2 Samuel Introduction approfondie

L'ascension de David au pouvoir sur toutes les tribus d'Israël est marquée par la violence, la politique et l'intrigue. C'est loin d'être un souverain parfait : il commet un adultère, puis un meurtre pour le dissimuler, et le chaos s'ensuit dans sa famille et dans la nation. Pourtant, Dieu s'engage envers lui et ses descendants pour l'éternité. Il le protège lors des nombreux défis posés à son autorité et le pardonne avec miséricorde, le restaurant après son péché.

Contexte

Alors que Saül règne encore, Samuel oint David comme prochain roi d'Israël (1S 16.1–13). Il faudra pourtant plusieurs années pour qu'il monte sur le trône. Pendant la majeure partie de cette période, David fait l'objet de la jalousie et de la fureur de Saül. Celui-ci essaie de le tuer à maintes reprises, mais David ne lui rend jamais la pareille lorsqu'il en a l'occasion. Au lieu de cela, David s'en remet à Dieu pour l'accomplissement de son plan dans les temps que celui-ci aura déterminés.

Le règne de David apporte des changements importants en Israël, à la fois intérieurs et extérieurs. D'un point de vue domestique, Israël commence à se percevoir comme une nation unifiée. Pendant le règne de Saül et le début de celui de David, elle ne l'est pas complètement, et l'identité des douze tribus est encore davantage vécue au niveau tribal qu'au niveau national. À la fin du règne de David, un sentiment d'unité nationale est en place, préparant le terrain des jours de gloire du roi Salomon.

D'un point de vue des relations avec les nations avoisinantes, la position d'Israël s'améliore nettement sous le règne de David. En particulier, la menace constante du côté des Philistins, indéniable dans le livre des Juges et tout au long du règne de Saül, disparaît en grande partie grâce à la capacité de David à diriger de façon adroite (voir p. ex. 2S 5.17–25 ; 21.15–22 ; 23.9–17). Son règne apporte la paix et la stabilité aux frontières d'Israël.

Résumé

Pendant sept ans et demi après la mort de Saül et de Jonathan (1.1–27), David ne règne que sur Juda. Pendant deux de ces sept années et demie, le seul fils survivant de Saül, Isch-Boscheth, règne sur les tribus du Nord, entraînant une guerre civile sanglante. David devient progressivement plus fort alors que son adversaire s'affaiblit. En fin de compte, ce dernier, ainsi que son commandant en chef Abner, sont assassinés à l'encontre des souhaits de David (3.22–4.12). Après la mort d'Isch-Boscheth, les chefs des tribus du Nord jurent fidélité à David. Il déplace alors immédiatement sa capitale d'Hébron à Jérusalem, ville plus centrale, en en chassant ses habitants, les Jébusiens (5.6–16).

Jérusalem représente plus que la capitale politique de David. En y amenant l'arche de l'alliance, il en fait également la capitale spirituelle d'Israël (6.1–15). Peu après, Dieu établit une alliance éternelle avec David et ses descendants (7.1–29). Au cours de ces premières années, il connaît le succès de tous côtés (8.1–18 ; 10.1–19) et accomplit son vœu de traiter les descendants de Saül et de Jonathan avec bienveillance (9.1–13).

David commet ensuite la pire erreur de sa vie : il fait venir Bath-Schéba, la femme d'un autre homme, dans sa maison, et a des relations sexuelles avec elle (11.1–5). Elle tombe enceinte de lui, et il prend des dispositions pour faire assassiner son mari (11.6–27). Les actions de David provoquent la colère de Dieu, qui le châtie (12.1–12). Bien que David se repente et fasse l'expérience du pardon de Dieu, l'enfant qui naît de l'adultère meurt (12.13–23). David demeure néanmoins le roi élu de Dieu (12.24–31).

À partir de là, les problèmes se multiplient pour David. Amnon, l'un de ses fils, viole sa demi-sœur Tamar, et le frère de celle-ci la venge (13.1–39). Plus tard, Absalom essaie de renverser son père et de le remplacer, mais il est tué dans les événements qui s'ensuivent (14.1–19.43). Schéba, un Benjamite, mène également une révolte contre David, mais est vaincu puis exécuté (20.1–26).

En tant que souverain, David agit à deux reprises pour apaiser la colère de Dieu à l'égard de la nation (21.1–22 ; 24.1–25). Dans le deuxième cas, David bâtit un autel à Jérusalem (24.18–25) sur ce qui deviendra le site du Temple (voir 1Ch 21.18–22.1). Entre ces deux épisodes se trouvent des passages célébrant la puissance de Dieu telle que manifestée à travers David, ainsi que des descriptions de la loyauté et de l'héroïsme des « vaillants hommes », guerriers du roi (22.1–23.39).

