Le royaume de Salomon a représenté l'apogée de la gloire d'Israël. « Le roi Salomon fut plus grand que tous les rois de la terre par les richesses et par la sagesse » (1R 10.23). La reine de Séba a confirmé la splendeur du royaume de Salomon en déclarant : « C’était donc vrai ce que j’ai appris dans mon pays au sujet de ta position et de ta sagesse ! Je ne le croyais pas, avant d’être venue et d’avoir vu de mes yeux » (10.6–7). Le livre de 1 Rois célèbre la grandeur du règne de Salomon. Cependant, ce règne illustre aussi les dangers de l'infidélité spirituelle, et 1 Rois avertit des conséquences de la recherche du luxe, de la renommée, de l'égo et de la sécurité. Un message toujours pertinent aujourd'hui !
Contexte
A l'apogée de son pouvoir, Salomon a gouverné un royaume qui s'étendait « depuis le fleuve jusqu’au pays des Philistins et jusqu’à la frontière d’Égypte » (4.21). Le pouvoir et la richesse de Salomon l'ont mis en relation avec de nombreuses nations voisines, dont la cité maritime de Tyr et l'Égypte.
Le milieu des années 900 av. J.-C. offrait un contexte favorable à l'expansion du royaume, avec le déclun des puissances traditionnelles. Le royaume hétiens (ou hittite) du nord s'était divisé en petits États. En Mésopotamie, l'Assyrie, affaiblie par les conflits avec les Araméens et les Hétiens, est restée faible jusqu'à l'accession au pouvoir d'Assur-dan II (934–912 av. J.-C.). Au sud, l'Égypte a perdu de son influence en Canaan sous la 21ᵉ dynastie (1069–945 av. J.-C.) et n'est redevenue militairement active que sous le règne du pharaon Sheshonq Ier (Shishak, 945–924 av. J.-C.).
Malheureusement, la diplomatie de Salomon a impliqué des mariages avec des princesses étrangères. Cette pratique, bien que courante dans le Proche-Orient ancien pour sceller des alliances, a eu des conséquences spirituelles désastreuses : « A l’époque de la vieillesse de Salomon, ses femmes inclinèrent son cœur vers d’autres dieux; et son cœur ne fut point tout entier à l’Éternel, son Dieu, comme l’avait été le cœur de David, son père » (1R 11.4).
À la mort de Salomon en 931 av. J.-C., des tensions entre les tribus du nord et du sud ont éclaté. Le royaume a été divisé entre Israël (les dix tribus du nord) et Juda (les deux tribus du sud). Ces deux royaumes se sont affrontés à plusieurs reprises sous les premières dynasties du nord et durant les règnes des trois premiers rois de Juda (931–874 av. J.-C.). L'hostilité a diminué sous Achab d'Israël et Josaphat de Juda, unis contre les Araméens (chap. 20, 22).
Les royaumes d'Israël et de Juda ont été happés par les ambitions de leurs voisins. Ils ont subi une invasion de Sheshonq Ier en 926 av. J.-C., et au cours des années 800, ils ont été confronté aux menaces constantes des Araméens et à l'essor de l'Assyrie. Sous Assurnasirpal II (883–859) et Salmanazar III (858–824), l'Assyrie a mené des campagnes jusqu'à la Méditerranée. En 853 av. J.-C., à Qarqar, une coalition incluant Achab d'Israël a résisté au roi Salmanazar et a temporairement repoussé l'avancée de l'Assyrie.
Pendant cette période, les deux royaumes de Juda et d'Israël ont lutté spirituellement. Israël a cessé d'adorer l'Éternel au temple de Salomon, et Jéroboam I, le premier roi du royaume du nord d'Israël (931–910 av. J.‑C.) a instauré des pratiques religieuses déviantes qui ont égaré le royaume du Nord (voir 2R 17.21–23). Les deux premiers rois de Juda, Roboam et Abija, ont failli spirituellement, tandis que les deux rois suivants, Asa et Josaphat, ont démontré une fidélité spirituelle plus grande, bien qu'imparfaite (1R 15.11 ; 22.43).
Résumé
1 Rois débute avec les derniers jours de David et décrit l'établissement de l'empire glorieux de Salomon (971–931 av. J.‑C.), avant la division du royaume en deux (le royaume d'Israël au nord et le royaume de Juda au sud). Le livre raconte ensuite les destinées des deux royaumes jusqu'à environ 853 av. J.‑C., sous le règne d'Achazia en Israël (853–852 av. J.‑C.).
