l'exil et même de la mort.

Contexte

En 605 av. J.-C., Nebucadnetsar II de Babylone (605–562 av. J.-C.) attaque Jérusalem et ramène des captifs israélites à Babylone, y compris certains des jeunes hommes de la famille royale de Juda (1.1–4). Dans cet événement historique, Dieu commence à envoyer son peuple en exil comme il l'en avait averti. Les Israélites lui avaient été infidèles en brisant son alliance (Dt 28.36, 64 ; Jr 11.1–17 ; 25.11–12 ; 29.10–11). Par l'intermédiaire du puissant roi Nebucadnetsar, Dieu juge son peuple Israël (Jr 25.9). Pendant ce temps, Daniel et ses amis commencent un processus d'enculturation ordonné par ce roi qui menace de les absorber dans un mode de vie païen, tout en neutralisant efficacement leur identité en tant que peuple saint du Seigneur (voir Ex 19.5–6).

Pendant ce temps, la dévastation de Juda et de Jérusalem par les Babyloniens se poursuit. En 597 av. J.-C., d'autres Israélites sont emmenés à Babylone et en 586 J.-C., Jérusalem est détruite. Après 586 av. J.-C., Juda n'est plus une nation ; le peuple de Dieu est totalement impuissant et sans espoir. À ce stade de son existence, il devient la queue des nations, et non leur chef (voir Dt 28.13, 44). Il semble qu'ils pourraient simplement être absorbés à Babylone et disparaître de la scène de l'histoire mondiale.

La promesse que les descendants d'Abraham seraient une bénédiction pour toutes les nations semble irrémédiablement caduque (Gn 12.1–3). Les grandes superpuissances païennes du Proche-Orient ancient, d'abord l'Assyrie, puis Babylone, règnent alors sur le monde. Qu'arrivera-t-il à Israël en exil ? Que deviendront les promesses de Dieu à Abraham, à Isaac, à Jacob, à Moïse (Ex 19–20) et à David (2S 7.1–29) ? Dieu agira-t-il en fonction de ses paroles d'espoir à travers ses prophètes ? Comment sauvera-t-il son peuple de l'exil ?

Daniel maintient son intégrité, honore son peuple et glorifie son Dieu durant les règnes de plusieurs rois babyloniens jusqu'à la fin de l'exil à Babylone. Alors que son peuple endure la « mort de l'exil » (Ez 37), Dieu donne à Daniel des visions de l'avenir, lorsqu'un futur roi recevra la puissance et régnera pour toujours.

En 539 av. J.-C., Cyrus de Perse bouleverse le monde en envahissant Babylone, pénétrant dans la capitale et la soumettant ainsi que son souverain blasphème, Belschatsar, comme prédit par le prophète Ésaïe (Es 44.26–45.7). Daniel est témoin du décret selon lequel les peuples captifs peuvent retourner chez eux (voir Esd 1.2–4). Ainsi la prophétie de Jérémie s'accomplit-elle (Jr 25.11–12 ; 29.10–11) et la prière de Daniel plus tôt la même année reçoit-elle une réponse (Dn 9.1–19). Après soixante-dix ans de servitude, le peuple de Dieu est restauré.

Le Seigneur encourage son peuple saint par rapport à l'avenir par le biais de Daniel, dévoilant l'histoire qui se profile à l'horizon avec des visions et des rêves. Alors que le peuple de Dieu fait face à un avenir menaçant, Dieu parle afin de lui donner un espoir nouveau.

Résumé

Le livre de Daniel couvre la période allant de 605 av. J.-C. à environ 535 av. J.-C. Les chapitres 1 à 6 présentent des événements et des histoires démontrant la fidélité de Dieu à Daniel et à ses amis, alors qu'eux-mêmes lui restent fidèles ainsi qu'à sa loi. Trois fois, les captifs hébreux doivent faire face à des décrets royaux qui vont à l'encontre de la loi de Dieu (chap. 1, 3, 6) ; à chaque fois, ils font preuve de sagesse dans leur obéissance à Dieu, et il les protège du mal. Trois fois, Dieu parle par l'intermédiaire de Daniel afin qu'il interprète les révélations divines données aux rois païens (chap. 2, 4, 5). Les paroles de ce dernier et les événements ultérieurs montrent que Dieu exerce la puissance et l'autorité ultimes sur terre.

