« Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu » (4.12) déclare Amos aux adorateurs d’idoles. « Que… la justice [soit] comme un torrent qui jamais ne tarit », dit-il en réprimandant les riches qui opprimaient les pauvres (5.24). Comment ce berger de Tekoa à Béthel s’est-il retrouvé à prononcer de tels jugements puissants ? Amos ne gagnait pas sa vie en tant que prophète professionnel (7.14) ; le « rugissement » de Dieu (1.2 ; 3.8) l’avait poussé à faire le voyage. Son message appelle à la droiture, c’est-à-dire un culte juste qui mène à une éthique sociale juste. Le peuple de Dieu a encore besoin de l’aide du prophète pour établir ce lien.
Contexte
En 931 av. J.‑C., le royaume d’Israël a été divisé en deux : le royaume du nord (Israël) et le royaume du sud (Juda). Le premier roi du nord, Jéroboam I, ne voulait pas que ses sujets aillent à Jérusalem (dans le sud) pour le culte, alors il établit des sanctuaires à Dan et Béthel. S’appuyant sur un précédent antérieur (Ex 32), Jéroboam a utilisé des icônes de jeunes taureaux pour représenter le Seigneur (1R 12.25–33). Ce geste illustrait le rejet par le royaume du nord de la révélation de Dieu en définissant à la fois leur culte et leur éthique. Israël paganisé devint un oppresseur des personnes qui n’ont aucun pouvoir.
Les sanctuaires de veaux établis par Jéroboam I à Dan et Béthel (1R 12.29), et la présence des baals (représentations locales du dieu de la tempête cananéen), ont transformé le culte de l’Éternel (le Seigneur) dans le royaume du nord en une religion païenne semblable à celle des voisins d’Israël. Le culte de l’Éternel se poursuivait généralement, mais en parallèle au culte des divinités locales. Les Israélites pensaient obtenir certains avantages qu’ils souhaitaient (comme la pluie ou la fertilité) en adorant ces divinités. La raison pour laquelle Élie a défié les prêtres de Baal sur le mont Carmel était que le peuple voulait adorer à la fois l’Éternel et Baal. Cependant, Élie les a laissés sans cette possibilité (1R 18.21, 24). Le message d’Amos était similaire.
Lorsque Amos est arrivé en Israël (peu avant 753 av. J.‑C.), les riches s’enrichissaient et les pauvres s’appauvrissaient. Vers 801 av. J.‑C., les Assyriens avaient capturé Damas mais avaient été contraints de se retirer en raison de problèmes ailleurs. L’Égypte était également en déclin à cette époque. Dans le vide de pouvoir qui en a résulté, Israël et Juda ont prospéré et récupéré une partie du territoire qu’ils avaient perdu au profit d’Aram (2R 14.23–29 ; 15.1–7 ; 2Ch 26.1–23). La prospérité des deux royaumes était croissante, mais celle-ci ne fit qu’accroître le pouvoir de ceux qui l’avaient déjà. Ceux qui n’avaient aucun pouvoir ont été encore plus opprimés.
En réponse à cette situation, Amos a voyagé de Tekoa (en Juda) jusqu’au sanctuaire du nord à Béthel, où il a appelé Israël à rendre compte de son apostasie et de son inhumanité.
Résumé
Amos a confronté Israël avec le message que le service de lèvres ne suffit pas dans l’adoration du Seigneur. Après une brève introduction (Am 1.1–2), la première section d’Amos (1.3–2.16) est une série de huit accusations. Le prophète lance les sept premières accusations contre les nations alentours, et la huitième contre Israël lui-même. En accusant d’abord les ennemis d’Israël de crimes de guerre et d’aberrations théologiques, Amos gagne la sympathie et l’accord de ses interlocuteurs.
Puis il s’adresse au peuple d’Israël en disant : « Je vous châtierai pour toutes vos iniquités ». Le passage qui suit (3.1–5.17) est constitué de trois prophéties. La première (3.1–2) accuse Israël d’abuser de son statut privilégié en tant que peuple choisi de Dieu. La deuxième (4.1–3) est une accusation contre la foule festive d’Israël. La troisième (5.1–2) est un chant funèbre pour la mort prédite de la nation. Amos y inclut des questions rhétoriques (3.3–6), des métaphores de sa vie de berger (3.8, 12), de l’ironie (4.4–5), une lecture historique (4.6–11), des extraits d’hymnes (4.13 ; 5.8–9), des jeux de mots (5.5), des appels à la repentance et des prédictions du destin qui attend les non-repentants.
La troisième partie du livre d’Amos (5.18–6.14) contient deux prophéties de malheur : la première est un avertissement à ceux qui proclament le jour du Seigneur comme un moment où Dieu rétablira Israël en tant que nation dominante (5.18–27) ; la deuxième réprimande ceux qui se fient à leur richesse, leurs maisons ou leurs murailles pour les sauver (6.1–14).