Les onze premiers chapitres portent sur Salomon, sa gloire et son déclin spirituel. Son histoire commence dans la controverse : bien que désigné par David pour être son successeur, son frère ainé Adonija a tenté de prendre le contrôle du trône (1.1–2.46). Salomon a écarté son rival, puis a utilisé sa sagesse donnée par Dieu pour réorganiser le gouvernement et le rendre plus efficace. Il a facilité l'expansion commerciale du royaume, tant sur la terre que sur les eaux, et a entrepris d'importants projets de construction, comprenant notamment le temple et le complexe du palais. Mais vers la fin de son règne, son infidélité (11.1–13) et ses mesures administratives oppressives (par ex., 5.13–18) ont suscité des oppositions politiques internes et externes (11.14–40).
Dieu a parlé trois fois à Salomon, ce qui donne un aperçu de l'itinéraire spirituel du roi. D'abord, au début de son règne, Dieu a accordé à Salomon ce qu'il demandait : la sagesse pour gouverner le royaume (3.5–15), ce qui a entraîné une grande prospérité et des honneurs (3.16–8.66). Après avoir terminé la construction du temple et du palais, Salomon a reçu une deuxième visite de l'Éternel, qui lui a rappelé que la continuité de son succès dépendait de sa fidélité spirituelle (9.1–9). Cependant, la grande renommée de Salomon (9.10–10.29) l’a conduit à conclure des alliances étrangères, établies par des mariages avec les filles de rois étrangers. Ce compromis spirituel a fini par l’amener à soutenir le culte de divinités païennes (11.1–8). L'Éternel lui a alors rendu visite une troisième et dernière fois ; cette fois, il l’a réprimandé pour son infidélité à l’alliance. Cette désobéissance allait entraîner la division du royaume après sa mort (11.9–13).
La deuxième partie du livre (12.1–16.26) montre que le jugement de Dieu s’est manifesté rapidement après la mort de Salomon. Dès le début du règne de Roboam, les tribus du nord ont réclamé un allègement du travail forcé et de la fiscalité. Roboam a rejeté leur demande et les a provoquées, ce qui a conduit ces tribus à se rebeller et à fonder le royaume du nord, Israël, avec Jéroboam Ier comme roi. Roboam est resté roi de Juda, désormais séparé au sud (12.1–24). Par la suite, les deux premières dynasties d’Israël (de Jéroboam Ier à Thibni) ont mené le royaume du nord à une dégradation spirituelle, tandis que les rois de Juda ont affaibli le royaume du sud. Le royaume du nord a aussi été marqué par une grande instabilité politique : assassinats de rois, luttes de pouvoir, et établissement de la tristement célèbre troisième dynastie, fondée par Omri, l’un des rois les plus puissants mais aussi les plus maléfiques d’Israël (16.25–26).
La dernière section de 1 Rois se concentre sur le règne du fils d’Omri, Achab (16.29–22.40). Israël avait commencé à adorer le dieu de la tempête cananéen Baal. L'Éternel a alors chargé Élie de confronter Achab afin de démontrer que lui seul est Dieu (17.1–18.46). Après cela, Élie a fui devant la colère de la reine Jézabel, mais l'Éternel l’a restauré et lui a donné Élisée comme successeur (19.1–21).
Sur le plan politique, Achab a affronté à plusieurs reprises le roi araméen Ben-Hadad. Il a mené trois campagnes militaires contre lui (20.1–25, 26–43 ; 22.1–40), la dernière ayant entraîné sa propre mort. Entre la deuxième et la troisième campagne, Achab, soutenu par sa femme Jézabel, a assassiné un homme innocent, Naboth, pour s’emparer de sa vigne (21.1–29).
Les prophètes de Dieu ont joué un rôle déterminant durant le règne d’Achab. Lors des deux premières campagnes contre les Araméens, un prophète anonyme a d’abord conseillé le roi (20.22) puis l'a réprimandé (20.35–43). Ensuite, Élie a dénoncé la confiscation de la vigne de Naboth (21.1–29). Avant, avant la troisième bataille d'Achab contre les Araméens, le prophète Michée a prévenu Achab de sa mort imminente (22.5–28).
