Dans la seconde épitre aux Corinthiens, Paul révèle son cœur de pasteur. Convaincu que l'Évangile est avant tout un message de réconciliation, il désire ardemment regagner la confiance des chrétiens de Corinthe. Il subit en effet les critiques et les accusations de chrétiens qui doutent de sa capacité à diriger l'Église. Contraint de se défendre, il se confie de manière extrêmement intime à cette assemblée, à un degré que l'on ne retrouve dans aucune autre de ses lettres. Paul a affronté de nombreux dangers, sa vie a été menacée à maintes reprises, mais le fait d'être faussement accusé par des chrétiens auxquels il avait prêché l'Évangile constitue la pire épreuve de toutes. Il démontre l'amour du Christ pour son Église, et son exemple est une grande source d'encouragement et d'espérance pour les assemblées chrétiennes et ceux qui les dirigent.
Contexte
L'apôtre Paul arrive à Corinthe pour la première fois au cours de son deuxième voyage missionnaire (voir Ac 18.1–20). C'est déjà une vieille ville à l'époque de Paul. Depuis les années 500 av. J.-C., elle est devenue un centre économique et urbain puissant et bien peuplé. Sous l'occupation et l'influence romaines depuis que Jules César l'a rétablie en 44 av. J.-C., elle est devenue une ville dotée de beaux bâtiments, de boutiques, de théâtres et de maisons. Son activité commerciale génère d'importantes richesses, et la ville est prospère. Les artisans fabriquent des objets en bronze et en argile, mais surtout des lampes en terre cuite qui sont célèbres dans le monde antique (voir 2Co 4.7). L'agriculture est également essentielle à la prospérité de Corinthe (voir 9.6–10 ; 1Co 3.6–9 ; 9.7, 10). À partir de 27 av. J.‑C., l'Achaïe (sud de la Grèce) passe sous le contrôle du Sénat romain en raison de l'importance économique et de l'avantage géographique de Corinthe.
La vie religieuse de Corinthe est bien attestée dans les écrits de l'époque. La déesse grecque Aphrodite (que les Romains appelaient Vénus) était une divinité populaire, déesse de la vie, de la beauté et de la passion. Strabon décrit son vaste temple situé sur une colline au-dessus de la ville comme un centre de prostitution, et la corruption morale de Corinthe est reconnue. Les théologiens sont désormais plus mesurés par rapport à cette opinion, car il se peut que la rivalité politique entre Corinthe et sa voisine Athènes ait motivé les remarques dénigrantes de Strabon à son sujet. Cependant, nous savons que Paul a écrit Rm 1.18–32 alors qu'il était à Corinthe (voir Introduction au Livre des Romains, « Date, Lieu et Raison de la rédaction » ; cf. Ac 20.2–3), et 2 Corinthiens reflète indéniablement qu'il est conscient qu'il y existe de graves problèmes moraux (voir 2Co 6.14–17 ; 12.19–21).
C'est dans cette ville que Paul a apporté le message du Christ. Par la grâce de Dieu et le ministère de son serviteur, une communauté de croyants a été établie, et l'église naissante a grandi. Les convertis de Paul, qu'il considérait comme ses enfants (6.13 ; 12.14 ; 1Co 4.15), formaient un groupe varié, un échantillon de la société cosmopolite de cette ville célèbre pour ses prétentions à la sagesse et à la rhétorique, sa culture populaire, son commerce, ses deux ports et son amour de la vie. Au sommet de la liste des épreuves qu'il a endurées en 2Co 11.23–28, Paul écrit : « Et, sans parler d’autres choses, je suis assiégé chaque jour par les soucis que me donnent toutes les Églises. » Il semblerait qu'aucune assemblée n'ait causé autant de soucis à Paul que l'église de Corinthe.
Résumé
Cette lettre est née de la contestation de l'autorité apostolique de Paul et de l'infiltration de faux docteurs parmi les fidèles. Ainsi, dans la première moitié de 2 Corinthiens (chap. 1–6), Paul expose sa compréhension du service chrétien. Souffrir par amour pour le Christ fait nécessairement partie du service chrétien (1.1–24), bien qu'il soit difficile de supporter une offense lorsqu'elle est causée par un frère ou une sœur (2.1–17). Le message de la bonne nouvelle apporte la vie par l'Esprit et le salut de Dieu, et remplace la religion de l'ancienne alliance, bien qu'il existe une continuité entre les deux (3.1–18). La puissance du message se manifeste à travers la faiblesse des serviteurs de Dieu (4.1–18) et au cœur de ce message se trouve la mort du Fils de Dieu, par laquelle nous sommes réconciliés avec lui (5.1–21). La vie chrétienne est caractérisée par la dévotion et le dévouement qui distinguent les comportements des croyants de ceux du monde (6.1–18).
