1 Samuel Introduction approfondie

Un bon leadership peut offrir au peuple un sentiment de sécurité, surtout lorsque les nations voisines se montrent hostiles. À l’époque de Samuel, Israël faisait face à des menaces extérieures et à de profondes divisions internes. Les juges n’apportaient qu’un sentiment de sécurité temporaire, et Israël voulait un roi. Le livre de 1 Samuel raconte ainsi la transition qu'a effectuée Israël, d’une confédération tribale vers un royaume centralisé. Saül, premier roi d’Israël, n’est pas resté fidèle à Dieu. Par la suite, Dieu a choisi David, et son plan pour sauver Israël (et le monde) a commencé à se déployer.

Contexte

Moïse avait anticipé que le peuple allait demander un roi pour régner sur eux (Dt 17.14–20). Dieu avait défini les critères à respecter pour choisir un roi (Dt 17.15), tout en avertissant des dérives possibles liées à la royauté humaine : soif de puissance, multiplication des épouses, recherche de richesses (Dt 17.16–17). Pour contrebalancer ces penchants, chaque roi devait étudier la loi de Dieu (Dt 17.18–20).

Tout au long de l'époque des juges, les tribus d'Israël manquaient d'unité (voir Jg 17–21). À l’époque de Samuel, Israël cherchait un roi pour unifier la nation et la protéger des menaces internes et externes.

Gédéon, qui avait exercé sa fonction de juge environ un siècle avant Samuel, agissait déjà comme un roi. Il avait refusé d’établir une dynastie (Jg 8.22–23), mais il se comportait comme un souverain : il avait amassé de l’or pour créer une idole (Jg 8.24–27), pris de nombreuses épouses (Jg 8.30), et il a même nommé l'un de ses fils Abimélec, ce qui signifie « mon père est roi » (Jg 8.31). Gédéon incarnait le type de roi que Dieu ne voulait pas pour Israël. La monarchie conférait à un être imparfait encore plus de pouvoir que les juges. Le livre de 1 Samuel explore ainsi les enjeux liés à Saül, premier roi d’Israël, et esquisse le projet divin d’une royauté éternelle issue de David.

Résumé

Dans les chapitres 1 à 7, Samuel émerge en tant que juge et prophète de Dieu. Fils d’Anne, une femme pieuse autrefois stérile (1.1–23), Samuel, un Lévite, (1Ch 6.33–34), avait été confié au tabernacle sous la responsabilité d’Éli, le sacrificateur (1.24–3.18). D’abord formé comme assistant, Samuel était devenu prophète, et sa réputation s’était étendue (3.19–4.1a). Absent du récit de la prise de l’arche par les Philistins, sans doute parce qu’il n’agissait pas encore publiquement dans la vie nationale d'Israël (4.1–7.2), il réapparaît au chap. 7, appelle Israël à la repentance et, en tant que juge, chasse les oppresseurs philistins.

En tant que Lévite, prophète et juge, Samuel exerçait un leadership complet, s'étendant à toutes les sphères de la vie publique. Pourtant, ses fils ne se sont pas montrés dignes de lui succéder (8.1–3). Le peuple a alors demandé un roi pour les diriger, comme les autres nations. Samuel s’y est opposé (8.10–21), mais l’Éternel lui a ordonné d’oindre Saül (chap. 9–10). Dans son discours d’adieu (chap. 12), Samuel a rappelé la fidélité de Dieu et a souligné que la demande d’un roi révélait un manque de confiance envers l’Éternel.

Au début, Saül était un bon roi. Il a vaincu les Ammonites voisins et sauvé la ville de Jabès en Galaad de la destruction (chap. 11). Mais il a ensuite révélé son inaptitude à gouverner selon les directives divines (chap. 13, 15). En revanche, son fils Jonathan semblait un successeur de Saül idéal (14.1–52). Toutefois, Dieu avait un autre plan (chap. 1631). Dieu a ainsi ordonné à Samuel d’oindre secrètement David, alors que Saül régnait encore (16.1–13).

Au début, la relation entre Saül et David était bonne, en partie grâce aux dons musicaux de David (16.14–23). Mais après la victoire de David contre Goliath (17.1–58) la jalousie de Saül a repris le dessus (18.6–16). Saül a tenté d’éliminer David en le mariant à sa fille (18.17–29), en l'attaquant pour essayer de le tuer (19.1–10) et en exécutant ceux qui l’avaient aidé (chap. 21–22). Pourtant, toutes ces tentatives ont échoué.

Saül et Jonathan sont tous deux morts au combat contre les Philistins (31.1–6), ouvrant la voie au règne de David, qui a débuté dans un contexte encore conflictuel (voir 2S 1.1–5.5).

Auteur

Le titre « Samuel » provient du rôle important que Samuel a joué dans la transition d'Israël vers une monarchie, et non de la paternité du livre. Il a peut-être rédigé certaines parties de 1 Samuel, mais il n'est pas possible qu'il ait été l’auteur d’une partie de 2 Samuel, puisque sa mort est mentionnée dans 1S 25.1. Le rédacteur final de 1 Samuel reste inconnu.