Le livre des Rois se conclut par une note sur le règne de Josaphat, roi de Juda (22.41–50) et l’introduction du successeur d’Achab, Achazia (22.51–53), dont l’histoire est poursuivie dans 2 Rois.
Auteur et composition
Les livres de 1–2 Rois reflètent une perspective unifiée portée par un auteur anonyme que la tradition juive identifie comme Jérémie (Baba Batra 15a). L’auteur a été témoin de la chute de Jérusalem et connaissait bien les sources disponibles, ce qui lui a permis de rédiger une histoire riche du règne de Salomon et de la monarchie divisée. Il disposait des archives officielles du palais et du temple, ainsi que de documents provenant de centres prophétiques. Il a tissé ces sources de manière cohérente pour souligner l’échec répété du peuple à honorer l’alliance avec Dieu.
On ignore si l’auteur était encore vivant et s'il est celui qui a écrit l’appendice final concernant la libération de Jojakin (561 av. J.‑C.; 2R 25.27–30; cf. Jr 52.31–34). Si ce n’était pas le cas, ces versets ont probablement été ajoutés par un rédacteur familier du livre et proche de sa pensée.
Les livres de 1–2 Rois couvrent en grande partie la même période que 2 Chroniques. On retrouve donc de nombreux passages parallèles avec des formulations similaires. Cependant, les objectifs des auteurs ne sont pas les mêmes, ce qui se reflète dans les variations entre ces textes.
Date
Étant donné que 2 Rois raconte la chute de Jérusalem en 586 av. J.-C. (2R 24.18–25.21), la rédaction de 1–2 Rois a dû être achevée après cet événement.
La datation des règnes et l’organisation chronologique des rois d’Israël et de Juda présentent certaines difficultés, mais la période concernée reste identifiable. 1 Rois couvre approximativement les années 973 av. J.-C (incluant approximativement les deux dernières années du règne de David à Jérusalem, 2S 5.4–5) à environ 853 av. J.‑C., pendant les règnes de Josaphat sur Juda (872–848 av. J.‑C.) et d'Achazia sur Israël (853–852 av. J.‑C.). 2 Rois reprend le récit à partir de là (à l'origine, 1–2 Rois formait un seul livre). L'appendice final de 2 Rois (2R 25.27–30) a été écrit peu après la mort de Nebucadnetsar II en 562 av. J.-C.
Chronologie
Les dates des règnes des rois d'Israël et de Juda sont déterminées en comparant les données bibliques avec des éléments provenant de sources extérieures de l'époque, y compris des chroniques historiques ou les phénomènes astronomiques. Ces données mettent en évidence la pratique de la corégence : un roi régnant désignait paerfois son fils à la fois comme héritier et co-dirigeant avant sa propre mort. Cette coutume, courante en Israël et en Juda, entraîne des chevauchements dans la chronologie. Bien que la datation précise soit complexe, l’accord entre les sources d’Assyrie, de Babylone, d’Aram, d’Égypte et d’Israël confirme la fiabilité historique du récit biblique.
Signification et message
La question centrale de 1 Rois concerne la fidélité spirituelle du peuple : les dirigeants et le peuple d’Israël ont-ils respecté l’alliance avec Dieu ? L’alliance spéciale entre Dieu et David contenait des promesses conditionnelles de bénédiction pour le roi et son royaume (2S 7.12–16 ; Ps 89.20–37). Les trois apparitions de Dieu à Salomon illustrent les bénédictions liées à l’obéissance, mais aussi les conséquences tragiques de l’infidélité spirituelle. Chaque roi est évalué à la lumière de cette fidélité à Dieu, c'est-à-dire à sa fidélité à l’alliance.
Le livre souligne également l’importance des prophètes dans leur rôle d’instructeurs, de conseillers et d’avertisseurs. Le ministère d’Élie reçoit une attention particulière (1R 17.1–19.21 ; 21.1–29), mais Dieu agit aussi à travers d’autres prophètes pour affirmer son autorité sur Israël.
Les trajectoires spirituelles des rois et des prophètes exhortent le peuple de Dieu à rester fidèle dans sa dévotion et son service. L’attrait d’Israël pour les solutions immédiates et visibles rappelle l’exhortation de nous éloigner de tout ce qui pourrait prendre la place de Dieu dans nos cœurs, c'est à dire les idoles (1Jn 5.21). Comme les prophètes d'autrefois, les serviteurs de Dieu aujourd'hui doivent proclamer la nécessité d’adorer Dieu seul.