Dans la deuxième moitié de la lettre (chap. 7–13), Paul explique comment il en est venu à écrire ses lettres à Corinthe (7.1–16), révèle des principes concernant les dons financiers et la gestion de ceux-ci en parlant de la collecte pour l'église de Jérusalem (8.1–9.15), et présente une défense vigoureuse de son travail apostolique face à ceux qui dénigrent son statut à cause de ses faiblesses (chap. 10–13).
Auteur
Personne ne remet sérieusement en question le fait que Paul soit l'auteur de cette épître aux Corinthiens. La seule exception est que 6.14–7.1 est parfois considérée comme une insertion non paulinienne ; peut-être a-t-elle été rajoutée par une secte, car cet extrait présente des similitudes terminologiques avec les Manuscrits de la mer Morte. Il est plus probable qu'il s'agisse simplement d'une digression, ou d'un extrait d'une autre lettre de Paul qui a été inséré ici. Quoi qu'il en soit, c'est très probablement Paul lui-même qui a écrit pour traiter de la situation morale et spirituelle dans l'église de Corinthe.
Date et raison de la rédaction
Au cours de son séjour de deux à trois ans à Éphèse (AD 53–56), Paul a écrit la prémière épître aux Corinthiens et l'a envoyée à l'église de Corinthe par la main de Timothée (voir 1Co 16.10–11 ; Introduction au Livre des Corinthiens, « Date et raison de la rédaction »). Apparemment, cette missive n'a pas été bien reçue, et certains des Corinthiens remettent maintenant en question l'autorité apostolique de Paul. Cette crise était anticipée en 1Co 4.18–21, mais a pris une plus grande ampleur. Paul leur rend donc visite, depuis Ephèse (2Co 2.1). Cette visite semble ne pas avoir atteint son objectif car les opposants de Paul lui résistent. Humilié devant l'église et insulté par un membre éminent, Paul rentre à Éphèse dans une grande détresse. Il écrit ensuite une « lettre sévère » et l'envoie avec Tite à Corinthe (2.3–13). Cette lettre, qui a été perdue, finit par conduire les Corinthiens à la repentance (7.8–10).
Pendant ce temps, Paul quitte Éphèse après de sévères épreuves (Ac 19.23–41 ; cf. 1.8–11 ; 4.8–15 ; 6.4–10) et se rend en Macédoine (Ac 20.1). Là, il retrouve Tite, qui est arrivé de Corinthe, et qui lui rapporte des nouvelles encourageantes de la situation là-bas (2Co 7.5–7). En réponse à ce rapport, Paul écrit 2 Corinthiens (vers 56 ap. J.‑C.) et confie la lettre à Tite qui la remet aux Corinthiens (8.6, 16–19). Paul se rend ensuite lui-même à Corinthe, où il passe trois mois (voir Ac 20.1–3).
L'unité de 2 Corinthiens en tant que lettre
Bien qu'il ne fasse aucun doute que Paul lui-même ait écrit 2 Corinthiens, on peut se demander si l'ensemble a été écrit et envoyé en une seule lettre.
2 Corinthiens 6.14–7.1. En 1 Corinthiens 5.9, Paul mentionne une lettre précédemment envoyée à Corinthe, traitant de la question de l'association avec des personnes immorales. Bien que cette lettre ait été perdue, certains théologiens croient qu'au moins une partie de celle-ci est préservée en 2 Corinthiens 6.14–7.1, qui aborde le même sujet. Si c'est bien le cas, cela pourrait expliquer pourquoi cette section donne l'impression d'avoir été insérée dans la discussion, qui autrement s'écoulerait naturellement de 6.13 directement à 7.2. Toutefois, Paul faisait souvent des apartés en écrivant ses lettres, il est donc également possible que 6.14–7.1 soit simplement une digression.
