Dans cette lettre fascinante adressée à une Église multiethnique, nous découvrons certains des problèmes quotidiens auxquels les premiers chrétiens étaient confrontés. À travers les conseils de Paul quant à la manière de les gérer, nous discernons les principes profonds qui façonnent sa pensée en ce qui concerne la vie chrétienne pratique. Ces principes intemporels, si différents des tendances populaires de l'époque de Paul ou de la nôtre, nous fournissent de précieuses indications pour faire face à des problèmes similaires aujourd'hui.
Contexte
La réputation bien établie de Corinthe en tant que ville importante et pleine de vices était liée à sa géographie. Elle occupait une position stratégique sur l'isthme étroit, d'environ 7 km de large, qui sépare la Grèce continentale du Péloponnèse (la grande péninsule méridionale). Elle profitait des voyageurs qui passaient du nord au sud, le long de la principale route terrestre et de ceux qui naviguaient d'est en ouest entre le golfe de Corinthe et le golfe Saronique. Pour éviter les risques de tempête en mer Méditerranée, surtout en hiver, les propriétaires de petits bateaux commerciaux naviguant entre l'Italie et la Méditerranée orientale faisaient souvent traîner leurs bateaux sur l'isthme, d'un golfe à l'autre, et passaient une nuit ou deux à Corinthe en cours de route. Elle a ainsi acquis la notoriété d'une ville portuaire et était connue pour sa prostitution et ses autres vices. Il existait même un verbe en grec (korinthiazomai, « agir comme un Corinthien ») qui faisait référence à l'immoralité sexuelle. Il n'est pas surprenant que certains de ces problèmes se soient immiscés dans la jeune église (voir les propos sévères de Paul concernant l'immoralité sexuelle en 5.1–13 ; 6.12–20).
La ville antique de Corinthe avait été conquise et détruite par les Romains en 146 av. J.‑C. Elle a été reconstruite un siècle plus tard en tant que colonie romaine et a été peuplée en grande partie d'anciens esclaves romains. À l'époque de la visite de Paul, c'était une ville cosmopolite, avec des Romains, des Grecs, des Juifs et d'autres groupes ethniques de tout le bassin méditerranéen, ainsi que des visiteurs internationaux de passage. Les membres de la jeune église étaient donc issus de toutes sortes d'ethnies, ce qui a probablement contribué aux tensions qui existaient en son sein (voir la réprimande de Paul concernant leur esprit de clan en 1.10–12 ; 3.1–4).
Paul arrive pour la première fois dans la ville lors de son deuxième voyage missionnaire (vers 50 après J.‑C.), après avoir œuvré dans la province septentrionale de Macédoine et à Athènes. Conscient que c'est une ville stratégique pour ses efforts d'évangélisation, il reste à Corinthe pendant dix-huit mois (50–52 après J.‑C. ; voir Ac 18.1–17). Lorsque les Juifs l'attaquent en justice pour infraction à la loi, le gouverneur Gallion rejette l'affaire au motif qu'il s'agit d'un différend religieux. Libre d'évangéliser, Paul convertit par sa prédication un certain nombre de personnes et fonde une église avant de partir.
Au cours des cinq années suivantes, Paul correspond plusieurs fois avec les Corinthiens au sujet de questions difficiles et leur rend même personnellement visite pour résoudre certains de leurs problèmes. Cette lettre, rédigée entre 53 et 56 après J.-C., a été envoyée depuis Éphèse, dans la province d'Asie (ouest de la Turquie), où Paul a passé deux à trois ans lors de son troisième voyage missionnaire.
Résumé
Paul aborde une large gamme de problèmes et de questions auxquels la jeune Église est confrontée, dont certains reflètent les problèmes de la ville elle-même, et il prodigue des conseils spécifiques pour les résoudre. Ses conseils reflètent les principes fondamentaux sur lesquels repose sa vision de la vie chrétienne, des principes enracinés dans l'Évangile-même. Paul aborde les questions suivantes :
Une critique de son approche non intellectuelle en matière d'évangélisation (1.1–4.21)
Un cas flagrant d'immoralité sexuelle dans l'église (5.1–13)
La pratique de traduire en justice des frères et sœurs en Christ devant des juges païens (6.1–20)
Des problèmes d'immoralité sexuelle (6.1–20)
Des questions sur le mariage, le divorce et le célibat (7.1–40)
La question de savoir si les croyants sont autorisés à manger de la viande sacrifiée aux idoles païennes (8.1–10.33)
La question de la tenue vestimentaire appropriée pour les femmes qui exercent un ministère en public (11.1–34)
Des comportements irrévérencieux et irrespectueux lors de la célébration de la sainte Cène (11.1–34)
Des perspectives déformées sur les dons spirituels et leur usage (12.1–14.40)
Le scepticisme quant à une future résurrection des morts (15.1–58)
Auteur
Paul est largement reconnu comme l'auteur de la première épître aux Corinthiens. Cependant, certains remettent en question l'authenticité de 14.34–35 (voir la note d'étude à cet endroit). Conformément à l'usage de l'époque, Paul s'est servir d'un amanuensis (secrétaire) pour l'écriture de la lettre (voir 16.21).