Dans les chapitres 7–12, l'accent est mis sur la souveraineté de Dieu sur le cours de l'Histoire. Le chapitre 7 utilise le symbolisme animalier pour relater l'histoire également rapportée au chapitre 2 : l'histoire du monde aboutira à l'établissement du royaume de Dieu, mais seulement après une opposition farouche à celui-ci et à ses objectifs. Le chapitre 8 souligne les rôles de la Perse et de la Grèce, aboutissant aux actes d'un dirigeant impie qui s'oppose au peuple de Dieu. Le chapitre 9 présente la merveilleuse prière de Daniel, inspirée par la prophétie de Jérémie sur les soixante-dix ans de servitude (9.1–2). La prière touche le cœur de Dieu et aide à mettre fin à l'exil. À la suite de cette prière, l'ange Gabriel est envoyé à Daniel pour lui révéler les soixante-dix séries de sept à venir, représentant un aperçu du plan divin visant à établir son peuple et à faire face à ceux qui l'oppriment. Dans les chapitres 10 à 12, le livre se termine par une vision finale décrivant l'histoire de la troisième année de Cyrus (536 av. J.-C.), jusqu'à l'époque de la Grèce et de Rome, puis jusqu'à la résurrection. Daniel est fidèle à son appel, et Dieu lui promet qu'il sera ressuscité à la fin (12.13).

Auteur et date

Un débat sans fin continue de prendre place parmi les érudits concernant la date à laquelle le livre de Daniel a reçu sa forme définitive. La plupart des érudits conservateurs affirment que Daniel a écrit le livre qui porte son nom à la fin des années 500 av. J.-C. Le livre affirme être une prophétie prédictive (2.29–31 ; 4.24 ; 7.1–12.13), et l'auteur situe Daniel dans les années 500 (2.1 ; 5.1 ; 10.1). Le livre affiche une excellente maîtrise de l'histoire babylonienne, malgré certains problèmes historiques.

D'autres érudits datent la rédaction du livre vers 164 av. J.-C., principalement parce que Daniel décrit les événements jusqu'à cette époque-là : les prédictions de 11.1–35 concernant des événements survenus entre 190 et 164 av. J.-C. leur semblent être beaucoup trop détaillées pour avoir été écrites 300 ans auparavant.

Cependant, l'exclusion d'une datation « haute » du livre soulève des problèmes. Surtout, le livre dans sa forme actuelle est clairement attribué à Daniel seul ; une date tardive suppose qu'il n'aurait pas pu en être l'auteur. Si Daniel lui-même n'a pas écrit les prophéties prédictives, les affirmations du livre manquent de l'intégrité exigée de l'un des prophètes inspirés de Dieu et auraient eu du mal à être acceptées dans le canon hébreu. L'une des affirmations majeures de Daniel est que Dieu peut prédire l'avenir (2.27–29 ; 10.21). Sans nier que la précision des détails est remarquable, ces prédictions ne doivent pas être estimées impossibles : qui peut déterminer avec quel degré de détails Dieu peut révéler l'avenir à ses prophètes ?

Les visions de Daniel présentent également des caractéristiques de la littérature apocalyptique. Celle-ci est très populaire dans les écrits juifs de la période intertestamentaire (après 400 av. J.-C.), de sorte qu'il est affirmé que le livre n'aurait pas pu être écrit avant cette époque. Cependant, des études récentes soutiennent que la pensée apocalyptique est présente dans les livres bibliques de la période exilique. Il est donc possible de conclure que Daniel a servi de modèle aux apocalypses ultérieures.

En résumé, il n'est pas invraisemblable que le livre de Daniel ait été écrit par Daniel lui-même dans les années 500 av. J.-C. Les arguments en faveur d'un auteur ultérieur posent également des problèmes, et le point de vue traditionnel est cohérent par rapport au caractère du livre, en tant que prophétie prédictive inspirée.

