Pierre cherche avant tout à encourager les croyants à rester fidèles lorsqu’ils subissent la pression de la persécution. Les destinataires de sa lettre se trouvent alors au milieu de grandes épreuves. La culture qui les entoure rejette leur foi, attaque leur conduite morale et ridiculise leur espérance. Face à cette hostilité, Pierre les appelle à répondre par un engagement renouvelé : vivre pleinement la grâce de Dieu, non seulement pour lui plaire, mais aussi pour lui rendre témoignage.
Contexte
Dans l’Antiquité, beaucoup perçoivent les chrétiens comme étranges, superstitieux et déloyaux envers la société romaine. Ils se réunissent discrètement, pratiquent des rites mal compris (comme la cène du Seigneur, souvent interprétée à tort comme impliquant un sacrifice sanglant) et adoptent un mode de vie qui va à contre-courant de la culture dominante. Leur refus de servir dans l’armée, motivé par leur désir de ne pas prêter serment à l’empereur, alimente encore plus la méfiance. À cause de ce refus de se conformer, ils subissent discriminations, accusations mensongères et poursuites injustes.
C’est cette réalité que la première lettre de Pierre vient éclairer. Les croyants traversent des épreuves particulièrement douloureuses (1.6 ; 4.12), et leur entourage parle d’eux avec mépris (4.4 ; voir 3.16). Certains disciples du Christ ressentent alors la tentation de répondre aux paroles dures par des paroles dures, ou de se compromettre dans leur piété sous le poids du découragement.
Pierre était bien conscient de ces tentations. C’est pourquoi il les encourage à voir dans ces épreuves une occasion unique de témoigner du Christ. En suivant l’exemple de leur Seigneur (qui a vécu sans reproche aux yeux de tous et n’a jamais rendu insulte pour insulte), les chrétiens sont appelés à adopter un mode de vie qui témoigne véritablement de l’Évangile.
Résumé
Après une ouverture typique pour une lettre (1.1–2), Pierre commence par encourager ses lecteurs (1.3–2.12) à percevoir leurs souffrances actuelles comme des épreuves temporaires qui fortifient leur foi et les préparent à recevoir le salut promis (1.3–9). Ce salut est si précieux que les prophètes l’ont annoncé d’avance, et les anges eux-mêmes y portent un regard attentif (1.10–12). Une telle grâce appelle à une vie marquée par la sainteté, en souvenir du prix élevé que Dieu a payé pour offrir ce salut (1.13–21). Cette première section se conclut par un appel à l’amour pour les autres chrétiens (1.22–2.3), puis par un rappel du statut des croyants comme peuple de la nouvelle alliance de Dieu (2.4–12).
La deuxième section de la lettre (2.13–3.12) exhorte les chrétiens à vivre dans le respect des autorités établies, comme témoignage face à un monde hostile. Les chrétiens sont invités à reconnaître l’autorité des gouvernements (2.13–17), les esclaves à accepter celles de leurs maîtres (2.18–25), et les épouses chrétiennes à accepter l'autorité de leurs maris (3.1–6). En retour, les maris doivent honorer et considérer leurs épouses (3.7). Cette section se conclut sur des exhortations générales à une conduite juste et agréable à Dieu (3.8–12).
Dans la troisième section (3.13–4.11), Pierre lance un appel à répondre à la pression sociale par un comportement digne et respectueux, même si cela entraîne des abus (3.13–17). Il rappelle que l’espérance du salut repose sur la vie, la mort, la résurrection et l’élévation du Christ (3.18–22). Il insiste ensuite pour que les croyants renoncent aux habitudes et aux valeurs du monde (4.1–6) puis conclut par diverses exhortations (4.7–11).
La quatrième section de la lettre (4.12–5.11) s'ouvre avec un dernier appel à rester ferme dans la souffrance (4.12–19). Pierre adresse ensuite des instructions aux anciens (5.1–4), aux jeunes hommes (5.5) et à l'ensemble de l'église en général (5.5–11). Il termine sa lettre par des salutations fraternelles (5.12–14).
Auteur et destinataires
Dès son premier verset, la lettre identifie son auteur comme l’apôtre Pierre, et ses destinataires comme « ceux qui sont étrangers et dispersés dans le Pont, la Galatie, la Cappadoce, l’Asie et la Bithynie ». Ces régions correspondent au nord de l’Asie Mineure, soit l’actuelle Turquie.
