1 Timothée Introduction approfondie

Au cours de la phase finale de la carrière apostolique de Paul, une grave perturbation trouble l'Église d'Éphèse, établie de longue date : certains dirigeants ecclésiastiques sont devenus de faux enseignants. Paul avait averti que cela se produirait (Ac 20.29–31). Leur impact menace maintenant la vie et le bien-être de la communauté. Une personne compétente s'avérait indispensable au rétablissement de l'ordre dans la maison de Dieu. Paul confie cette tâche à Timothée, son représentant le plus fiable.

Contexte

Les premières activités de Paul à Éphèse, au cours de son deuxième voyage missionnaire (Ac 18.19–21), ne lui donnent pas l'occasion d'accomplir un travail significatif. Au cours de son troisième voyage, il y sert durant trois années (vers 53–56 apr. J.-C., voir Ac 19). Plus tard, alors qu'il se rend à Jérusalem, il a l'occasion de s'arrêter à Milet et de parler aux anciens d'Éphèse, qui l'y rencontrent (Ac 20.17–38). Il se rend à Jérusalem, est arrêté, est ensuite transféré à Césarée, puis est envoyé à Rome, où il est placé en résidence surveillée pendant environ deux ans (60–62 apr. J.-C., Ac 21–28). À sa libération, il reprend sa mission, peut-être guidé vers l'Espagne (voir Rm 15.24, 28), bien qu'il soit tout aussi possible qu'il ait été amené à prendre la direction de l'est après son emprisonnement. L'engagement de Paul vis-à-vis de l'Église d'Éphèse continue pendant ce temps.

Timothée, qui avait à l'origine accompagné Paul pendant une grande partie de son ministère dans cette ville (Ac 19.22), reçoit maintenant la charge d'y gérer les nouveaux développements troublants (1Tm 1.3). De faux docteurs avaient fait leur apparition (1.3) et bouleversaient de toute évidence les ménages (voir 1Tm 2.15 ; 3.4–5 ; 5.11–15 ; comp. Tt 1.11). Paul écrit à Timothée afin de le guider dans la tâche qui est la sienne de corriger les égarements et d'empêcher les faux enseignants de pouvoir à nouveau s'imposer.

Résumé

Paul lui donne des instructions par rapport aux faux docteurs, qui se veulent enseignants de la loi (1.3–20). Il lui en donne ensuite sur la bonne conduite des saints dans la maison de Dieu, en rapport à la prière, l'enseignement des femmes et la direction de l'Église (2.1–3.13). Les faux enseignants avaient fait des dommages dans ces trois domaines. Paul indique clairement ce qu'il essaie d'accomplir et explique pourquoi et comment cela doit être fait (3.14–4.16). Il reprend ensuite ses instructions sur la piété, pour les personnes mûres ou âgées, les jeunes gens, les veuves, les anciens et les maîtres (5.1–6.2). Les relations dans ces domaines avaient également été déformées par de fausses doctrines. Enfin, Paul revient sur nécessité de faire face aux faux docteurs eux-mêmes, en mettant l'accent sur les questions de richesse et de profit (6.2–21).

Auteur

L'opinion selon laquelle les Épîtres pastorales (1 Timothée-Tite) n'auraient pas été écrites par Paul est répandue. Selon ce point vue, un de ses disciples les a écrites après sa mort et les signées de son nom. Cependant, plusieurs bonnes raisons poussent à croire à la paternité littéraire de Paul pour ces épîtres : (1) Jusqu'aux années 1800, il n'y a jamais eu d'hésitation à les lui attribuer. Cela inclut les premiers pères de l'Église, dont la langue maternelle était le grec et qui connaissaient très bien ses autres écrits. (2) L'Église primitive n'aurait jamais accepté ces lettres si elle avait soupçonné qu'elles étaient faussement signées du nom de Paul. (3) Bien que son style diffère de celui qu'il adopte dans d'autres lettres, cela peut simplement être dû aux situations spécifiques qu'il aborde et à la période distinctive de sa vie et de sa carrière qu'il traverse lorsqu'il les écrit. Cela pourrait aussi résulter de l'utilisation d'un autre amanuensis (scribe) pour ces épîtres. Il est en fait raisonnable d'affirmer la paternité littéraire de Paul pour les Épîtres pastorales.

Date

Les Épîtres pastorales (1 Timothée-Tite) sont probablement écrites après le premier emprisonnement de Paul à Rome (60–62 apr. J.-C., Ac 28.1–31) et avant sa mort en 64–65 apr. J.-C. sous la persécution de Néron.

Dans 2 Timothée, Paul est emprisonné à Rome à la fin de sa vie (voir 2Tm 4.6). Il semblerait que 1 Timothée et Tite, épîtres écrites pendant que Paul était encore en liberté, l'aient été avant son arrestation. Comment ces détails correspondent-ils aux Actes des apôtres ?