Rédaction

À l’origine, les livres de 1–2 Samuel formaient un seul ouvrage. Les traducteurs de la Septante (l’Ancien Testament grec) l’ont divisé en deux livres : 1–2 Royaumes. La tradition hébraïque ultérieure a adopté cette division tout en conservant le nom Samuel, comme le font la plupart des versions anglaises.

Certains spécialistes estiment que 1–2 Samuel (ainsi que 1–2 Rois, également un seul livre à l’origine) ont été constitués à partir de plusieurs sources pendant ou après l’exil à Babylone (586–538 av. J.-C.). Plusieurs sources ont probablement été utilisées pour rédiger 1–2 Samuel (par ex., 1Ch 29.29 nous apprend que Samuel, Nathan et Gad ont écrit à propos des actions du roi David). L’auteur inspiré de 1–2 Samuel a utilisé ces matériaux. Cependant, le livre a peut-être atteint sa forme finale peu après le règne de Salomon (971–931 av. J.-C.).

Peu après l’exil de Juda à Babylone, 1–2 Samuel a été intégré au corpus plus large qui comprend également Josué, Juges et 1–2 Rois. Cette section des Écritures retrace l’histoire sainte d’Israël, depuis la bénédiction de la conquête du pays jusqu’au jugement représenté par sa perte. Elle visait à expliquer au peuple exilé comment leur situation tragique a vu le jour.

Manuscrits

Le texte de 1–2 Samuel que l’on retrouve dans l’Ancien Testament grec (la Septante, vers 200 av. J.-C.) diffère souvent du texte hébreu (massorétique, vers 1000 apr. J.-C.). Les versions en hébreux du texte de Samuel découverts dans les manuscrits de la mer Morte (env. 250–50 av. J.-C.) à Qumrân concordent parfois avec celles de la Septante, parfois avec le texte massorétique, et parfois présentent des lectures uniques. Ainsi, les lecteurs rencontrent plus fréquemment des notes du type « le texte hébreu ne contient pas... » ou « dans le texte grec, on peut lire... » dans 1–2 Samuel que dans d’autres livres de l’Ancien Testament. Toutefois, peu de ces variantes textuelles altèrent véritablement le sens du texte.

Signification et message

L’accent sur la royauté dans 1 Samuel apparaît dès la prière d’Anne (voir 2.10). L’idée qu’Israël allait avoir un roi remontait à la promesse faite par Dieu à Abraham et Sara (Gn 17.6, 16). Dieu n’a ni exigé ni interdit la monarchie, mais il a précisé les excès que les rois d’Israël devraient éviter (voir Dt 17.14–20).

Durant la période des juges, Israël s’est profondément détérioré, aussi bien spirituellement que politiquement. Cette déchéance a atteint son paroxysme dans Jg 1721. Le livre des Juges suggère que pour répondre à ce déclin, Israël avait besoin d’un roi. La plus grande menace ne venait pas des Philistins ni d’autres ennemis extérieurs, mais d’Israël lui-même, en raison de sa rupture de l’alliance. Il fallait un roi pour défendre cette alliance, mise en péril par l’organisation de la période pré-monarchique.

Si le roi devait administrer l’alliance (Dt 17.18–20), le rôle du prophète consistait à en interpréter les clauses. C’est pourquoi le prophète Samuel a défendu avec zèle son autorité divine sur la royauté. Il a non seulement oint les deux premiers rois d’Israël (1S 10.1 ; 16.13), mais il a aussi dû les reprendre lorsqu’ils ont enfreint les limites de l’alliance (13.8–15; 15.10–33).

Saül a manqué à la fois de caractère et d’intégrité pour mener Israël vers une monarchie stable et fidèle à Dieu. Il n’était pas prédestiné à l’échec, comme s’il n’avait eu aucun contrôle sur ses choix. Dieu a désiré qu’il soit un bon roi, et il a tout mis en place pour cela : il a transformé son cœur et lui a donné son Esprit. Mais Dieu n’impose ni la droiture, ni la sainteté, ni l’obéissance. Sa grâce convainc, mais ne force pas.

Malgré les grandes désillusions de l’époque des juges et des débuts de la monarchie, la souveraineté de Dieu sur l’histoire d’Israël est restée manifeste : (1) une femme autrefois stérile a mis au monde Samuel, agent de la transition vers la royauté (chap. 1) ; (2) une défaite accablante face aux Philistins est devenue victoire sans intervention humaine face à ces mêmes Philistins (chap. 4–6) ; (3) le roi demandé par le peuple est devenu l’oint de Dieu (chap. 8–10) ; (4) ce roi a été rejeté par Dieu pour son infidélité (chap. 13, 15) ; et (5) le huitième fils d'une famille obscure, un homme selon le cœur de Dieu, a été choisi comme futur roi d'Israël (chap. 16).

Contrairement au règne de Saül, la royauté de David a perduré. Et l’un de ses descendants est devenu plus tard le roi souverain du monde entier. Jésus est l’héritier final du trône de David (Jn 7.42 ; Ap 5.5 ; 11.15). Il reflète les vertus de son ancêtre sans en reproduire les défauts. Jésus est le bon berger, le roi éternel et parfait du monde entier.