Nous n'avons aucune preuve historique de la visite de Pierre dans cette région et la lettre ne mentionne pas une telle visite. En fait, nous avons peu d'informations sur les déplacements et les activités de Pierre après ses premiers jours de ministère à Jérusalem et en Judée (Ac 1.1–12.25). Luc précise simplement qu’après sa libération miraculeuse de prison, Pierre « sortit, et s’en alla dans un autre lieu » (Ac 12.17), sans indiquer où. De nombreuses hypothèses ont été avancées, mais aucune certitude n’émerge. Pierre participe ensuite au concile de Jérusalem (Ac 15.1–41 ; vers l’an 49–50 apr. J.-C.), et il semble avoir prêché quelque temps à Corinthe (voir 1Co 1.12 ; 9.5). On sait qu’il s'est aussi trouvé à Antioche à un moment donné (Ga 2.11–16). Selon la tradition chrétienne, Pierre se trouvait à Rome à la fin de sa vie, où il est mort en martyr sous le règne de l’empereur Néron, probablement autour de l'an 64 ou 65 apr. J.-C.
Lieu et date de rédaction
Tout indique que l’apôtre se trouve à Rome lorsqu’il rédige cette lettre. L’expression « l’Église des élus qui est à Babylone » (5.13) désigne très probablement l’église de Rome. L’ancienne ville de Babylone (bien connue dans les livres plus tardifs de l’Ancien Testament) est devenue insignifiante au premier siècle après J.-C., et il semble peu probable que Pierre ait voyagé aussi loin à l’est. En raison de son rôle central dans les siècles précédents (notamment aux VIᵉ et Vᵉ siècles av. J.-C.), et il serait surprenant que Pierre ait jamais voyagé si loin à l'orient. Mais parce que l'ancienne ville de Babylone avait été si dominante dans les années 600–500 avant J.‑C., le nom de Babylone en est venu à symboliser le cœur du pouvoir mondial et de l’influence culturelle. Le livre de l’Apocalypse utilise d’ailleurs ce nom comme une désignation symbolique de Rome (Ap 17.5), et Pierre semble faire de même ici. Si la lettre provient bien de Rome, elle a probablement été écrite vers la fin de la vie de Pierre. Cette hypothèse se voit renforcée par la mention de Marc, qui se trouve avec lui au moment de la rédaction (voir 1P 5.13). La tradition chrétienne situe Marc à Rome aux côtés de Pierre à la fin des années 50 et au début des années 60 apr. J.-C. Il est donc raisonnable de penser que Pierre écrit cette lettre depuis Rome, au début des années 60 apr. J.-C.
Circonstances de la rédaction
La lettre de Pierre naît dans le contexte des épreuves intenses que traversent les chrétiens du nord de l’Asie Mineure. Certains tentent de relier cette lettre à une persécution impériale connue, afin d’en préciser la date ou les circonstances. Pourtant, rien dans le texte n’indique que les croyants subissent une persécution officielle orchestrée par l’État. Le plus souvent, ces pressions viennent de la population, parfois soutenue ou encouragée par certains responsables locaux.
Signification et message
Pierre commence par encourager les croyants à vivre dans la sainteté, même au cœur d’un environnement non chrétien, souvent hostile à leur foi. Il développe trois idées majeures.
La première, c’est que les chrétiens doivent prendre conscience qu’ils vivent déjà ce que les prophètes avaient annoncé, des choses « dans lesquelles les anges désirent plonger leurs regards » (1.12 ; voir 1.5, 10). En Christ, nous sommes devenus enfants de Dieu (1.14), régénérés par sa parole vivante et puissante (1.23). Nous sommes les pierres vivantes que Dieu emploie pour bâtir un temple spirituel (2.5), un peuple choisi, appelé des ténèbres à son admirable lumière (2.9–10). En raison de ces privilèges, notre place dans ce monde change : nous devenons des étrangers et des exilés, nous sommes devenus des étrangers et des exilés dans ce monde (1.1, 17 ; 2.12). Les chrétiens vivent ici-bas, mais n’appartiennent plus à ce monde.
La deuxième idée clé, c’est que les croyants, en tant que peuple de Dieu, doivent adopter une manière de vivre qui reflète les valeurs du ciel, et non celles de ce monde. En tant qu'enfants de Dieu, nous sommes appelés à imiter notre Père et à devenir saints comme lui (1.15–16). Nous sommes appelés à nous aimer les uns les autres (1.22) et à respecter les autorités. Pierre résume tout cela dans son appel à faire « le bien », même et surtout envers ceux qui nous causent du tort (3.16–17 ; 4.19).
La troisième idée, enfin, repose sur notre nouvelle identité (être un peuple saint) en Christ. La mort et la résurrection de Jésus sont au fondement de notre nouvelle identité (1.18–19 ; 3.18). Sa victoire sur les puissances du mal nous donne espérance et confiance (1.3–9 ; 3.19–22). Christ a pourvu à notre salut et à notre sainteté, et nous laisse un modèle à suivre : lui-même n’a pas riposté lorsqu’il a été injurié, persécuté, et même mis à mort (2.21–25). Nous devons suivre ses traces, refuser de répondre au mal par le mal et utiliser nos épreuves comme une occasion de témoigner de la grâce et de la puissance de Dieu.