2Co 10.1–13.14. Les quatre derniers chapitres de 2 Corinthiens sont surprenants. Le ton de ces chapitres est indigné et ironique. Certains pensent que ces chapitres font donc partie de la « lettre sévère » de Paul (voir 7.8) ; mais c'est peu probable, puisque les Corinthiens ont répondu à sa lettre sévère par le repentir (7.9). Il est plus logique de considérer les chapitres 10–13 comme ayant été écrits plus tard que les chapitres 1–9, en réponse à une nouvelle situation survenue après l'arrivée de faux enseignants à Corinthe (cf. 11.4, 12–15). Les Corinthiens avaient chaleureusement accueilli ces enseignants, qui ont rapidement rouvert de vieilles blessures et insinué que Paul n'était pas un véritable apôtre ni même un chrétien du tout (voir 10.7, 10 ; 11.5 ; 12.11). Lorsque Paul en a été informé, il a rédigé une note cinglante pleine d'ironie, d'invectives, de ridicule et d'autodéfense. Au cœur des chapitres 10–13 se trouve le « Discours du Fou » de Paul (11.16–12.10), dans lequel il se résout à se vanter parce que la nécessité l'y oblige (11.1, 16–17).
Nous ne savons pas si les paroles conservées dans les chapitres 10–13 ont permis d'écarter ces menaces et de défendre une fois de plus la position apostolique de Paul à Corinthe. Paul leur a ensuite rendu visite (Ac 20.2) alors qu'il se rendait en Grèce. Il s'est finalement rendu à Jérusalem avec l'argent donné par les églises, y compris par celle de Corinthe. Il est donc possible que la dernière lettre de Paul ait été la plus efficace de toutes, et que les Corinthiens aient finalement été convaincus. Quarante ans après la correspondance corinthienne, une lettre connue sous le nom de 1 Clément, écrite par un dirigeant à Rome aux Corinthiens, fait l'éloge du ministère de Paul.
Signification et message
La seconde épître aux Corinthiens est un document très humain qui offre un aperçu de la vie intérieure de l'apôtre Paul. Pour cette raison, on considère que c'est la lettre la plus personnelle de Paul.
Le cahier des charges du ministre de l'Évangile. La première moitié de la lettre (1.1–7.16) explique et décrit les responsabilités et privilèges d'un responsable d'Église. Le message de la bonne nouvelle est nouveau (3.1–18) et doit être confirmé par le mode de vie de ceux qui le proclament. De plus, la bonne nouvelle apporte la réconciliation (5.1–21).
Le cœur de la bonne nouvelle. Le chapitre 5 présente la version la plus complète du message central de Paul (5.18–21). Paul avait déjà dit aux Corinthiens qu'il était venu prêcher le Christ crucifié (1Co 1.18–2.2). Il explique maintenant comment ce message doit être appliqué à la lumière de la situation actuelle : l'homme est séparé de Dieu à cause du péché, et Dieu a agi pour répondre à ce besoin de l'humanité. En Christ, Dieu règle le problème du péché et de la séparation en se faisant homme et en endossant notre péché à la croix. Par le Christ, nous pouvons à nouveau être en paix avec Dieu, acceptés par lui. Nous sommes exhortés à nous réconcilier avec lui (2Co 5.20) et à maintenir notre réconciliation avec lui. Cette relation doit être maintenue tout au long de notre vie, par la fidélité à la bonne nouvelle telle que Paul l'a proclamée et le rejet des vices tant répandus dans la ville de Corinthe.
L'Appel à une Vie Sainte. Tout au long de cette lettre, Paul exhorte les chrétiens à mener une vie sainte. L'église est comparée à un temple (6.14–7.1) et à une épouse (11.2). Ces deux images évoquent la pureté et le dévouement. Le Temple est le lieu saint où Dieu est adoré, donc son peuple doit se consacrer à cette tâche. L'épouse du Christ doit être fidèle à son mari.
Le devoir de donner avec générosité. Deux longs chapitres (8.1–9.15) sont consacrés à ce thème unique. Ceux qui sont en conflit à Corinthe doivent s'inquiéter des besoins des autres, en particulier des croyants juifs démunis à Jérusalem. Le Seigneur Jésus-Christ incarné nous donne un exemple suprême de don sacrificiel (8.9).
Ce qui était en jeu à Corinthe, c'était l'essence de la bonne nouvelle telle qu'exprimée par la voie de la croix. Pour les croyants de Corinthe, le fait que Paul souffre et soit faible, alors qu'il était apôtre, semblait contredire son autorité. En réalité, cependant, le cœur de la bonne nouvelle c'est que quelqu'un d'autre souffre à notre place (le Christ), ce que nous devons accepter avec gratitude. Cela reste pertinent pour le leadership et la vie quotidienne parmi les chrétiens aujourd'hui.