Date et raison de la rédaction
Cette lettre à l'église de Corinthe a été écrite lors du troisième voyage missionnaire de Paul, durant son séjour de deux ou trois ans à Éphèse (vers 53–56 après J.‑C. ; voir Ac 19.1–41). Paul avait déjà écrit une lettre à l'église de Corinthe (voir 1Co 5.9), et les Corinthiens avaient répondu, demandant son avis sur plusieurs points (voir, par exemple, 7.1). Il avait également reçu des rapports et des visiteurs de Corinthe (voir 1.11 ; 16.15–17), qui l'avaient mis au courant de plusieurs problèmes auxquels la jeune église était confrontée. Cette lettre est sa réponse, il y prodigue de nombreux conseils sur des questions spécifiques. Elle a peut-être été remise en main propre par Stéphanas, Fortunatus et Achaïcus (voir 16.15–17) lorsqu'ils sont retournés à Corinthe.
Certains problèmes n'ont pas été résolus, ce qui a entraîné une visite personnelle de Paul un peu plus tard, et une lettre sévère dont nous ne disposons pas. Paul mentionne cette visite ainsi que la seconde lettre dans l'épître de 2 Corinthiens, une épître chargée d'émotions écrite de Macédoine peu après avoir quitté Éphèse, en prévision d'une autre visite à l'église (voir 2Co 2.1–11 ; 7.8–10 ; Introduction au Livre des 2 Corinthiens, « Date et Raison de la rédaction »).
Signification et message
1 Corinthiens nous offre un aperçu fascinant de la vie dans l'église primitive. Nous voyons certains des problèmes pratiques auxquels étaient confrontés les premiers chrétiens alors qu'ils vivaient dans un environnement païen, et comment ils les géraient.
Motivation pour le comportement chrétien. Paul aborde les problèmes dans les églises d'un point de vue entièrement chrétien, enraciné dans la bonne nouvelle de la grâce de Dieu. Selon lui, le comportement chrétien est solidement ancré dans la théologie chrétienne, dans le message du Christ et de la croix. Les conseils qu'il prodigue concernant la vie chrétienne ne sont pas simplement pragmatiques, mais s'appuient sur la relation des croyants avec le Christ. Sa propre vie pratique a été transformée par son expérience de la grâce de Dieu en Christ.
Ainsi, par exemple, lorsque Paul aborde des questions qui ont trait à la moralité sexuelle (5.1–6.20), il rappelle à l'église que les croyants ont été renouvelés par le sacrifice du Christ et qu'ils devraient vivre en conséquence. Il les appelle à la fidélité, non pas parce qu'ils sont tenus d'observer la loi de Moïse, mais parce qu'ils sont unis au Christ et sont le sanctuaire du Saint-Esprit (6.15–20).
Lorsque Paul leur reproche de poursuivre des frères en justice devant les tribunaux païens (6.1–8), il le fait par souci de leur témoignage auprès des non-croyants. Il les exhorte à renoncer à leurs droits par amour pour les autres, suivant l'exemple du Christ. La mort du Christ leur a montré que l'amour chrétien est sacrificiel.
Lorsque Paul donne des conseils sur le mariage (7.1–40), il encourage ceux qui ne sont pas mariés, dans ce contexte, à rester célibataires afin de se consacrer plus pleinement au service du Christ. Les chrétiens appartiennent au Christ et ne peuvent plus vivre uniquement pour eux-mêmes.