Il est possible que 2 Timothée ait été écrite pendant l'emprisonnement à Rome décrit dans Actes 28. Dans ce cas, les trois lettres s'inséreraient dans le récit historique de Luc du livre des Actes, et Paul aurait été exécuté à la fin de cet emprisonnement (62 apr. J.-C.).

Il existe cependant des rapports anciens selon lesquels il aurait été libéré de cet emprisonnement à Rome (p. ex. 1 Clément 5.6–7 en 95–97 apr. J.-C. ; voir aussi Éusèbe, Histoire de l'Église, 2.22 en 325 apr. J.-C.). Si tel est le cas, il est probable qu'il se soit livré à d'autres activités ; peut-être s'est-il rendu en Espagne, et a-t-il ensuite été arrêté à nouveau pour se faire exécuter à Rome pendant la persécution des chrétiens par Néron (vers 64–65 apr. J.-C.). Les lettres à Timothée et à Tite ont probablement été écrites au cours de cette période ultérieure.

Le fait qu'il n'y ait aucune nécessité d'insérer ces épîtres dans la chronologie de l'histoire racontée dans les Actes semble aller dans le sens de cette hypothèse. En outre, les activités de Paul et de ses représentants dans 1 Timothée et Tite ne correspondent pas aux détails du livre des Actes, et l'emprisonnement de 2 Timothée ne ressemble pas à celui qui est décrit dans Actes 28. Enfin, le style et la teneur distinctifs de ces épîtres sont moins surprenants si elles ont été écrites à un moment différent des ses autres lettres.

Les faux enseignants

Les faux enseignants dont il est question dans 1 Timothée ressemblent beaucoup à des personnages similaires que Paul mentionne dans 2 Timothée et dans Tite. Il est très difficile de dresser un portrait clair de ces faux docteurs, mais des indices nous sont donnés. Leur enseignement comporte des éléments ascétiques (voir 1Tm 4.3 ; Tt 1.15) et une emphase juive (voir 1Tm 1.7 ; Tt 1.10, 14 ; 3.9). Ils prétendent avoir des connaissances spéciales (1Tm 6.20 ; Tt 1.16), affirmant que la résurrection des croyants a déjà eu lieu (2Tm 2.18), perturbant les relations (2Tm 3.6–7 ; Tt 1.11) et enseignant peut-être le salut par les œuvres (2Tm 1.9 ; Tt 3.5). La réponse vigoureuse de Paul laisse à penser qu'il est nécessaire d'apporter des corrections à la doctrine du Christ (voir 1Tm 2.5–6 ; 3.16 ; 2Tm 2.8) et à celle des derniers jours (voir 1Tm 4.1–5 ; 2Tm 2.18 ; 3.1–9 ; Tt 2.11–14). Les faux enseignants s'opposent au message de Paul, favorisent l'immoralité et ébranlent la mission de l'Église. Il est donc nécessaire d'établir de bons dirigeants (voir Tt 1.10–13 ; 2.6–8, 15).

Signification et message

La Première épître à Timothée offre une défense magistrale passionnée de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, de son avancée dans le monde et de la nouvelle vie qu'elle crée et promeut (voir 3.14–16).

La maison de Dieu est la préoccupation immédiate de Paul. De même que la société environnante s'attendait à une conduite harmonieuse au sein des ménages (avec des rôles, un décorum et des notions d'honneur et de honte), il en est de même au sein de la maison de Dieu. Celle-ci reflète des normes largement acceptées en matière d'honneur et de bienséance ainsi que les structures sociales existantes. En même temps, lorsque cela s'avère approprié et nécessaire, la maison de Dieu s'oppose à la société, reflétant des valeurs et des pratiques très différentes, voire allant à l'encontre de la culture environnante. La maison de Dieu est dans le monde, mais pas de celui-ci. Il reste la bonne création de Dieu (4.3–4 ; 6.17), mais il est transitoire et traverse ses derniers jours, difficiles et accablés par le mal (4.1 ; 2Tm 3.1). La maison de Dieu reflète la nouvelle création alors même qu'elle existe dans le monde.

La mission de la maison de Dieu est de faire progresser la Bonne Nouvelle dans le monde et de promouvoir la volonté de Dieu (voir 1Tm 2.4–7). Les actions de son peuple doivent soutenir cette mission (2.1–3.13 ; 5.1–6.2 ; voir 1Co 9.19–23). Les faux enseignants parlaient, en revanche, de manière insensée, portant atteinte à l'intégrité de l'Église. La plupart des paroles de Paul concernent donc la bonne conduite. Les résumés succincts de la Bonne Nouvelle (1Tm 1.15 ; 2.5–6 ; 3.16 ; 6.13–16) indiquent ce qui était réellement en danger : la bonne compréhension du salut dans l'ère actuelle. C'est ce qui doit être protégé, enseigné avec compétence et transmis, avec pour résultat une vie de piété.