La quatrième partie (7.1–9.10) contient cinq oracles basés sur des visions. Amos commence par convaincre ses interlocuteurs avec des visions de deux jugements évités (7.1–6), mais il contraste ensuite son message avec deux jugements qui se poursuivent (7.7–9 ; 8.1–3). Ces visions sont interrompues par un bref résumé biographique (7.10–17). La vision finale est celle de la destruction complète d’Israël et de son système religieux (9.1–10).
Enfin, aux versets 9.11–15, Amos promet des jours meilleurs à venir, un temps de guérison et de restauration lorsque Jérusalem sera reconstruite, la dynastie de David rétablie dans le pays, et les gens vivront dans la paix du Royaume de Dieu.
Date et lieu
Le ministère d’Amos fut bref, il n’a peut-être duré qu’une seule année. Il prêchait aux environs du sanctuaire royal de Béthel dans le royaume du Nord (7.13), peu de temps avant la mort de Jéroboam II en 753 av. J.‑C. (1.1).
Destinataires
Amos a adressé son message à tout le peuple israélite, mais surtout aux riches, aux puissants et aux personnes complaisantes (lire surtout les versets 5.18–6.8). Bien que, selon Amos, la séparation d’Israël de Juda et du sanctuaire de Jérusalem soit la cause principale de son déclin moral et spirituel, il était conscient que Juda s’éloignait également d’un culte pur du Seigneur (2.4–5). Ainsi, le livre comprend la condamnation de ceux qui « vivent tranquilles dans Sion », ainsi que de ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie (voir 6.1).
Le prophète Amos
Toutes les informations sur la vie d’Amos viennent du livre qui porte son nom. Selon l’introduction, c’était un berger (noqed) de Tekoa (aujourd’hui Teku’a), une petite ville fortifiée située à environ cinq miles (un peu plus de huit kilomètres) au sud de Bethléem en Juda.
Les premiers érudits décrivaient souvent le prophète Amos comme un humble berger représentant les classes discriminées en Juda, injustement opprimées par les riches propriétaires terriens. Cependant, des études plus récentes ont pris une autre direction. Le mot hébreu couramment utilisé pour désigner un berger est ro‘eh (comme au verset Ps 23.1), et non noqed. Dans sa seule occurrence en tant que nom en dehors du livre d’Amos, le terme décrit Méscha, roi de Moab, comme une personne qui livrait régulièrement un tribut important de laine et de moutons à Israël (2R 3.4). Le terme noqed désigne donc probablement une personne qui possédait des moutons, et non un berger travaillant pour autrui. Le verset 7.14 présente une deuxième version ; ici, Amos utilise un terme différent pour berger (boqer ; littéralement gardien), peut-être pour indiquer qu’il possédait du bétail, un signe de richesse considérable. Par ailleurs, Amos se décrit comme un cultivateur de sycomores (7.14), dont le fruit était utilisé pour l’alimentation animale. Le terme utilisé n’apparaît nulle part ailleurs, mais l’utilisation du terme boqer peut désigner un cultivateur de sycomores, et non un ouvrier qui s’occupe les vergers d’autrui.
Il ne s’agit donc pas de la description d’un simple berger qui s’occupe des moutons et des cultures des autres, mais de celle d’un propriétaire qui gère le bétail et la culture. Cette nouvelle perspective d’Amos s’accorde bien avec le contenu de sa prophétie. Le livre est rédigé dans un excellent hébreu judéen et témoigne d’une vive conscience de l’héritage d’Israël ainsi que de ses circonstances politiques et économiques contemporaines.
Sens et message
Moïse avait décrit un Dieu éthique qui se souciait profondément des impuissants (voir par exemple les versets Dt 24.10–22). Cependant, l’apostasie et la corruption morale d’Israël ont permis l’oppression des pauvres et des impuissants. La prospérité matérielle était à tort considérée comme un signe de la faveur de Dieu, et le peuple valorisait les apparences plutôt que la substance. Cela allait à l'encontre des exigences de Dieu pour un peuple saint.
Le véritable culte du vrai Dieu mène à un comportement éthique envers les autres. Cependant, un culte et une théologie malsains corrompront les relations humaines. La théologie engendre la moralité, le bon culte de bonnes œuvres, et la foi un changement pratique. La moralité ne peut pas être définie simplement comme une pureté ou une intégrité personnelle ; elle inclut également des obligations sociales nées de la conviction que toute vie humaine est une création à l’image de Dieu (Gn 1.26–27). Le service envers Dieu s’exprime à travers le service envers ses créatures.
Étant donné que cet appel à un traitement humain des opprimés s’applique à toutes les personnes de chaque génération, Amos a inspiré de grands acteurs de lutte pour des réformes sociales. Par exemple, le Dr Martin Luther King Jr. a utilisé ces dénonciations et demandes dans ses propres sermons pour stimuler le mouvement américain des droits civiques des années 1950 et 1960.