Le livre de Daniel comme littérature

Daniel contient des récits historiques, mais bien plus encore. Il enseigne des leçons théologiques historiques en creusant les événements terrestres pour en démontrer la signification et l'importance véritables. Il met en évidence la main et le plan de Dieu dans l'Histoire par la façon dont il rapporte les événements.

Le livre de Daniel comme littérature sapientiale. Daniel est un livre sapiential destiné à rendre le peuple de Dieu sage par rapport aux voies de celui-ci. La personne sage est purifiée par la souffrance, cherche le chemin de la droiture et guide les autres vers ce chemin (11.33–35 ; 12.3). La personne sage sait que le Dieu Très-Haut est le Dieu des dieux, qu'il tient l'avenir entre ses mains, et qu'il peut sauver son peuple de tout danger (3.16–18 ; 6.21–22 ; 12.1–3).

Le livre de Daniel comme littérature apocalyptique.   Certaines parties de Daniel appartiennent à un genre appelé littérature apocalyptique (apocalyptique vient du mot grec apokalupis, signifiant « révélation » ). Ce genre révèle la nature de l'histoire terrestre ainsi que l'activité de Dieu, des anges et d'autres puissances spirituelles en coulisse. Ces activités affectent les événements terrestres historiques. La littérature apocalyptique révèle la réalité en utilisant un langage symbolique riche qui font que des statues, des animaux ou des cornes peuvent représenter des entités telles que des rois, des royaumes et des personnes.

Il est important d'interpréter la littérature apocalyptique en fonction de l'intention qui se trouve derrière son imagerie. Quelles sont la réalité et la vérité derrière les images ? Le cadre littéraire et l'arrière-plan historique d'un passage doivent être examinés afin d'en interpréter correctement le symbolisme. Parfois, les notions nécessaires à l'interprétation de l'imagerie se trouvent dans le texte (7.1–14, 16–17, 23–25). Dans d'autres cas, une étude du milieu social, politique, militaire ou culturel donnera des perspectives utiles. Par exemple, étudier l'histoire babylonienne peut s'avérer utile à comprendre pourquoi une certaine image de Babylone (une tête d'or ou un lion) est appropriée. En creusant les événements terrestres afin de démontrer leur véritable signification, le livre de Daniel enseigne un certain nombre de leçons théologiques.

Le texte de Daniel

La version grecque ancienne de Daniel et la version latine de la Vulgate comprennent trois passages absents des manuscrits hébreux. Ces passages sont inclus dans les éditions catholiques et orthodoxes de la Bible, mais pas dans les éditions protestantes.

Signification et message

Le thème principal du livre de Daniel est la souveraineté de Dieu : il accomplira ses objectifs pour l'humanité et la création entière. L'Histoire marche inexorablement vers le royaume de Dieu, dans lequel sa souveraineté sera pleinement réalisée. Dieu juge et sauve son peuple, dirige l'Histoire à l'échelle universelle selon son bon plaisir, et élève ou fait tomber les royaumes païens et les rois. Il décide du moment où se conclura l'exil (9.18–19), et il vainc et contrôle les puissances du mal (4.30, 32 ; 7.8, 20–21 ; 10.13 ; 11.28, 30–32). Les puissances célestes s'inclinent devant lui (3.28 ; 4.23, 35 ; 5.5 ; 6.21 ; 8.16 ; 9.21 ; 10.5, 13 ; 12.1), et il a le pouvoir de ressusciter les morts (12.1–3). Sa sagesse commande toutes choses (3.18 ; 11.35). Il choisit et approuve ceux qui sont bien-aimés et possèdent une haute valeur à ses yeux (9.23 ; 10.11, 19). Dieu établit son Royaume sur toute la terre pour l'éternité, et son peuple régnera sur elle avec son Roi, le Fils de l'homme (7.13, 22 ; voir Ps 110.1 ; Mt 24.27–44 ; 25.31 ; 26.2, 64 ; Mc 14.62 ; Ap 1.7).