Auteur

L'auteur anonyme de 1 Samuel a probablement aussi écrit 2 Samuel (voir « Auteur » dans l'Introduction à 1 Samuel).

Problèmes historiques

Preuves concernant David. Pendant longtemps, le nom de David n'a été découvert dans aucun document datant de l'Antiquité en dehors de la Bible. Cela a amené certains spécialistes critiques à affirmer que David et son histoire sont fictifs. Cependant, en 1993, des archéologues travaillant à Tel Dan, dans le nord d'Israël, trouvent une inscription en araméen concernant Hazaël, roi de Syrie (vers 842–800 av. J.-C.), célébrant une victoire militaire face à Israël et à Juda. L'inscription dit : « [...]ram fils d'[...], roi d'Israël, et je tuai [...]yahou fils de [... r]oi de la maison de David » (les ellipses représentent des parties du texte qui sont illisibles dans l'inscription). Celle-ci fournit la preuve de l'existence de David et du fait qu'il a fondé une dynastie en Juda.

Violence. Plus que tout autre livre biblique, 2 Samuel fait état de meurtres et d'exécutions, en particulier des rivaux politiques de David et de leurs partisans (Saül et Jonathan, 1.1–15 ; Abner, 3.30 ; Isch-Bascheth, 4.6–8 ; Absalom, 18.14–15 ; d'autres descendants mâles de Saül, 21.8–9 ; Amasa, 20.10 ; Schéba, 20.21–22). Cependant, le narrateur prend soin de montrer que David n'en est pas responsable. En dépit des affirmations de certains (voir 16.5–8), David ne peut pas être accusé d'ambition politique meurtrière. Il n'est coupable de meurtre que dans le cas d'Urie. Sans nul doute, il s'agit là d'un péché horrible, mais il est dépourvu de motif politique.

David n'est pas impliqué dans les nombreux meurtres qui entourent son accession au pouvoir. Ce n'est pas un usurpateur qui élimine violemment la famille royale précédente. En fait, il déplore sincèrement la mort de Saül et de Jonathan et ordonne l'exécution de ceux qui tuent Saül et Isch-Boscheth (1.1–16 ; 4.12). David fait preuve d'un profond respect envers Saül en tant que roi oint du Seigneur. Bien que sachant que Dieu l'a oint pour remplacer Saül, David refuse de prendre lui-même les choses en main.

Signification et message

Le Deuxième livre de Samuel rapporte comment Dieu mène l'onction privée de David en tant que roi (1S 16.1–13) à bien sur la scène publique. En outre, Dieu établit une alliance avec lui afin de renforcer son engagement à l'égard de sa dynastie.

Les alliances de Dieu avec David et avec Abraham présentent des similitudes importantes. Les deux incluent des promesses de grande renommée (Gn 12.2 ; 2S 7.9) et de repos de leurs ennemis (Gn 15.18–21 ; 2S 7.10). Les deux représentent un engagement éternel (Gn 13.15 ; 2S 7.16), et une grande partie du pays que Dieu avait promis à Abraham et à ses descendants (Gn 15.18) est acquise par l'expansion de l'empire de David (2S 5.17–25 ; 8.1–14 ; 10.1–9).

L'engagement de Dieu envers David est crucial aux succès de ce dernier, malgré la guerre civile, les révoltes, l'ambition meurtrière de certains sujets loyaux et ses échecs personnels. Ses fautes, notamment son adultère avec Bath-Schéba et le meurtre d'Urie, pourraient amener à se demander s'il deviendrait comme Saül, et serait rejeté par Dieu et remplacé. Dieu le punit assurément lorsqu'il pèche (12.1–20.26 ; 24.1–25). Pourtant, Dieu reste engagé envers David et sa dynastie (7.14–16). Cet engagement divin, plutôt que le mérite de David, explique son succès.

La royauté est au cœur du plan de Dieu pour son peuple et sa création. L'engagement de Dieu envers David va au-delà de ce dernier et de ses descendants immédiats, vers un fils appartenant à un avenir éloigné, Jésus-Christ. Le Nouveau Testament commence (Mt 1.1) et se termine également (Ap 22.16) en mettant l'accent sur Jésus, le Roi éternel, en tant que descendant de David.