Lorsqu'il enseigne que les croyants sont libres de manger de la viande sacrifiée aux idoles païennes (8.1–13 ; 10.1–11.1), il évite de formuler des règles, et affirme qu'en Christ, ils sont libres de manger n'importe quoi. Il souligne toutefois combien il est important de prendre en compte les conséquences de ses actions sur autrui, et que l'intérêt d'autrui prime sur les droits individuels. Ainsi, les croyants doivent volontairement s'abstenir de toute action préjudiciable aux autres. À l'exemple du Christ, ils doivent être guidés par l'amour sacrificiel dans toutes leurs relations.
Dans la pensée de Paul, le comportement chrétien est une réponse de gratitude envers Dieu pour sa miséricorde et sa grâce, manifestées en Christ et exprimées dans la bonne nouvelle. La vie entière du croyant doit exprimer sa dévotion envers Dieu et son amour envers autrui (voir 10.31–33). C'est l'équivalent pour Paul des deux grands commandements d'amour de Jésus (Mt 22.36–40 ; Lc 10.25–37). Dans cette lettre, nous voyons plus clairement qu'ailleurs comment Paul applique ces principes intemporels à une large gamme de problèmes pratiques.
Conception paulinienne de l'évangélisation. Lorsque Paul est critiqué pour son approche peu raffinée et non intellectuelle de l'évangélisation (1Co 1.1–4.21), il insiste sur le fait que seul Dieu peut changer le cœur d'une personne. Le véritable pouvoir ne réside pas dans la force de persuasion de l'intellect humain et de la rhétorique, mais dans le message de la grâce de Dieu et dans la puissance de l'Esprit de Dieu qui renouvelle et transforme. La conversion est le fruit de l'œuvre de Dieu qui transforme le cœur, et non pas le résultat de nos efforts pour faire changer d'avis quelqu'un.
Unité et amour dans l'Église. L'unité parmi les croyants est un thème important tout au long de cette lettre, car plusieurs des problèmes que Paul aborde semblaient diviser l'église (voir 1.10–4.21, factions dans l'église ; 6.1–12, procès contre d'autres chrétiens ; 8.1–11.1, opinions divergentes sur la nourriture sacrifiée aux idoles ; 11.2–16, opinions divergentes sur la tenue appropriée pour les femmes qui exercent un ministère public ; 11.17–34, problèmes lors de la sainte Cène). Les chrétiens sont unis en tant que membres du corps du Christ par un engagement commun envers Christ leur Seigneur, et par l'expérience partagée de l'Esprit de Dieu, ils doivent donc vivre ensemble dans l'unité. Cette lettre, qui inclut le célèbre chapitre de Paul sur l'amour chrétien (chap. 13), souligne l'importance d'entretenir avec les autres croyants des relations fondées sur l'amour sacrificiel, le type d'amour manifesté par le Christ lui-même.
Mariage, divorce et célibat. Paul a une haute estime du mariage et s'oppose fermement au divorce. Compte tenu des circonstances de vie difficiles pour les chrétiens au premier siècle, et convaincu du retour imminent du Christ (voir 7.25–31), Paul encourage ceux qui sont célibataires à le rester, voyant le célibat comme une occasion de se consacrer pleinement à l'œuvre du Christ dans le monde (voir 7.32–35). Les deux modes de vie (le mariage et le célibat) ne sont pas des fins en soi, mais des moyens différents de participer à l'objectif plus important de servir le Christ.
La sainte Cène. Cette lettre apporte un éclairage significatif sur la compréhension et la pratique chrétienne primitive de la sainte Cène : c'est la seule analyse approfondie à ce sujet, dans tout le Nouveau Testament (chap. 10–11).
L'Église comme un corps. Paul conçoit l'Église comme un corps dynamique, guidé par l'Esprit et composé de différentes parties, chacune ayant un travail unique à accomplir (chap. 12, 14). Alors que le christianisme en est à ses débuts, il n'existe pas encore de distinction entre ceux qui sont consacrés au ministère à part entière et ceux qui travaillent dans le milieu séculier, mais la répartition des rôles ouvre la possibilité à un ministère complémentaire des dons de l'Esprit lorsque les chrétiens se rassemblent. Chaque personne a un rôle à jouer dans l'édification du corps, et les individus dépendent de l'Esprit qui les rend capables d'exercer leurs ministères, et qui les guide.
La Résurrection. De tous les écrits du Nouveau Testament, c'est cette lettre qui nous apporte la théologie la plus complète sur la résurrection (chap. 15) : la liste la plus fournie des témoins oculaires de la résurrection de Jésus, la justification d'une résurrection future et la nature des corps ressuscités.